Hubert Védrine, le monde au défi (de l’écologie)

Le livre* de cet ancien ministre des Affaires étrangères n’est pendant ses deux tiers que blabla géopolitique. Hubert Védrine décrit le choc des cultures et la décomposition du monde malgré la volonté d’universalisme de la communauté internationale. Pour échapper aux conflits de toutes sortes et retrouver une sorte d’homogénéité, il croit cependant au passage de la géopolitique à la géo-écologie : « On en arrive donc à la conclusion que seule la nécessité, vitale à proprement parler, de garder la Terre habitable, pourrait et devait concerner tous les êtres humains, et ce quelles que soient leur situation et leurs croyances. C’est de «l’habitabilité» de la biosphère pour tous ses habitants, en étendant ce concept à tous les êtres vivants, qu’il est question.»  

Mais Védrine reste très superficiel et succinct dans son analyse de la crise écologique même s’il critique l’anthropocentrisme : «Le lien vital entre la nature et nous, lien commun a tous les êtres vivants, n’est pas réellement admis par les êtres humains qui se croient à part, différents ! Nous sommes bel et bien schizophrènes devant cette interdépendance organique. Et tant que ce sera le cas, l’humanité divisée en antagonismes récurrents, poursuivra sa course folle.» Surtout il constate ce qui empêche toute prise de conscience : «Les peuples aspirent à vivre à l’occidentale (p.83)… Quand aux classes moyennes des pays émergents, elle veulent avant tout et massivement accéder à ce mode de vie régulièrement décrié chez nous! (p.96)» Par exemple il ne croit pas à des restrictions dans la consommation de viande, maintien de l’emploi oblige. Il confond aussi écologie politique et écologie punitive : «Selon les maximalistes, le futur ne devait être que privation, mortification, expiation, dénonciation, retrécissement et, en prime, gauchisme sociétal!» En fait Védrine croit encore à la technologie qui sauve : « Dans le domaine de l’automobile, les progrès vont être spectaculaires. L’écologisation de l’aéronautique sera plus compliquées, mais il y aura quand même des avancées

Il n’y a donc pas d’espoir dans ce livre en un rejet du croissancisme, il n’y aura pas selon Védrine de grande rupture vers l’écologisme, mais la distinction droite gauche sera un jour «supplantée par d’autres distinctions, peut-être aussi clivantes, mais sur d’autres bases». On n’en saura pas plus et au sortir de ce pensum, il faut se contenter de ce genre d’analyse sommaire. Par contre le livre sorti en librairie le 11 juillet 2016, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » de Michel Sourrouille vous dira tout sur la géopolitique du XXIe siècle et l’avenir de la distinction droite/gauche !

* Hubert Védrine, le monde au défi (Fayard 2016, 120 pages  pour 13,50 euros)

Hubert Védrine, le monde au défi (de l’écologie)

Le livre* de cet ancien ministre des Affaires étrangères n’est pendant ses deux tiers que blabla géopolitique. Hubert Védrine décrit le choc des cultures et la décomposition du monde malgré la volonté d’universalisme de la communauté internationale. Pour échapper aux conflits de toutes sortes et retrouver une sorte d’homogénéité, il croit cependant au passage de la géopolitique à la géo-écologie : « On en arrive donc à la conclusion que seule la nécessité, vitale à proprement parler, de garder la Terre habitable, pourrait et devait concerner tous les êtres humains, et ce quelles que soient leur situation et leurs croyances. C’est de «l’habitabilité» de la biosphère pour tous ses habitants, en étendant ce concept à tous les êtres vivants, qu’il est question.»  

Mais Védrine reste très superficiel et succinct dans son analyse de la crise écologique même s’il critique l’anthropocentrisme : «Le lien vital entre la nature et nous, lien commun a tous les êtres vivants, n’est pas réellement admis par les êtres humains qui se croient à part, différents ! Nous sommes bel et bien schizophrènes devant cette interdépendance organique. Et tant que ce sera le cas, l’humanité divisée en antagonismes récurrents, poursuivra sa course folle.» Surtout il constate ce qui empêche toute prise de conscience : «Les peuples aspirent à vivre à l’occidentale (p.83)… Quand aux classes moyennes des pays émergents, elle veulent avant tout et massivement accéder à ce mode de vie régulièrement décrié chez nous! (p.96)» Par exemple il ne croit pas à des restrictions dans la consommation de viande, maintien de l’emploi oblige. Il confond aussi écologie politique et écologie punitive : «Selon les maximalistes, le futur ne devait être que privation, mortification, expiation, dénonciation, retrécissement et, en prime, gauchisme sociétal!» En fait Védrine croit encore à la technologie qui sauve : « Dans le domaine de l’automobile, les progrès vont être spectaculaires. L’écologisation de l’aéronautique sera plus compliquées, mais il y aura quand même des avancées

Il n’y a donc pas d’espoir dans ce livre en un rejet du croissancisme, il n’y aura pas selon Védrine de grande rupture vers l’écologisme, mais la distinction droite gauche sera un jour «supplantée par d’autres distinctions, peut-être aussi clivantes, mais sur d’autres bases». On n’en saura pas plus et au sortir de ce pensum, il faut se contenter de ce genre d’analyse sommaire. Par contre le livre sorti en librairie le 11 juillet 2016, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » de Michel Sourrouille vous dira tout sur la géopolitique du XXIe siècle et l’avenir de la distinction droite/gauche !

* Hubert Védrine, le monde au défi (Fayard 2016, 120 pages  pour 13,50 euros)