dominique Bourg

Entretien avec Dominique Bourg, directeur de l’Institut des politiques territoriales et d’environnement humain de l’université de Lausanne In Magazine de l’espace européen de la recherche (research.eu) n° 52, juin 2007

– Question : Vous ne semblez pas beaucoup compter sur le progrès technologique

 D.Bourg : « Il faut tirer les leçons du 20ème siècle. Lorsqu’on a découvert la radioactivité, on a cru qu’elle était inoffensive. Elle s’est avérée cancérigène – surprise ! Lorsqu’on a inventé les CFC (chlorofluorocarbones), on était très content de leur inertie chimique, que l’on estimait être une garantie de sécurité, et on les a produit en masse. Des décennies plus tard, il est apparu que les CFC détérioraient la couche d’ozone – surprise ! Le DDT a été présenté comme l’invention du siècle, très efficace et sans danger. Mais ce pesticide est nocif pour l’environnement et même pour la santé à certaines concentrations – surprise encore ! Et j’en oublie, l’amiante entre autres. Finalement l’utilisation des hydrocarbures s’avère dangereuse pour le  climat.

Cela montre que nos techniques sont des maîtrises partielles ne donnant aucunement la maîtrise de l’ensemble du système, et qu’elles peuvent déboucher sur des dommages. Plus ces techniques sont puissantes, plus les dommages induits peuvent être importants.

– Question : Pensez-vous qu’un bien puisse sortir de la crise actuelle ?

 D.Bourg : D’une certaine façon, cette confrontation aux limites de la planète peut s’avérer être une chance extraordinaire. Notre civilisation se détruit parce qu’elle s’est conçue comme devant transgresser toutes les limites dans tous les domaines. Nous avons cassé tous les canons esthétiques en art, donné naissance aux totalitarismes les plus absolus, décrété qu’il n’y avait plus de limites physiques – comme l’illustre le sport moderne -, ni éthiques, par exemple en matière de procréation artificielle. Il n’y a plus de limites à la consommation, ni tout simplement de limites naturelles. Notre seule obsession est : « toujours plus ». Toute la modernité s’acharne, en quelque sorte, à occuper la place du Grand architecte. Et, finalement, nous sommes confrontés à un phénomène (réchauffement climatique et perte de biodiversité) qui peut nous faire retrouver le sens, et le sens du sens. Si nous ne ratons pas l’occasion.

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