La démographie fait polémique au sein des décroissants

Alain Adriaens : « La question de la démographie est un des rares sujets à faire polémique au sein des Objecteurs de croissance. Nous sommes tous convaincus que la croissance démographique est un des 3 facteurs (I=PAT) qui est à la source du problème mais nous savons que c’est une question que la politique ne peut résoudre par volontarisme.  Une certaine impuissance donc. Je viens d’aborder indirectement cette question dans une analyse destinée à un centre d’étude écologiste. » Voici quelques extraits de son analyse de l’équation IPAT qui complètent notre article précédent sur le Que sais-je ? » consacré à la décroissance.

Technologies : confiance, méfiance ou défiance ? (février 2019)

L’impasse de l’actuel modèle d’organisation des sociétés devient évidente pour celles et ceux qui ne sont pas dans le déni. Se pose dès lors la question, non plus de la probabilité des temps mauvais à venir, mais de comment faire pour éviter le pire. Entre la croissance verte et l’objection de croissance, le débat se cristallise souvent autour de la place accordée aux technologies nouvelles. Si l’on veut tenter une approche globale et distancée de l’impact des activités humaines sur les écosystèmes, l’équation dite d’Ehrlich1 qui date déjà des années 70 est éclairante. I = PAT montre que l’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la population (P), les consommations de biens et de services de celle-ci, directement liée à sa richesse, (A, pour « Affluence » en anglais) et les technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui s’est passé ces dernières décennies, on constate qu’au niveau mondial, le taux annuel de la croissance de la population est de 1,2%, le taux de croissance du PIB est en moyenne de 3,2% et l’amélioration de l’efficience des techniques, difficile à estimer2 est d’environ 1,5%. Au total, chaque année a vu (et continuera à voir, sauf changement radical) un accroissement de l’impact environnemental de 3,1% (1,2 + 3,2 – 1,5), avec les conséquences terriblement néfastes que l’on ne peut plus nier (sur le dérèglement climatique dû au émissions de CO2 à la mode aujourd’hui mais aussi sur la biodiversité et plus largement sur les 9 secteurs critiques listés par Kate Raworth dans son Doughnut Economics.

Que faire ? Selon les sensibilités, les intérêts ou les aveuglements, on peut donner la priorité à l’action sur l’un des trois facteurs : population, consommation ou technologies employées.

Passons d’abord rapidement sur ceux qui souhaitent d’abord voir diminuer la population mondiale. Il est évident qu’il importe de conseiller aux couples de ne pas avoir trop d’enfants, surtout dans les pays dits développés où un humain est environ 40 fois plus « lourd » pour les écosystèmes que dans les pays pauvres3. Dire et redire « Un enfant ça va, trois enfants, bonjour les dégâts » est une vérité mais tous les démographes savent que, sauf mesures coercitives autoritaires ou anti-humanistes, l’action politique a très peu d’influence sur les désirs d’enfants. Certes, mettre fin aux politiques natalistes (allocations familiales plus élevées selon le rang de l’enfant – fort heureusement fini depuis peu en Belgique) ou permettre un accès plus aisé aux méthodes anticonceptionnelles, sont de bonnes politiques que l’on peut soutenir mais elles sont souvent freinées par des facteurs culturels ou religieux qui n’évoluent pas aussi vite que les nécessités économiques ou environnementales. Toutefois, on constate que la natalité diminue lentement en parallèle avec les progrès de l’éducation et du niveau économique. Sachant que les capacités d’influencer les choix reproductifs des humains sont limitées et à long terme, la question « Comment agir pour arrêter de dégrader l’écosystème Terre ? » se porte dès lors sur quelle cible privilégier : la consommation ou le développement de nouvelles technologies.

Si, avec l’adoption de technologies moins consommatrices d’énergie, l’on n’observe pas de ralentissement des dégâts environnementaux, c’est dû au paradoxe que Jevons, dès le XIXe siècle, a décrit : si des techniques plus efficaces apparaissent, elles diminuent le prix de revient des produits, leurs ventes augmentent et leur production croît plus vite que la réduction de pollution qu’elles ont engendrée. Pour M. et Mme Toulemonde, cela s’est traduit par le fait que bien que les véhicules automobiles consomment moins qu’il y a 20 ans, la consommation de carburants des ménages a augmenté car les gens parcourent plus de km vu le moindre coût que cela représente jusqu’à présent… Il apparaît aux yeux de plus en plus de nos contemporains que le « toujours plus de technologies innovantes », slogan que la logique consumériste veut imposer, a des conséquences contre-productives que n’avait même pas imaginées Ivan Illich. Ce que l’on nous propose sont des objets techniques qui nous « faciliteront la vie » à un point tel que nous deviendrons des incapables. Déjà les calculettes ont fait régresser les capacités de calcul mental, les GPS et autres « apps » sur smartphones font perdre le sens de l’orientation et, bientôt, des voitures autonomes dispenseront d’avoir à apprendre à conduire… On peut donc imaginer un scénario semblable à celui du (prophétique ?) film d’animation WALL-E : après avoir complètement « salopé » la planète Terre, les humains survivants se réfugieront sur une station spatiale où, servis par des robots très efficaces, ils deviendront des espèces de larves obèses, avachies dans leur hyper-confort de rois fainéants…

 

6 réflexions sur “La démographie fait polémique au sein des décroissants”

  1. « Passons d’abord rapidement sur ceux qui souhaitent d’abord voir diminuer la population mondiale. Il est évident qu’il importe de conseiller aux couples de ne pas avoir trop  »

    a). La transition démographique en Europe est déjà réalisée depuis 4 décennies et hors immigration afromuzz , le chiffre de population des natifs a tendance à y décliner , ce qui est heureux et doit être encouragé .
    Attention , l’ immigration délirante voulue par le gros patronat croissantiste par essence et peu soucieux de protection de l’ envoronnement obsédé qu’ il est par le Dieu Profit et la distribution de dividendes aux actionnaires (oligarques) est une calamité pour le continent ou pays qui la supporte

    b). Elle est loin d’ être réalisée en Inde (malgré les programmes de stérilisation massifs qui y sont menés) et en Afrique : la natalité africaine ,malgré la sobriété des africains, est aussi un désastre car vivant mal dans leurs pays respectifs , ils viennen t déverser leur trop-plein de population en Europe et y maintiennent (sauf exceptions) leur taux de natalité hallucinant encouragés par des incitants financiers absurdes (AF / avantages sociaux et fiscaux liés à la taille de la famille)

    1. D’un côté des pays qui « viennent déverser leur trop-plein de population en Europe », de l’autre l’Europe qui déverse ses trop-pleins de déchets de tous ordres dans ces pays. (L’Afrique est la poubelle de l’Europe). D’un côté les pays à bas coût qui inondent les pays riches d’un tas de produits de merde, de l’autre les pays riches qui pillent les ressources des pays pauvres.

      1. Arrêter avec ce mythe de pillages de ressources, les ressources naturelles sont achetées à ces pays ! Après avec les bénéfices, ce sont les dirigeants africains qui dilapident l’argent en achetant des voitures, des appartements parisiens, de luxe comme parfums et montres, plutôt que de réinvestir l’argent dans des entreprises ! Les pays africains ne transforment pas leurs ressources naturelles en produits finis en produits manufacturés, alors ce n’est pas la faute des européens mais bien des africains eux-mêmes !

        Ensuite, en terme de pillage, ce sont plutôt les africains qui pillent l’Europe en percevant de l’argent sans travailler via les systèmes sociaux. Je rappelle que les avantages sociaux sont financés par des cotisations par les travailleurs ! Et dans ce cas c’est même de l’esclavagisme car ceux sont ceux qui travaillent qui donnent l’argent aux oisifs ! L’argent des systèmes sociaux sont détournés de leur usage initial, qui à la base sont des assurances pour les travailleurs lorsqu’ils se retrouvent temporairement au chômage, les systèmes sociaux sont censés restituer des cotisations aux personnes ayant perdu leur emploi afin de leurs attribuer des revenus le temps de retrouver un travail. OR, aujourd’hui c’est devenu une rente à la paresse soit un système esclavagiste

        1. Si le pillage des ressources en Afrique est un mythe, j’imagine que le néocolonialisme comme le colonialisme doivent être eux aussi des mythes. Ben voyons ! Et que la richesse actuelle de certains pays d’Europe n’a certainement rien à voir avec le pillage de l’argent et de l’or du Nouveau Monde aux XVI° et XVII° siècles. Et que si les africains, comme les indiens etc. se sont retrouvés à un moment donné sous domination de pays riches et puissants, c’est juste parce qu’ils l’ont voulu, ou qu’ils y ont trouvé leur compte. Là encore, ben voyons !
          Mais tout ça nous éloigne du sujet. Les décroissants savent bien que le problème écologique est étroitement lié aux inégalités sociales, que ce soit au niveau d’un pays comme au niveau de la planète.

      2. La Malaisie et l’ Indonésie réagissent enfin à ces transferts mafieux de déchets vers les pays du 1/3 monde pourquoi les pays africains ne feraient – ils pas de même ?
        Return to sender of waste !
        Comme le dit BGa 80 , les dirigeants des pays africains sont corrompus jusqu’aux yeux et placent l’ argent issu de la vente de pétrole ou des métaux dans des banques en n’ en faisant pas profiter leurs compatriotes .
        Etes – vous déjà allé en Afrique où la corruption est aussi endémique que la malaria , c’ est dire ? Moi, j’ y suis allé (Ghana – Cameroun – Tunisie)

  2. Si la question de la démographie est un sujet polémique, je peux donc en déduire qu’elle n’est plus un sujet tabou, et j’en suis ravi. C’est déjà ça, on avance on avance 😉
    Blague à part, je partage tout à fait cette analyse. Sauf un petit détail, la fin du film. J’imagine plutôt un scénario genre Mad Max. Selon moi la race des survivants sera affûtée et très active, pas du tout obèse ni avachie dans le confort moderne des petits et gros bourgeois.
    J’ai déjà eu l’occasion de dire qu’au stade où nous en étions, la seule question qui vaille était de savoir comment nous pourrions limiter les dégâts. Autrement dit « comment faire pour éviter le pire » ?
    Pour pouvoir éviter quelque chose, autant qu’il nous soit possible de l’éviter, il nous faut déjà savoir à quoi ressemble cette chose. Le PIRE… est-ce par exemple WALL-E ou bien Mad Max ? 1984 d’Orwell ou bien Le Meilleur des Mondes d’Huxley ?
    Pas facile à dire, hein ? Et j’ai bien peur que là encore ce soit une question délicate, bonjour les polémiques. Alors nous pouvons peut-être poser la question autrement : Quel est le plus important à sauver ? Serait-ce le sacro-saint confort moderne, autrement dit le mode de vie à l’occidentale, avec la « liberté » de pouvoir choisir parmi 50 marques de lessives, entre la peste et le choléra etc. etc. Est-ce ça le plus important, est-ce ça le sacré … est-ce ça qui vaut réellement d’être sauvé ?
    Ou alors ce qu’il nous reste d’humanité …

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