l’Inde, entre Gandhi et l’absurde croissance

L’Inde est redevable à Gandhi des recettes qui auraient pu sauvegarder son autonomie. Le premier mouvement de résistance non violente conduit par Gandhi, de 1919 à 1922, avait pour thème la charkha (petit instrument ancestral de filage) et le khadi (toile artisanale), base d’une prospérité écrasée par la « machinerie de Manchester ». Gandhi voyait un grand danger dans toute innovation propre à élargir le fossé entre possédants et pauvres en induisant des besoins asservissants et impossibles à satisfaire. En 1930 en Inde, le mahatma avait entamé une campagne de désobéissance civile contre la taxe sur le sel imposée par la Couronne britannique. Ce modèle (philosophie du rouet) refusait techniques dures et intrusion des pays riches. Aujourd’hui, l’Inde bloque des projets miniers qui ne tiennent pas assez compte de l’environnement et des populations locales (LeMonde du 1er octobre). Gandhi, toujours ?

Malheureusement, il s’agit un blocage très partiel, l’Inde reste vouée à la croissance « durable ». Si les tendances se poursuivent, le nombre de voitures passera de 2 millions en 1971 à 537 millions en 2030. L’Inde fait de la surenchère par rapport à Renault (la Logan), le constructeur Tata commercialise une voiture à bas prix, la Tata Nano. L’Inde ne possède encore que 9 véhicules pour 1000 habitants. A quand le même taux d’équipement qu’en Allemagne, 450 pour 1000 habitants ? L’Inde deviendrait avant 2025 le troisième importateur net de brut, derrière les Etats-Unis et la Chine, et le troisième émetteur de CO2. Automobile et pétrole, produits de luxe et consommation de masse, l’Inde suit les traces des pays occidentaux et perd son âme.

Il n’y a qu’un domaine où l’Inde est vraiment à l’avant-garde de la souveraineté protégée. Elle n’a obtenu que trois médailles aux derniers Jeux Olympiques ; elle se fout complètement de la compétition dans le domaine sportif qui n’est pas le sien. Et puis, il n’est pas interdit d’espérer : Jairam Rasesh, ministre de l’environnement a interdit la culture commerciale de l’aubergine OGM. A quand le retour à Gandhi autour de l’idée du swadeshi (l’autosuffisance nationale) ?

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6 réflexions sur “l’Inde, entre Gandhi et l’absurde croissance”

  1. sur le fantasme (dixit coq au vin) de la « révolution verte » en Inde

    Devinder Sharma (ingénieur agronome indien) : « Il y a quarante ans, nous avons opté en Inde pour la « révolution verte », qui a introduit des semences hybrides, des engrais et pesticides chimiques, des cultures très gourmandes en eau, etc. C’est tout notre mode de culture que nous avons alors modifié. L’Inde est devenue autosuffisante. Mais maintenant, qu’est-ce que l’on constate ? En fait ce type de technologie agricole a détruit les ressources naturelles et a conduit les agriculteurs à la faillite : aujourd’hui nous sommes confrontés au taux de suicide le plus élevé au monde. En Inde, toutes les heures, 2 agriculteurs se donnent la mort quelque part. Cela montre l’état de détresse du monde agricole. Des études récentes ont montré que 40 % des agriculteurs souhaiteraient abandonner leur métier. Qu’allons-nous faire de 600 millions de personnes ? »

    Vandana Shiva (physicienne et épistémologue indienne) : « Cela s’est appelé la révolution verte, par opposition à la révolution rouge qui se répandait en Inde, venant de Chine. Les Américains se sont dit : « Diffusez les produits chimiques et vous éviterez le communisme. » Malheureusement ces produits coûtaient cher et nuisaient à l’environnement. Tout cela s’est révélé au bout de dix ans, si bien qu’au lieu d’être en paix et de profiter de la prospérité, les jeunes ont connu une nouvelle pauvreté et pris les armes. Après la répression très violente par les forces militaires contre les insurgés dans le Punjab, on ne pouvait plus prendre son fusil ; alors les agriculteurs ont commencé à boire les pesticides pour mettre fin à leurs jours. Au cours de la dernière décennie, nous avons ainsi perdu 200 000 agriculteurs. »

  2. sur le fantasme (dixit coq au vin) de la « révolution verte » en Inde

    Devinder Sharma (ingénieur agronome indien) : « Il y a quarante ans, nous avons opté en Inde pour la « révolution verte », qui a introduit des semences hybrides, des engrais et pesticides chimiques, des cultures très gourmandes en eau, etc. C’est tout notre mode de culture que nous avons alors modifié. L’Inde est devenue autosuffisante. Mais maintenant, qu’est-ce que l’on constate ? En fait ce type de technologie agricole a détruit les ressources naturelles et a conduit les agriculteurs à la faillite : aujourd’hui nous sommes confrontés au taux de suicide le plus élevé au monde. En Inde, toutes les heures, 2 agriculteurs se donnent la mort quelque part. Cela montre l’état de détresse du monde agricole. Des études récentes ont montré que 40 % des agriculteurs souhaiteraient abandonner leur métier. Qu’allons-nous faire de 600 millions de personnes ? »

    Vandana Shiva (physicienne et épistémologue indienne) : « Cela s’est appelé la révolution verte, par opposition à la révolution rouge qui se répandait en Inde, venant de Chine. Les Américains se sont dit : « Diffusez les produits chimiques et vous éviterez le communisme. » Malheureusement ces produits coûtaient cher et nuisaient à l’environnement. Tout cela s’est révélé au bout de dix ans, si bien qu’au lieu d’être en paix et de profiter de la prospérité, les jeunes ont connu une nouvelle pauvreté et pris les armes. Après la répression très violente par les forces militaires contre les insurgés dans le Punjab, on ne pouvait plus prendre son fusil ; alors les agriculteurs ont commencé à boire les pesticides pour mettre fin à leurs jours. Au cours de la dernière décennie, nous avons ainsi perdu 200 000 agriculteurs. »

  3. Beaucoup de fantasmes sur l’Inde dans votre post…En 1961, l’Inde est au bord de la famine.Elle s’en est sortie en suivant le CIMMYT et en semant la souche de riz IR8 + agrochemicals (pardon my French). Resultats: 10 tonnes par hectares de riz, et la famine evitee. C’etait le debut de la Revolution Verte (la vraie 😉 ), dans toute l’Asie puis au-dela.

    Bien sur, ca ne va pas dans le sens du super Matlhusianisme que vous defendez par ailleurs… C’est vrai que les gens ont, meme dans les pays pauvres, cette facheuse tendance a ne pas vouloir mourir…

    L’inde se « fout » tellement « de la competition dans le domain sportif » qu’elle a fait des pieds et des mains pour obtenir l’organisation des jeux du Commonwealth cette annee. Une fierte nationale (n’ayez pas peur de ces mots) pour eux..Elle est aussi dans la competition (n’ayez pas peur non plus) pour l’organisation des jeux Olympiques de 2020, meme si les problemes d’organisation des jeux du Commonwealth vont probablement la pousser a se desister…

  4. Beaucoup de fantasmes sur l’Inde dans votre post…En 1961, l’Inde est au bord de la famine.Elle s’en est sortie en suivant le CIMMYT et en semant la souche de riz IR8 + agrochemicals (pardon my French). Resultats: 10 tonnes par hectares de riz, et la famine evitee. C’etait le debut de la Revolution Verte (la vraie 😉 ), dans toute l’Asie puis au-dela.

    Bien sur, ca ne va pas dans le sens du super Matlhusianisme que vous defendez par ailleurs… C’est vrai que les gens ont, meme dans les pays pauvres, cette facheuse tendance a ne pas vouloir mourir…

    L’inde se « fout » tellement « de la competition dans le domain sportif » qu’elle a fait des pieds et des mains pour obtenir l’organisation des jeux du Commonwealth cette annee. Une fierte nationale (n’ayez pas peur de ces mots) pour eux..Elle est aussi dans la competition (n’ayez pas peur non plus) pour l’organisation des jeux Olympiques de 2020, meme si les problemes d’organisation des jeux du Commonwealth vont probablement la pousser a se desister…

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