Les victimes du réchauffement se battent déjà

Le présidentiable René Dumont avait prévenue en 1974, «L’écologie ou la mort » ; il a obtenu 1,3 % des voix.  Certains croyaient encore dans les années 2000 à la pédagogie de la catastrophe… La responsable académique au développement durable a accusé un référent EEDD dans son lycée d’être « catastrophiste ». Eviter le réalisme des mots en matière d’urgence écologique, c’est le meilleur moyen d’accélérer l’effondrement. Les gens conscients des réalités biophysiques en arrivent à penser aujourd’hui que même la catastrophe ne peut plus servir de pédagogie : chacun se battra pour accaparer les ultimes ressources terrestres, et la dernière goutte de pétrole ira sans doute à un tank. L’article* de Jean-Baptiste Fressoz confirme :

«  Les climatologues n’hésitent plus à relier les inondations au réchauffement : une terre plus chaude, c’est une évaporation plus intense, davantage d’eau retenue dans l’atmosphère et donc des inondations plus fréquentes et plus dévastatrices. Alors que de nombreuses inondations frappent partout la planète et que les grandes plaines du Midwest américain sont sous l’eau, le président Trump aggrave les sanctions économiques contre l’Iran, lui-même submergé. Le désastre dans le Midwest ouvre des opportunités commerciales aux concurrents, incités à déforester davantage l’Amazonie et La Pampa argentine, et donc à accroître le réchauffement. Pis : pour amadouer les agriculteurs américains lessivés par les inondations et la guerre commerciale avec la Chine, le président Trump cherche à encourager la production de carburant à partir de maïs et de soja. Enfin, les évangéliques, très actifs dans le Midwest, expliquent à qui veut l’entendre que le réchauffement climatique est un mythe et que les inondations sont une sanction des péchés d’une Amérique qui a tourné le dos à Dieu ! L’idée d’une pédagogie de la catastrophe est décidément beaucoup trop optimiste… »

Voici sur notre blog biosphere quelques autres points de vue complémentaires de Jean-Baptiste qui méritent la lecture :

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

en résumé : En avril 1855, alors que la foule se presse à l’exposition universelle de Paris pour y admirer machines, locomotives et inventions, paraît « La Fin du monde par la science », écrit par un avocat, Eugène Huzar  : Je ne fais la guerre ni à la science, ni au progrès, mais je suis l’ennemi implacable d’une science ignorante, d’un progrès qui marche à l’aveugle sans critérium ni boussole. La science expérimentale ne peut anticiper les conséquences lointaines de ses productions toujours plus puissantes. Et ce décalage entre capacités techniques et capacités de prévision conduit inexorablement à l’apocalypse…

25 octobre 2018, L’addition des énergies mène droit à la crise ultime

en résumé : Jean-Baptiste Fressoz souligne à juste titre que la « transition » devrait s’appeler « crise énergétique » ou « gap énergétique ». Mais dire « transition » plutôt que « crise » rend le futur beaucoup moins anxiogène en l’arrimant à une rationalité planificatrice et gestionnaire. Ainsi va un monde où il ne faut plus culpabiliser les gens, ni parler d’écologie punitive, encore moins de sang, de larmes et de sueurs

* LE MONDE du 13 juin 2019, « Les victimes du réchauffement se battent au lieu de s’entraider »

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1 réflexion sur “Les victimes du réchauffement se battent déjà”

  1. Je pense que « l’apocalypse joyeuse » n’est pas à la portée de n’importe qui. Nous voyons bien que généralement les discours qualifiés de catastrophistes ne passent pas. Aborder ce sujet avec certains ne peut mener qu’à des conflits, et c’est souvent dommage. Je pense qu’il y aurait beaucoup à dire là-dessus, et pas seulement sur ce mécanisme d’auto-défense purement naturel, du moins parfaitement humain, le déni de réalité. Je crois aussi que certains se complaisent à ressasser la Catastrophe. J’ai déjà dit que l’homme était un animal bizarre, que certains individus éprouvaient du plaisir à se faire souffrir physiquement. Et même mentalement ou moralement, autrement dit à se pourrir la vie. Et celle des autres par conséquent. Personnellement, même si j’y pense et en parle souvent, je n’ai pas d’ulcère à l’estomac et je dors bien la nuit. Je ne rêve pas de l’apocalypse, ou Grande Cata.
    Quant à la sémantique, en effet le mot « transition » (tout comme « crise ») porte l’idée de quelque chose de passager et donc de finalement pas si catastrophique que ça. Nous le savons, la fumeuse Transition (écologique, énergétique) laisse entendre que nous pourrions conserver notre petit confort de petits-bourgeois (le beurre et l’argent du beurre). Une crise, qu’elle soit sociale, financière ou d’hémorroïdes, laisse également entendre que c’est juste un mauvais moment à passer, qu’après la pluie vient le beau temps. D’un côté ce n’est pas faux, seulement il faudrait juste préciser que sur ce coup l’hiver va durer très longtemps. Du moins un certain temps … comme le fût du canon pour refroidir.

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