Montargis 1974, l’écologie politique en enfance

En 1972, se crée à Montargis l’Agence de Presse Réhabilitation Ecologique plus connue sous le vocable d’APRE (première parution le 5 janvier 1973). Nous étions encore dans un monde sans Internet ni réseaux sociaux, ce que beaucoup aujourd’hui n’imaginent même pas. L’APRE était le seul outil écolo à tenir ce rôle. Une fois le premier tour de la présidentielle 1974 passé, il était évident pour les militants que l’esprit du bateau-mouche (le quartier général à Paris du présidentiable René Dumont) devait survivre. Il s’agissait d’élargir au plus grand nombre la mini-société qui s’est éclose durant cette campagne électorale. Pour ce faire, il a été décidé d’organiser des assises de l’écologie. Le 14 mai, le comité de soutien de « campagne » confie au Mouvement Pollution Non leur organisation. Ces « Assises de Montargis » ont rassemblé environ 2500 personnes les 15 et 16 juin 1974. Il en est ressorti la mise en place d’un collectif provisoire national, le Mouvement Ecologique, ayant pour but de coordonner les collectifs écologiques issus de la campagne électorale. De suite, en réaction, 25 groupes créent le Collectif de Bazoches afin que l’écologie ne devienne pas une propriété exclusive ! De même la revue la Gueule ouverte s’est empressée de noyer le nouveau-né avant même qu’il ait pu faire ses premières preuves. Les deux parties de cette charge héroïque sont claires, 1) Ambiguïté du mouvement écologique, 2) Inconvénients de la candidature Dumont. Une autre tribune signée par Yann enfonce le clou : « l’écologie n’existe pas ». La tendance au Hara-Kiri est manifeste !

1) Ambiguïté du mouvement écologique : C’est en 1970 que tout a été brusquement mis en train par la caste dirigeante. L’environnement devient subitement source de notoriété et de places. Le Club de Rome, dirigé par d’éminents industriels ou technocrates, publie son fameux rapport…

2) Inconvénients de la candidature Dumont : Dumont est caractéristique de cette génération de notables intellectuels qui avaient l’autorité et qui n’en ont pas usé en leur temps. Ce n’est donc pas à nous de la lui donner. Il répète des slogans qu’il n’a pas inventé en les accommodant à la sauce gauchiste pour plaire à son public. Le mouvement écologique doit revenir à ses sources : pas d’idéologie, de slogans, de vedettes…

3) L’écologie n’existe pas : Nous voulons un écosystème de luttes, mais ce n’est pas pour cela que notre combat est écologique. Acceptons la notion de dynamisme des prises de conscience réagissant les unes sur les autres dans un processus dialectique qui nous empêche de nous enfermer dans un dogme…

Pourquoi taper ainsi sur un mouvement politique émergent alors que René Dumont n’avait rassemblé que 1,32 % des suffrages ? En lisant tout cela, nous comprenons mieux pourquoi le mouvement écologiste n’a jamais pu progresser : ses propres amis sont ses meilleurs ennemis. Bien plus tard, des mouvements comme « la Décroissance » font la même erreur, taper beaucoup plus sur les amis de la Terre que sur les véritables ennemis de la planète. I’m a poor lonesome ecologist !

Sources :

http://burgunder.over-blog.com/2014/10/il-y-a-40-ans-rene-dumont-montargis-aux-avant-postes.html

http://biosphere.ouvaton.org/de-1970-a-1979/1450-1973-le-sauvage-periodique-1973-1981-sur-la-problematique-automobile

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