Histoire de la sélection naturelle

1) La famille des homininés date d’au moins sept millions d’année. Il y a sans doute eu une dizaine d’espèces d’homininés, parmi lesquelles nous constituons la seule survivante. Selon les témoignages fossiles, le plus ancien membre de notre espèce vivait il y a 195 000 ans dans une région correspondant à l’Éthiopie actuelle.

2) Aujourd’hui la colonisation de nouveaux milieux par de petites populations isolées semble terminée ; et avec elle, l’évolution ? Les recherches récentes montrent que ce n’est pas le cas. 300 régions génomiques présentant des signes de changements récents, qui ont amélioré les chances de survie et de reproduction des individus. Citons par exemple, chez certaines populations africaines, la résistance au virus responsable de la fièvre de Lassa, l’un des plus grands fléaux du continent, et la résistance partielle à des maladies comme le paludisme.

3) La mobilité de l’humanité pourrait entraîner l’homogénéisation de notre espèce. En parallèle, notre technologie et notre médecine contrecarrent la sélection naturelle. Dans la plupart des régions du globe, les nouveau-nés ne meurent plus en masse. Les individus souffrant d’affections génétiques autrefois mortelles peuvent vivre et avoir des enfants. Nous n’avons plus de prédateurs naturels qui affectent notre espérance de vie.

4) Pour l’essentiel c’est aujourd’hui la culture, et non plus l’hérédité génétique, qui détermine la survie ou la mort des individus. L’évolution est alors non plus génétique, mais mémétique* – c’est-à-dire impliquant les idées, la culture. Pour d’autres chercheurs, l’évolution génétique se poursuit, mais « à l’envers ». Certaines caractéristiques de la vie moderne conduisent à un changement évolutif qui nous rend moins aptes à la survie.

5) Une des particularités de notre espèce est que nous avons le pouvoir d’agir sur les moteurs de l’évolution. Nous avons dirigé l’évolution de nombreuses espèces animales et végétales, et nous pouvons sans doute diriger la nôtre. Ce pouvoir a fait naître maintes tentations eugénistes – l’idée que la société devait suppléer à la sélection naturelle pour éviter la dégénérescence de l’espèce.

6) À la question « à quoi ressembleront les hommes du futur ? », vous obtiendrez deux sortes de réponses. La première, tout droit sortie des films de science-fiction, évoque des êtres dotés d’un énorme cerveau, d’un front très haut et d’une intelligence supérieure. La seconde affirme que l’homme n’évolue plus physiquement, sa puissance technologique l’ayant soustrait à la sélection naturelle, et que son évolution n’est plus que culturelle.

7) Un jour, peut-être, nous aurons le pouvoir d’introduire une nouvelle espèce humaine dans notre monde. Allons-nous suivre cette voie ? Ce sera à nos descendants d’en décider.

8) Comme Steven Jay Gould le soulignait, les fossiles, y compris ceux de nos propres ancêtres, nous indiquent que le changement évolutif n’est pas un processus continu : il apparaît par à-coups, sans orientation ni direction précises. Les organismes peuvent devenir plus petits aussi bien que plus grands. Toutefois, l’évolution a effectivement montré au moins une constante : un accroissement de la complexité, qu’elle soit anatomique, physiologique ou comportementale.

* La mémétique utilise le concept, dû à Richard Dawkins, de « mème » (élément de comportement transmis par imitation) pour étudier les évolutions de la culture dans une approche darwinienne étendue. Si la génétique se base sur le concept de gène pour étudier le vivant, la mémétique se base sur le concept de mème pour étudier la culture.

Source : https://www.pourlascience.fr/sd/evolution/homo-sapiens-evolue-t-il-encore-3084.php

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1 réflexion sur “Histoire de la sélection naturelle”

  1. Sur les points 5) 6) et 7), comme je le disais précédemment à Didier Barthès, je me méfie beaucoup de cette «intelligence», cette chose que nous ne savons pas définir exactement, mais que nous nous autorisons et appliquons à mesurer. C’est terrible (marrant) ce besoin que nous avons à vouloir tout mesurer, tout quantifier, faut croire que la connerie humaine est, pour le moment… ce qui caractérise le mieux notre dite intelligence.
    Une des particularités de notre espèce est que nous avons le pouvoir de nous projeter dans l’avenir, même très lointain (je ne crois pas que mon chien ni les loups etc. se soucient de ça). Bien sûr, sur ce point certains individus se contentent de peu, de seulement quelques années, décennies, se foutent pas mal des générations suivantes (après moi le Déluge) et se contrefoutent de ce que nous réserve l’évolution.
    Sur cette énigme notre imagination est sans limite et là encore l’éventail est large. Ainsi certains se plaisent à imaginer que «les hommes du futur» seront «dotés d’un énorme cerveau, d’un front très haut et d’une intelligence supérieure», d’autres semblent avoir besoin de croire (et même d’espérer) que cette «intelligence supérieure» aura amené notre espèce à cet «homme augmenté», un cyborg bourré de silicium et d’acier, doté d’un Macintosh au dessus des épaules, le tout surmonté d’une GoPro et d’une antenne 5G, bref la grande classe, rien à voir toutefois avec le Grand Style. D’autres encore semblent prendre plaisir à entretenir l’idée que notre espèce ne saurait tarder à disparaître, certains en arrivant même à conclure «bon débarras !» Raté je ne sais pas, mais l’homme est vraiment un animal très curieux.
    Et d’autres encore (comme moi) se plaisent à croire à «L’homme perfectible», à ce Surhomme dont parlait Nietzsche, disons plus simplement à ce Sapiens enfin digne de ce nom ou cet Homme avec un grand H. Nous connaissons tous des hommes et des femmes sachant se contenter de peu et n’ayant pas besoin de dominer et de tout écraser pour se sentir exister, des individus qui semblent ne pas être concernés par ce fameux «Bug Humain» décrit par Sébastien Bohler, ou alors différemment des autres. Notre espèce a compté et compte encore bon nombre de spécimens représentatifs de cet Homme enfin digne de ce nom, je vois là la preuve que notre espèce n’est pas si pourrie (ou ratée) que certains prennent plaisir à le croire.

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