la catastrophe, c’est Alain Frachon

LeMonde a publié récemment une tribune* fort contestable de Pascal Bruckner mélangeant de façon éhontée la réalité des catastrophes en cours et le « catastrophisme ». Luc Ferry vitupère dans Philosophie magazine (mai 2011) sur « nos écolos, animés par la peur… La peur est devenue la passion fondamentale de l’écologie ». Et aujourd’hui Alain Frachon**, directeur éditorial du Monde, enfonce le clou en faisant une « critique raisonnée du catastrophisme ambiant ». Il commente l’ouvrage « salutaire » de Bruno Tertrais, dénonçant le catastrophisme dans son livre L’apocalypse n’est pas pour demain. Ce n’est plus de l’information, c’est de la désinformation collectivement assumée. Pourquoi ?

                Tous ces « spécialistes » caressent l’opinion dans le sens du poil : la seule urgence, c’est de ne rien faire puisqu’il n’y a pas de catastrophes prévisibles, il n’y a que du catastrophisme non fondé. Alain Frachon  recopie Bruno Tertrais : « La planète et l’humanité vont beaucoup mieux qu’on ne croit et l’avenir est beaucoup moins sombre qu’on ne le dit. » Alain Frachon conclut que l’état présent du monde ne justifie pas le pessimisme et que faits et chiffres mettent à mal le catastrophisme des prévisions les plus fréquentes. Dormez braves gens est le seul leitmotiv ! Redescendons sur notre planète réelle !

                Non, nous ne sommes pas « plus riches » ; quand on a défalqué de l’indicateur PIB les méfaits de la croissance, on pourrait calculer un rythme de croissance négative. Non, nous ne sommes pas « mieux éduqués » ; nous sommes gavés de connaissances inutiles avec des diplômes en voie de dévalorisation. Non, nous ne sommes pas en « meilleure santé » ; la diminution de l’espérance de vie en bonne santé constatée dans plusieurs pays européens en témoigne. Et puis ces optimistes, comme c’est bizarre, n’attachent aucune importance au tsunami financier qui montrait la fragilité de nos empilements monétaires. Ils minimisent Fukushima comme le réchauffement climatique quand ils en parlent. Un milliard de personne qui ne mangent pas à leur faim est le cadet de leur souci. Ils semblent ignorer le pic pétrolier et ne disent rien de la 6e extinction des espèces. Dormez braves gens est leur seul leitmotiv.

Notre réveil va être douloureux, on ne peut rien contre la réalité des faits en dressant un mur de parole. Politiques, politologues et journalistes doivent absolument dynamiser le sens des responsabilités de nos concitoyens. L’ampleur de la catastrophe à venir ne peut être résorbée qu’à cette condition. Je préfère LeMonde quand il réalise une double page réaliste sur le temps des catastrophes ***.

* La séduction du désastre (2 mai 2011)

** LeMonde du 13 mai 2011, critique raisonnée du catastrophisme ambiant.

*** LeMonde du 26 mars 2011, Vivre et penser le temps des catastrophes.

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1 réflexion sur “la catastrophe, c’est Alain Frachon”

  1. Descartes-Schopenhauer

    Ces braves gens ont tous bien raison.

    La croissance revient, tout le monde se réjouit, à commencer par les chômeurs qui espèrent retrouver un boulot.

    Biosphère ne se sent pas complètement ringard ?

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