Introduction à la société de décroissance (1/4)

La décroissance est notre destin. Nous avons déjà besoin au niveau mondial d’une planète et demi pour perpétuer notre mode de vie actuel, il est impossible de continuer à dilapider le capital naturel. Pour tous ceux dont l’empreinte écologique dépasse les capacités de renouvellement de la planète, toute croissance économique est un facteur d’aggravation. Le défi est énorme, il s’agit de parvenir à une société post-carbone en évitant si possible les effets délétères d’une récession économique… Voici quelques éléments en quatre articles successifs pour parcourir les différentes conceptions de la décroissance.

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INTRODUCTION

La décroissance n’est pas une invention théorique et nouvelle, toutes les civilisations antérieures se sont effondrées après une période de faste plus ou moins longue. La révolution industrielle a permis depuis deux siècles une croissance tendancielle, mais celle-ci est cyclique (analyse de J.Schumpeter) et les périodes d’expansion sont toujours suivies de période de récession ponctuelles, voire de dépression comme en 1929. Le PIB est devenu un mauvais indicateur, d’autres indicateurs globaux montrent que la croissance est en réalité une décroissance. Ainsi pour le Royaume-Uni, le PIB par habitant augmente constamment entre 1950 et 1990, par contre l’IBED/hab. diminue à partir de 1974 pour se retrouver en 1990 à un niveau quasi-identique à celui de 1950. L’IBED (indicateur de bien-être véritable)* peut être défini comme la somme [consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement)] moins [dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel]. Les dépenses défensives sont définies par les dépenses (et la production correspondante) qui servent à réparer les dégâts provoqués par des activités humaines de production ou de consommation. Certains analystes estiment même que la moitié des dépenses publiques sont de type défensif. En d’autres termes, le Royaume Uni connaît une décroissance réelle depuis le premier choc pétrolier et on pourrait sans doute obtenir des résultats similaires pour les autres pays développés.

On laisse encore croire dans les instances politiques ou sur les plateaux de télévision que la croissance est nécessaire et la décroissance un fantasme de l’écologie radicale. Mais c’est l’idée de la croissance perpétuelle du PIB dans un monde fini qui se révèle être un fantasme. Une étude approfondie des réalités contemporaines montre que nous nous dirigeons inéluctablement soit vers une décroissance subie et inégalitaire, soit une décroissance choisie, maîtrisée, partagée de façon solidaire. La volonté de croissance économique doit faire place au sens des limites, il faut réinventer l’avenir en modifiant des valeurs soumises à l’emprise de la révolution industrielle, il faut organiser une société de décroissance.

L’idée de décroissance naît de la critique des politiques de développement des années 1950-1970 dans les pays dits « sous-développés ». Le terme « après-développement » a été proposé pour la première fois par François Partant en 1988. Le terme de décroissance ne se trouve pas dans le livre fondateur de Nicholas Georgescu-Roegen, The Entropy Law and the Economic Process publié en 1971. Mais l’idée de décroissance ou d’après-croissance venait souvent dans les discussions qu’il avait avec Jacques Grinevald. C’est en 1979, que le titre « Demain la décroissance », fut adopté par Jacques Grinevald pour la traduction de plusieurs textes que Georgescu-Roegen lui avait envoyés entre 1976 et 1977.

* Les nouveaux indicateurs de richesse de Gadrey et Jany-Catrice (édition La Découverte, 2005)

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