le principe de précaution et ses adversaires

Selon Michel Portier sur lemonde.fr, « le principe de précaution devient un frein à l’innovation »*. Les commentateurs disent le pour et le contre, mais un échange nous a particulièrement mis de bonne humeur :

Max Lombard : « Si le principe de précaution avait été inventé il y a un million d’années, nous mangerions encore cru et cinq millions d’années plus tôt nous ne serions même pas sur nos pattes arrières ! »

J. Saugnon Duval : « Si Monsanto, Novartis et les OGM avaient existé il y a un million d’années, on déplorerait l’absence de M. Lombard, les abeilles n’ayant pas pu survivre à l’ingestion de leurs poisons……. »

Tout est dit, notre société prend déjà trop de risques. Le principe de précaution n’est quasiment jamais utilisé pour protéger les citoyens. Les exemples pullulent : l’essence au plomb, l’amiante, les farines animales avec prions, les hormones de croissance avec des hypophyses contaminées, les produits phytosanitaires toxiques et persistants, les particules fines atmosphériques, le tabac, les médicaments toxiques… Michel Portier est le directeur général d’Agritel, société de conseil sur les marchés de l’agro-industrie. Il a le discours de sa fonction, il n’est pas en mesure de réfléchir… Il récite sa leçon, tout y passe : « innovation », « compétitivité », « gaz de schiste », « biotechnologies (OGM) », « tournons le dos aux technologies et nos chercheurs iront à l’étranger », « financiarisation des marché agricoles inéluctable », « acceptons la mondialisation des marchés », etc.

Toutes ces affirmations gratuites de Michel Portier posent débat, prenons la dernière, la mondialisation. Il est paradoxal que le chantre de la démondialisation soit devenu ministre du redressement productif : on n’entend plus parler de démondialisation. Pourtant ses propos étaient clairs : « La mondialisation est un système qui a méthodiquement organisé la mise en concurrence mondiale, sans limites, sans scrupule, sans filet, des salariés, des entrepreneurs, des agriculteurs et de tous ceux qui ont été placés en compétition directe avec des travailleurs chinois, des ingénieurs indiens et des paysans argentins, ceux-là même qui n’ont d’autre choix que d’accepter des rémunérations de misère. Le bilan de la dernière décennie de mondialisation est un désastre pour ceux qui n’ont d’autres ressources que leur travail : délocalisation en série, destruction d’emplois et d’outils de travail, diminution des revenus du travail par la pression à la baisse… Ce qui a été fait peut être défait, tout choix politique est réversible. Seul un programme de démondialisation est capable de donner du travail aux chômeurs, de financer le prix de l’éducation et de la santé pour tous, de retrouver le droit de choisir librement notre destin. »**

* Le Monde.fr | 01.10.2013 à 12h40 | Le principe de précaution, un frein à l’innovation

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1 réflexion sur “le principe de précaution et ses adversaires”

  1. le principe de precaution est un concept important – il a meme rang constitutionnel en France – mais difficile a definir avec precision et a mettre en oeuvre. En tout etat de cause, il implique une demarche d’ethique scientifique et donc de toujours continuer l’investigation scientifique d’une question. Un exemple: pretendre que la question du climat est resolue maintenant et pour toujours et qu’il est donc possible d’y apporter des actions certaines n’est absolument pas une application du principe de precaution.

    D’une maniere generale biosphere, l’humain est un « homo faber »: essayer, faire des erreurs parfois, corriger et aller de l’avant est LA nature de notre espece. Vouloir l’empecher n’est pas na-tu-rel. C’est de l’ingenierie sociale aussi artificielle que ce que vous reprochez aux OGMs.

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