écolofascisme ?

L’éditorial du Monde du 14 août cherche à nous rassurer : 0,3 % de croissance du PIB au deuxième trimestre serait une bonne nouvelle, « le pire de la crise est derrière nous ». Comme si la croissance économique était une bonne nouvelle ! Le Monde envisage cependant que le pire pourrait être encore devant nous par augmentation du chômage et des déficits publics. Dans cette analyse, Le Monde oublie tout simplement la violence des chocs  écologiques à venir.  Exemple :

Toujours dans ce même numéro du Le Monde, trois Etats du nord de l’Inde ont réduit les nappes phréatiques de 109 milliards de mètres cubes, soit 10 % des réserves du pays tout entier. La surexploitation de la biosphère va entraîner, en Inde ou ailleurs, une baisse de la production agricole, des pénuries d’eau potable et d’importantes tensions sociales. Le Monde titre sur le « spectre des guerres de l’eau », mais nous aurons bientôt des guerres du pétrole, des guerres de céréales, des guerres du poisson, des guerres du cuivre ou du lithium, etc. Nous en avons déjà un avant-goût.

Il ne faut plus raisonner dans l’immédiat, mais sur une ou deux générations au minimum. Nous devrions en France, comme n’importe où sur notre petite planète, faire en sorte que notre comportement d’aujourd’hui laisse une planète vivable et viable après 2050… sinon le spectre de la guerre totale se profile. Nous n’aurons même pas l’occasion de subir un écolofascisme, car le fascisme ne peut que privilégier les intérêts de quelques-uns au détriment de l’environnement, le totalitarisme est incapable de décider un partage équitable de la rareté.

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3 réflexions sur “écolofascisme ?”

  1. Considérer les « non-humains » comme des partenaires délibératifs, dont les « intérêts » (quelle drôle d’expression j’emploie là!) sont à prendre en compte dans la décision politique est le dérapage anti-humaniste principal de beaucoup d’écologistes. Ce dérapage n’est pas nécéssaire, puisque il est raisonnable, en soi, pour les humains, de préserver les espèces animales ou végétales, au même titre que les ressources naturelles, et de tenter de développer des énergies renouvelables. Ce programme écologique est largement suffisant. Au delà, on entre dans des considérations qui sont très vite d’ordre religieux, sur l’absence de différence ontologique entre homme et animal, sur l’existence d’une « Nature » (qui parait-il se « vengerait ») etc…, et autres fadaises irrationelles qu’on retrouve condensées dans Yann Arthus Bertrand, la nouvelle coqueluche du grand patronat français, le gourou de l’écologie, dont le film est un véritable cauchemar, une insulte à la raison.
    La décision politique, que vous le vouliez ou non, et le fruit d’un affrontement entre des visions antagonistes. La droite le sait très bien, l’a toujours su, et l’assume. La gauche naïve se drape dans ses principes et croit qu’on peut discuter de tout , que l’idéologie n’existe plus (la bonne blague, ça fait beaucoup rire à droite!). Beaucoup de Verts pensent cela, de Modem aussi. L’alternative crédible pour la gauche, c’est d’être de gauche, et rien que de gauche. Le projet écologique qu’elle développera doit l’être aussi, et affronter le projet écologique de la droite, fait de dispense pour les puissants, de rachat, de droits à polluer, de libre marché de la pollution, d’incitation libérale etc… Pas besoin pour cela de construire des élucubrations fumeuses sur la délibération politique, et sur la démocratie pour les « non-humains » !
    Quant aux générations futures, du point de vue de la théorie démocratique, la seule chose dicible : c’est qu' »on ne peut décider pour elle », je ne vous le fais pas dire, et je suis d’accord avec vous (et avec Rousseau, Contrat Social, et les révolutionnaires français, Constitution de l’An I). Mais cette phrase a de nombreuses conséquences philosophiques, très complexes, et totalement inextricables. C’est un problème qui passionne les philosophes depuis longtemps, à juste titre. En fait elle est fondée, selon moi, sur une erreur d’évaluation : il n’existe pas de « générations actuelles » opposées à des « générations futures ». Pour ceux qui sont présents sur Terre, il n’y a pas de « générations » précises, c’est un continuum des plus jeunes aux plus vieux, et la sociologie montre bien l’absence réelle de variables générationnelles dans les structures sociales. Pour ceux qui ne sont pas encore sur Terre, et bien on ne peut juste rien dire, ils ne sont pas là. La prudence m’y invite. Vous formulez le problème de manière très cavalière : « on ne peut pas décider en leur absence ». Mais ils sont absents! Nous, en tant qu’êtres humains, pouvons parfaitement faire en sorte d’appliquer un programme politique volontariste afin de développer, aujourd’hui,des énergies non destructrices, il n’est pas nécéssaire d’en appeler à la légitimation par des gens qui ne sont pas encore nés. Le réalisme sert beaucoup plus l’écologie que des constructions philosophiques instables.

  2. D’un point de vue politique, il faudrait que la décision démocratique prenne en considération les tiers-absents, c’est-à-dire les générations future et les non-humains. Sinon la décision prise en leur absence se situe de façon étriquée dans le temps (le court terme) et l’espace (l’homo sapiens uniquement). Cette décision partielle et partiale ne peut aboutir à un progrès social durable.

    Si des élus prenaient en compte les tiers-absents dans leur capacité délibérative, cela ne pourrait qu’être un progrès démocratique. La droite (le libéralisme) ne considère par définition que le court terme. La gauche aurait tout à gagner à inclure les tiers-absents dans sa stratégie ; au moins elle proposerait un début d’alternative crédible…

  3. Voilà les lignes les plus bêtes que je n’ai jamais lues. Un recueil d’erreurs d’analyses historiques classiques, appuyées sur la fascination morbide d’une catastrophe mondiale (tant de choses à dire sur l’utilisation eronnée du mot fascisme, du mot totalitarisme, du concept de guerre totale etc…), d’oublis politiques fondamentaux (toute guerre se produit en fonction d’objectifs stratégiques précis, rien de nouveau donc, vous ne faîtes que rappeler un lieu commun, et croire que la prise de conscience écologique évitera les guerres dont vous parlez est d’une naïveté confondante!!), et d’absence totale de convictions politiques (Le dernier paragraphe, sur les objectifs « générationels », les raisonnements en « siècle » sont typiques de l’écologie apolitique,et d’ailleurs tautologiques, puisque incritiquables. Les impératifs écologiques, dont je suis ardent défenseur par ailleurs, déconnectés des notions politiques (Le Progrès social pour moi), nous conduiront tout droit à la régression sociale généralisée, au profit de quelques privilégiés qui auront les moyens de vivre écologiquement, ou pire, de vivre comme avant en profitant des efforts de toute la population, bref, un capitalisme légitimé par l’écologie). L’écologie doit être politique, ancrée dans la politique, et tirer ses principes de la lutte politique. L’écologie apolitique sera vecteur d’inégalités majeures. Probablement êtes-vous du bon côté de la barrière.

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