Le mensonge de Cahuzac est-il péché mortel ?

Cacher à une seule personne une vérité qui pourrait lui faire mal est peut-être faisable. Du moins ce mensonge par omission peut-il se discuter ! Mais mentir dans la vie publique est rédhibitoire en démocratie. Ce n’est pas l’avis de Jean-Noël Jeanneney : « Les gouvernants ont droit, dans l’intérêt même de leur charge, de ne pas dire tout, tout de suite, à leurs mandants. » Pourtant Jean-Noël ajoute que le secret risque vite de cacher des turpitudes*. Faudrait savoir !

Prenons quelques exemples. L’énorme mensonge de George W. Bush sur les armes de destruction massive en Irak a entraîné la mort de centaines de milliers de personnes, il est pourtant resté au pouvoir. On a menti sur l’état de santé des chefs d’Etat comme Pompidou ou Mitterrand ; le programme nucléaire français a été lancé pendant l’agonie de Pompidou. Est-ce acceptable ? De notre point de vue, les citoyens doivent être considérés comme des personnes responsables à qui on peut et on doit tout dire. La tolérance au mensonge est antidémocratique, la transparence totale est une vertu publique absolument nécessaire.

Jérôme Cahuzac a menti sur son argent planqué dans un paradis fiscal. Mais son discours** actuel est glaçant : « Si tous ceux qui ont menti à la représentation nationale devaient quitter l’hémicycle, il y en aurait des tonnes. On me dit que j’ai menti sur ma situation personnelle. Cela veut dire quoi, qu’il y aurait des mensonges indignes et d’autres qui seraient dignes ? Quand on ment sur ordre, et pour des raisons politiques, à l’Assemblée nationale, est-ce digne ? A ce compte-là, j’ai menti devant l’Assemblée sur la possibilité de réaliser 3 % de déficit en 2013. » Le président Hollande nous a donc menti quant aux résultats de nos impôts ! L’Elysée ne dit pas ce qu’il fait, il fera encore moins que ce qu’il a dit. Ce n’est plus la démocratie, c’est le royaume des lâches. De notre point de vue, il n’y a ni mensonge bénin en politique, ni même secret défense ou secret d’Etat. Il y a un intérêt public à savoir comment agit le pouvoir et ce que l’on y fait en notre nom. Un gouvernement  n’est que l’émanation des citoyens, ce qui veut dire que les citoyens doivent être au courant de tout ce que disent et font les gouvernants.

WikiLeaks a été un grand moment de vérité sur la démocratie. Puisse le mur du mensonge se fissurer un jour définitivement.

* LE MONDE CULTURE&IDEES du 14-15 avril 2013, Jean-Noël Jeanneney: « La vérité doit venir à point »

** le Canard enchaîné n°4824 (10 avril 2013), Quand Cahuzac disserte sur le mensonge…

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