La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

Dans son programme de 2016*, ça commence fort : « Le changement climatique menace de détruire le seul écosystème compatible avec la vie humaine. Comment empêcher la catastrophe ? » L’intention est bonne : « C’est autour et à partir de l’exigence écologique que doit se penser toute la politique de la Nation. » Au niveau institutionnel, constitutionnaliser la règle verte est un bon plan : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. » Quelques projets sont judicieux, comme réduire la part des protéines carnées dans l’alimentation ou promouvoir les arbres fruitiers dans les espaces publics.

Mais l’idée d’une planification écologique n’est pas détaillé. S’agit-il d’un retour au centralisme démocratique ? Un des neufs points du programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2012** portait déjà sur la planification écologique. Ce n’était pas nouveau, JLM intitulait en 2008 un chapitre de sa contribution générale « Proposons la planification écologique » au Congrès de Reims. Il était alors au PS ! Il exprimait alors le fait que le programme socialiste devrait être celui d’un « Etat organisateur du temps long ». Il constatait : « Chacun sent bien que la catastrophe écologique s’avance ». Mais allons au-delà de ces généralités, rentrons dans les détails de ses programmes de présidentiable. JLM se situe presque exclusivement du côté de l’offre d’énergie, faisant confiance à une main mise de l’Etat sur le secteur de l’énergie. Pour le projet 2012 un pôle 100 % public comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé. En 2016, JLM fait référence au plan Négawatt dans son aspect 100 % énergies renouvelables, il reste plus timide sur l’efficacité énergétique, et il oublie complètement l’idée centrale de sobriété partagée. Or, public ou privé, les ressources de pétrole ou de gaz ne vont pas augmenter pour autant. Dans le domaine du nucléaire civil, il restait en 2012 dans le flou en promettant un référendum. En 2016 il se contente de l’expression « sortir du nucléaire » en abandonnant l’idée de référendum. Du côté de la demande d’énergie, Jean-Luc en 2012 saupoudrait son texte de « sobriété énergétique », mais sous réserves : « La nécessaire réduction des consommations ne peut conduire à réduire le niveau de vie des classes populaires ». L’écran plat et le dernier iPad sont-ils des consommations nécessaires ? On voudrait savoir ! Si les programmes de 2012 et 2016 prévoient beaucoup pour réactiver le rail, rien n’est dit contre la voiture individuelle. Or c’est la voiture qui fait la faiblesse du rail. Pire, il faudrait« développer les véhicules électriques » ou se contenter d’une « contribution carbone (limitée au) transport des marchandises » durant le quinquennat 2017-2022. En 2012, il s’agissait simplement d’instaurer une taxe kilométrique « de manière à réduire les transports de marchandises évitables » !? En 2008, en 2012 ou en 2016, « seules les politiques qui oseront remettre en question le dogme anti-Etat permettront de lutter efficacement contre la destruction de notre environnement » selon Mélenchon.  Autant dire que Jean-Luc croit encore aux vertus de la planification impérative de feu l’Union soviétique !

En fait ces programmes d’une gauche qui reste traditionaliste hésite encore à se prononcer sur la croissance économique dont on sait pourtant qu’elle est la cause première de la dégradation de notre environnement. Dans le programme de 2012, l’IPH ou Indicateur synthétique de progrès humain Mélenchon oubliait totalement le rôle de l’économie et du PIB. Rien sur les rapports conflictuels entre économie, écologie et progrès social ! En 2016 on veut toujours définir de « nouveaux indicateurs de progrès humain », il s’agit encore d’allongement de l’espérance de vie, de donner la priorité aux enfants, de libérer le sport… mais toujours rien sur l’économique. Le programme de Jean-Luc Mélenchon se réaliserait hors sol, sans souci de l’épuisement avéré des ressources naturelles et donc de la concrétisation d’un programme. Il faudrait penser à l’humain d’abord, c’est-à-dire distribuer des promesses gratuites : allocation d’autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans, généralisation de la 6e semaine de congés payés, augmenter immédiatement le SMIC de 16 %, restaurer le droit à la retraite à 60 ans, etc. En définitive on envisage la catastrophe écologique, mais on ne se donne pas les moyens d’y faire face, cela demanderait trop d’efforts, trop de changements dans nos manières de produire et de consommer. Nous entrons dans une société post-croissance, de plus en plus confrontés à la déplétion énergétique, on ne peut pas laisser croire que la transition écologique pourra se faire sans une intense participation de tous et une sobriété partagée. L’expression « l’humain d’abord » est un contre-sens quand on ne respecte pas les contraintes naturelles. C’est « l’écologie d’abord » qui doit être au départ de toute politique, sachant que l’Etat ne peut qu’accompagner l’action collective, certainement pas la « planifier ».

* Le programme de la France insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon, L’avenir en commun (Seuil, 130 pages pour 3 euros)

** le programme du Front de gauche (L’humain d’abord) pour 2012

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2 réflexions sur “La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon”

  1. Souvenirs souvenirs

    pour une meilleure vision de Mélenchon
    1) Le Parti de gauche tenait congrès en novembre 2010. Le point de vue était clairement écolo : « La bataille sociale est ordonnée par la bataille écologique car sans écosystème, il ne peut même plus être question d’intérêt général. » Peut-on alors douter du mélenchonisme écologique ? Certaines affirmations de Mélenchon  posent problème :
    –          La solution de nos problèmes est dans le renouvellement des techniques. Je ne crois pas qu’on pourra complètement se passer de l’automobile. Est-ce le même débat si elles prennent leur énergie dans les piles à combustible ?
    –          La perspective d’une transition vers un autre modèle compatible avec la préservation de la biosphère offre une alternative stimulante pour la recherche et l’industrie.
    –          De nombreux camarades pensent que l’accès aux OGM n’est ni pervers, ni mauvais en soi. C’est mon devoir de mentionner leur avis.
    Rappelons que Mélenchon a été socialiste et ardent partisan du productivisme. Lors du Congrès socialiste du Mans en 2005, sa contribution générale sur le problème de l’énergie était absolument vide. C’est à cela qu’on reconnaît un populiste, enfourcher le thème porteur même si par ailleurs on s’assoit dessus. En fait le livre de Mélenchon, « Qu’ils s’en aillent tous » était très clair : seul Mélenchon doit rester. L’écologie n’est qu’un prétexte.

  2. @ Biosphère

    Le petit bouquin de Mélenchon à 3 euros ne nous détaille évidemment pas l’intégralité de son programme, il ne nous dit pas si l’Ipad et l’écran plat… Toutefois Mélenchon a pris soin de ne parler de croissance. Pourquoi donc ?
    Aurait-il dû faire l’éloge de la décroissance ? J’ imagine déjà le résultat !

    Mélenchon est en campagne, il a une stratégie, elle vaut ce qu’elle vaut et chacun a le droit d’être d’accord ou pas. Mais je pense tout de même qu’il connait assez bien son sujet, il suffit d’écouter ce qu’il dit, et de faire attention à ce qu’il évite de dire.
    Jadot maîtrise mieux le sujet que Mélenchon… admettons ! Lui seul pourrait se permettre de développer des idées que les cons-ommateurs n’ont pas envie d’entendre. En effet que risque t-il ? Mis à part le risque de ne pas atteindre son objectif de 10 %…

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