L’écologie, ni gauche, ni droite, ni centre, mais supérieur

La question du positionnement « gauche » ou « droite » empoisonne la vie de l’écologie politique. Pourtant ce n’est que faux débat : un/e écologiste ne peut qu’être écologiste. Précisons en trois points.

1/3) Historiquement un parti écolo n’est ni droite ni gauche

C’est clairement exprimé après la création des Verts en 1984. Ce n’est que par les méfaits du scrutin majoritaire qui lamine la représentation des nouveaux partis aux législatives que les Verts ont été obligés tactiquement de s’allier au PS à partir de 1997. L’histoire de l’écologie politique n’est pas le prolongement de la lutte Travail (la gauche) contre Capital (la droite), c’est la considération d’un troisième élément non pris en compte par libéraux et socialistes, la préservation de la planète (le facteur Biosphère).

Quand René Dumont présente en 1974 sa candidature à la présidence de la République sur une plate-forme écologique, c’est le résultat de la publication en 1972 du rapport du Club de Rome (les méfaits des exponentielles dans un monde fini), de la déclaration de Menton (alerte de crise écologique) signée par des centaines de scientifiques, de la Conférence des Nations unies sur l’environnement à Stockholm en 1972. C’est le résultat de plusieurs années de prise de conscience militante, d’abord underground puis publique, des marches de Fessenheim, de Bugey, de Gravelines contre la construction de centrales nucléaires, des manifestations du Larzac, du débat sur le parc national de la Vanoise, des manifs à vélo de Paris. Cette histoire est d’origine récente, mais ce sera le combat du XXIe siècle qui se continue dans les ZAD et autres lieux de la contestation de la civilisation thermo-industrielle. On ne demande pas à un néo-luddite s’il est de gauche ou de droite, il vous tournerait le dos.

2/3) Concrètement tout le monde est potentiellement écologiste

Il n’y a pas de classes sociales en lutte pour les écologistes, tous les habitants de la planète ont un intérêt en commun, celui de protéger et de préserver les richesses de la planète pour eux, pour leurs générations futures, pour les autres êtres vivants. Il en va de notre survie en tant qu’espèce, liée à toutes les autres espèces animales et végétales. D’ailleurs je pourrai donner le nom de personnes qui sont classés à droite sur l’échiquier politique et qui sont beaucoup plus écolo que des gens qui se revendiquent de l’écologie politique. Il y a en fait une classe globale qui se permet d’avoir un véhicule individuel aux temps de la raréfaction des ressources fossiles et des émissions de gaz à effet de serre, une classe globale qui devrait prendre conscience que son comportement n’est pas écologiste.

Comme l’exprime le programme électoral de René Dumont en 1974, « L’Ecologie, c’est un mot simple. Il veut dire que l’homme comme toutes les espèces vivantes, est inclus dans un milieu qui comprend la nature, les autres espèces vivantes, les autres hommes et qu’il ne peut se permettre de détruire ce milieu sans se détruire lui-même. » On avait déjà compris que la défense de la nature ne se limite pas à tel ou tel point particulier, mais exige une remise en cause fondamentale pour aboutir à un double objectif :

– Réduction fondamentale des injustices sociales à l’échelle mondiale, en vue de la réduction prioritaire du gaspillage et des consommations abusives des riches ; donc de leur nombre comme de leur revenu.

– Elaboration d’une civilisation à basse consommation d’énergie, de viande et de métaux, économisant pour les générations futures les ressources rares de la planète, arrêtant le pillage du Tiers-Monde et la destruction de la nature, source de toute vie.

3/3) Le mot (gauche) est un mot valise vide de sens

L’aventure de la gauche plurielle avec Jospin (1997-2002) avait le mérite de dire que la gauche était multiple et qu’écologistes, communistes et socialistes pouvaient conserver leur identité propre. Aujourd’hui il y a éclatement interne de toutes les tendances et la recomposition politique se fait dans le désordre. Que voulait dire en décembre 2015 le refus de l’alliance avec le PS pour les régionales et l’alliance avec CAP21 (classé à droite) en Ile de France ou avec le Front de gauche dans d’autres régions ? Quelle est la gauche écologiquement compatible, la gauche marxiste, la gauche sociale-démocrate, la gauche libérale, la gauche des Frondeurs du PS, la gauche-gauche, le gauchisme selon F.de Rugy ? Il y a autant de conceptions de la gauche qu’il y a de personnes. L’écologie politique ne doit pas s’égarer dans ce genre d’étiquettes passéistes. L’écologie est l’acceptation de la diversité, l’écologie politique est avant tout écologiste.

Comme l’exprime aujourd’hui Nicolas Hulot, « Osons dire que l’écologie ne doit plus être un vulgaire enjeu partisan, elle est un enjeu politique au sens le plus noble. Ce n’est un sujet ni de gauche, ni de droite, ni du centre, c’est un sujet supérieur. C’est simplement l’avenir et la sauvegarde de la famille humaine et de son écosystème, la planète ».

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