Claude Allègre en procès

Encore une pleine page dans un quotidien pour écouter discourir Claude Allègre. Trop, c’est trop, Allègre n’a rien à dire, il est d’ailleurs d’accord avec le GIEC : « Nous ne nions nullement que les teneurs en CO2 dans l’atmosphère augmentent et que les activités humaines en sont responsables. Nous ne croyons pas non plus que les émissions anthropiques excessives de CO2 soient souhaitables. Elles ont de multiples inconvénients et signifient qu’on gaspille les combustibles fossiles. Réduisons leurs débits et leurs usages ! »

Mais après cette mise au point en un seul paragraphe, et comme la contradiction ne lui fait pas peur, Allègre enfume le lecteur sur cinq colonnes pour rabâcher les mêmes choses et faire en fin de compte douter du réchauffement climatique. Allègre termine : « Laissons les débats se poursuivre sans invectives et sans ostracisme. » C’est un peu gonflé de la part de quelqu’un qui finit par dire dans un premier temps qu’il n’y a pas débat sur le réchauffement climatique. C’est beaucoup gonflé de la part de quelqu’un qui vient d’intituler son dernier livre « l’imposture climatique ». C’est trop gonflé de la part de quelqu’un qui avait multiplié invectives et ostracismes et intente maintenant un procès à Politis.

Récemment Politis décrit ainsi Allègre: « Aujourd’hui le scepticisme ne peut pas s’appliquer aux conclusions des climatologues du monde entier (le GIEC) qu’à la rotondité de la Terre. Ce que M.Allègre appelle improprement scepticisme, c’est l’exploitation de l’incrédulité par quelqu’un qui sait. » (n° 1103, 20 mai 2010).

Alors, pourquoi laisser à cet homme sa capacité médiatique de nuire ? Une page entière écrite par Allègre (LeMonde du 22 mai 2010), dès fois je ne comprends pas mon quotidien de référence… Il ne suffit pas d’opposer aux propos d’Allègre une autre page avec d’autres intervenants (voir ci-dessous, 1er commentaire) pour nous permettre d’accéder à une meilleure compréhension des choses.

8 réflexions sur “Claude Allègre en procès”

  1. Il faudrait maintenant que Claude Allègre lise autre chose que lui-même, par exemple :

    Suite à une requête du Congrès américain formulée en 2008, l’Académie des sciences américaines vient de rendre son rapport, conforme aux conclusions du GIEC : « Le changement climatique est une réalité, il est principalement le fait des activités humaines, il pose des risques significatifs pour un large éventail des systèmes naturels et humains. Les incertitudes sur la magnitude des effets du réchauffement et sur la rapidité à laquelle ils surviendront n’est pas une raison pour attendre avant d’agir. »

  2. Ce billet bien pensant a au moins le mérite de montrer que vous n’avez pas lu son livre… Commencez donc par là, ensuite vous pourrez avoir une opinion fondée.

  3. J’approuve entièrement votre post mais pourquoi se laisser prendre à son jeu et encore parler de lui ? Car si son « opinion » n’apparaît pas sur la page principale du Monde.fr et qu’il faut vraiment chercher pour la trouver, votre post lui apparaît… Ce qui amène les lecteurs à aller lire les *’%&! » de CA.
    En attendant on vient de battre (entre autres) le record de température globale Janvier-Avril (http://www.ncdc.noaa.gov/sotc/?report=global&year=2010&month=4&submitted=Get+Report), et 2010 s’annonce comme la pire année jamais enregistrée (et la fonte de la banquise aussi va re-battre tous les records cette année après le gros gros minimum de 2007 http://climateprogress.org/2010/05/21/arctic-sea-ice-area-extent-volume-record-low/). Face aux faits les dogmatiques crieront au dogmatisme. En quelque sorte, simple projection de son propre comportement sur ceux qui vous annoncent des nouvelles qui ne plaisent pas.

  4. Le_Pompiste

    @Rémi L.
    Le débat scientifique existe forcément, quel que soit le sujet, entre scientifiques, et selon des règles bien connues et admises par tous. Sur certains sujets, les débats existent hors du monde scientifique, mais pas en son sein. C’est notamment le cas pour le modèle darwinien de l’évolution, très contesté hors du monde scientifique, indiscuté parmi les biologistes et paléontologistes.
    Le débat sur le rôle anthropique dans les modifications constatées du climat est du même ordre.
    Ou presque : car Claude Allègre n’est certainement pas dupe de ses propres arguties.

  5. Cette histoire de changement climatique commence à me saouler.

    Le rôle anthropique est devenu un dogme. Pas une théorie, un dogme. Toute personne qui a le malheur de s’en écarter est lynché, comme jadis les hérétiques. En tant que scientifique, çà a tendance à m’énerver. Le pire c’est que l’on entend dire que le rôle anthropique dans le changement climatique est vrai puisqu’il y a une majorité de scientifiques qui l’affirment… Depuis quand la science se fait à la majorité ? Si on écoutait ce principe, la Terre serait toujours plate…
    Je crois qu’il y a la place pour le débat scientifique, et j’ai peur que ceux qui affirment le rôle de l’homme dans ce changement le refuse, de peur de voir leur théorie infirmée… Les modèles climatiques sont imparfaits, les effets des divers feedbacks ne sont pas encore bien connus… Autant de choses encore disctutables…
    Et à l’heure du développement des taxes carbones, des énergies vertes, si par malheur cette théorie est réfutée, les effets économiques pourraient être dévastateurs…

  6. Vu sa situation financière, le Monde doit tout faire pour vendre du papier. Alors il est prêt à tout pour « créer l’évènement ».

    Quant à Claude Allègre, qui a derrière lui une carrière scientifique hors norme, on a du mal à comprendre comment il fonctionne. Il doit être conscient qu’il est en train de détruire sa réputation dans le monde académique.

  7. Le point de vue des climatologues sur Allègre (LeMonde du 22 mai 2010)

    « Le vaste espace médiatique accordé au discours de Claude Allègre, mélangeant des thèses politique personnelles à une mise en cause (non étayée scientifiquement) de faits scientifiques établis rigoureusement par notre communauté de climatologues, rend nécessaire et urgent un effort de communication vers le grand public. Le dernier livre de Claude Allègre, L’imposture climatique, ouvrage grand public, ne fait pas partie de la littérature technique expertisée par les pairs. Ce pamphlet bat tous les records d’erreurs et d’approximations dans la présentation des sciences du climat, tout en dénigrant notre discipline, nos travaux, nos instances, notre éthique. Nous avons contribué à établir une liste de ces multiples erreurs, ainsi que des insultes et dénigrements sans fondement. »

    (Edouard Bard, titulaire de la chaire de l’évolution du climat et de l’océan, Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique (laboratoire des sciences du climat et de l’environnement)

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