La bataille de Notre-Dame-des-Landes préfigure une guerre

Il y a d’un côté ce qui croient encore à la toute puissance des humains, de l’autre ceux qui ont conscience des limites de la planète. D’un côté les autorités locales ou nationales, de l’autre quelques militants de l’écologie. D’un côté les tenants du système thermo-industriel qui croient encore que l’abondance énergétique est devant nous. De l’autre les écologistes qui commencent  à diffuser leurs idées. D’un côté le PS et l’UMP, habituellement opposés, qui se retrouvent dans ce projet. De l’autre EELV et le MoDem qui sont contre. Les uns ont la police et même l’armée à leur service, de l’autre il n’y a que la légitimité de l’action et la force de la non-violence. La bataille de Notre-Dame-des-Landes est symbolique de ce rapport de force contre les armes de la vérité à venir. En cela il préfigure tous les combats qui vont être mené contre la démesure de notre société.

La commission du dialogue* vient d’estimer que le projet d’aéroport était « justifié ». Il est vrai que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait exclu que cette commission puisse retoquer le projet. Sans surprise, Ayrault a réaffirmé « son attachement à poursuivre la conduite de ce projet ». La commission parie sur le risque de saturation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique à l’horizon 2018-2020… sans tenir compte de l’évolution probable du prix du kérosène d’ici à 2050. On prévoit quatre millions de passagers  en 2020 et neuf millions en 2050… Foutaises ! On dirait vraiment que le gouvernement socialiste ne sait pas qu’il a engagé publiquement un débat sur la « transition énergétique » dans le long terme. La Coordination des associations opposées au projet d’aéroport (Acipa) estime que les prévisions ne prennent pas en compte la crise du pétrole et l’avenir incertain du transport aérien. Ayrault a oublié que la création de cet aéroport avait été proposée en 1963, mais que le projet avait déjà été suspendu par la crise pétrolière des années 1970. Or aujourd’hui, nous savons officiellement (l’AIE) que le pic pétrolier est dépassé, le pétrole va se faire de plus en plus rare et cher. L’aéroport s’accompagne en outre de la construction de quelque 110 hectares de parking dédiés aux voitures… alors que le mot d’ordre va être bientôt au dévoiturage, abandon de la voiture individuelle en période de pénurie de carburant. Etonnant aussi que le gouvernement fasse l’impasse sur le réchauffement climatique alors qu’il s’engage par ailleurs à diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Deux autres commissions viennent de rendre leur préconisation : la mission agricole, chargée d’évaluer les pertes et compensations en terres agricoles liées au projet, et la commission d’évaluation scientifique du système de compensations environnementales. Elles ont aussi émis des critiques au dossier de futur aéroport. Les experts scientifiques remettent en question la validité du calcul de compensation des zones humides. Au lieu de remplacer un hectare de zone humide par deux hectares, dite méthode de « compensation surfacique », il était proposé d’étudier les services rendus en termes de biodiversité, de botanique, d’hydrologie, etc. sur une surface donnée et de chercher à les remplacer sur une surface qui pourrait être plus réduite. Les experts ont remis en question cette méthode dite de « compensation fonctionnelle ». S’agissant des agriculteurs, la commission a alerté sur la perte de terres agricoles qui s’accompagne de « l’incidence de la compensation environnementale sur l’agriculture ». L’ayraul-port prévoit la destruction de 1 640 hectares de terres bocagères à l’écosystème très riche et la perte d’une centaine d’emplois agricoles directs.

Si vous le pouvez, rejoignez les militants qui agissent avec l’Acipa contre le mégaprojet NDDL.

* Le Monde.fr avec AFP | 09.04.2013, Notre-Dame-des-Landes : un projet « justifié », des aménagements nécessaires

2 réflexions sur “La bataille de Notre-Dame-des-Landes préfigure une guerre”

  1. Cela serait un « signal fort » d’abandonner un tel projet pour donner priorité à la protection de la nature. Si l’on détruit des arbres pour faire un aéroport destiné à servir dans un monde sans pétrole, alors tous les projets aussi ridicules soient-ils pourront être réalisés. De grâce, soyons raisonnables.

  2. Je ne suis pas vraiment pour le transfert vers NDDL, mais il faut aussi admettre certains chiffres. Le trafic en 2012 a atteint 3,6 millions, et pour le moment sur le premier trimestre, la croissance est de 10%, donc les 4 millions seront pas loin d’être atteint en 2013. Ne pas admettre les faits, n’est pas très crédible comme opposition, dommage!
    Cela dit, la commission de dialogue ne parle pas de saturation de piste, elle admet au contraire qu’on en est loin, prenant comme exemple Genève avec 12 millions.
    Le problème de Nantes atalntique ne se situe pas au niveau de la piste, ou du nombre de mouvement tout compte fait assez faible, mais sur les capacités de l’aérogare mal conçu.
    Néanmoins, les propositions de cette commision sont assez concrètes, en particulier un vrai chiffrage d’une amélioration de Nantes Atlantique

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