Les origines historiques de l’écologie politique

Ralph Waldo Emerson dans son manifeste « La nature » (édité en 1836) appelle à réveiller sa sensibilité pour communier avec une nature dont l’homme fait partie et pouvoir ainsi affronter le conformisme. Le concept d’écologie apparaît en 1859 dans le préambule de De l’origine des espèces de Charles Darwin, sous le nom d’« économie de la nature ». Il y décrit les relations entre les prairies de trèfles, pollinisés par les bourdons, et les chats qui mangent les mulots qui eux-mêmes délogent les bourdons de leurs terriers. Le terme écologie en tant que tel est construit sur le grec oikos (« maison, habitat ») et lógos (« discours ») : c’est la science de l’habitat. Il fut inventé en 1866 par Ernst Haeckel, biologiste allemand. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, il désignait par ce terme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence ». l’origine de l’écologie est d’essence scientifique, ceux qui font l’étude des écosystèmes s’appellent écologues. A partir du moment où les observations concordantes des biologistes, naturalistes et autres chercheurs montreront la dégradation de la planète, l’écologie entrera en politique : il faut bien prendre des décisions, ne pas se contenter d’observer et comprendre. Rares sont les personnes qui réagissent à la société dominante. On peut certes nommer Elysée Reclus (1830-1905), Henry David Thoreau (La désobéissance civile, 1849) ou même Gandhi (lire son autobiographie, 1925-1929). Plus explicitement précurseur de l’écologie politique, nous pensons à l’ouvrage « La planète au pillage » de Fairfield Osborn (1948). Il faut aussi citer l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson sur les ravages du DDT, « Le printemps silencieux » (1962). En France, ce sont les naturalistes qui ont été les premiers à s’inquiéter du dérèglement planétaire. Ainsi Jean Dorst, « Avant que nature meure » (1965).

Dans les années 1960, on ne parle pas encore d’écologie politique en France, c’est le mouvement associatif qui mène seul le combat environnemental. Le livre de Serge Moscovici en 1968 n’est qu’un « Essai sur l’histoire humaine de la nature ». Sa démarche n’est pas politique : « Quelles sont les racines de l’inégalité sociale, de quelle façon peut-on la combattre ? Quelle est la société la plus juste ? Voilà les demandes auxquelles on est pressé de fournir une réponse. » Son livre « De la nature, pour penser l’écologie » est seulement publié en 1976. Notons que le mouvement de mai 1968 ne parlait pas encore d’écologie. Mais au cœur de la contestation de la guerre du Vietnam, le mouvement « Survivre » des scientifiques critiques (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement techno-scientifique. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage. Il ne s’agit pas encore d’écologie politique, mais de dénonciation du système. Ce sont les prémices de l’écologie politique. Alain Hervé a été une cheville ouvrière du passage de l’écologie médiatisée à la présence de l’écologie dans l’arène électorale. Il avait fondé en 1970 la branche française des Amis de la Terre et supervisé le hors-série du Nouvel Observateur en avril 1972 : « La dernière chance de la Terre ». À partir de 1973, il dirigeait le mensuel écologique Le Sauvage. Lors de la candidature de René Dumont à la Présidence de la République en 1974, il a été responsable du bureau de presse.

Excepté quelques expériences locales aux élections, l’écologie politique ne devient donc visible qu’à partir de la présidentielle 1974. Et encore, c’est le mouvement associatif qui est maître d’œuvre. Justification : « Plutôt que de chercher à politiser l’écologie Philippe Saint-Marc, animateur du Comité de la Charte de la Nature (signée par près de 300 000 personnes), préconisait à l’époque d’écologiser les politiques en sensibilisant les différents partis aux enjeux environnementaux. Mais en novembre 1973, l’Association des Journalistes-écrivains pour la protection de la nature (AJEPN) organise un débat entre neufs délégués des partis politiques chargés des questions environnementales. D’après Jean Carlier, alors directeur du service des informations à RTL et militant de la protection de la nature et de l’environnement, « ça a été lamentable, sauf un ou deux exemples, des centristes plutôt ». À l’issue de cette réunion, Jean se dit convaincu que les partis politiques ne prendront jamais les enjeux environnementaux au sérieux, à moins d’y être contraints. Le 3 décembre 1973, lors d’une réunion du bureau de l’AJEPN, il propose de présenter un candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles qui, selon lui, ne devraient pas tarder du fait de la détérioration de l’état de santé de Georges Pompidou. Ce sera René Dumont. » (extraits du livre de Michel Sourrouille, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », 2016)

Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) n’a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » qu’en 1979, et ce n’était pas de la politique, c’était de la philosophie. Il n’y a pas là d’écologie politique au sens de politique « politicienne », c’est-à-dire par présentation à des élections. Lors de la présidentielle de 1974, nous sommes en présence d’un programme explicitement écologiste qui sera porté par l’agronome René Dumont. L’action écologique de terrain passe dans le jeu institutionnel. Notons que la structure partisane de l’écologie politique a été encore longue à se mettre en place. Les Verts sont issus en 1984 de la fusion de la confédération écologiste et du parti écologiste, ils ne comptaient que 1700 adhérents à la fin de 1988.

1 réflexion sur “Les origines historiques de l’écologie politique”

  1. Dans les années 1972 premiers spots tele..abordant les problèmes écologiques, à Rechercher :Mr Massiou professeur d histoire au Collège Paul Bert de Cachan à une minute pour convaincre…
    Des spots très courts où Il intervient avec des jeunes
    Mr Massiou avait fondé le MAE mouvement d action.écologique. Ç était avant que René Dumont soit candidat aux présidentielles de 1974.
    Jeune prof de SVT AU Collège Paul Vert j ai accompagné et soutenu l action de ce Collègue.

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