les principes d’une société post-croissance

Au sein de l’Archipel écolo, on a rédigé dix principes de conception d’une société post-croisssance :

1) Principe de sobriété : le modèle de développement issu du capitalisme industriel ne tient pas compte des limites biophysiques de la planète. C’est un modèle prédateur, extractiviste, fondé sur la recherche du profit, de l’optimisation, de la compétition au détriment du bien vivre des populations humaines et non humaines. Nous nous engageons à lutter contre le productivisme, le consumérisme et l’extractivisme qui détruisent les conditions de vie sur Terre et à promouvoir une politique de la Terre – c’est-à-dire une politique au service de l’humanité et du vivant dans tous ses aspects- fondée sur la sobriété des usages (sobriété énergétique, sobriété dans l’utilisation des matières premières, sobriété dans l’usage du sol, sobriété numérique…). Notre slogan, c’est « sauvons l’habitabilité de la Terre ».

2) Principe de résilience ( : afin de renforcer notre capacité individuelle et collective à subir les chocs à venir (choc climatique, choc économique, choc sanitaire, choc lié à la perte de la biodiversité) . Pour cela, nous nous engageons à renforcer le rôle et l’autonomie des territoires (via par exemple les biorégions), à relocaliser une partie de nos activités,  en particulier celles dont dépendent la santé et l’alimentation, à privilégier les circuits courts, la permaculture…

3) Principe de décroissance choisie et sélective : parce que le PIB, la croissance pour la croissance, ne peuvent plus être notre boussole, nous nous engageons à réévaluer l’ensemble de nos activités à l’aune du bien vivre et des limites de la planète. Contre le productivisme et son pendant consumériste, certaines activités doivent décroitre rapidement (automobile, aérien, activité spéculative, industrie du luxe, élevage industrielle, industrie touristique…) et laisser la place à d’autres activités (énergie renouvelable, low tech, mobilité douce, soin…) ?

4) Principe de solidarité intra et inter-espèces : alors que la domination du néolibéralisme n’a su ni réduire les inégalités sociales ou de genre, ni préserver les conditions d’un monde habitable sur Terre, l’Anthropocène ouvre une nouvelle époque pour l’humanité, ce moment où l’espèce humaine est devenue une force géologique capable de bouleverser les équilibres du système-Terre. Face à cette situation, notre rapport au vivant humain et non humain est à reconsidérer de fond en comble, de nouvelles solidarités se mettre en place. Nous devons réapprendre notre dépendance aux autres, aux milieux et aux communautés biotiques. 

5) Principe de coopération : plutôt que la compétition et l’appropriation privée des ressources de la planète, plutôt que la prédation et l’accumulation sans bornes, nous nous engageons à protéger les communs mondiaux comme l’eau, l’air, les paysages, les sols…Le travail ne doit plus être fondé sur l’exploitation de la ressource humaine et non humaine, mais sur le ménagement, le soin, la prise en compte de notre commune vulnérabilité.

6) Principe de cosmopolitisme : aucune politique de la Terre ne saurait s’envisager sans une prise en compte de l’ordre international et de l’interdépendance des communautés humaines entre elles. Le réchauffement climatique et ses conséquences, l’effondrement de la biodiversité, n’ont que faire des frontières et des Etats-nations.

7) Principe de démétropolisation : parce que les métropoles, par leur densité et leur surpeuplement représentent un élément de vulnérabilité supplémentaire, nous devons repenser la ville et l’aménagement du territoire et mettre fin à terme à la métropolisation. Réduire l’étalement urbain, la consommation et l’artificialisation des sols, rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, réduire les distances domicile-travail, doivent être au coeur d’une nouvelle approche « ville-campagne ».

8) Principe de démocratie horizontale : aucun changement profond, aucun tournant civilisationnel ne peut être envisagé dans le cadre de nos institutions actuelles. La démocratie doit être réinventée à l’aune des enjeux écologiques planétaires et de la nécessaire participation de toutes et de tous à la définition du nouveau cadre commun. Face à l’urgence et à la profondeur des transformations à engager, le modèle de la démocratie représentative n’est plus suffisant. L’implication et la mobilisation passent par l’avènement d’une démocratie horizontale et l’innovation sociale. 

9) Principe d’émancipation individuelle et collective permettant de donner toute sa place au « non économique » à éducation, art, culture, sport, relations interpersonnelles et collectives et permettre à chacun et à tous de participer démocratiquement à la lutte.

10) Principe de justice sociale : l’exploitation des salarié.es constitue le rapport social au fondement du capitalisme. Dans sa phase actuelle, celle du néolibéralisme, il n’a de cesse de revenir sur les droits sociaux arrachés par les mobilisations passées et aggrave encore plus les inégalités sociales. La gestion des entreprises, basée sur la « création de valeur pour l’actionnaire », est dominée par une logique de stricte rentabilité financière au détriment des conditions de vie et de travail des salarié.es comme des impératifs écologiques. Cette logique financière tend à dominer aujourd’hui la totalité de la vie économique. La remise en cause de ce rapport social doit être au cœur d’un projet d’émancipation.

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10 réflexions sur “les principes d’une société post-croissance”

  1. Bonne nouvelle pour une fois ! En effet, on peut lire sur le Figaro cet article « Coronavirus : 320 milliards de dollars de pertes pour le tourisme mondial »

    320 milliards de pertes pour le tourisme, autant dire que c’est très bon pour le climat !

      1. Oui personnellement je n’y crois pas ! Mais il faut bien rire dans la vie ! C’est d’autant plus drôle de reprendre les arguments de ses adversaires. En effet, vous chouinez pour que le Pib baisse pour sauver soit disant le climat, et voici que les journalistes qui nous bassinent avec le réchauffement climatique nous disent que plus rien ne va plus parce que le Pib baisse trop et que finalement les voilà qu’ils chouinent parce il faudrait de la croissance…. soit refaire remonter le Pib MDR

        1. Je suis ravi que tu rejoignes le Parti d’En Rire, bienvenu au Club.
          Mais… qui c’est qui chouine exactement, dans ton histoire rigolote ?
          En tous cas ce n’est pas toi, ça j’ai compris, toi tu te fends la gueule. Les journalistes, OK, ils chouinent, ça j’ai compris aussi. Mais qui c’est ce «vous» au début, qui chouine lui aussi ?
          Tu sais que t’es sacré rigolo… que t’aurais pu faire carrière … 🙂 🙂 🙂

          1. Les rigolos sont les escrolos, comme Hulot et sa collection de voitures ainsi que son bâteau de plaisance et tout le reste (motos, etc)…

            En escrolo, on a aussi Thomas Pesquet qui nous fait aussi ses leçons de moral pour la planète, mais le Thomas Pesquet ne trouve rien de mieux que de se refaire un shoot spatial (combien de millions tonnes de CO2 la construction et le lancement de sa fusée, juste pour faire le zouave quelques jours dans l’espace ?

  2. Didier BARTHES

    J’avoue que je ne crois plus à l’application possibles de nouveaux principes d’organisation, ou même de simple règles de conduites, même quand je les partage.
    Nous sommes fondamentalement incapables de les mettre en oeuvre
    Comme continuera, une solution émergera, mais ce sera celle de la contrainte physique avec tous les dégâts qu’elle suppose. Pour la nature il n’y a plus grand chose à faire, 90 % des grands animaux sauvages ont déjà disparu, le mal est déjà fait.
    L’humanité doit drastiquement rétrécir, pas un peu, drastiquement. Nous devons redonner l’essentiel du monde au reste du vivant et je suis bien persuadé que jamais nous ne le ferons de notre plein gré. Quand je vois en France les figures de l’écologie Hulot, Barrau, Rabhi, le parti EELV nier l’évidence au nom d’une bien-pensance désastreuse mais aussi criminelle, je suis découragé. Regardez dans les zoos l’aire de répartition des animaux, mais prenez une loupe avant !

    1. Bonjour Didier Barthès.
      Moi non plus je n’y crois pas trop. Et je comprends très bien que quand on œuvre à changer les choses, et peu importe de quelle façon (que ce soit comme le fait Hulot, ou Rabhi, ou encore vous), il y a de quoi être découragé. Je l’ai toujours dit, les choses changeront… par la force des choses.
      En attendant nous devons préserver ce qu’il nous reste d’humanité, ce qui justement fait société.

      1. Pour ça nous devons déjà éviter d’en rajouter à la confusion. L’ignorance ne peut pas être la force, la liberté ne peut pas être l’esclavage, la paix ne peut pas être la guerre (Orwell), un cercle ne doit pas devenir un carré (Goebbels), la sobriété et/ou la décroissance ne peuvent et ne doivent pas être la démesure etc. etc. Et puis nous devons combattre la haine. Et bien sûr et en même temps (comme il dit) nous devons encourager toutes ces expériences, toutes celles et tous ceux qui s’appliquent à ce que ces principes (ou ces valeurs) deviennent de plus en plus désirables.

  3. Quand on réfléchit à ce genre de projet (utopie ; société post-croissance, ou de décroissance ; « monde d’après » etc.) c’est la moindre des choses que de définir des principes. Nous connaissons depuis longtemps les ingrédients pour «faire société» : la coopération, le partage, le respect, les règles etc. Ces 10 principes (on pourrait en rajouter quelques uns) touchent à l’ensemble de ces différents points qui font société. Et énoncés ainsi ils devraient faire consensus.

    1. (suite) Le problème qui se pose ensuite, c’est leur interprétation par chacun des membres de cette société. Par exemple le premier principe, celui de la sobriété. Pour Pierre ça voudra dire vivre comme lui vit en ce moment (avec son petit vélo, sa petite auto, etc.) Pour Paul ça voudra dire vivre dans une yourte au fond des bois. Pour Marcel vivre comme un burkinabé. etc. etc. Et il en sera ainsi pour tout. Avec ces 10 principes un romancier pourrait aussi bien imaginer un monde idyllique qu’une société effroyable.
      Le Problème (en attendant) c’est non seulement de réfléchir sur le COMMENT «sauver» le climat, sauver les baleines etc. c’est comment vivre ensemble quand tout fout le camp ?

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