Les limites à la croissance démographique

Le livre très argumenté sur les limites de la croissance date de 1972. Ce rapport au Club de Rome prévoyait un effondrement civilisationnel au cours du XXIe siècle, à savoir une chute combinée et rapide de la population, des ressources, de la production alimentaire et industrielle. Quarante ans plus tard le diagnostic n’a pas changé. Prenons l’exemple de la démographie.

– La baisse de la fécondité ne signifie pas que la croissance de la population mondiale a cessé ni qu’elle n’est plus exponentielle. Elle signifie simplement que le temps de doublement s’est allongé : il est passé de 36 ans à 2 % par an (en 1965) à 60 ans et 1,2 % par an aujourd’hui. Le nombre net d’individus sur la planète continue d’augmenter chaque année puisque le taux s’applique à un nombre d’habitants plus important. Dans les pays pauvres, la transition démographique reste bloquée à la phase intermédiaire, celle où l’écart entre les naissances et les décès est important. D’où l’expression « les riches font de l’argent et les pauvres font des enfants ». Est-ce la pauvreté qui entraîne l’accroissement démographique ou l’inverse ? Dans les faits, la boucle de rétroaction positive (population => pauvreté => accroissement démographique => population…) forme un système piège, une boucle d’aggravation de situations déjà problématiques.

– Lorsqu’une situation se dégrade, les boucles de rétroaction positives tirent le système vers le bas à un rythme sans cesse croissant. Lorsque les populations ont faim, elle cultivent la terre de façon plus intensive. Elles obtiennent davantage de nourriture à court terme, mais cela se fait aux dépens d’investissement à long terme dans l’entretien des sols. La fertilité de la terre diminue, entraînant avec elle la baisse de la production de nourriture. Dans une économie affaiblie, il se peut que les services sociaux soient réduits. Si l’on diminue le financement de la planification familiale, le taux de natalité risque de s’élever. La population augmente alors, ce qui diminue un peu plus encore les services par habitant. Dans le système simulé que nous utilisons, World3, l’objectif premier est la croissance. L’économie ne cessera son expansion que lorsqu’elle se heurtera aux limites. Mais les processus physiques mis en œuvre par les boucle de rétroaction ont une force d’inertie considérable. Il n’y a donc rien d’étonnant a ce que le plus probable soit le dépassement et l’effondrement.

– Le concept de capacité de charge a été élaboré à l’origine pour des relations simples entre population et ressources, par exemple le nombre de têtes de bétail qui pouvait rester sur un pâturage donné sans dégrader la terre. Il devient plus complexe s’agissant de populations humaines. La capacité de charge est en soi une limite. Toute population qui se développe au-delà de sa capacité de charge n’a pas beaucoup d’avenir devant elle. Elle entame la capacité de soutien du système dont elle dépend. Mais il est impossible de faire des prévisions précises sur l’état de la population, du capital technique et de l’environnement dans plusieurs dizaines d’années. La compréhension que les hommes ont des cycles écologiques complexes est très limitée. En outre, leur faculté à observer, à s’adapter, à apprendre, à faire des choix rend le système par essence imprévisible. La prévision d’une catastrophe devant un public sensé et volontaire doit, dans l’idéal, ne pas aboutir et se révéler fausse en induisant l’action qui va l’empêcher de se produire.

– Les spécialistes résument les causes de la dégradation environnementale par une formule appelée IPAT, plus précisément I = PxAxT. L’Impact (empreinte écologique) de toute population est égal au produit de la population (P) par son niveau de consommation ou « abondance » (A) et par les dégâts causés par les technologies (T) choisies pour satisfaire ce niveau. Afin de réduire l’empreinte écologique de l’humanité, il semble raisonnable que chaque pays s’efforce de progresser dans les secteurs où il a le plus de possibilités de le faire. Pour les pays en développement, il s’agit de la population, pour les pays occidentaux de l’abondance et pour les pays d’Europe de l’Est de la technologie.

Supposons qu’à partir de 2002, chaque couple dans le monde soit conscient de ce qu’implique la poursuite de l’accroissement démographique pour leurs propres enfants comme pour ceux des autres. Supposons que la société garantisse à tous les individus qu’une fois devenus vieux, ils seront respectés et jouiront d’une sécurité matérielle même s’ils ont très peu d’enfants. Supposons qu’en conséquence tous les couples décident de se limiter à deux enfants (en moyenne) et qu’ils aient à leur disposition des moyens de contrôle des naissances qui leur permettent d’atteindre leur objectif. Pareil changement ferait naître une perception différente des coûts et des avantages liés à la procréation et augmenterait les perspectives d’avenir…

source : Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Dennis Meadows, Donella Meadows & Jorgen Randers

édition rue de l’échiquier 2017, édition originale 2004 sous le titre The Limits to Growth, the 30-Year Update

1 réflexion sur “Les limites à la croissance démographique”

  1. La formule I=PAT peut également s’appliquer à l’énergie. La consommation totale d’énergie (I) est le produit du nombre de consommateurs (P) par le nombre (A) d’ « esclaves » dont dispose chaque consommateur 24h/24 (voir JM Jancovici) et par « l’intensité énergétique » (T), qui est l’énergie nécessaire à la production (+ transport, vente, recyclage…) de tous les besoins et « besoins » de nos millions et milliards de consommateurs et autres cons-ommateurs.

    L’énergie « libre-abondante-gratuite-propre » ça n’existe pas ! Et heureusement !
    Partant de là se pose l’éternelle question : Sur quoi faut-il agir ? Sur P, sur A ou alors sur T ? Et là se pose l’éternel problème. Certains (la grande majorité) ne veulent absolument pas que l’on réduise le nombre A de leurs esclaves, au contraire. D’autres se disent qu’en réduisant P ils pourraient bénéficier plus longtemps du gâteau, jamais assez gros. D’autres misent sur le Progrès pour réduire T (lampes basse conso, « petites » voitures et Jean Passe).
    Ce qui fait qu’on vise un con sensus. (Lire « Les animaux malades du consensus », de Gilles Châtelet).
    Ce qui fait qu’on bricole ici et là. Faut dire que bricoler ici et là ça n’a que des avantages. Déjà ça occupe, ça fait passer le temps, voire ça en fait « gagner », en attendant. Ensuite ça permet de se faire croire qu’on s’occupe sérieusement du Problème, autrement dit de se mettre en paix avec sa petite con science.

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