De la neige hélitreuillée pour skier

Même la ministre de l’écologie réagit : « Enneiger des stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible. »* Le directeur du syndicat mixte à Luchon-Superbagnères, conscient que ce n’est pas hyper écologique, se défend : « C’est vraiment exceptionnel, on n’a pas eu le choix cette fois-ci. » C’est en fait la faute du conseil départemental de Haute-Garonne qui sait calculer le bon rapport coût/bénéfice : « En termes de retour sur investissement, il faut multiplier au moins par 10 ». Les skieurs sont contents et 50 à 80 personnes vont pouvoir travailler grâce à cette opération aérienne. Voici quelques réactions sur lemonde.fr :

Hotdog : Ah, ils n’avaient pas le choix. Alors si tous ceux qui n’ont pas le choix continuent de déverser des gaz à effet de serre pour des activités de loisir, on n’est pas près de s’en sortir.

mille sabords : Rappelons qu’il y a peu, des ourses aussi sont arrivées en hélico dans les mêmes coins, pour contourner des « amis de la nature-sans-les ours » très agressifs. Gageons que si on lâche de la neige par hélico pour garder ses touristes, c’est qu’on peut également chasser l’ours par la voie des airs pour garder ses brebis. Quelle époque !

Raphou : Le problème ce n’est pas que les responsables d’une station de ski aient utilisé l’hélico. Le vrai problème, c’est qu’ils aient pu le faire pour une somme d’argent si faible. La seule manière de réguler efficacement la pollution, c’est par l’argent. Il n’y a pas d’utilisation plus ou moins justifiée de l’énergie : que ce soit pour transporter de la neige, chauffer des terrasses, faire rouler une voiture pour aller au boulot, faire tourner un serveur informatique, engraisser du bétail, faire voler un avion ou chauffer une maison mal isolée, chacune utilise l’énergie en fonction du budget dont il dispose et du retour sur investissement qu’il espère. Si on décide que c’est anormal de transporter de la neige par hélico, alors on surtaxe le kérosène (donc le pétrole) d’un facteur 10, mais alors l’impact sera le même pour l’avion, la voiture, les tracteurs ….

Jean Puplu : Une belle illustration de comment le vieux monde n’en fini plus de finir. Ça fait 20 ans que les stations de moyenne montagne voient leur enneigement baisser inexorablement. C’est une constatation, et même les climato-sceptiques ne peuvent nier ce fait. Personne n’a jamais voulu changer d’approche. Personne. La on est au paroxysme de cette inadaptation. « C’est pour sauver des emplois », oui mais pour combien de temps ? Vous croyez que la neige va revenir et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Des millions de petits Titanic prennent l’eau tout autour de nous et on s’inquiète de payer les membres de l’orchestre ? Si on s’était réveillé avant, ils auraient appris à faire autre chose et on en serait pas là. Je ne sais pas si on a encore le temps maintenant…

Mister Z : Il est étonnant de voir comment on se préoccupe de l’emploi dans les stations alors que la destruction des charbonnages, du textile, de la sidérurgie, des chantiers navals, d’une bonne partie de l’automobile et de la chimie était passée sans autre chose que le sursaut de ces dizaines de millions de victimes en partance pour la casse sociale…

Doute : Bien sûr cela nous scandalise. Mais pour changer ces pratiques il faut changer de paradigme. Les acteurs économiques prennent des décisions en fonction des paramètres de coûts qu’ils ont : en l’occurrence c’était rentable. Équiper les stations de canons à neige c’est scandaleux mais c’est rentable. Tant que cette équation ne changera pas, rien ne changera. Il faut rendre ces pratiques non rentables et pour cela augmenter de façon considérable le coût de l’énergie, voire moduler les taxes sur l’énergie en fonction de leur utilisation finale. C’est incontournable.

Sur ce blog biosphere, nous voulons que la ministre de l’écologie Elisabeth Borne interdise totalement le tourisme à ski et que Macron impose la taxe carbone. On peut toujours rêver…

24 juin 2019, Stations de ski et réchauffement climatique

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* LE MONDE du 18.02.2020 Livraison de neige par hélicoptère dans les Pyrénées : « Ce n’est pas une voie possible », critique Elisabeth Borne

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3 réflexions sur “De la neige hélitreuillée pour skier”

  1. Pitztal, est désormais synonyme d’une fracture inédite chez les Autrichiens autour de leur passion nationale pour les sports d’hiver. D’un côté la construction d’une station de ski sur un glacier déjà en plein recul. De l’autre une pétition d’opposants demandent de préserver « ce qu’il reste de ces paysages primitifs » à l’heure du changement climatique. D’un côté un site qui dépend à 100 % du tourisme, jusqu’à près d’un tiers du PIB dans le Tyrol. De l’autre, un pays qui a connu des manifestations massives de jeunes lors des « Vendredis pour le climat ». D’un côté des touristes qui trouvent la station actuelle, avec ses 40 kilomètres de pistes, « trop petite », il leur faut 600 km de pistes comme dans le projet. De l’autre des Verts qui sont entrés au pouvoir en Autriche pour la première fois de leur histoire, en coalition avec les conservateurs de l’ÖVP qui ont toujours défendu les intérêts de l’industrie touristique.
    Pendant ce temps, le glacier ne fait que reculer.
    (LE MONDE du 18 février 2020, Un mégaprojet de station de ski déchire l’Autriche)

    1. Là encore, il n’est pas certain que nous puissions simplifier en mettant les uns d’un côté et les autres de l’autre. En ce qui concerne cette activité, son avenir, comme celui de telle ou telle station, nous devons composer aussi avec ces partisans de l’ «écotourisme», avec ces tartuffes qui nous vendent des stations de ski «vertes» et/ou «éco-responsables». Ceux-là nous expliqueront que les canons à neige, les dameuses et les hélicos sont verts, qu’ils compensent comme ils se doivent et patati et patata, et donc qu’il n’y a plus aucune raison de s’opposer à l’extension de tel ou tel domaine. C’est là un certain point de vue «écologiste», parmi tant d’autres. Et des points de vue d’écologistes (avec ou sans «»), ce n’est pas ça qui manque, c’est d’ailleurs la raison d’être de ce blog.
      Le mien c’est que tout ça c’est du grand n’importe quoi, de la folie, et que cette folie ne se manifeste pas seulement par ces héliportages, ces canons, ces extensions de stations alors que nous savons qu’il y aura de moins en moins de neige. La folie dépasse bien sûr le cadre des stations de ski. Ne faut-il pas être fou pour faire reposer l’économie d’une région, d’un pays, sur le tourisme? Ou sur telle ou telle autre activité.

  2. Tout à fait en phase avec Mille sabords et Jean Puplu. Bien que différents, leurs styles nous changent des sempiternels «il faut faire ceci ; il y a qu’à faire cela». Si les Yaca-Faucon m’amusent, c’est pour d’autres raisons. Reste à voir quel pourrait-être le style le plus efficace, le plus productif, nous l’appellerions alors le Grand Style.
    En attendant, cette opération d’héliportage dans cette station pyrénéenne n’est qu’un exemple de plus venant illustrer le Grand N’importe Quoi. Qu’en dire de plus, si ce n’est que nous sommes complètement fous, ou que Biosphère aurait pu titrer : « Les Shadoks font du ski.»
    De son côté Raphou ne voit pas de problème du côté de l’hélico, il le voit plutôt du côté du prix du kérozène à la pompe. J’aimerais lui demander ce qu’il dirait d’une augmentation d’un facteur 10 sur les forfaits de ski. 500 € la journée pour rider, on ne dit plus skier c’est ringard ! bref pour railleder sur de la neige artificielle trimballée en hélico, ce serait fou non ?
    Mister Z s’étonne «de voir comment on se préoccupe de l’emploi dans les stations alors que la destruction des charbonnages, du textile, de la sidérurgie, des chantiers navals, d’une bonne partie de l’automobile et de la chimie […] la casse sociale…». Ben oui, l’emploi, il faut y penser aux emplois ! Où est le problème à défendre les emplois, le sacro-saint Emploi ? Une petite pensée en passant, pour ces pauvres salariés de Fessenheim qui vont prochainement perdre leur job. Et ceci malgré leur magnifique courage et la superbe «lutte», qu’ils ont mené main dans la main avec leurs élus locaux, tous ensemble tous ensemble hi han, pour «sauver» leur vieille centrale de merde. Mais bon, tout ça est encore un autre «débat» 😉

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