de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

Les prétendants au poste quitté par Nicolas Hulot étaient peu nombreux. Normal, la succession ne pouvait aller à un écolo tant la politique macroniste n’est qu’écoblanchiment. On pouvait même craindre un retour de Ségolène Royal ! Mais l’ambition paye, François de Rugy obtient le job pourri après des années de galère. Après avoir été maire adjoint à Nantes (à 27 ans), il devient député Europe Ecologie-Les Verts (EELV) de Loire-Atlantique à partir de 2007 (à 33 ans). Il était devenu aujourd’hui président de l’Assemblée nationale sous Macron après un séjour chez les socialistes. Après avoir espéré que Jean-Marc Ayrault, dont il avait été l’adjoint, ne l’appelle en 2012, il avait vu ses compagnons de route écologistes Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili rejoindre le gouvernement socialiste en 2016. Sans lui ! Alors il est devenu macroniste après avoir participé à la primaire socialiste pour la présidentielle 2017 !

Nous avons cerné depuis 2012 sur ce blog l’idéologie qui rugy, une écologie dite réaliste, c’est-à-dire vendu au pouvoir en place : « Il y a une sensibilité radicale, mais que je pense moins efficace en matière de participation aux politiques publiques : c’est les fondamentaliste. Et puis il y a celles et ceux qui ont une approche plus pragmatique, les réalistes. Moi (de Rugy,) j’assume pleinement mon appartenance à cette deuxième branche de l’écologie politique.  (A quoi peut bien servir un député écolo) »  En conséquence François de Rugy cultive l’écologie superficielle, anthropocentrique. Il s’attaque aux « catastrophistes », comme le font les intellectuels libéraux qui pourfendent les « fanatiques de l’apocalypse ». Il privilégie l’emploi et la préservation du niveau de vie des Français, ce qui nécessairement détériore les conditions de vie dans d’autres pays ainsi que les perspectives pour les générations futures. Il critique l’éloge de la lenteur et oublie qu’il faudrait aller moins loin, moins vite et moins souvent. Les prises de position de François de Rugy sont tellement proches de la vulgate courante que son positionnement d’écologiste devient imperceptible. Mais pour être élu, il est sans doute nécessaire actuellement d’en passer par là… En nommant François de Rugy au ministère de l’écologie, l’exécutif fait le choix de nommer un homme qui devrait se montrer plus souple et davantage enclin à accepter la discipline gouvernementale que son prédécesseur. Juste après la démission de Nicolas, de Rugy avait écrit : « Celui ou celle qui lui succédera à cette difficile responsabilité devra avoir pour lui la possibilité d’agir dans la durée. » En terme clair, ne pas démissionner et fermer sa gueule. La langue de bois est déjà sa spécialité : « L’écologie, cela ne peut pas être que des grands discours d’analyse, de dénonciation ou même de propositions mais bien de l’action, encore de l’action et toujours de l’action. »

Voici quelques réactions sur lemonde.fr à cette nomination sans surprise :

– « incarner de manière aussi visible la politique écologiste de M. Macron » La politique écologiste de Macron ? Hulot part justement car il n’y pas de politique écologiste de Macron. Que va donner ce gars “contrôlable” dans “la durée”?

– Il a tout pour être un ministre parfait pour Manupiter Ier : carpette sur le fond, et très investi dans la communication présidentielle pour tenter de faire croire que l’écologie reste une priorité gouvernementale…

– La nomination de De Rugy a surtout l’avantage de libérer le Perchoir pour Ferrand qui, mise en examen oblige, avait vu passer la présidence de l’Assemblée sous son nez. De Rugy avait été investit par LREM pour le Perchoir à condition qu’il quitte ce poste 2 ans après. Ce qu’il refusait de faire. Bombardé ministre, le pb politicien est réglé.

– On passe de « Il faut impérativement faire très vite quelque chose de fondamental » avec Hulot à « Je propose que nous nommions une commission pour examiner la faisabilité de l’élaboration d’une ébauche de congrès destinée à se prononcer sur la possibilité de réfléchir sur l’éventualité de déterminer pour l’avenir le contenu d’une charte que nous soumettrons aux partenaires concernés. » avec Rugy.

– Candidat aux primaires socialistes (3,8 % des voix), il s’était engagé à soutenir le vainqueur et a trahi cet engagement dès le lendemain du vote.

– Au lendemain du Référendum sur ND des Landes il disait : « Il faut avoir le courage de reconnaître le résultat »… Pour saluer l’abandon du Projet par Macron. L’écologie a besoin d’éoliennes. Pas d’une girouette qui tourne à droite et à droite en fonction de sa seule ambition.

– Maintenant, on va voir comment il concilie son nouveau rôle avec sa mesure de 100% d’électricité renouvelable et 0% de nucléaire prônée lors de la présidentielle 2017. Comment, vous dites ? Renoncement ? ! Ah bon..

– Cette nomination a le mérite de la clarté : ce ministère ne sert à rien dans ce gouvernement.

* LE MONDE du 5 septembre 2018, Remaniement : François de Rugy remplace Nicolas Hulot au ministère de la transition écologique

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7 réflexions sur “de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir”

  1. Réactions politiques
    « Le président de séance qui a planté l’amendement contre le glyphosate à deux heures du matin devient ministre des apparences écologiques », a ironisé sur Twitter le chef de file des « insoumis » Jean-Luc Mélenchon, dès l’annonce de la nomination de M. Rugy.
    « Mission difficile pour François de Rugy, membre éminent de la Macronie », a relevé Yannick Jadot, tête de liste (EELV) pour l’élection européenne.

  2. Dans l’article du 2 sept 2018 « Qui voudrait le boulot de merde laissé par Hulot ?  » on lit un passage où Pascal Canfin nous livre sa … conviction :  » Aucun des écologistes pressentis pour succéder à Nicolas Hulot n’entrera au gouvernement à moins d’un changement radical de politique en faveur de l’environnement […] Je les ai eus au téléphone. Aucun d’entre-eux, c’est ma conviction absolue (…) n’ira dans ce gouvernement s’il n’y a pas ce big bang « .
    Et là je m’interroge. Y-a t-il eu ce fameux « big bang » , oui ou non ? De Rugy était-il dans cette fameuse « liste des candidats potentiels » , oui ou non ?
    Cela peut prêter à sourire, mais cela révèle, encore une fois, le « sérieux » de tous ces gens qui parlent au nom de l’écologie. Cela n’avance à rien que de le dire… oui je sais, mais ça fait du bien.

  3. Les larmes de Nicolas Hulot lors de la passation pleurent la fin de la « disruption », le début de la normalisation, pour ne pas dire de la banalisation. Au diable l’utopie, place aux réalistes qui ont si bien appris à intégrer les contraintes du réel qu’ils ne revendiqueront jamais la lune mais sauront transformer en avancée majeure le moindre compromis.
    Françoise Fressoz, éditorialiste au MONDE (publié le 6 septembre 2018)

  4. Lors de la passation entre Hulot et de Rugy, le contraste était saisissant : d’un côté les larmes aux yeux, la chemise ouverte, le ton passionné, de l’autre un type de sciences po cravaté, le discours ampoulé, le maintien rigide… c’était l’expression de l’écologie profonde, au fait de la profondeur du désastre en cours, contre l’écologie superficielle qui se dit « réaliste ».

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