L’agroécologie face à notre prolifération

  1. L’agroécologie va-telle nous sauver ? L’agronome Marc Dufumier* le pense : « Raisonner uniquement en termes de génétique, de rendement, d’engrais, etc., ne mène nulle part. L’erreur de l’agriculture industrielle est d’avoir oublié que l’écosystème est un enchevêtrement d’interactions incroyablement complexes. Pour être efficace, il faut d’abord bien connaître le fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité. Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable. Si aujourd’hui 820 millions de personnes ont faim, et si un milliard souffrent de carences alimentaires, cela n’a rien à voir avec un manque de nourriture, mais avec les écarts de revenus. Pour nourrir convenablement une personne, il faut environ 200 kilos de céréales (ou équivalents) par an. La production mondiale est d’environ 330 kilos aujourd’hui. Cherchez l’erreur… Si des pauvres des favelas brésiliennes ont faim, c’est parce que le pays exporte son maïs et son soja vers les pays occidentaux pour nourrir nos cochons ou pour fabriquer des agrocarburants et donner à boire à nos voitures. En réduisant la viande, ce sont autant de terres agricoles destinées à l’élevage qui deviennent disponibles pour nourrir des êtres humains… »**

On arrête de manger de la viande et on peut nourrir 10 milliards d’humains ! On partage un peu plus et on peut nourrir 20 milliards !! On… et on peut nourrir… X milliards !!! Quel est l’intérêt de nous multiplier ? Marc Dufumier ne voit-il pas que c’est une course sans fin entre prolifération humaine et déperdition des possibilités nourricières de la terre ?? Les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ; le consommateur est-il prêt a s’asseoir sur le dernier iphone à la mode pour se payer des produits bio ? De toute façon le mouvement des campagnes vers les villes, même constituées de favellas, se poursuit ; des mégapoles cauchemardesques paraissent préférable au travail à la campagne. Si l’on ne s’attaque pas au problème démographique et à la regrettable nécessité d’étendre nos surfaces agricoles pour nourrir toujours plus d’humains, nous laisserons encore moins de place au reste des êtres vivants. Il est urgent de rappeler que cette planète n’est pas peuplée que par les humains, nous devons apprendre à laisser de la place à la nature.

Marc Dufumier devrait lire l’Essai sur le principe de population de Malthus pour s’apercevoir qu’on ne peut parler d’alimentation sans remettre en question la fécondité humaine.

Nos textes sur l’agriculture industrielle et la surpopulation

2 janvier 2017, Quelle agriculture en France, quel niveau de population ?

22 mars 2016, L’agriculture industrielle coûte plus que ça rapporte

23 mai 2016, La science ne soutient pas l’agriculture productiviste

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

24 juillet 2013, pour casser le cercle vicieux agriculture-surpopulation

23 février 2013, crise des engrais, crise de l’agriculture industrielle

Notre texte antérieur sur Marc Dufumier : pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle (9 février 2016)

* « L’agroécologie peut nous sauver » vient de paraître aux éditions Actes Sud

** LE MONDE du 18 juin 2019, « L’agroécologie peut parfaitement nourrir 10 milliards d’humains »

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14 réflexions sur “L’agroécologie face à notre prolifération”

  1. Didier Barthès

    Mais Michel C je suis sévère parce que je pense qu’il se trompe lourdement dans sa règle de 3 en élargissant au monde entier ce qu’il constate ici ou là. Voilà tout le problème avez vous lu mon argumentation sur les aléas du monde réel, oui je maintiens il compare deux choses incomparables, le réel et le virtuel.
    Sur l’autre point, oui je pense que les grandes tendances (le nombre et la société de consommation) sont beaucoup plus influentes que la volonté d’enrichissement de quelques-uns, phénomène qui existe d’ailleurs de tout temps dans l’histoire de l’humanité.

    1. Oui Didier Barthès j’ai lu votre argumentation, moi aussi je fais la différence entre le réel et le virtuel. Du moins j’essaie. Ceci dit je ne vois toujours pas où est le problème de dire ou d’affirmer que la Terre peut nourrir 10 milliards d’êtres humains, étant donné que ça c’est juste la théorie. Quant à la pratique (comment changer nos habitudes, alimentaires, etc.) ça c’est autre chose. Nous sommes donc d’accord.
      Là où je ne vous suis pas, c’est pour partir du principe (ou de l’axiome) que nous ne pourrions pas changer nos (sales) habitudes, au prétexte qu’il en a toujours été ainsi dans l’histoire de l’humanité. Pour moi c’est une erreur.
      Bien sûr je ne crois pas aux miracles, bien sûr je crois que l’effondrement est inévitable, je l’ai suffisamment développé. Je dis tout simplement que l’homme (ou l’Homme) sera bien forcé de s’adapter, comme il l’a toujours fait, et que ça lui plaise ou non. Autrement dit, que les petit-bourgeois seront prochainement bien obligés de faire le deuil de leur mode de vie actuel.

      1. Michel C

        Après l’effondrement, il ne faut pas le voir seulement comme un malheur. Il y a aussi les effets positifs, ben si regarde aux USA, les autorités préparent les esprits à faire du compost avec les cadavres, alors vu le stock de bouches en trop et la quantité astronomique de compost qui nous attend autant dire qu’on aura de quoi faire des potagers géants.

      2. Didier Barthès

        Mais je n’ai pas écrit que l’on ne pouvait pas changer nos habitudes, je dis juste que ce ne sera pas suffisant et que si on veut nourrir correctement les gens on ne pourra pas être si nombreux et que d’autre part il ne faut pas attendre de miracle d’une agriculture que nous n’aurions pas su inventer jusque là.

  2. Regardons sérieusement les faits et rien que les faits. C’est à dire que pour faire une analyse sérieuse, alors il faut débuter par ces 2 questions initiales = 1/ Est-ce que le régime végétarien ou végétalien est extensible à tout le monde ? 2/ Comme étendre un régime végétalien ou végétarien sans pétrole, sans avion et navire ? OR, quand on commence à regarder tous les complémentaires alimentaires que nos végétaliens et végétariens consomment pour substituer la viande, c’est là qu’on commence à avoir de sérieux doutes !
    Nombreux de leurs aliments et compléments alimentaires proviennent des 4 coins du globe et en plus c’est impossible d’introduire toutes ces productions exotiques à l’échelle locale. Autrement dit, sans pétrole, sans avion et sans navire, et ben ces végétaliens et végétariens ne peuvent plus s’approvisionner. Allons même plus loin, c’est à dire que même sans faire disparaître complétement le pétrole, les avions et les navires, mais seulement réduire les quantités de pétrole et un parc plus réduit de moyens de transport, ce sera déjà problématique pour assurer les approvisionnements de tous les substituts alimentaires à la viande. En résumé, selon moi, ces régimes alimentaires sont déjà une impasse et ne seront pas extensibles à l’ensemble de la population mondiale, voir même je suis déjà prêt à parier que les végétariens et végétaliens devront eux-mêmes renoncer à ces régimes alimentaires faute approvisionnement à cause de la déplétion des énergies fossiles.

  3. @ Didier Barthès.
    Pourquoi être si sévère envers Marc Dufumier ( il « n’est » qu’agronome ) ?
    Je ne vois pas où il commettrait une « faute intellectuelle », ni où il refuserait « de prendre en compte l’immense besoin d’un nombre toujours plus grand d’individus »…
    De la même façon que Jancovici nous parle d’énergie, Marc Dufumier nous parle avant tout de ce dont il est spécialiste, l’agriculture. Dont la raison d’être est de nourrir les hommes, et non de les GAVER je le redis !
    Moi aussi je « pense que cette agriculture industrielle s’est imposée par les méfaits de quelques-uns et non par la nécessité du nombre ». Je préciserais juste, avec la complicité d’un certain nombre. Et il en est de même de l’ensemble de ce que nous appelons BESOINS (smartphones, bagnoles, « petits » voyages en avion, « petits plaisirs » en tous genres, etc. etc.) Question de point de vue, je le redis !

    @ Biosphère.
    Il y a 4 jours nous discutions ici du point de vue d’Yves Cochet, qui nous prévoit qu’ « en 2050 […] on ne sera que 2 ou 3 milliards. » Yves Cochet qui voit très bien les risques de guerre, de pénuries etc. et qui nous nous précise que « jusqu’à 24 paramètres peuvent entrer en jeu. » Alors pourquoi ressasser qu’ « en 2050, la planète va devoir porter 2 milliards de terriens de plus qu’aujourd’hui » ? Seriez-vous marié à Madame Irma ? 😉

  4. Comme le laisse entendre D. Barthes, les chiffres de production bio de ce Dufumier (il devrait faire de la politique auprès de EELV connue pour avoir recelé de fameux fumiers) sont basés sur une production constante d’ année en année : hypothèse absurde puisque dame nature ne repasse pas les bonnes conditions météorologiques chaque année (cfr la secheresse de 2018) et peut se montrer terriblement dure , tout ceci sans tenir compte d’ autres circonstances pouvant affecter gravement la production bio !

    Nous n’ accepterons jamais de nous « nourrir » comme des paysans africains ou bengalais
    dès lors , le contrôle démographique en vue d’ une décroissance sévère , s’ avère indispensable (cfr les campagnes massives de stérilisation en Inde) !

    De plus , si je ne nie pas les gaspillages alimentaires , je conteste l’ importance (chiffres communiqués par les journalopes dont la fiabilité est proche de zero)

    Cet homme est – il un vrai naïf bisounours ou est – il là à des fins propagandistes ?

    1. –  » Nous n’ accepterons jamais de nous « nourrir » comme des paysans africains ou bengalais »
      De gré, certes. Mais de force, il faudra bien. Alors autant nous y préparer, non ?

  5. Marc Dufumier (ce nom est -il une blague ? )est-il professeur d’ engrais ?

  6. Que peuvent changer les super-optimistes comme Marc Dufumier prônant l’agro-écologie sur des sols dévastés par la surpopulation et sa démesure consumériste ?
    Selon la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, deux milliards d’hectares de terres sont aujourd’hui dégradés dans le monde, du fait des activités humaines et du réchauffement climatique. C’est un processus qui s’accélère et qui touche tous les continents, sans exception.

    1. –  » Que peuvent changer les super-optimistes comme Marc Dufumier prônant l’agro-écologie sur des sols dévastés par la surpopulation et sa démesure consumériste ? »

      Je ne sais pas si Marc Dufumier est super-optimiste ou pas, mais après tout peu importe puisque ce qu’il raconte ne changera pour ainsi dire rien. Ni plus ni moins que les discours de ceux (optimistes ou pas) qui prônent la décroissance ou le contrôle des naissances. Des gens comme lui nous permettent seulement de nous défaire de certaines idées reçues, comme ici qu’en aucun cas la Terre ne pourrait nourrir 10 milliards d’humains. Et à mon sens, se défaire d’une idée reçue, c’est déjà ça.

  7. L’analyse de Marc Dufumier repose toujours sur la même faute intellectuelle consistant à comparer un système effectif (le système agricole industriel) qui se frotte à tous les aléas du monde réel à un système virtuel idéal (le système agro écologique) obtenu par une règle de trois en multipliant les résultats d’expériences locales très encadrées en dehors de toute contrainte.
    Or, la généralisation de l’agro écologie l’amènerait elle aussi à se heurter aux imperfections du monde réel : des gens malhonnêtes, des gens incompétents, des conflits, des aléas, des problèmes de logistique (distribution à tous les étages de la chaîne), enfin tout ce qui fait qu’un système obtient toujours des résultats concrets très en-dessous de ceux déterminés à partir d’une simulation forcément simplifiée.
    L’agriculture agro-écologique a bien existé (même si on ne lui donnait pas ce nom) et elle n’a jamais nourri plus de 1 à 2 milliards de personnes (et encore en défrichant énormément et en réduisant à presque rien les espaces naturels)
    C’est la seconde faute de Marc Dufumier, ne s’occuper que de nourrir et ne pas tenir compte de la nécessité de rendre des espaces au monde sauvage que nous avons détruit par notre expansion.
    Par une approche idéologique il refuse de prendre en compte l’immense besoin d’un nombre toujours plus grand d’individus demandant des produits toujours moins chers (Nous n’avons jamais dépensé si peu pour nous nourrir). Il pense que cette agriculture industrielle s’est imposée par les méfaits de quelques-uns et non par la nécessité du nombre. C’est l’approche assez classique dans le monde écolo que l’on peut qualifier d’approche par boucs émissaires.
    Il ne tient pas compte de l’histoire qui a décrit l’exact contraire de son propos, seule l’agriculture industrielle peut nourrir et a jamais nourri autant de gens.
    Ce n’est pas durable d’accord, ce n’est pas sain, d’accord aussi et il faut changer, mais il faut avoir alors le courage d’évoquer les deux conséquences inévitables : nous nourrirons moins de gens et l’alimentation sera plus chère.

  8. –  » Quel est l’intérêt de nous multiplier ?  »
    Pour commencer, je n’ai pas compris QUI trouverait un intérêt à ce que la Terre porte toujours plus d’humains ( 10 puis 20 puis X milliards, toujours plus, pour des siècles et des siècles, amen ).
    Marc Dufumier dit tout simplement que selon divers scénarios, la Terre PEUT nourrir tant d’humains. Nous savons ce dont un être humain a BESOIN pour vivre, tant de calories etc. Nous savons ce que nous produisons, ce que nous sommes en mesure de produire, ce que nous ne produisons pas, ce que nous jetons à la poubelle etc. etc . Et sur ce point il ne devrait pas y avoir de controverses.

    – « les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ».
    Certes. Mais on peut également dire que tous ces problèmes ne sont pas seulement causés par le nombre d’êtres humains, mais plutôt par celui de cons-ommateurs. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes, ne confondons pas cons-ommateurs et êtres humains, ou terriens. Alors je préfère dire : les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir , mais comment les GAVER.

    Bien sûr ce n’est là qu’une question de point de vue, autrement dit ça dépend de la position de l’observateur, de l’angle de vue, de la focale etc. Vue du fond d’un trou, et pour peu qu’il soit bouché… ou alors vue d’en haut, voire de très haut, depuis le fin fond d’un trou de ver… la Terre n’a pas la même gueule. Et bien sûr, SES ou NOS problèmes non plus.

  9. La démographie contre l’agriculture quelle qu’elle soit :
    en 2050, la planète va devoir porter 2 milliards de terriens de plus qu’aujourd’hui pour atteindre 9,7 milliards, selon les Perspectives de la population dans le monde 2019. Parmi les pays qui continuent à voir leur nombre de ressortissants augmenter rapidement, 47 affichent des indices de développement socio-économiques les plus faibles. L’ONU s’inquiète à leur sujet de la « pression sur des ressources déjà tendues ». Comment relever le défi du développement durable dans ces conditions  ? Les flux de migration constituent désormais une « composante majeure » des évolutions de population, précise le rapport…
    Il y a les phénomènes que ce rapport ne prévoit pas : les guerres, les catastrophes naturelles !

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