Conférence internationale sur la population

Les conférences des Nations unies sur la population sont-elles vouées à l’échec ? Les polémiques qui ont précédé celle du Caire en 1994 amènent à le penser, comme l’histoire des deux précédentes, en 1974 et 1984. Le Saint-Siège refuse tout ce qui pourrait paraître  » légaliser  » l’avortement et accuse le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), organisateur de la conférence, de  » détruire la famille  » et de  » promouvoir une culture hédoniste et permissive  » (le Monde du 19 août 1994). A Bucarest en 1974, les représentants du Vatican avaient aussi bataillé pour le  » droit à la vie « , et  » le caractère sacré de la famille  » mis en exergue par le pape d’alors, Paul VI. A Mexico, en 1984, la liberté d’avorter avait été encore remis en question par Jean-Paul II qui avait personnellement pris contact avec les gouvernements représentés à la conférence. De plus les représentants du  » tiers-monde  » avaient usé du slogan :  » Le meilleur contraceptif, c’est le développement.  » Les États-Unis, dans le droit fil de la  » révolution conservatrice  » portée par Ronald Reagan, mettaient mettaient en préalable à toute politique démographique le rétablissement de la liberté économique. Conformément aux convictions de la  » majorité morale « , ils s’opposaient à tout recours à l’avortement pour le contrôle des naissances ; ils exigeaient que le FNUAP n’accorde aucune aide à des programmes qui l’utilisaient. C’est la  » cabale des dévots ». En 1994, les responsables du FNUAP ont donc souhaité choisir comme axe stratégique le soutien des besoins des individus et surtout  » une politique de promotion générale de la femme « , renforçant notamment les investissements dans les domaines de l’éducation et de la santé (maternelle et infantile en particulier).

Il faut attendre ensuite novembre 2019 pour qu’une nouvelle conférence internationale ait lieu (à Nairobi). Il s’agissait de marquer le 25e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) qui s’était tenue au Caire. Elle a eu lieu dans la plus stricte confidentialité. Pourtant 10 000 participants de plus de 170 pays, ce n’était pas rien. Comme une litanie on a continué d’exposer les violences faites aux femmes grossesses non désirées, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations génitales… La réduction du taux de mortalité maternelle, qui était une des grandes ambitions du Caire, n’atteint pas les trois quarts comme promis. L’avortement reste, dans de nombreux pays, traité comme un crime. Le défi du contrôle de la démographie est un sujet qui crispe certains responsables. Ainsi Macharia Kamau, principal secrétaire du ministère kényan des affaires étrangères, s’est écriée : « Qui sont les 11 000 scientifiques qui ont lancé un appel à contrôler nos populations ? Sont-ils africains ? Le changement climatique n’a rien à voir avec le nombre de gens. Ceux qui ont besoin de contrôler leur population sont ceux dont le mode de vie a créé les ravages qui frappent notre continent. »*

La deuxième partie de cette phrase est partiellement vraie, un bébé de plus dans un pays développé est un désastre climatique. C’est ce que disait déjà René Dumont en 1974 dans son programme de présidentiable écolo : « Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à New York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. La « France de 100 millions de Français » chère à Michel Debré est une absurdité. » Mais la lutte contre la politique nataliste de la France ne devrait pas empêcher les pays en surchauffe démographique de proposer aux femmes les services d’un planning familial efficace. D’autre part nier la variable démographique dans le réchauffement climatique est une grossière erreur, Macharia Kamau devrait apprendre l’équation de Kaya.

Pour en savoir plus avec notre blog biosphere : Nicolas Sarkozy plaide : « Nous sommes 7 milliards d’habitants. En 2100, nous serons 11,5 milliards. La question des conséquences de cette démographie est donc centrale pour les grands équilibres de la planète ». Il souhaite qu’enfin « la communauté internationale prenne en main le premier problème de la planète, qui est celui de la démographie mondiale ». Il préconise « une conférence mondiale sur la démographie ». A son avis, le sujet doit « faire l’objet, chaque année, d’une conférence comparable à celle sur le climat ». Encore un coup d’épée dans l’eau…

* LE MONDE du 17-18 novembre 2019, L’accès à la contraception progresse dans le monde

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2 réflexions sur “Conférence internationale sur la population”

  1. Hier je parlais de la farce des pétitions et des marches etc. Et là encore c’est pareil. Vous y croyez vous, à la force et au pouvoir des conférences et des grandes messes ? Ne pensez-vous pas que tous ces blablateurs feraient mieux d’économiser le déplacement ?
    Ben oui, à quoi bon prendre la bagnole ou le train, pire l’avion, pour aller quelque part pour discuter pour rien ? Imaginons une conférence où on discuterait dans le but de modifier la date et l’heure de la prochaine éclipse totale de soleil ou de lune, une date et une heure qui pour le coup conviendrait à tout le monde… ce serait du grand n’importe quoi, non ? Eh bien là c’est pareil, tout le monde sait et les démographes mieux que les autres, que quoi qu’on fasse la Terre portera quelques 10 milliards d’êtres humains en 2050.
    Bien sûr, bien sûr… à moins, à moins… qu’un terrible évènement non pris en compte dans leurs savants calculs n’intervienne d’ici là. Ce qui en effet permet à certains de s’occuper, en attendant. Eh oui, parce que s’il y a une idée qu’il n’est pas facile d’accepter, voire impossible pour beaucoup… c’est bien l’idée que la fête se termine. Autrement dit, la seule chose à laquelle on semble ne pas vouloir renoncer, c’est bien ce genre de truc dont Bush Père disait qu’il n’était pas négociable.

  2. « La « France de 100 millions de Français » chère à Michel Debré est une absurdité. » »
    Elle est celle des cranes d’ oeufs à la Juppé ou Giscard Festin .Encore un exemple des conneries que nos politichiens peuvent débiter à longueur d’ année et qui témoigne de leur immense incompétence et malignité .
    « Ceux qui ont besoin de contrôler leur population sont ceux dont le mode de vie a créé les ravages qui frappent notre continent. »*
    Au fait , qui empiète de plus en plus sur les terres de la faune locale remarquable , les Blancs, peut – être ? Qui « migre » donc en masse vers l’ Europe incapable de construire son propre pays ?
    Macharia Kamau, grande donneuse de leçons dans un pays rongé par la corruption et soutenu par la transfusion d’ argent du tourisme et d’ aides au développement (lol) provenant de ces salauds de Blancs . Cela dit , je serais assez d’ accord de nous retirer complètement d’ Afrique et de les laisser se débrouiller avec leurs reproducteurs à la chaîne : dame nature saurait réduire la population en peu de temps et à sa manière !

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