COP25, article 6 et sac de nœuds

Le temps presse, les minables engagements étatiques pour réduire les émissions de GES mettent la planète sur une trajectoire de + 3,2 °C en 2100. Or depuis une semaine, les négociateurs des 196 pays réunis à Madrid tentent de résoudre leurs multiples désaccords sur l’« article 6 » qui, sous des aspects très techniques, un jargon impénétrable et des subtilités comptables, cache l’essentiel. La régulation des marchés carbone, régie par l’article 6 de l’accord de Paris de 2015, fait l’objet de négociations depuis trois ans. Le texte provisoire du mode d’emploi de l’article 6 comptait encore, dans sa dernière version, 34 pages avec 423 crochets– c’est-à-dire autant d’options à trancher. Autant dire que ce qui devait être adopté lors de la COP24 attendra la COP 36 pour être (in)validé. Autant dire que le citoyen moyen restera allergique à ces bruits de couloir alors qu’il est le premier responsable des émissions de gaz à effet de serre par ses consommations (directes et indirectes) d’énergie fossile. D’autant plus que l’article 6, c’est de la poudre aux yeux, un vulgaire mécanisme de compensation qui ressemble au trafic des indulgences d’autrefois.

LE MONDE* nous donne un exemple d’application de l’article 6 : « Imaginons un village indien équipé de panneaux solaires qui permettent aux habitants de s’éclairer sans utiliser de générateurs au diesel. Ce projet est financé par des pays ou des entreprises à l’autre bout du monde : grâce aux émissions de gaz à effet de serre évitées en Inde, ils compensent celles qu’ils ont émises sur leur territoire. Voilà un exemple de la façon dont le CO2 est échangé autour du globe, dans des marchés du carbone. Ce nouveau marché international, régi par un organisme des Nations unies, générerait des crédits grâce à des projets de réduction des émissions, comme les panneaux solaires dans le village indien. Ces crédits pourraient être achetés par des pays ou des entreprises pour remplir leurs engagements internationaux. » Or on sait déjà qu’un marché carbone est inopérant, lire sur notre blog biosphere :

11 mars 2019, Neutralité carbone en 2050, la volonté de ne rien faire

7 novembre 2015, Climat : la stupidité du marché carbone

19 avril 2013, du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable

Conclusion : le marché carbone, annoncé comme la panacée lors du protocole de Kyoto (1997, y’a des lustres) a été remplacé par un nouveau mot à la mode, la taxe carbone, mécanisme rejeté tant par les Gilets jaunes que par les grandes puissances. Et aujourd’hui on en revient au marché ! Alors, quand il ne restera plus que quelques gouttes de pétrole, et par une chaleur caniculaire qui entraînera beaucoup beaucoup de morts ici ou là, quelques gouvernements éclairés par les circonstancies adopteront la carte carbone, rationnement par un système de quotas… qui permettra aux plus riches d’acheter des crédits carbone aux plus pauvres. Bis repetita, en pire.

* LE MONDE du 12 décembre 2019, Climat : les marchés carbone, l’épineux dossier de la COP25 qui risque de saper l’accord de Paris

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1 réflexion sur “COP25, article 6 et sac de nœuds”

  1. – « Et aujourd’hui on en revient au marché ! »
    Mais bien sûr ! Et il n’y a là rien de nouveau, rien d’extraordinaire. Les COP sont entièrement au service du sacro-saint Marché et de la sacro-sainte Croissance… qu’il suffirait juste de «décarbonner» , comme si c’était ça La Solution.

    En attendant… bis repetita placent : 1) BUSINESS AS USUAL ! 2) THE SHOW MUST GO ON !

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