Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

« Il ne reste plus qu’un seul champ d’action et d’expansion capable d’absorber toutes les forces sans emploi, la terre… qui ne laisse jamais mourir de faim ceux qui l’aiment et se confient à elle. Donc, retournons à la terre.* » Cette phrase de Jules Méline (1838-1925) nous paraît toujours d’actualité alors que nos champs ont été désertés, nos emplois industriels délocalisés à l’étranger et un secteur des services devenu disproportionné par rapport à nos réels besoins. Mais cela nécessite le protectionnisme, la démondialisation.

L’ouverture des échanges grâce aux nouvelles techniques de déplacement a été une victoire des milieux industriels sur les intérêts agricoles, préparée par la théorie de Ricardo. Si l’ouverture à la concurrence internationale facilite la baisse de prix, c’est aussi la victoire de l’industrie sur l’agriculture, des grosses entreprises sur les petites, une perte d’autonomie, la standardisation de la production, la concurrence déloyale pratiquée par ceux qui utilisent tous les moyens pour réduire leurs coûts de production. Cette approche dogmatique du libre-échange a conduit à considérer l’intégration dans l’économie mondiale comme une fin en soi et non plus comme un simple moyen d’ouverture intellectuelle. La compétitivité internationale est un leurre qui nous a mené dans une impasse. Fini la souveraineté alimentaire, place au productivisme et à la loi du plus fort. C’était dorénavant la planète au pillage !

Jules Méline avait écrit « Le Salut par la terre et le programme économique de l’avenir » (1919) : cela nous semble une bonne idée. Le retour à la terre nous semble toujours d’actualité. Une certaine forme du passé sera notre avenir : vivre à la fois au Moyen Age et dans le monde moderne. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; dans des sociétés de résilience, il  en serait presque de même, l’électricité en plus.

* LE MONDE du 30 août 2014, Jules Méline, chantre du protectionnisme

 

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6 réflexions sur “Démondialisation, pour un retour au protectionnisme”

  1. Le plus drôle, enfin façon de parler, c’est que cette théorie des avantages comparatifs que nous appliquons et encensons, dans ma jeunesse elle était présentée à l’école comme le moyen employé par l’Union soviétique pour maintenir les pays satellites sous son joug, donc avec une connotation évidemment très péjorative.
    Là où je ne suis pas d’accord avec vous, Charles, c’est quand vous parlez de tournant historique. Si c’était le cas il existerait un repère permettant une prise de conscience. Mais nous sommes comme la grenouille dans la casserole, et ce que nous verrons est une lente gangrène du monde qui plutôt que renoncer à un modèle failli, continuera ses échanges et pressera le citron pétrolier au prix de l’environnement et de la qualité de la vie. Donnant aux peuples les miettes du festin des plus nantis.

  2. Le plus drôle, enfin façon de parler, c’est que cette théorie des avantages comparatifs que nous appliquons et encensons, dans ma jeunesse elle était présentée à l’école comme le moyen employé par l’Union soviétique pour maintenir les pays satellites sous son joug, donc avec une connotation évidemment très péjorative.
    Là où je ne suis pas d’accord avec vous, Charles, c’est quand vous parlez de tournant historique. Si c’était le cas il existerait un repère permettant une prise de conscience. Mais nous sommes comme la grenouille dans la casserole, et ce que nous verrons est une lente gangrène du monde qui plutôt que renoncer à un modèle failli, continuera ses échanges et pressera le citron pétrolier au prix de l’environnement et de la qualité de la vie. Donnant aux peuples les miettes du festin des plus nantis.

  3. Tout à fait d’accord sur ce point.La mondialisation n’est pas écologiquement durable.
    La libéralisation des échanges de produits et de services s’est intensifiée avec le traité de Mastricht en 1993,puis avec l’entrée des grands pays émergents dans le commerce international dans une philosophie de la mondialisation encadrée par l’OMC .Les transports aériens ,maritimes ,terrestres ont été multipliés par 7 depuis 1980 au niveau mondial.
    Tout cela est possible à une condition ,le faible coût de l’énergie fossile ,par exemple le coût du transport d’un ordinateur fabriqué en chine est de 2 euros et inversement l’exportation de machines de l’Europe vers l’Afrique à un prix négligeable.
    Cela montre que le développement économique et le niveau de vie actuel n’est pas durable dès que l’énergie fossile va diminuer et nous sommes à ce tournant historique .Il faut limiter les échanges au strict nécessaire,mais permettre toutefois a court terme d’équilibrer notre balance commerciale nationale (-70mrds/an).

  4. Tout à fait d’accord sur ce point.La mondialisation n’est pas écologiquement durable.
    La libéralisation des échanges de produits et de services s’est intensifiée avec le traité de Mastricht en 1993,puis avec l’entrée des grands pays émergents dans le commerce international dans une philosophie de la mondialisation encadrée par l’OMC .Les transports aériens ,maritimes ,terrestres ont été multipliés par 7 depuis 1980 au niveau mondial.
    Tout cela est possible à une condition ,le faible coût de l’énergie fossile ,par exemple le coût du transport d’un ordinateur fabriqué en chine est de 2 euros et inversement l’exportation de machines de l’Europe vers l’Afrique à un prix négligeable.
    Cela montre que le développement économique et le niveau de vie actuel n’est pas durable dès que l’énergie fossile va diminuer et nous sommes à ce tournant historique .Il faut limiter les échanges au strict nécessaire,mais permettre toutefois a court terme d’équilibrer notre balance commerciale nationale (-70mrds/an).

  5. La mondialisation n’avait un sens que lorsqu’il s’agissait de maximiser le niveau de production par une spécialisation en fonction des différentiels de coûts. Aujourd’hui, cette maximisation n’est plus de mise, nous produisons déjà beaucoup trop pour que la planète puisse le supporter et c’est bien l’établissement d’une certaine résilience qui doit nous guider. Pourquoi y a-t-il si peu d’économistes pour le comprendre ? Nous faisons comme si l’économie était « hors sol », elle ne l’est pas, in fine la planète doit toujours pouvoir la supporter, ce n’est bientôt plus le cas.

  6. La mondialisation n’avait un sens que lorsqu’il s’agissait de maximiser le niveau de production par une spécialisation en fonction des différentiels de coûts. Aujourd’hui, cette maximisation n’est plus de mise, nous produisons déjà beaucoup trop pour que la planète puisse le supporter et c’est bien l’établissement d’une certaine résilience qui doit nous guider. Pourquoi y a-t-il si peu d’économistes pour le comprendre ? Nous faisons comme si l’économie était « hors sol », elle ne l’est pas, in fine la planète doit toujours pouvoir la supporter, ce n’est bientôt plus le cas.

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