Covid-19, choisir la sélection naturelle ?

Il y avait deux stratégies en présence pour enrayer les contaminations, l’immunité collective ou la distanciation sociale. Aux dernières nouvelles, le virus SARS-CoV-2 entraîne bien une immunité protectrice. L’infection suscite la production d’anticorps et ceux-ci possèdent une action neutralisante contre ce coronavirus encore présente six semaines après l’apparition des symptômes. Maintenant on s’interroge sur l’efficacité du confinement généralisé en France et ailleurs. Le choix de l’immunité commence à être analysé ; la Suède est-elle un modèle à suivre ?

L’immunité avait été choisie dans un premier temps par la Grande Bretagne. Patrick Vallance, conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, l’avait exprimé clairement : « Il n’est pas possible d’éviter que tout le monde attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable car il faut que la population acquière une certaine immunité. » Toujours selon M. Vallance, il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte le virus pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies. M. Johnson a donc alerté les Britanniques sur le fait qu’ils devaient « se préparer à perdre bien davantage d’êtres aimés« . De même en Suède, seuls les rassemblements de plus de 500 personnes avaient été interdits, ainsi que les visites dans les maisons de retraite. Le reste n’était que recommandation : se laver les mains, ne pas sortir de chez soi en cas de symptômes grippaux, renoncer aux interactions sociales pour les plus de 70 ans et les personnes à risque. Un confinement sélectif pour personnes à risque. Cafés et restaurants restent ouverts. L’argument ? Les conséquences du remède (le confinement) ne doivent pas être pires que celles de l’épidémie. Dimanche 22 mars 2020, le discours du premier ministre, Stefan Löfven n’avait duré que cinq minutes : « Beaucoup allaient devoir dire adieu à un être cher » ; il n’avait annoncé aucune nouvelle mesure, se contentant d’appeler au civisme et à la responsabilité individuelle. Un discours accueilli positivement, tant par les commentateurs que par ses adversaires politiques, jouant la carte de l’unité nationale.

L’autre méthode, le confinement, est la voie choisie par la France et la plupart du pays,. On met en œuvre la distanciation sociale, entre autres le fait de demeurer à au moins un mètre d’autrui ; cela fait partie des gestes “barrière” recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des mesures policières empêchent le déplacement des personnes et les rassemblements. Lidée est d’aplatir la courbe représentant le nombre de contaminés en fonction du temps. Plutôt que de laisser le virus se répandre rapidement dans la population, saturant les systèmes de santé, l’idée est de faire en sorte qu’il se propage sur une plus longue période. Il s’agit donc en arrêtant une grande partie de l’activité économique, de s’assurer que les systèmes de santé pourront faire face à tous les cas nécessitant une hospitalisation, et seront ainsi en mesure de limiter le nombre de décès. En termes philosophiques, il s’agit de choisir entre se soumettre presque totalement aux mécanismes de la sélection naturelle, ou bien d’essayer d’enrayer par contraintes multiples la propagation du virus.

Un des fondateurs de l’écologie politique, Alain Hervé, avait un discours très loin de la voie choisie par Macron : « Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal. On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle… » Nous acceptons toujours actuellement que la famine, les guerres et les automobiles entraînent la mort d’une partie de la population mondiale, pourquoi les épidémies devraient-elle être nécessairement éradiquées ? Il y avait cependant une méthode intermédiaire qui pouvait faire la synthèse, minimiser le nombre de morts tout en acceptant nos faiblesses. Avec une mise en quarantaine ciblée, on aurait imposé un confinement strict de toutes les populations à risques (grand âge et personnes ayant une pathologie) ; ce serait l’équivalent de la protection des « enfants bulle ». Le reste de la population serait soumise au processus d’immunité collective. C’est la voie choisie par le déconfinement !

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11 réflexions sur “Covid-19, choisir la sélection naturelle ?”

  1. Didier BARTHES

    Sur cette affaire de sélection naturelle on doit distinguer deux volets

    – Celui qui concerne les personnes âgées et qui pose un problème moral et un problème économique : Quelle part de nos ressources voulons-nous consacrer aux plus âgés et plus invalides d’entre-nous. Mais ce volet là n’influe pas sur l’avenir de l’espèce car ces personnes ne se reproduiront plus.

    – Celui qui concerne toutes les personnes en âge d’avoir des enfants, car là, elles transmettront leur patrimoine génétique. Dans la nature c’est sur cette partie-là que s’exerce la sélection qui va favoriser les individus les plus « solides » et leur donner les meilleures chances de reproduction. Ce volet est encore plus difficile à aborder que le précédent mais c’est lui qui dans le long terme conditionne l’avenir de notre espèce

    1. Bonjour Didier Barthès.
      On peut en effet le voir comme ça. On pourrait aussi rajouter le volet qui concerne la mortalité infantile. Comme pour tout, se pose bien sûr la question de la limite des ressources à consacrer à la santé. Toutefois sur ce point je me refuse par principe à faire un distinguo entre les plus jeunes et les plus vieux. Pour autant je ne dis pas qu’il faut, et là aussi par principe et coûte que coûte, laisser vivre (ou venir au monde) un enfant lourdement handicapé, ou une personne en état de mort clinique, ou encore un vieillard grabataire. Toutefois ce sujet restera toujours épineux. Et je souhaite qu’il le reste, parce qu’il touche à la morale et à l’éthique. Tant que nous discuterons de ce genre de problème il restera encore de l’humain quelque part. Pour moi la pire des choses serait que nous en arrivions, sans aucun état d’âme, à mettre à la «casse» (ou au recyclage) des être humains jugés obsolètes, non rentables etc. Comme nous le faisons avec les bagnoles. Je ne cesse de le dire que ce n’est pas l’argent qui manque. Je préfère que cet argent soit consacré à sauver des vies (je sais, «nous» sommes trop nombreux) plutôt qu’à alimenter ce système, qui de toute façon est en fin de vie. Ce système obsédé par la production de toutes sortes de choses inutiles, et pire, néfastes et mortifères.

      1. Didier BARTHES

        Bonjour Michel C
        Mais vous répondez là sur quelque chose que je n’ai absolument pas dit, je n’ai pas évoqué les choix à faire, pas évoqué mes choix moraux en la matière et certainement pas évoqué non plus la casse ou le recyclage des être humains, j’ai juste précisé une question de vocabulaire,
        Quand nous parlons de sélection naturelle nous entendons le mécanisme par lequel les plus résistant survivent, mais cela n’est pas du tout la même chose sur le plan génétique selon qu’on est avant ou après l’âge de la reproduction, avant on peut transmettre les gènes de la résistance, (si les gènes sont en jeu dans ce qui nous a permis de résister) après cela ne joue plus. C’est tout ce que j’ai voulu dire. Préciser que l’on utilise le terme sélection naturelle pour deux choses aux conséquences très différentes. Et je n’ai pas évoqué ici la démographie non plus, sujet auquel vous répondez par avance dans votre parenthèse.

        1. Bonjour Didier Barthès.
          Le but n’est pas de polémiquer ni d’avoir toujours raison. Je ne pense pas que la génétique seule puisse tout expliquer (je rappelle que je ne suis pas généticien). Vous dites : « Quand nous parlons de sélection naturelle nous entendons le mécanisme par lequel les plus résistants survivent […] »
          Oui, et nous oublions les plus chanceux. Autrement dit le hasard. Pas facile de définir le hasard. De toute façon c’est lui précède le tri, c’est lui qui nous a fait naître ici à telle époque, lui qui fait qu’on a la chance de passer à travers (les gouttes, les virus, les bombes etc.) ou pas.
          Quant à l’avenir de notre espèce, que pensez-vous de cette hypothèse selon laquelle plus une espèce compte d’individus et moins elle risque de disparaître ? D’un certain point de vue nous pouvons donc nous réjouir, tant que notre espèce n’est pas menacée d’extinction elle a la chance de pouvoir évoluer. Évoluer vers un véritable Sapiens évidemment. Parce que nous pouvons aussi évoluer dans tous les sens, quand c’est vers le bas on parle alors de régression, on peut parler aussi d’évolution régressive, mais peu importe comment expliquer l’Évolution ? Le Hasard (?) et la sélection naturelle, bien sûr. Et la Nécessité (?) dans tout ça ?

          1. Didier BARTHES

            Le hasard joue pleinement sur l’individu, sur l’espèce c’est plus pondéré, en moyenne la sélection sélectionne les plus adaptés qui en moyenne encore se reproduisent et transmettent un peu plus leur gènes. La pression de la nécessité passe par ce facteur statistique.

  2. Au final, comme cela est dit dans le texte, et comme je le crois volontiers, si 70 % d’individus auront été infectés à terme, on comprend mieux les mesures de confinement qui permettent en effet d’étaler la courbe, et d’éviter le pire pour nos équipes médicales, déjà submergées. En ces temps difficiles, je ne pense pas qu’il soit utile de soulever une telle controverse. Le gouvernement a décidé de préserver nos équipes médicales, et c’est ce que je retiens, pour ma part, de son action. Certes, on aurait pu faire autrement, mais laissons aux politiques de bas étage tirer parti de la situation, et faire de la récupération.
     On ne peut pas déplorer les progrès réalisés en médecine, la baisse de la mortalité infantile a tout de même entraîné les femmes à avoir moins d’enfants, et à accéder à un autre mode de vie, pour ne prendre que cet exemple. Nous, les humains, devons préserver la planète, avec et malgré les progrès induits par le développement de notre connaissance. Si l’on écoute certains, en poussant à l’extrême, on regretterait presque d’avoir maîtrisé le feu, et inventé la roue ! Effectivement, c’est ce qui nous a éloigné du monde sauvage, mais si c’était à refaire…
     Pour finir, la phrase d’Alain Hervé : « Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal » que pour ma part je comprends, pourrait être vraiment très mal interprétée par une majorité de personne…

    1. D’accord avec vous ISABELLE. Si l’on écoute certains, en poussant à l’extrême, Pasteur était un fumier. Sauf qu’on lui pardonnera, parce qu’il ne savait pas ce qu’il faisait. C’est c’là oui.
      Quant à ce passage d’Alain Hervé, je le comprends moi aussi mais il ne peut qu’être mal interprété. On peut comprendre que les miséreux ne sont pas de véritables êtres humains, seulement des sous-hommes. Pire, au dessous de l’animal (infra-animal) !
      De mon côté les sous-hommes sont ceux qui le ventre bien plein pensent ainsi, ceux qui trouvent normal un certain taux de misère, ceux qui pensent qu’il eut mieux valu que Pasteur ne naisse jamais, etc.
      Je rappelle cette réalité qui commence à dater ; chaque année le budget mondial dépensé en publicité s’élève à 500 milliards de dollars. Une étude de l’ONU a estimé que 10% de cette somme suffirait pour réduire de moitié la faim dans le monde.

  3. Les « nouveaux vieux », nés autour de 1950, appartiennent à une génération prédatrice qui laisse à ses descendants une nature dévastée et 2 000 milliards d’euros de dettes accumulée. Cette génération du « toujours plus » a fixé la retraite à 60 ans, mettant ainsi cinq années de plus à la charge de nos enfants. Le Covid-19 ne représente une menace mortelle que pour les plus de 64 ans, les jeunes générations pouvaient parfaitement laisser mourir les anciens ; c’est d’ailleurs ce que notre génération a fait, entre 1968 et 1970, avec la grippe de Hongkong. Nous ne pourrons jamais avoir trois ou quatre personnes pour permettre le maintien à domicile de chaque personne impotente et dépendante.
    Arrivé au très grand âge, une question devient essentielle : le choix de sa mort. De cette question essentielle, les promoteurs de la « révolution de la longévité » ne parlent pas. Et, plutôt que revendiquer l’argent que nos enfants n’auront pas, demandons plus de liberté pour nous-mêmes, notre dernière liberté.
    François de Closets
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/29/francois-de-closets-la-generation-predatrice-du-toujours-plus-devrait-avoir-honte_6041118_3232.html?contributions

    1. Je crois qu’on s’égare, qu’on perd de vue l’Essentiel. Ah mais voilà, c’est quoi l’Essentiel ? Eh ben si on ne le sait pas c’est vraiment très grave.
      Déjà, pourquoi opposer les uns aux autres, les jeunes aux vieux ? Comme si les vieux étaient des salopards (des prédateurs) et leurs enfants des anges bien propres, allergiques au toujours plus etc. Les choses sont ainsi, personne n’a choisi de naître à telle époque, ni même à tel endroit. Et puis quoi la retraite à 60 ans ? Comme si en 2020, avec tous les gains de productivité faits depuis des décennies, avec tout ce chômage, avec toutes ces productions inutiles et néfastes etc. il fallait bosser toujours plus, voire jusqu’à la mort. Et puis quoi le pognon ? Qu’on ne me fasse pas croire que les gens aiment bosser, ce qu’ils veulent avant tout c’est du pognon. Du pognon pour vivre, comme on dit, au pire pour se gaver, alors que je sais très bien qu’il ne se mange pas. Et du pognon ce n’est pas ça qui manque, il y en a suffisamment pour régler pas mal de problèmes ! Et enfin, c’est à partir de quel âge qu’on entre dans ce «grand âge» où on n’a plus qu’à crever ? Pas à 64 ans tout de même !

  4. Le texte d’Alain Hervé est certainement juste intellectuellement mais serait une peste pour l’écologie. Quand ce sont les vieillards des Ehpad les plus faibles qui meurent, on l’accepte tous même s’il y a des réactions de façade mais pour les autres !Qui sont d’ailleurs les populations à risque qu’il faudrait confiner strictement  : à partir de quel âge ? 60 ? 70 ans ? Avec quelles maladies ? Si on liste le nombre de maladies auto-immunes et les maladies du système cardiaque ou respiratoire ça fait des dizaines de millions… plus leur entourage proche. Des personnes meurent sans comorbidité par ailleurs et des jeunes et cela n’est pas acceptable socialement.
     La meilleure stratégie aurait été de ne pas laisser se multiplier l’humain, laisser du sauvage pour les animaux sauvages sans que les humains y fassent intrusion. Les grandes épidémies ont toujours eu leurs origines dans des territoires trop densément peuplés et leurs disséminateurs dans  les voyages ou transports de troupes comme la grippe espagnole.

  5. Didier BARTHES

    La question de l’abandon par l’humanité de sa soumission à la sélection naturelle est peut-être la plus dure qui soit, mais il n’est pas impossible que cet abandon soit ce qui condamne notre espèce à l’échéance de quelques centaines d’années.
    Au rythme où nous allons, nous serons tous bientôt incapables de survivre sans toute une technostructure que nous serons par ailleurs tout aussi incapables de maintenir. Le tout n’est pas la sommes des parties et il se pourrait que tous les avantages qu’à titre individuel et provisoire nous tirons de cette surmédicalisation de nos vies se traduise par la plus effroyable catastrophe pour l’espèce dans son ensemble.
    C’est un des sujets parmi les plus sensibles qui soient, mais probablement ne ferons-nous pas l’économie de la question et hélas, des conséquences de la poursuite des tendances d’aujourd’hui.

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