CLIMAT, prendre aux riches, donner au pauvres

Thomas Piketty* : « les responsables Verts, enivrés par leur succès, notamment en France, refusent de dire s’ils souhaitent gouverner avec la gauche ou la droite. Pourtant tout indique de plus en plus clairement que la résolution du défi climatique ne pourra se faire sans un puissant mouvement de compression des inégalités sociales. On voit mal comment les classes moyennes accepteraient de changer leur mode de vie si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. Avec l’ampleur actuelle des inégalités, la marche en avant vers la sobriété énergétique restera un vœu pieux. D’abord parce que les émissions carbone sont fortement concentrées parmi les plus riches. Au niveau mondial, les 10 % les plus riches sont responsables de près de la moitié des émissions, et les 1 % les plus riches émettent à eux seuls plus de carbone que la moitié la plus pauvre de la planète**. La réduction drastique du pouvoir d’achat des plus riches aurait donc en tant que telle un impact substantiel sur la réduction des émissions au niveau mondial. » Quelques réactions sur le monde.fr

CM : J’ai arrêté la lecture de l’article arrivé à cette phrase : « Au niveau mondial, les 10% les plus riches sont responsables de plus de la moitié des émissions carbone ». D’où sort ce chiffre ? Et comment il est calculé ? L’utilisation du mot « responsable » annonce déjà l’escroquerie intellectuelle. On devine que Piketti inclut ceux qui détiennent des actions dans une industrie polluante par exemple. Donc en fait, les millions de voitures et de camions qui roulent dans le monde, c’est à cause des 10% les plus riches (qui en sont les actionnaires). Donc si on suit le raisonnement probable de M Piketti, si on ruine les 10% les plus riches, on ruine l’industrie automobile et, miracle, plus d’émissions carbone.

GGir : La relation entre redistribution et écologie est assez ténue. Si on redistribue des plus riches aux plus pauvres, et que ceux ci s’en vont consommer des produits carbonés, le problème n’aura été que déplacé. Une société très égalitaire dont la principale source d’énergie serait le pétrole contribuera toujours plus au changement climatique qu’une société très inégalitaire dont la principale source d’énergie reposerait sur une inégalité énergétique. Faire du changement climatique un combat anti-capitaliste est le meilleur moyen de n’arriver à rien. Un problème d’une telle envergure ne peut être résolu que si toute la société s’y attelle.

jacques Fauvet : Si on effectue des transferts de richesse des riches aux pauvres pourquoi cela aurait-il un effet sur le réchauffement climatique ? Les anciens « pauvres » prendront l’avion, auront plus de voitures, etc. Piketty est un militant politique aveuglé par son idéologie.

Olivier Godard : De façon générale les problèmes écologiques ne sont pas directement attribuables aux inégalités, mais à l’absence de régulation de nombreux usages de la nature (droits de propriété et d’usage, réglementations, taxes et marchés de quotas, etc.), ce que les économistes appellent des externalités. Dommage que Piketty se soit transformé en idéologue.

PHILEMON FROG : Une fois n’est pas coutume, l’analyse de T.Piketty s’égare en s’attardant sur un aspect de l’écologie politique qui n’est pas mineur mais qui n’est pas l’axe autour duquel doivent s’articuler les actions en la matière. Cet axe c’est la régulation de l’activité humaine pour la rationaliser (fixer des normes pour maîtriser les impacts, interdire les activités nocives, etc). C’est en cela que l’écologie est fondamentalement progressiste (par opposition aux formes conservatrices qui ne sont que des traditionalismes régressifs, une sorte de culte passéiste de la terre nationale). La justice sociale par la solidarité, en d’autres termes la redistribution (accompagner les défavorisés dans la transition afin que les coûts soient soutenables), est un moyen d’atteindre les objectifs écologiques. Mais T.P. semble en faire un objectif en soi et même le seul. En absolu, pourquoi pas mais ce n’est pas un objectif écologique. Le propos est donc bien trop restrictif.

Jogg : T.Pikkety devrait regarder attentivement la carte du vote écologiste en Europe. Dans les pays pauvres (Est et Sud de l’Europe), les écologistes n’ont obtenu aucun siège. Ce sont les pays riches (du Nord-ouest) qui votent écologistes. L’écologie est une préoccupation de « riches », pas chez les pauvres qui ont d’autres priorités. A l’échelle de la planète, les régions les plus pauvres sont celles qui polluent le plus (air, eaux, sols) et où la démographie n’est pas maîtrisée. Donc tuer les riches pour que la planète aille mieux semble une très mauvaise idée.

NRVé : Je suis assez admiratif sur la méthode « Piketty ». Prenez n’importe quel sujet. Dites que les riches sont responsables de X% du problème. Brodez autour. Regrettez que les choses n’aillent pas mieux. Dire qu’elles iraient mieux sans riches. Parlez de la suppression de l’ISF. Recommencer la même argumentation sur un autre sujet.

Bullocrate : Piketty et ses erreurs, l’écologie a eu comme origine, non pas la gauche mais le courant malthusien plutôt de droite et comme vecteur essentiel, la religion protestante. Piketty et ses errements, on additionne des chèvres et leurs fromages pour faire une majorité puisque la gauche n’a jamais existé comme force unique.

le sceptique : Si les socialistes adoptent un point de vue écolo consistant à appauvrir tout le monde chez les industrialisés et bloquer le développement chez les émergents, ils sont politiquement morts, l’ensemble vert+gauche fera entre 10 et 20% car les électeurs fuiront vers le centre ou la droite. Il n’y a en fait qu’une écologie écologiste (ni libérale ni socialiste), c’est une construction intellectuelle ne correspondant pas aux préférences majoritaires des individus pour le moment.

MBS : Être de gauche, plus personne ne sait trop ce que cela veut dire. Aucune raison de considérer une sensibilité particulière à la problématique écologique. Elle l’a prouvé lorsqu’elle était au pouvoir. Ce qui est certain c’est qu’elle n’est pas fédéraliste. Poser déjà comme prérequis l’acceptation par les partis se disant de gauche d’un transfert de souveraineté vers l’Europe, ainsi que plus d’autonomie aux régions. le PC est contre, LFI est contre, le PS est contre…EELV est pour. Passer d’un bipartisme PS-LR à un bipartisme EELV-LREM ne me pose pas de problème. Le PS a échoué et trahi ses électeurs, très peu en sont nostalgiques.

* LE MONDE du 9-10-11 juin 2019, Thomas Piketty : « L’illusion de l’écologie centriste »

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2 réflexions sur “CLIMAT, prendre aux riches, donner au pauvres”

  1. Didier Barthès

    Si les plus pauvres polluent moins…. c’est justement parce qu’ils sont pauvres
    La seule solution pour leur donner plus est donc de réduire la fécondité mondiale, sinon nous serons toujours plus nombreux à polluer plus sur la Terre.
    Thomas Piketty semble oublier cette donnée, plus d’égalité est sans doute un objectif moral mais certainement pas un objectif écologique.
    Pour concilier les deux, moins polluer et être plus juste, pas d’autre solution que le retour à une démographie beaucoup plus modeste sur la planète

  2. C’est tellement évident qu’on ne peut (ou veut) pas le voir. Alors on continuera comme ça.
    Tant que perdureront ces inégalités sociales aussi flagrantes qu’immondes, il est vain d’attendre ce salutaire état d’esprit écologiste. La fameuse prise de conscience est faite, seulement nous voyons bien qu’elle ne change rien à notre affaire. On sait, mais le problème c’est d’y croire. Ce n’est qu’à partir de là qu’on peut changer sa façon de vivre et de penser. Autant dire qu’il faut une sacrée dose d’optimisme, si ce n’est de naïveté, ou alors d’hypocrisie, pour croire qu’à force de répéter ce que tout le monde sait on finira par y arriver.
    Comment s’y prendre, ne serait-ce que pour faire admettre à des petits-bourgeois que la moitié des Français font partie des 10% des plus riches de la planète ? Et pour leur faire comprendre qu’en terme d’énergie, le français moyen dispose de l’équivalent de 500 esclaves 24H/24. Et que ce n’est pas avec les « petits gestes » et autres innovations à la con qu’on sauvera la planète, et en même temps notre satané confort à la mode occidentale.

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