Les animaux ne peuvent parler ni se révolter, dommage

Manon Dené s’exprime ainsi devant la journaliste Catherine Vincent* : « L’être humain est un animal particulier, plus intelligent et plus fort que d’autres. Mais c’est justement parce qu’on est plus intelligents et plus forts qu’on devrait avoir plus d’humilité et intégrer les animaux dans notre écosystème, et les protéger plutôt que les utiliser… La société a toujours été bâtie sur une exploitation. Il y a eu le racisme, le sexisme, le ségrégationnisme. Mais le problème avec les animaux, c’est qu’ils ne peuvent pas parler, ni se révolter. On les exploite dans tous les domaines, mais tout le monde préfère l’ignorer. C’est ancré dans les mœurs. » Manon Dené se veut activiste, elle veut faire du lobbying : « C’est vraiment ça qui m’intéresse : pouvoir avoir un peu d’influence sur les dirigeants, les parlementaires, les eurodéputés… C’est à travers la législation et la politique qu’on peut faire bouger les choses, mais aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de politiciens qui s’intéressent à la protection animale. » Manon Dené devrait employer le terme d’acteurs absents.

Il faudrait que chaque citoyen (en position de décision délibérative) se fasse l’avocat des acteurs-absents, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent prendre la parole lors d’une négociation, ou qui ne sont pas invités à la table des négociations : milieu naturel, être vivants non humains, générations futures. Tous ceux qui ne peuvent parler et se révolter doivent être représentés. Rosanvallon décrivait la condition nécessaire pour préparer le long terme : « Il n’y aura pas de sortie de la myopie démocratique si les citoyens ne sont pas eux-mêmes les défenseurs d’une conscience élargie du monde. » Le suffrage universel est un conquête récente qui s’est progressivement élargi à de multiples acteurs. Au début, il s’agissait en France d’un corps électoral restreint par le suffrage censitaire à 246 000 hommes. Les votants sont devenus 9 millions avec l’adoption du suffrage universel et direct en 1848 ; les femmes, les militaires et les colonisés étaient encore exclus. Il faudra attendre 1944 pour que l’universalité s’étende aux femmes, 1945 pour que les miliaires deviennent électeurs ou éligibles et 1956 pour la reconnaissance d’une citoyenneté de plein droit aux indigènes des colonies françaises.

On pourrait aller encore plus loin. Ce serait élargir l’universalité bien plus fondamentalement que le droit de vote à 18 ans si on pouvait inclure dans la participation électorale les êtres vivants non humains, le milieu naturel et les générations futures. Ce n’est pas une procédure véritablement démocratique que de décider sans eux, les acteurs absents, les tiers-absents, de ce qui les intéresse au premier chef. Une telle délibération, qui n’élargit pas la pensée dans l’espace et dans le temps, ne peut qu’entraîner de mauvaises décisions. Les ruptures écologiques qui perturbent les ressources et le climat résultent de l’usage d’une démocratie restreinte. Manon Dené a raison de s’intéresser à la parole des animaux.

* http://animaux.blog.lemonde.fr/2013/03/22/les-animaux-ne-peuvent-ni-parler-ni-se-revolter/

5 réflexions sur “Les animaux ne peuvent parler ni se révolter, dommage”

  1. Bonjour Coq au vin,
    Veuillez lire le livre de Jane Goodall, Nous sommes ce que nous mangeons, vous vous poserez moins de questions.
    Bon dimanche

  2. Bon, si je comprends bien, vous desirez juste que les votants aient de l’empathie (cf les commentaires sur les billet du 10 avril), mais vous ne demandez pas que les votes de certains « comptent plus » (ou moins), je vous ai bien compris?

    1. Coq au vin,
      « empathie », très bien, c’est tout-à-fait ça.
      Pour la pondération, « un homme égal une femme égal une voix chacun », nous ne voyons pas pourquoi il pourrait en être autrement…

  3. Bonjour Coq au vin
    La phrase en litige : « inclure dans la participation électorale les êtres vivants non humains, le milieu naturel et les générations futures. » Le débat : « Comment y arriver ? » Rien de plus simple à notre avis :
    Par exemple lors d’une réunion, Jane Goodall avait représenté les chimpanzés, Biruté Galdikas les orangs-outangs, Ian Redmond les gorilles et Aurélien Brulé défendait les gibbons. Un avocat représente un client, absent ou non. Un député vote au nom d’un pays, entité abstraite. Des chefs d’Etat réunis pour traiter du réchauffement climatique ou de l’extinction des espèces ont pour rôle de penser à la place des générations futures et des non-humains. Et notre comportement quotidien représente toujours des représentations, nous reflétons une certaine représentation du monde. Nous avons tous un système de représentation qui nous incite à devenir personnellement le représentant de causes les plus diverses, les intérêts de « notre » entreprise, les intérêts des Américains, les intérêts des peuples indigènes, les intérêts des grands singes, les intérêts de la Terre-mère et même notre propre intérêt.
    Pierre Rosanvallon décrivait la condition nécessaire pour préparer le long terme : « Il n’y aura pas de sortie de la myopie démocratique si les citoyens ne sont pas eux-mêmes les défenseurs d’une conscience élargie du monde. » En termes techniques, cela s’appelle une représentation des acteurs absents, c’est-à-dire les habitants des autres territoires, les générations futures et même les non-humains…

    Est-ce que notre réponse est assez claire ?

  4.  » si on pouvait inclure dans la participation électorale les êtres vivants non humains, le milieu naturel et les générations futures.  »

    Encore et toujours ce theme…mais vous ne decrivez jamais la maniere dont vous voudriez ***en pratique*** implementer cette « participation electorale » dont vous parlez si souvent. Allez-vous l’expliquer un jour? Voulez-vous le faire en donnant a un groupe d’humains un vote plus important que le vote des autres? Pensez-vous que ce groupe d’humains devrait etre…vous-meme? Je vous soupconne de vouloir le retablissement d’un suffrage censitaire au profit de votre ideologie. Me trompe-je?

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