L’exaspération des apiculteurs et apicultrices

Pascale, une apicultrice : Pascale est venu de Bretagne pour s’installer en Charente. Son mari s’occupe de récolter le miel, elle préfère multiplier le nombre d’abeilles. Un bon choix à une époque où la pollinisation est d’autant plus indispensable que les industriels de l’agriculture font n’importe quoi. Elle en a marre, vraiment marre  : « Si ça ne tenait qu’à moi, je quitterai le métier tout de suite. J’ai une centaine de ruches, je me consacre à la reproduction des abeilles, mais si c’est pour avoir une mortalité de 70 %, à quoi bon continuer ? Je sais que nous courrons à la catastrophe, mais que faire quand tout se ligue pour vous empêcher de faire votre boulot. J’aime les abeilles, les abeilles c’est ma compétence, c’est mon choix, mais on fait tout pour nous dégoûter du métier. Monsanto avait un rêve, ne plus avoir besoin ni des abeilles, ni des apiculteurs. Ce rêve se réalise. Il faudrait vraiment des drames pour secouer les gens, qu’ils comprennent qu’on ne peut pas continuer comme on le fait. Il faudrait que tout le monde devienne écologiste car l’équilibre de nos écosystèmes, c’est une nécessité pour tous… » Pascale voudrait quitter le métier sans abandonner les abeilles, mais à 57 ans difficile de trouver un emploi.*

Michel, un apiculteur : « Quand j’ai commencé l’apiculture, j’étais peu sensibilisé à l’écologie. Pendant longtemps tout se passait bien. J’étais essentiellement un « cueilleur » insouciant ! Je retrouvais mes essaims au printemps sans perte de colonies. Le climat breton est certes humide et capricieux, mais il n’est pas trop chaud, ce que les abeilles craignent. Et puis j’ai commencé à trouver des ruches complètement dépeuplées à la sortie de l’hiver. J’ai compté les colonies mortes sans raison apparente. 5, puis 10, puis 20… jusqu’à 40 % de pertes. C’est comme l’histoire de la grenouille dans l’eau progressivement chaude et qui ne se doute de rien. La destruction de l’environnement se fait petit à petit. Les autorités publiques nous expliquaient qu’on ne savait plus travailler ! Pour moi la bascule est très claire : c’est au milieu des années 1990 avec l’introduction des néonicotinoïdes. Je comprends que si les abeilles meurent, ce n’est pas que je sois devenu mauvais mais que c’est l’environnement qui déconne ! Les parasites massacrent une population d’abeilles déjà très affaiblie par la dégradation écologique générale. Lorsque tu prends conscience de ça, lorsque tu as sous les yeux tes ruches complètement dépeuplées et que tu fais le lien avec l’économie croissanciste, tu es obligé de quitter ta zone de confort, un beau métier tranquille où tout se passait bien. Il nous faut revoir entièrement nos pratiques agricoles, productivistes. Non pour aller vers l’autarcie, mais la sobriété. A mon niveau j’ai décidé de passer en bio, d’avoir le label. A la FFAP (Fédération française des apiculteurs professionnels) nous travaillons pour identifier les problèmes professionnels et toujours faire le lien avec le global. »**

Pascal, cofondateur de la FFAP : « Nous avons fondé en 2009 cette association pour mieux faire entendre la voix des professionnels par un gouvernement qui était resté sourd à nos appels au secours. Cela n’a pas beaucoup changé depuis. On intervient aussitôt quand il y a fermeture d’un centre industriel, on ferme les yeux quand l’agriculture intensive fait mourir les abeilles. Une toute récente association, Interapi, a été promu comme interlocuteur privilégié de l’Etat, mais à sa tête il y a le représentant du leader européen du miel, la famille Michaud. Les petits producteurs locaux passeront après la vente de miel par les grossistes importateurs. Il y a de moins en moins de zones préservées en France, même la migration des ruches devient inopérantes. La GDSA n’a pas de réponse à la surmortalité des abeilles, il est difficile de s’y retrouver dans la cascade des causes. On trouve souvent une maladie finale, on ne remonte pas aux intoxications multiples qui ont affaibli irrémédiablement la ruche. Ainsi un fongicide contamine l’eau dont les abeilles ont besoin. Elles souffrent ensuite de nosémose, des diarrhées aiguës pouvant entraîner la mort. Les abeilles domestiques bénéficient du suivi des apiculteurs, du dédoublement des essaims, d’une attention constante. Mais tous les pollinisateurs sauvages disparaissent, comme d’ailleurs l’ensemble des insectes. Ils ne sont pas protégés par l’homme des néonicotinoïdes, fongicides, herbicides… D’autre part il devient de plus en plus difficile de vivre de son métier d’apiculteur. Comme les abeilles meurent, comme les prix du miel sont tirés vers le bas par la grande distribution, il y a de moins en moins d’artisans amoureux des abeilles. A l’heure actuelle, je ne trouve personnellement pas preneur de mon miel à un prix qui permettrait de couvrir mes frais de production. Il faudrait une révolution culturelle, la fin de l’industrialisation de l’agriculture, pour faire en sorte que la mort des abeilles ne signifie pas la mort des apiculteurs. Beaucoup d’entre nous sont au bord du suicide, ou sont même parfois passés à l’acte. »***

* interview réalisé par Michel Sourrouille, du blog biosphere

** mensuel La décroissance de février 2019, rubrique « simplicité volontaire » page 7

*** interview réalisé par Michel Sourrouille, du blog biosphere

PS : le président d’INTERAPI n’est plus Vincent Michaud (passé vice président quand même), mais Eric LELONG apiculteur pro-FNSEA.

7 réflexions sur “L’exaspération des apiculteurs et apicultrices”

  1. Un apiculteur en Côte du Nord a mis sur Face Book  : Dans la série « on va tous crever avec leurs conneries ».. Contexte : ce lundi matin je transporte 23 colonies supplémentaires sur un rucher afin de le compléter.. 9h15 : après le déchargement et la mise en place des ruches, ouverture de celles-ci : grosses effervescences des abeilles qui découvrent leur nouvel environnement.. La journée s’annonce belle et ensoleillée.. Encourageant… 9h55 : apparition soudaine d’un « pulvé » de compet’ version cabine pressurisée à quelques dizaines de mètres du rucher qui commence à arroser tout azimut sur une parcelle de colza à proximité (et ce malgré les précautions élémentaires d’usages qui veulent que l’on fasse ces traitement au coucher du soleil ou à l’aube).. Le conducteur est protégé, contrairement à moi et aux abeilles.. C’est un prestataire qui fait le job et non le proprio qui ne semblait pas au courant du timing prévu du traitement… J’apprendrais + tard que le produit utilisé répond au sympathique nom de « Yearling » de notre ami Bayer.. C’est un fongicide nouvelle génération appelé SDHI qui est composé de 2 substances actives, le prothioconazole et le fluopyram.. Ils ont pour principe de bloquer la succinate déshydrogénase (complexe de la voie respiratoire). Le fluopyram est un inhibiteur de la respiration cellulaire.. Question toxicologie, « Yearling » est considéré comme susceptible de nuire au fœtus, il est aussi très toxique pour les organismes aquatiques, il entraîne des effets néfastes à long terme.. Il serait cependant « faiblement toxique » pour les abeilles comme l’était considéré aussi en son temps le glyphosate (on sait aujourd’hui que ce dernier détruit le système digestif de l’abeille).. Comment peut-on imaginer que cela n’ait pas d’impacts sur le couvain, la fertilité de la Reine, des faux-bourdons, la longévité des abeilles ??!!.. Question risque et exposition, il est conseillé aux travailleurs de ne pas rentrer sur la zone traitée avant 6 à 48h selon les notices !!!.. En ce qui me concerne je suis resté sur place + de 5h le temps de faire le Taf !! (ça craint, docteur ?) : mise en place et travaux sur le rucher, intervention sur les ruches, observation et pose de trappes à pollen en urgence à des fin d’analyses au cas où.. Le rucher est donc en observation pour voir les conséquences à moyen et long termes.. Par ailleurs et pour conclure avec cette saloperie que l’on respire à plein poumons dans nos campagnes en ce moment, un extrait d’un article de Science et avenir au sujet de ce poison : « Ainsi, les cellules de tous les êtres vivants respirent, du champignons en passant par le micro-organismes et bien sûr l’homme. « Nos travaux de recherche sur l’enzyme SDH ont mis en évidence un mécanisme très particulier de dérèglement cellulaire : le blocage de cette enzyme conduit à l’accumulation d’une petite molécule, le succinate. Celui-ci va entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN : ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques. Ces anomalies épigénétiques liées au blocage de la SDH vont déréguler des milliers de gènes, expliquant la survenue de tumeurs et cancers, sans pourtant entraîner de mutations dans les gènes comme c’est souvent le cas des carcinogènes. Et ces modifications, contrairement aux mutations, ne sont pas détectées, ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides”, expliquent les scientifiques. En effet, la toxicité sur le long terme pour l’homme du fongicide SDHI n’a jamais été sérieusement étudiée. Or, des anomalies du fonctionnement de l’enzyme SDH “peuvent entraîner la mort des cellules en causant de graves encéphalopathies, ou au contraire une prolifération incontrôlée des cellules, et se trouver à l’origine de cancers”. De plus, Pierre Rustin, généticien et directeur de recherches au CNRS-Inserm, assure, dans la tribune, que ces fongicides « bloquent bien la SDH humaine, nous l’avons testé en laboratoire. Or, nous savons qu’il est extrêmement dangereux de bloquer cette enzyme. »

  2. Oui, MAIS, qui a 9 euros à mettre pour acheter un pot de miel miniature au supermarché ? Je ne sais pas combien de marge ont les supermarchés la dessus, mais 9 euros x 6,55957 = 59 francs !!! Rien que ça ! Les vilains smicards et les mesquins prolos sont gonflés de refuser une aussi bonne affaire c’est ça ? Bon, voilà c’est clair, le miel bio made in France inabordable pour la plupart des gens, donc oui les vilains et les mesquins désignés précédemment, ben les rares fois qu’ils ont l’occasion d’acheter du miel, effectivement ils se dirigent directement sur le Miel Michaud, mais peut-on vraiment leurs reprocher ?

  3. L’insecticide glyphosate agit sur l’activité cardiaque des abeilles, eh oui les abeilles ont un cœur ! Même l’élevage peut mettre à mal une ruche car les abeilles ont besoin d’eau, les eaux polluées par les animaux les attirent, et les antibiotiques elles n’aiment pas trop.

  4. Du miel par les grandes surfaces, je peux en parler je suis un abonné du rayon Miel. Alors la seule marque qui parvient à écouler ses stocks, c’est la marque Lune de Miel, notamment son gros pot à 7 euros… Pour les autres marques, les emplacements de rayon ne se vident pas ne s’écoulent pas, les pots dorment tranquillement sur place…. Là actuellement, il y a un Miel Bio à 7 euros chez Leclerc, ben il ne part pas, ça fait plusieurs semaines que la promo subsiste… J’attends encore 1 semaine ou 2 puis je pourrai les obtenir à prix cassé à 4/5 euros le gros pot Bio, je le sais d’avance car je suis habitué, puis à ce moment là j’en achèterai 4 ou 5 pots, peut-être plus, pour me faire mes stocks, je le sais d’avance car comme je le rappelle j’ai l’habitude… A 7 ou 9 euros les petits pots, Bio ou pas Bio ça ne partira jamais, ce qui explique que les grandes surfaces veulent tirer les prix vers le bas pour le miel, parce que à ces prix là, ça ne se vend pas. Le miel, ce n’est pas comme les pommes de terre ou les carottes, des petits sacs de pommes de terre à 4/5 ou 6 euros le kilo, on est obligé de les acheter pour manger, même quand le prix est surévalué, on est obligé de fermer sa gueule puis de racker car on n’a pas le choix, c’est un produit de première nécessité, mais le miel ce n’est pas indispensable dans l’assiette au quotidien. Mais le rayon Miel, on ne bouscule pas, ce n’est pas comme au rayon beurre ou charcuterie où j’ai en permanence 2 ou 3 personnes qui veulent saisir un produit là où je me trouve, au rayon Miel je sais que si je reçois un coup de téléphone ou si je rencontre quelqu’un dans le magasin, ben je sais que je peux discuter peinard au rayon miel sans être perturbé par quelqu’un qui voudrait passer…. Sinon, beaucoup de marques, Bio ou pas Bio, mélangent leur Miel avec du Miel d’Amérique latine….

    1. « Lune de Miel », c’est la marque de la famille Michaud dont parle l’article, ceux qui veulent faire du marché leur monopole ! Quand, pour la provenance de leur miel, il est marqué « UE et hors UE », c’est à douter de l’intelligence humaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *