Climat, gare à la relance économique « grise »

« Tenter de remettre l’économie sur pied sans tenir compte de la trajectoire climatique serait faire preuve d’une myopie dangereuse. La baisse spectaculaire des prix du pétrole, qui se sont effondrés en même temps que l’activité mondiale, pourrait rendre tentante l’idée d’une relance « grise », qui s’appuierait fortement sur des énergies fossiles temporairement bon marché. La France doit se servir de cette crise pour renforcer ses ambitions climatiques… si nous ne le faisons pas dans ces circonstances, il y a peu de chances d’y arriver une fois que les vieux réflexes auront repris le dessus. » Ce n’est pas un dangereux écologiste qui a écrit cela, c’est l’éditorial du MONDE.

Il est en effet très probable qu’on va s’évertuer à rejouer le même air. Comme le pays va se prendre une énorme claque économique, Pôle emploi sera submergé d’inscriptions, le chômage partiel va se transformer en chômage total dans les secteurs du tourisme-restauration, sport, culture, bagnole, aérien… Ça va être le sauve qui peut général, la course au boulot, au client, au chiffre d’affaires. La crise sanitaire vient de repousser de 10 ou 20 ans la transition écologique. Le marché dit : ne raisonnez pas, produisez ! La publicité dit : ne raisonnez pas, consommez ! Le prêtre dit : ne raisonnez pas, croyez ! L’officier dit : ne raisonnez pas, exécutez ! Macron dit : ne raisonnez pas, retournez travailler ! Pourtant un confinement durable et généralisé serait le moment idéal pour mettre en œuvre le processus de destruction créatrice cher à Schumpeter. On doit accepter de perdre des emplois dans des secteurs polluants et non rentables compte tenu de leurs externalités, pour les transférer vers les secteurs réellement utiles à l’échelle de la société. Seul l’État ou la responsabilité cumulée de tous les consommateurs conscientisés ont les moyens de le faire puisque les externalités ne se mesurent qu’à l’échelle de la société entière. A l’échelle des entreprises, tant que les externalités ne leur seront pas taxées, il y a peu d’espoir de réorientation significative des investissements.

Nicolas Hulot affirme à juste titre que la nature exprime avec ce virus « une sorte d’ultimatum ».On verra quel sera le degré d’adaptation de l’espèce homo sapiens-demens face à un danger cette fois-ci irréversible, le réchauffement climatique pour lequel il n’y aura plus d’espoir de traitement ni de vaccin. Un seuil a été dépassé, le seuil de liaison entre le capitalisme fondé sur le crédit et les ressources naturelles qui sont la base de toute richesse réelle. L’espoir d’une nouvelle phase A (le moment de la reprise économique analysé par Schumpeter) du cycle Kondratieff, cet espoir est vain. Nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle croissance matérielle, nous sommes dans la phase terminale du capitalisme. De l’argent public va être massivement emprunté aux générations futures pour remettre la machine en route, le moins que nous leur devons c’est de penser à eux dans notre façon de l’investir pour leur éviter la double peine. On doit supprimer des millions d’emplois dans les secteurs qui reposent sur les énergies fossiles pour les remplacer par des emplois de maçons spécialisés dans l’isolation des immeubles, dans le retour de la paysannerie et la systématisation de l’artisanat. Il n’y aura de sobriété énergétique et de rupture écologique que sur un champ de ruines. Les années qui arrivent s’annoncent passionnantes.

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4 réflexions sur “Climat, gare à la relance économique « grise »”

  1. Je suis allé lire un article sur le Point, intitulé = « Éloge de la vie simple – Que veulent les apôtres de la décroissance ?  »
    Et si on va lire les commentaires, les objecteurs de décroissance sont beaucoup plus nombreux que les objecteurs de croissance. Exemples, je cite =
    «  »Insupportable manichéisme.Il y aurait donc d’un côté les gentils décroissants, conviviaux, respectueux de l’environnement, ouverts d’esprit, sobres et simples, et de l’autre côté les méchants libéraux consuméristes, énergivores et qui détruisent la planète ? Que les gens qui souhaitent la frugalité s’y mettent. Ils sont libres de le faire à titre personnel.Ce que je constate, c’est surtout la liste des nouveaux interdits que souhaiteraient imposer les objecteurs de croissance, notamment la pénalisation des dépenses qu’EUX jugeront nuisibles. Comme d’habitude, réduire les libertés et la responsabilité individuelle pour la substituer par une collectivité de sachants. Ca ne vous rappelle rien ? «  »
    ou encore = «  »Une information pour les décroissants: C’est parce que la croissance permet à la science de se développer que nous avons éradiqué la variole, la peste et le choléra. Sauf guerre, il n’y a plus de famine dans le monde et le nombre de pauvres a diminué.C’est quand même curieux de voir ces braves gens dire que le libéralisme c’est le mal absolu.Que nous proposent ils ? «  »
    Et d’autres encore ont un peu de langue de bois = » »Idée sur la décroissance :Je ne suis pas un partisan de la décroissance mais d’une croissance mesurée qui soit plus centrée sur l’homme que sur le capital. En effet, depuis 15 ans, les plus riches deviennent encore plus riches, 30 % plus vite que l’amélioration des plus pauvres. Quant à la décroissance du nombre d’humains sur Terre, elle aura lieu vers les années 2100 prédisent de nombreux scientifiques. L’homme a toujours à l’idée que quand il était jeune tout est mieux ! Les saisons : ha oui de vrais saisons. Quelle bêtise ! Le 1er août 1945, il a neigé sur Paris par exemple. Et le nombre d’étés pourris dans les années 70. Bref c’est la mélancolie de leur jeunesse qui revient et à les écouter il faudrait s’éclairer à la bougie pour être plus heureux. Le monde avance et le maître mot est l’adaptation qui est la règle numéro 1 de toute vie sur Terre. Celui qui ne peut s’adapter est condamné. Et c’est valable pour les virus comme pour l’Homme. Dame Nature est un terme qui me fait rire car personnifier la Nature est bien humain. La Nature dont nous faisons partie a des règles : seules les espèces qui évoluent et s’adaptent à leur milieu resteront vivantes. Les autres disparaitront. La décroissance est ainsi impossible dans un monde où seule l’adaptation est la condition pour survivre. Je dirais que la croissance mesurée pour éviter le gâchis serait déjà une étape à explorer. Et arrêtons de parler de décroissance heureuse. Ca n’existe pas ou alors dans la tête de certains doux rêveurs ? «  »
    Bref, certains mettent en avant et instrumentalise la santé pour justifier la poursuite de la croissance au même rythme… Or les décroissants, ce ne sont pas les systèmes de santé qu’ils remettent en cause. En tout cas, la santé ne justifie pas qu’on puisse voyager en avion plusieurs fois par an… et bien d’autres choses…. Bref, ils instrumentalisent la santé pour justifier la croissance mais dans leurs arguments, ils ne parlent pas des excès d’avions, de supermarchés, de bibelots de collection etc

  2. Rapporterre

    Les tombes des princes celtes étaient déjà pleines d’attributs matériels d’opulence, comme bien plus tard les datchas des cadres soviétiques. L’abondance de biens était réservée à une élite. Notre époque moderne recommande que tout citoyen a vocation à devenir prince à son tour. Chaque humain qui naît espère qu’il sera mieux nourri, mieux soigné, mieux éduqué, mieux logé, mieux doté de capacités de confort. Si on regarde les alternatives écologiques à cette demande, cela ressemble à la vie du 18e siècle : vivre de peu et s’en contenter, limiter ses besoins et ses déplacements, économiser l’énergie en comptant d’abord sur ses propres forces physiques.
    Il faut se sentir coupable de tout le mal qu’on fait à la Terre et aux générations futures. C’est pas gagné d’avance  ! Ni la politique, ni la société, ni la religion n’ont produit l’envie depuis 2 siècles de ralentir, encore moins de stopper notre boulimie matérielle.

  3. Gérald Madaran : « Le plus grand risque auquel nous faisons face, à l’image de ce qui s’est passé après la crise de 2008, c’est le « revenge pollution ». La course effrénée pour rattraper « le temps perdu ». En 2008, la chute de 1,3 % des émissions de CO2 avait essuyé une hausse de presque 6 % dès l’année suivante. Or la crise climatique porte en elle les germes d’une future crise mondiale, encore plus puissante que celle que nous vivons actuellement. Il faut donc créer le prêt à impact climat. Inspiré des « Sustainability-linked loans » (en français les emprunts obligataires et bancaires durables), le prêt à impact climat inclurait une indexation des taux sur la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’entreprise. En d’autres termes, plus l’entreprise colle à cette trajectoire de réduction, plus son taux de financement devient intéressant et son prêt bonifié. »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/02/coronavirus-il-est-urgent-que-la-relance-economique-integre-les-objectifs-de-neutralite-carbone_6038415_3232.html

  4. Imaginons des travailleuses et des travailleurs construisant n’importe quoi, dont on n’a même pas besoin, alors que les besoins essentiels d’une bonne partie des membres de la société ne sont même pas assurés. Alors que la seconde guerrre mondiale était finie, aux USA on continuait à construire des bombardiers, qui en bout de chaîne étaient démontés. La Machine tourne ainsi, en Absurdie. Et chez les Shadoks aussi.
    Puisque le chômage fait bien plus peur que le désastre environnemental, imaginons comment pourraient être occupés des millions et des millions de paires de bras, «chez nous» pour commencer. Puisque pour pouvoir pomper efficacement il nous faut être au top de la forme, nous partirons donc des besoins essentiels. Nous avons besoin de nous nourrir (l’agriculture), de nous loger (le bâtiment) etc. en remontant dans la fameuse pyramide. Maintenant, ceux qui en ont assez de vivre et de penser comme des Shadoks, peuvent essayer d’imaginer plus loin, d’imaginer un autre monde, qu’on pourrait appeler Utopia.
    Dans la continuité de Schumpeter, réfléchissons à cette fameuse «destruction créatrice». Bien sûr nous laisserons définitivement tomber l’idée de «brûler Paris pour faire remonter le PIB» (Alfred Sauvy), parce que ça c’est le genre de «remède» que nous connaissons que trop. Exit les Shadoks, place aux éconoclastes !
    Au lieu de contruire toutes sortes de bâtiments, de routes, de parkings etc. et toujours plus, je verrais bien les travailleuses et les travailleurs du secteur du bâtiment occupés à démolir. Démolir, démonter, déconstruire, détruire… afin de reconstruire. Reconstruire autre chose, bien évidemment. Je vous laisse alors imaginer le nombre d’hectares et de kilomètres carrés ainsi rendus à la nature et pouvant être alors consacrés à l’agriculture. Nous connaissons le nombre de paires de bras que ce secteur emploie actuellement, je vous laisse imaginer combien il pourrait en occuper avec une agriculture de proximité et respectueuse de l’environnement. De la même façon, une partie des constructeurs de bagnoles serait occupée à faire durer les existantes. Une autre à construire des bicyclettes et des brouettes. Les robots seraient démontés et recyclés en clés plates, à pipes et à molettes, en rateaux et en binettes, etc. Les antennes pour les smartphones seraient transformées en nichoirs pour les cigognes, les publicitaires seraient reconverdis en nettoyeurs de l’environnement, nos économistes et nos personnages politiques en amuseurs publics, etc. etc. Ce serait donc comme ça, en Utopia.

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