la dissuasion nucléaire, un débat pour 2012

Nous sommes en démocratie, nous avons donc tous les chiffres à disposition*. La France est riche de ses 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (atomiques) dont chacun porte 16 missiles intercontinentaux : 400 fois Hiroshima ! Le SNLE peut plonger au-delà de 400 mètres pour 70 jours de mer. Le SNLE fait la fierté de la France et surtout de son Président, seule personne à pouvoir décider de son utilisation : nous sommes un système démocratique présidentiel ! Pour Nicolas Sarkozy, la dissuasion nucléaire constitue l’« assurance-vie » de la nation**. Nous considérons plutôt qu’il s’agit d’une assurance-mort : le moindre missile qui s’aventure vers une grande puissance, et la France est rayée en retour de la carte du monde ! Nos députés ont voté sans sourciller un budget « dissuasif » de 20 milliards d’euros sur la période 2009-2014, nos ingénieurs nous préparent un super-missile M51, équipée d’une nouvelle tête nucléaire à partir de 2015, testé par un Laser Megajoule à 7 milliards d’euros. Chaque année, la dissuasion nucléaire coûte aux Français la moitié du budget de la justice. Mais la patrie ne veut pas reconnaître son déficit budgétaire. Comme le présume Bruno Tertrais, « la dissuasion nucléaire ne sera pas un débat national de 2012 ». En démocratie française, on peut discuter de tout… sauf du nucléaire civil et militaire !

Déjà qu’il ne faut pas critiquer le défilé militaire du 14 juillet, alors vouloir le désarmement nucléaire de la France… vous n’y pensez pas ! Pourtant, lors de son assemblée générale de 1961, l’ONU a clairement affirmé que tout emploi d’armes nucléaires violerait la Charte des Nations unies. Pourtant le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, signé en 1968 par les Etats-Unis, l’URSS et la Grande-Bretagne, entré en vigueur en 1970, ratifié par la France en 1992, prévoit dans son article VI : « Chacune des parties au Traité s’engage à poursuivre des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaire à une date rapprochée et au désarmement nucléaire ». Pourtant Barack Obama a affirmé à Prague en 2009 « l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires ». Mais Sarkozy s’esclaffe en 2010 : « Le président Obama a dit qu’il rêvait d’un monde sans arme nucléaire. Dans un monde virtuel, tout le monde serait ravi. »

L’existence même de l’arme nucléaire consacre l’échec de toutes les morales, de toutes les spiritualités, de toutes les sagesses et de toutes les négociations internationales. La dissuasion nucléaire est la défaite de la raison. En définitive, qui veut-on dissuader depuis que la menace communiste a été remplacée par les terroristes barbus ? En définitive, le désarmement universel négocié n’est-il pas une utopie bien plus grande que le désarmement nucléaire unilatéral de la France ?

* LeMonde du 17-18 juillet 2011, Plongée au cœur de la dissuasion

** LeMonde du 17-18 juillet 2011, Comment renouveler l’« assurance-vie » de la nation

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1 réflexion sur “la dissuasion nucléaire, un débat pour 2012”

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