Le sport-spectacle, on tourne en rond

Taylor Phinney, ex-prodige du cyclisme mondial, perd les pédales à 29 ans et devient réaliste : « Mon ego était énorme quand j’ai commencé la compétition. Mes héros de jeunesse n’étaient guidés que par cela. Ces rencontres m’ont laissé un goût amer mais, dans le même temps, j’encourageais cela chez moi… Ce qui rend le cyclisme magnifique à regarder, c’est la hiérarchie du peloton qui repose sur la souffrance. Celui qui dicte le rythme fait mal aux autres. Les autres suivent jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus ou deviennent à leur tour celui qui fait souffrir le reste. On est dans une cage et soit on est le plus fort, soit on se fait fouetter… Les cyclistes sont malheureux, insatisfaits, déprimés, mais excellent à faire taire ces voix, comme ils arrivent à repousser la souffrance… En course, c’est un océan de négativité, bouffe pourrie, temps pourri, voyages pourris. C’est toxique, je ne le supportais plus. C’était dangereux pour ma santé mentale… J’ai pris beaucoup de décontractants musculaires, de somnifères. Quant aux antidouleurs, bien sûr, ça rend la course plus facile, ça te permet d’aller plus loin dans tes retranchements. Mais ceux qui en prennent sont accros à l’opium. Ils en souffriront toute leur vie… La vie de cycliste est une chose absurde : pourquoi partir d’un point A pour y revenir après quatre heures de selle ? Pourquoi pédaler contre les autres plutôt que de réfléchir à la façon dont le vélo peut résoudre la crise environnementale ? » Ses futurs enfants ne feront pas de sport de haut niveau.*

Critiquer le vélo parce que c’est se rendre d’un point A et y revenir, autant le dire pour tous les sports spectacles : course à pieds, vélo, natation, etc. etc. Il y a une contradiction flagrante entre les termes activité physique et sport professionnel… Le sport-spectacle qui empêche les gens de pédaler pour la planète devrait être interdit, le Tour de France cycliste n’a aucune raison valable de perdurer, les courses automobiles et autres compétitions qui tournent en rond et détériorent la planète sont une abomination climatique, chacun devrait percevoir l’absurdité du sport-spectacle et quitter son fauteuil et sa télé pour s’activer par soi-même.

* LE MONDE du 27 décembre 2019, Taylor Phinney, le cyclisme et ses « 99 % d’emmerdes »

2 réflexions sur “Le sport-spectacle, on tourne en rond”

  1. – George Orwell : «Le sport c’est la guerre, les fusils en moins»
    – Von Clausewitz : «La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens»
    La politique, la guerre, le sport, le business … tout est lié. Et comme par hasard nous retrouvons le même vocabulaire partout. Stratégie, pacte, alliance, bataille, cible, abattre, attaquer, progresser, défendre, vaincre, victoire, défaite etc. etc. Et partout des vainqueurs et des perdants, des winners et des losers, de beaux méritants et d’affreux inqualifiables.
    On dit que le sport est l’école de la vie. La vie ne serait-elle donc qu’une guerre permanente ? Une lutte oui, déjà contre soi-même, mais pourquoi une guerre ? On dit que le sport est surtout un vecteur de lien social, un moteur du vivre ensemble. Quelle hypocrisie ! On pourrait dire exactement la même chose de la guerre et de la politique, seulement ce ne serait pas politiquement correct.
    Le sport, en tant que compétition, porte les valeurs guerrières qui nous sont inculquées depuis le plus jeune âge et que nous retrouvons donc partout. C’est donc là une histoire de culture. Le mérite, qui dépendrait de nos efforts et de notre souffrance… et puis le courage… voilà donc ce qui justifierait la réussite et l’honneur. Et le bonheur en prime. Or tout ça n’est que du flan. Tout ça n’est que le résultat du hasard, qui pour commencer nous a mis là et pas ailleurs. Le hasard qui nous a fait naître et devenir comme ci, ou comme ça, gaillard riche et malin, ou malingre et con et pauvre de surcroît. Bref, quel mérite y a-t-il à gagner le gros lot au loto, est-ce ça qui me vaut l’honneur d’une merdaille?
    Comme la politique-spectacle, le sport-spectacle fait partie intégrante du Show (Grand-Barnum), c’est comme ça. Toutefois, sans l’émerveillement des spectateurs toutes nos «stars» deviennent ternes, fades, elles arrêtent de briller. Et finalement elles redeviennent ce qu’elles sont, de vulgaires figurants. Quant à dire si c’est là une comédie ou une tragédie, cela dépend tout simplement du point de vue du spectateur. En attendant, là haut dans leur loge, Statler et Waldorf se marrent bien en regardant le Muppet Show.

  2. Depuis l’apparition de la télévision, les sports ont pris de l’ampleur, avec les championnats à la noix, bref la médiatisation catalysent tous les narcissiques en manque existentiel qui veulent à tout pris battre des records juste pour être connu par le monde entier, alors que finalement tous ces champions seront aussi vite oubliés après avoir fait la une des journaux… Bref, ces sports prêts à s’esquinter la santé en se dopant juste pour être connu éphémèrement…. En tout cas j’en ai rien à péter d’être connu, mes people et mes stars sont uniquement mes proches (amis et famille)…. Mais le truc étant que même si j’en ai rien à foutre du cyclisme et du football, il faut à tout prix que les médias me bassinent les oreilles pour connaître les champions du moment en répétant en boucle les noms des champions, alors que j’en ai rien à péter ! Devenons tous des générations rien à péter, des générations rien à foutre du star-système, car lorsqu’on en aura tous plus rien à foutre et plus rien à péter de tout ça, et ben leurs compétitions à la noix ne leurs servira plus à rien, hormis à abrutir la population de records du meilleur dopé ayant remporté la compétition.

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