Le monde-d’après, l’imagination sans pouvoir

La Convention citoyenne pour le climat reste inaudible, les partis politiques sont tétanisé par le virus, les cercles de réflexion vont dans tous les sens, comme d’habitude ; rien de fiable. On appelle même à une nouvelle assemblée de citoyens tirés au sort, « dédiée à la question du plan de relance ». Nous sommes très loin d’un appel à la sobriété partagée ! La France va sans doute vivre en 2020 sa pire année de récession depuis la fin de la seconde guerre mondiale et battre le record de 2009 – une chute de 2,9 % du produit intérieur brut (PIB). Mais budgétairement les mesures actuelles de soutien pèsent davantage que n’importe quel plan de relance. La facture a déjà explosé pour l’État, 11 milliards d’euros pour le chômage (84 % du salaire net pour les salariés au chômage partiel) et 2 milliards pour le fonds de solidarité pour les indépendant (1 500 euros mensuels). Le plan de relance suite à la crise financière de 2008-2009 avait été conçu sans perspectives écologiques, il en est de même aujourd’hui. « Le monde d’après » la Covid-19 risque fort de ne pas aller très loin si on se contente d’une étude publiée mercredi 1er avril par les chercheurs de l’Institut pour l’économie du climat (I4CE) : favoriser la production d’électricité renouvelable et de voitures électriques avec des infrastructures de recharge.

Alors que faire ? Le député Matthieu Orphelin n’offre pas beaucoup plus de perspectives avec un grand plan sur la sobriété numérique . Par contre le Fonds mondial pour la nature (WWF) propose de suivre su la « taxonomie verte » de l’Union européenne. Il s’agit d’une classification des activités économiques en fonction de leur empreinte écologique ; il faut relever les entreprises mais pas à n’importe quelle condition, en gelant les subventions au secteur fossile par exemple.  Daniel Boy n’est pas très optimiste : « J’ai beaucoup de doutes sur le fait qu’une fois sortis de cette crise on ait des politiques économiques très vertueuses. Je crois que l’on sera plutôt dans une course à retrouver la croissance, le pouvoir d’achat, des industries qui tournent… Une fois de plus l’écologie et l’environnement risquent de passer à la trappe. » Les commentaires sur lemonde.fr* se déchaînent :

Palaski : Les mots clefs de l’après crise seront : Croissance , chômage , dette , pouvoir d’achat , santé. On risque pas d’entendre reparler du climat et d’écologie avant un moment .

Marius Albufera : La question qui va se poser sera beaucoup plus prosaïque : nourrir des populations qui ne produisent plus rien de matériel parce qu’ elles achètent tout (notamment ce qui se mange et qui permet de produire de l’ énergie) dans des pays tiers grâce aux revenus de la finance et du commerce mondial ; s’ ils s’ écroulent, nous n’ auront plus rien. NOUS N’ AVONS PAS DE MATIERES PREMIERES et nous avons perdu NOTRE INDEPENDANCE ALIMENTAIRE. C’est si difficile à comprendre ?

Untel : Il est clair qu’après a crise il faudra relancer avec ce qui marche le mieux et non avec ce qui fait le plus plaisir. La priorité ne sera pas de revenir à ces conceptions d’enfants gâtés, le bobo-écologisme, mais de relancer la machine. Il faut que cette « guerre » soit suivie d’un nouveau baby boom et que ces nouveaux boomers redémarrent tout, dans tous les secteurs, dans une explosion d’activités.

Thibaut : Bref, Untel, réaccélérer à fond, tout droit en direction du mur ? Malin !

DMA : Le changement climatique et sa kyrielle de conséquences ne vont pas s’arrêter en raison du coronavirus, ni de la crise économique. La transformation de notre société de performance, en une société de résilience ne sera pas, à moyens termes, une option parmi d’autres, mais la condition de notre survie. Néanmoins, il y a effectivement fort à parier que nos gouvernants vont essayer , dans un premier temps, d’appliquer les vieilles recettes avant de s’apercevoir que nous ne sommes plus en 1948, ni même en 2008, et que les ressources dont nous disposons sont insuffisantes pour relancer durablement la croissance.

le sceptique : On a eu 10000 tribunes sur la catastrophe climat, 1000 tribunes sur la catastrophe pesticide, 100 tribunes sur la catastrophe fin du pétrole, résultat : on se tape finalement une pandémie. Des gens se contentant d’aligner des risques sans priorisation ni prédiction, de dire « faut tout changer » quoiqu’il arrive, ne sont pas crédibles. L’écolo répétera toujours la même chose qu’on se prenne un astéroïde, une pandémie, un tremblement de terre, un krach boursier, une guerre civile, etc. Pour sortir de la crise covid-19, nous n’avons pas trop besoin de vélos ni de carottes bio (ni de transport en commun où le virus respiratoire se diffuse mieux!), mais d’une bonne répartition des lits d’urgence privés et public, de traitements antiviraux, de vaccins, d’applis numériques, d’industries capables de produire masques, tests, respirateurs, médicaments. Une société ouverte, prospère, éduquée, avancée au plan industriel, technique, scientifique. Résilience? Cf Japon, Corée du Sud, Taiwan…

Frog : Si le covid-19 non montre bien quelque chose, c’est que la mondialisation n’a rien de résilient… pas assez de masques et médicaments chinois pour toute la planète, avions soudains bloqués au sol, chaîne d’approvisionnement de la nourriture sous tension… Qu’est-ce que cela donnera lorsque l’épuisement des ressources deviendra plus visible, couplé au réchauffement climatique ? Un peu d’anticipation et de sagesse aurait pu faire éviter des milliards au monde entier, alors que le risque pandémique était connu depuis longtemps. Ne reproduisons pas la même erreur avec le réchauffement climatique.

* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/07/coronavirus-a-bercy-les-economistes-debattent-de-l-utilite-d-un-plan-de-relance_6035774_823448.html

** https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/06/en-france-les-pistes-pour-imaginer-le-monde-d-apres_6035721_3234.html

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5 réflexions sur “Le monde-d’après, l’imagination sans pouvoir”

  1. Après le Covid les choses ne seraient plus comme avant, il y aurait un avant et un après. Le Covid marquerait l’An 01 d’une nouvelle ère. Personnellement, à part ce grand pas vers «1984», je ne n’y jamais cru. Mais qui donc peut encore croire à la poupée qui tousse ?
    Et aujourd’hui plus grand monde ne semble croire à ce «monde d’après» qui tournerait autour de l’Essentiel, des vraies valeurs, et patati et patata. Mais bien sûr avec tout le confort «moderne», eh oh, pas question de retourner à la bougie, fusse-t-elle made in France !
    Du côté de ces beaux parleurs d’il y a deux mois, «l’essentiel» c’est maintenant de relancer la Machine. Les «vraies valeurs» sont toujours les mêmes, compétitivité, croissance, Business. Point de vue idées (innovations), on ressort les primes à la casse pour relancer l’industrie de la sacro-sainte Bagnole, le «travailler plus pour gagner plus» pour augmenter le sacro-saint Pouvoir d’Achat, qui lui fait tourner la Machine et assure le bonheur du con-sot-mateur.
    Bref rien de nouveau sous le soleil, là encore on assiste à la même désillusion qu’après ces élections gagnées sur des belles promesses. Les promesses, qui bien sûr n’engagent que les gogos qui les croient. On tourne en rond, on fait semblant, et on commente etc. en attendant.

    1. Le gouvernement est coincé puisqu’il a TROP de fonctionnaires, alors le gouvernement a besoin de recettes pour les payer, bref des recettes fiscales et impôts qu’ils prélèvent sur les agents économiques du secteur productif privé…. ALORS mécaniquement le gouvernement voudra QUE de la CROISSANCE !

      Ne pas oublier un fonctionnaire qui ne produit rien, il faut quand même le payer pendant ses 40 ans de carrière + 20 à 30 ans de retraite derrière….

      Donc plus il y a de fonctionnaires plus il faut de recettes fiscales et donc de croissance….

      D’autant que, un fonctionnaire fait semblant de payer des impôts, puisque un fonctionnaire est payé par les impôts et donc paye ses impôts avec l’argent issu des impôts, c’est donc juste de l’argent qui fait un tour de circuit pour rien, mais qui permet de faire semblant de payer des impôts… (puisqu’un fonctionnaire ne produit aucune richesse alors forcément il ne risque pas d’augmenter la taille du trésor publique)

      1. Faudrait peut-être arrêter les raisonnements simplistes, non ? Alors comme ça selon toi une infirmière ne produit aucune richesse. Un instit et un prof non plus. Ben voyons. Et un flic, ça produit quoi comme richesse ? Ce n’est pas du côté des fonctionnaires qu’il faut regarder, du moins du côté des petits, donc des plus nombreux, mais du côté des NUISIBLES. C’est de ceux-là dont il y a TROP !
        Par exemple, d’où sortent les quelques 18 ou 20 milliards d’euros balancés chaque année dans le marché publicitaire en France ? Du porte monnaie du con-sot-mateur, con-tribuable et en même temps. Combien d’emplois dans les secteurs de la pub et du marketing ? Et ils servent à quoi ces emplois, si ce n’est à faire tourner la Machine ? Un euro investi en publicité produit environ 8 euros de PIB.

        1. Les infirmières sont celles qui écoulent les stocks de l’industrie pharmaceutique au même titre que les caissières des supermarchés écoulent les stocks de l’industrie alimentaire et d’autres gadgets… Bref, infirmières et caissières sont utiles car elles sont chargées de la distribution…

          MAIS, à chaque fois qu’on parle des fonctionnaires, les fonctionnaires inutiles se cachent derrière le bouclier des fonctionnaires utiles…. LES PLANQUES DANS LES ADMINISTRATIONS ! Exemple à Amiens, les planqués d’agents de communication de la Mairie qui sont payés juste pour publier juste 1 colonne par semaine dans le magazine JDA financé par la mairie soit les contribuables, magazine qui n’apprend rien de plus que le Courrier Picard, voir ne font que du plagia ! QUAND les français en ont marre des fonctionnaires et critique la fonction publique, tu sais très bien qu’ils ne parlent pas des policiers des infirmières des médecins ou des pompiers qui sont des fonctionnaires utiles à la population, non les français en ont ras le bol des planqués dans les mairies, les ministères les administrations les préfectures…. HEIN !

  2. Le titre est excellent, en effet nous avons beaucoup d’idées pour construire un monde meilleur, mais c’est très difficile et notre pouvoir semble limité.
    Et si l’une des difficultés était le gigantisme de nos sociétés ? Trop nombreuses (trop peuplées) , produisant trop, occupant trop d’espace… Un véhicule lourd est toujours plus difficile à manier qu’un véhicule léger. Encore une fois, nous tombons sur le problème d’échelle.
    Avant de nous croire plus malins avec une capacité supérieure à nos parents à mieux organiser le monde (comme si de tous temps les hommes n’avaient pas déjà eu ça en tête !), si nous pensions à réduire les ordres de grandeur, c’est sans doute ça la voie, si nous ne le faisons pas, ils se réduiront d’eux-mêmes, sans la moindre prévenance envers nous.

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