Le démantèlement super-compliqué de Superphénix

Lionel Jospin Premier ministre de Jacques Chirac, prononça cette phrase le 19 juin : « Le surgénérateur qu’on appelle Superphénix sera abandonné. » L’autorisation de mise à l’arrêt définitif du réacteur a été prononcée par décret du 30 décembre 1998. Mais déconstruire, çà ne s’improvise pas : on a dû apprendre ce qu’on ne savait pas faire.

L’année 1999 fut consacrée aux discussions concernant le démontage du cœur. Le déchargement des éléments combustibles du cœur a duré trois ans. Le cœur de Superphénix (13 tonnes de plutonium et 163 tonnes d’uranium) est maintenant coulé par seize mètres de fond dans une piscine appropriée. La destination finale des assemblages enlevés du cœur n’est pas encore arrêtée ! Deux gros chantiers polarisent actuellement l’attention des acteurs de la centrale Superphénix : la découpe des gros composants dont une partie trempait dans la cuve du réacteur ; et la transformation du sodium, dont la majeure partie était irradiée. Les ateliers nécessaires n’ont pas été prévus à la construction de la centrale. Le démantèlement du bloc réacteur doit s’achever en 2024. La démolition du bâtiment réacteur (80 m de haut, 60 m de diamètre) est prévue entre 2024 et 2026. Le sodium liquide remplit encore aujourd’hui la cuve dans laquelle trempait le cœur énergétique. Ce sodium primaire est maintenu à la température de 180 °C pour rester à l’état liquide. On réalise actuellement les derniers essais pour traiter le sodium, dans l’atelier flambant neuf TNA. Les premières gouttes de sodium n’ont été traitées (transformées en soude) qu’en juillet 2009. Le début de vidange du sodium primaire contenu dans la cuve est prévu pour novembre 2010. Le sodium secondaire est entreposé à l’état solide. Rappelons que le sodium présente l’inconvénient d’exploser au contact de l’eau et de brûler au contact de l’air.

En conclusion, Christine Bergé s’interroge non seulement sur le coût prohibitif de la déconstruction d’un réacteur, mais aussi sur l’avenir des déchets nucléaires : « Quelles archives laisserons-nous pour avertir du danger sur le site d’enfouissement de Bure, pendant les siècles qui suivront ? » Pourtant ce livre se veut neutre par rapport aux surgénérateurs ; n’importe qui ne peut pas étudier un réacteur en déconstruction…

Source : Superphénix, déconstruction d’un mythe de Christine Bergé

(les empêcheurs de penser en rond, la découverte 2010)

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