L’État d’urgence, ennemi déclaré de la cause écologique

Le terrorisme fait certes quelques victimes, mais c’est l’humanité toute entière qui sera gravement touchée par les perturbations climatiques. Le gouvernement réagit dans le court terme, sans aucune considération du long terme. La violence des terroristes ne peut être arrêté ni par des bombes sur la Syrie, ni par l’état d’urgence. C’est le contexte socio-économique de nos banlieues bien françaises (ou belges) qui provoquent l’extrêmisme, et cela on ne le solutionne pas par des policiers à chaque coin de rue. Plus grave, le contexte de contrôle de la population dans lequel on s’installe en France relègue l’urgence écologique au second plan. Il est dramatique d’interdire la grande manifestation du 29 novembre qui voulait montrer la parole de la société civile lors de la COP21. Il est d’ailleurs significatif que le gouvernement interdise les marches pour le climat mais permet les marchés de Noël  et la tenue de « Solutions COP21 » au Grand Palais (un forum des multinationales). Encore une fois ce gouvernement dit socialiste montre qu’il peut faire n’importe quoi sans traiter l’essentiel. Un article de Stéphane Foucart* confirme notre point de vue. En résumé :

« Pour Bernie Sanders, « le changement climatique est la menace la plus importante pour la sécurité des Etats-Unis.  Il est directement lié à l’augmentation de la menace terroriste. Si nous n’écoutons pas ce que les scientifiques nous disent, nous allons voir des pays tout autour du monde se battre pour l’accès à l’eau, pour l’accès aux terres arables, et nous verrons surgir toutes sortes de conflits. » En 2008, un rapport de l’Union européenne était sans ambiguïté. Le texte estimait que le réchauffement agit comme un « multiplicateur de menaces » dans des zones déjà traversées par des tensions sociales, politiques, religieuses ou ethniques. « Une augmentation sensible de la population du Maghreb et du Sahel » au cours des prochaines années, combinée au changement climatique et à la diminution des surfaces agricoles, pourrait entraîner une « déstabilisation politique » et « accroître les pressions migratoires ». Presque toutes les zones identifiées en 2008 comme les plus sensibles au réchauffement – de la Mésopotamie au Levant en passant par le Yémen, le Sahel et l’Afrique du Nord –, ont basculé sept ans plus tard dans l’instabilité ou le chaos, chaos dont les attentats du 13 novembre sont le monstrueux rejeton. Entre 2007 et 2010, une sécheresse d’une sévérité jamais vue s’installe en Syrie. En 2008, pour la première fois de son histoire, la Syrie doit importer du blé. L’année suivante, plus de 300 000 agriculteurs désertent le nord-est du pays. En 2010, 17 % de la population syrienne est en situation d’insécurité alimentaire.

En frappant Paris le 13 novembre, l’organisation Etat islamique (EI) a remis le court terme au centre de l’agenda politique. Pour la lutte contre le réchauffement, c’est une mauvaise nouvelle. Pour l’EI et tous ceux qui prospèrent sur le désespoir des plus pauvres, c’est une formidable victoire. »

* LE MONDE, 24 novembre 2015, climat d’insécurité

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