Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

Le transport aérien bénéficie d’un régime d’exception en étant le seul secteur dont le carburant est exonéré de toute taxe au niveau international. Pourtant, il pèse 3 % des émissions carbone mondiales. Ce chiffre n’est pas à négliger : si le secteur aérien était un pays, il serait le 7e pays le plus pollueur en termes d’émissions. Et la dynamique impressionnante du secteur, qui croît de 5 % par an, fait craindre le pire. Selon les projections, en 2050, ses émissions de CO2 pourraient être multipliées par sept par rapport à l’année 1990. Les négociations de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) diffèrent de celles de la COP21. Sur la méthode, il faut dénoncer avec force le manque de transparence des pourparlers. Cette opacité est intolérable, car on sait très bien que la mobilisation citoyenne est la meilleure alliée de la lutte contre le dérèglement climatique. Les intérêts des compagnies aériennes sont sur-représentés. Aucune mesure concrète ne sera prise avant 2021.* Quand le kérosène sera taxé, les compagnies pétrolières feront faillite. Il faut donc penser autrement, quelques auteurs nous le disent :

2005, James Howard Kunstler : « Les transports aériens deviendront une rareté ou la prérogative de petites élites toujours moins nombreuses. L’ère de l’automobile que nous avons connue aura pris fin. Les superficies asphaltées sont une insulte écologique incalculable. L’infrastructure d’autoroutes qu’on imaginait permanente se révélera n’avoir duré qu’à peine cent ans. Les gens qui ont fait des mauvais choix en investissant l’essentiel de leurs économies dans de coûteuses maisons de banlieue vont avoir de sérieux ennuis.». (La fin du pétrole, le vrai défi du XXIe siècle)

2006, Nicolas Hulot (avec le Comité de veille écologique) : « Il paraît impossible de substituer aux énergies fossiles des ressources alternative en volume équivalent. Il faut passer à l’action sans perdre un instant car l’inertie de notre système économique (course au gigantisme des infrastructures de transport et de communication, extension du périurbain, explosion du trafic aérien à bas coût, dispersion des hypermarchés de périphérie, renforcement d’une agriculture productiviste…) ont besoin de quelques décennies pour se transformer radicalement sans chaos. Attendre serait proprement suicidaire ». (Pour un pacte écologique)

2010, Devinder Sharma : « L’idée que, pour devenir un véritable citoyen du monde, il faudrait rompre avec tous les enracinements particuliers qui nous définissent au départ est au cœur du système libéral. Il faudrait produire à la chaîne des hommes capables de consumer leur vie entre deux aéroports. Je me demande s’il ne faudrait pas parler de « gauche kérosène » plutôt que de « gauche caviar » pour désigner cette nouvelle manière mobile d’exister. » (Solutions locales pour un désordre global)

2014, Philippe Bihouix : « Je me prends à rêver d’une société dans laquelle, en arrivant chez des amis, au lieu d’apporter un bouquet virtuellement parfumé au kérosène, on proposera d’aller uriner dans le jardin potager de la maîtresse de maison pour rendre quelques nutriments à la terre et augmenter sa production légumière à venir. » (L’âge des Low tech )

* LE MONDE ECONOMIE | du 12 mai 2016, Émissions carbone mondiales : « Pourquoi l’aérien bénéficierait-il d’un régime d’exception ? »

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1 réflexion sur “Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera”

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