Efficacité énergétique et économies d’énergie

Une confusion est trop souvent entretenue entre « efficacité énergétique » et « économies d’énergie ». L’efficacité renvoie à la performance de l’équipement, la sobriété renvoie à l’intelligence de l’usage. Si on isole parfaitement une maison pour économiser l’énergie mais qu’on en profite pour vivre avec quelques degrés de plus, il n’y aura pas de transition énergétique ; c’est l’effet rebond. La sobriété, c’est au contraire rompre avec la facilité, c’est le contraire de l’ébriété énergétique. En clair, cela veut dire limiter nos besoins à l’essentiel et ne pas trop compter sur la technique et l’innovation. Cette réflexion, nous l’avions publiquement faite lors d’une rencontre organisée par l’entreprise Schneider Electric en 2013 dans le cadre d’un débat national sur la transition énergétique.

Sept ans plus tard, on entretient la même confusion, mais cette fois l’entreprise Schneider trouve un allié inattendue en la personne de Mathis Wackernagel (Fondateur et président du think tank Global Footprint Network qui calcule le jour du dépassement) : « Nos recherches montrent que si tous les bâtiments et infrastructures existants dans le monde étaient équipés de technologies d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables, nous pourrions repousser le jour du dépassement de trois semaines… Prospérer dans le respect des contraintes écologiques de notre planète est une nécessité incontournable pour le succès de toute entreprise dans un monde de plus en plus marqué par le changement climatique et les contraintes écologiques.» En clair, faites confiance aux entreprises, elle trouveront l’innovation qui sauve, nul besoin de sobriété partagée. Les commentateurs sur lemonde.fr précisent :

le sceptique : Belle tribune du CVPP, capitalisme vert public-privé. Capitalisme car il s’agit de tirer profit d’une gestion de la rareté en espérant un retour sur investissement. Vert car la finalité d’accumulation de biens et services à finalité écologique est le nouveau mantra. Public-privé car l’Etat permet le contrôle des récalcitrants, la production des normes contraignantes créant les marchés verts et le co-financement de transition pour les options les moins rentables. Comme toujours, la gauche est utile pour créer ces nouveaux territoires de profit. Elle a le nez creux, elle a montré régulièrement la voie (exiger des loisirs pour engager l’économie des loisirs, exiger de jouir sans entraves pour monétiser toutes les occasions de jouissance, etc). Donc ici, le soin de la nature devient une immense opportunité ouverte par la bourgeoisie progressiste et ses enfants, une opportunité vite occupée par les entreprises vertueuses et les ONG qu’elles financent.

Georges-Henri : très juste. je fais mienne votre analyse. Spinoza disait :  » l’effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. » Permettez-moi de vous offrir une citation du discours de la servitude volontaire de La Boétie qui mérite d’être lu et relu : « Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. « 

le sceptique : Je crois décrire des faits, au moins en Occident. Le capitalisme brun fossile, mondialisé et extractiviste est plutôt en perte d’image, le capitalisme vert renouvelable, localiste et conservationniste est en ascension. Les parts de marché du bio montent, les parts de marché de l’éolien et du solaire montent, les parts de marché du tourisme durable montent, les parts de marché des motoristes non fossiles montent, etc. Tous ces secteurs font aussi l’objet de soutiens publics, l’UE promet 1000 milliards €, Joe Biden annonce 1700 milliards de $. La tendance est à revenir sur l’idéal de libre-échange total de la phase 1980-2010 pour vanter des barrières douanières, des taxes vertes etc. La question sociale (inégalités regrettables) est relativisée par rapport à la question environnementale (urgence non discutable). Les élites (technostructure des bureaucraties publiques et privées, classe instruite en lien aux pouvoirs) construisent un nouveau récit de leur domination.

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2 réflexions sur “Efficacité énergétique et économies d’énergie”

  1. J’irais plus loin avec l’effet rebond. Si les économies d’énergie et surtout d’argent réalisées grâce à une isolation sont transformées en «petit» voyage en avion, manière de se faire plaisir, c’est pareil.
    Et pourtant c’est ce que nous pouvons observer chez bon nombre de ces petits-bourgeois qui pensent faire du bien à la planète parce qu’ils ont fait construire une maison «passive», dont il sont très fiers. Et comme par hasard ces écotartufes n’ont jamais entendu parler de l’effet rebond, de l’entropie, de Georgescu-Roegen et Jean Passe. Par contre ils sont à la pointe de tous ces gadgets tous plus «écolos» les uns que les autres, comme ces applis à la con leur permettant de calculer, entre autres, leur empreinte carbone.

    1. Rien d’étonnant au fait que Global Footprint Network copine avec Schneider, la Fondation Hulot copine bien avec RTE et Compagnie, et c’est partout pareil. Ces copinages, partenariats, mécénats etc. disons contre-nature, ne peuvent qu’en rajouter à la confusion. N’oublions pas que ces organismes ont pour mission de faire progresser le Développement Durable et la non moins fumeuse Transition, et au sein même des entreprises.

      La déclaration de Mathis Wackernagel est particulièrement comique :
      – «si tous les bâtiments et infrastructures existants dans le monde étaient équipés de technologies d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables, nous pourrions repousser le jour du dépassement de trois semaines…»
      Trois semaines, nous voilà bien avancés ! Le Covid fait aussi bien. Finalement on voit bien ce qui les intéresse, Business as usual.

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