des déchets en héritage

Avec l’explosion démographique, le carcinome de l’urbanisme désordonné, les eaux d’égout et les déchets formant désormais de véritables couches géologiques, il est certain qu’aucun créature autre que l’homme n’a jamais réussi à souiller son nid en un temps aussi court. Si l’humanité disparaissait, combien de temps faudrait-il pour rendre à l’Eden l’allure et les parfums qui étaient les siens à la veille de l’apparition d’Adam ? La végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtraient du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans.

Un espace emplis de déchets plastiques et grand comme le Texas a été découvert récemment dans l’Atlantique nord : ils se rassemblent dans une gyre, là où les courants aboutissent  et dont les objets ne s’échappent jamais. Le plastique est très résistant, aucun micro-organisme n’est capable de le dégrader complètement. Même transformé en poudre, tous les plastiques produits depuis que l’homme les fabrique sont encore présents à l’état de trace dans l’environnement. Il faudra attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

Les humains ne seront à leur place dans la biosphère que s’ils utilisent uniquement ce qui est biodégradable, que ce soit pour leurs habitations ou leurs consommations. Ce n’est pas les pyramides d’Egypte qui importent, elles sont seulement significatives de la démesure de ceux qui nous gouvernent. Les humbles paysans du temps des pharaons n’ont laissé aucun trace, et cela est bon.

Source documentaire :

The Historical Roots of Our Ecologic Crisis de Lynn White Jr. (1966)

Homo disparitus d’Alan Weisman (2007)

LeMonde du 6 mars 2010