Notre blog, c’était un regard critique sur le monde.fr

Notre blog biosphere a définitivement déménagé des serveurs du monde.fr depuis hier. A ce jour 14 mai 2019, nous ne savons toujours pas pourquoi lemonde.fr a éjecté ses 411 blogs abonnés dont nous faisions partie. Inutile de nous lamenter puisque nous avons immédiatement ressuscité. Il faut être à la marge pour se sentir libre.

Notre serveur est dorénavant la « Coopérative d’hébergement numérique » https://ouvaton.coop/. Notre ambition reste la même, développer un regard critique et écolo sur la société thermo-industrielle. Blogueur sur lemonde.fr depuis début 2005, quelle est notre vision du MONDE ? Dans les années 1970, il y avait quelques journalistes militants, l’écologie faisait tout juste son entrée dans les médias. Aujourd’hui l’écologie est une rubrique parmi d’autres. L’information produite a tendance à se dépolitiser, à se formater, à se déconflictualiser. Nous considérons que LE MONDE reste une « presse de référence » qui essaye d’être le plus complet possible, mais son prisme traditionnel centré sur la vie politique empêche de donner aux pages « Planète » la place essentielle que cela mériterait. D’autre part il est évident que le fait de faire plaisir à des actionnaires privés et aux régies publicitaires ne favorise pas le fait d’aller titiller le système là où cela ferait mal… d’où une ode au libéralisme et à la vie des entreprises au détriment d’une objectivité qui serait vraiment réelle.

Nous constatons que ce média fait comme les autres, l’ouverture à l’écologie n’a été que très très progressive. Avant 1971-1972, c’est le mépris et la désinvolture. Dans son numéro 199 du 8 août 1945, le quotidien annonçait le largage de la première bombe atomique en manchette sur trois colonnes avec, en surtitre, cette formule ingénue et terrible : « Une révolution scientifique ». En 1952, on inaugure le barrage de Donzères-Mondragon ; l’envoyé spécial du MONDE ne dira rien concernant l’impact environnemental de ce « colossal ouvrage ». En 1957, la critique du projet de tracé de l’autoroute du sud à travers la forêt de Fontainebleau fait simplement l’objet d’une libre opinion qui constate : « Il est triste de penser que l’autorité des naturalistes, des artistes et des sociétés savantes est impuissante contre le vandalisme ». Le naufrage du Torrey Canyon le 18 mars 1967 échappe complètement à l’attention du quotidien pendant plusieurs semaines, ce n’est que la première marée noire sur nos côtes. Il faut attendre le 21 avril  pour que soit publié en Une un bulletin intitulé « les dangers du progrès ». La conversion écologique de ce quotidien « de référence » va être lente, aussi lente que la prise de conscience générale dans une société où priment l’économique et le socio-politique. C’est seulement à partir de 1969 que LE MONDE ouvre un dossier « Environnement » au service de documentation. LE MONDE n’a commencé à traiter spécifiquement d’environnement qu’en 1971, seulement au moment où le ministère de la protection de la nature et de l’environnement a été crée. En 1972, c’est la première conférence des Nations unies « pour l’homme et son environnement » qui contraint LE MONDE à créer une rubrique sous ce nom. Mais les rédactions se méfiaient encore de ce type d’information et « écologie » reste un gros mot. Le journaliste Marc Ambroise-Rendu a été le premier en charge d’une rubrique environnement en mars 1974. Mais ses collègues étaient étonnés, et même, pour certains, scandalisés qu’on donne dans leur journal « si sérieux » de la place à l’environnement – sujet marginal et jugé parfois réactionnaire. Un rédacteur en chef s’était même exclamé: « L’écologie, c’est Pétain »…

Quand Roger Cans reprend la rubrique environnement au MONDE en 1982, il se retrouve seul et isolé. Son chef de service lui dit carrément que l’important était la décentralisation et la régionalisation, qui devraient occuper 80 % de son temps. Le directeur de la rédaction d’alors, Daniel Vernet, le croise dans le couloir et lui demande « l’agriculture bio, combien de divisions ? ». Certains de ses articles passent à la trappe. En 1984, Cans avait proposé de couvrir une AG des Verts dans un gymnase de Dijon ; le service politique lui avait dit alors qu’il « avait du temps à perdre ». Même avec des catastrophes écologiques, la rubrique environnement a du mal à s’imposer. L’affaire de Bhopal, cette fuite de gaz mortel qui tue ou blesse des milliers d’habitants d’une grande ville indienne en décembre 1984 ne donne lieu qu’à une brève le premier jour. Et le correspondant à New-Delhi n’ira à Bhopal que plusieurs mois après la catastrophe, lorsque l’affaire deviendra politique. Idem pour Tchernobyl, en avril 1986 : le correspondant à Moscou n’ira jamais enquêter sur place, la couverture de l’événement est donc minimale. L’écologie n’est toujours pas un service ni un département rédactionnel, l’environnement reste un problème technique. Et l’écologie politique reste considérée comme une nuisance puisqu’elle affaiblit la gauche dans les élections. Colombani considérait même le Vert Antoine Waechter comme « à droite de la droite ». Les colonnes du quotidien ne s’ouvrent véritablement à l’écologie qu’à partir du numéro du 23 septembre 2008 ; une page 4 est enfin consacrée à la Planète à l’image des pages International ou France.

Le départ d’Hervé Kempf le 2 septembre 2013 a révélé qu’il valait mieux pour les journalistes environnementalistes ne pas faire de « militantisme ». Censuré par LE MONDE, il a été acculé à démissionner, empêché de poursuivre enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes. Le directeur du journal (par intérim) n’hésite pas à lui écrire : « Ce ne sont pas tes compétences qui sont en question, mais un problème d’image : nous tenons à ce que l’approche du journal reste aussi impavide que possible, tout particulièrement dans les pages Planète ». Il s’est fait traité de « chroniqueur engagé » par un directeur de la rédaction, etc. L’environnement gêne dans un journal vendu aux intérêts financiers. Plus que jamais avec la crise de la presse, LE MONDE dépend des recettes publicitaires. La prise de contrôle en 2010 par MM. Bergé, Niel et Pigasse n’a fait que renforcer ce processus. La parole des écologistes est captive d’un système marchand qui n’a pas encore compris que l’écologie sera la pensée dominante du XXIème siècle.

4 réflexions sur “Notre blog, c’était un regard critique sur le monde.fr”

  1. Alors que la situation actuelle devrait nous inciter à la simplicité du mode de vie et à la sobriété énergétique, c’est toujours l’achat de la plus récente automobile qui structure les pages du MONDE et qui manipule la pensée collective. Nous ne sommes pas convaincus par la manière dont les journalistes du MONDE et d’ailleurs font leur boulot de tri et de hiérarchisation. Car qu’est-ce qui fait sens ? Quelle est l’idéologie qui sous-tend l’article d’un journaliste ? La déformation de l’information est perceptible dans une société dont l’idéologie dominante nous a fait oublier depuis deux siècles les limites de la planète et le sens des limites.

  2. Vous écrivez : « il est évident que le fait de faire plaisir à des actionnaires privés et aux régies publicitaires ne favorise pas le fait d’aller titiller le système là où cela ferait mal… »
    Je pense que vous résumez là la métamorphose économico-libérale imposée par Xavier Niel à « Le Monde »
    Un journal qui perd son âme.

  3. @biosphere : qui assurera la modération à l’ avenir , maintenant que nous sommes délivrés du stalinisme de l’ immonde ?
    « Et l’écologie politique reste considérée comme une nuisance puisqu’elle affaiblit la gauche dans les élections.  »
    Un parti dit écologique qui « omet » volontairement la question démographique , cause principale (mais pas unique) de nos malheurs , ne peut être qualifié d’ écologique car l’ écologie étudie les relations d’ équilibre entre le monde vivant et sa biosphère .
    Dans le prechi precha des pseudo écolos , il n’ est jamais question de ces relations d’ équilibre ===> conclusion, les dirigeants « ecolos » façon EELV = zozos , rigolos, escrocs et charlots .

    1. Note des gestionnaires de ce blog biosphere :
      Il y a une modération automatique par le serveur de ce type de message : « [url=http://mewkid.net/buy-amoxicillin/ » avec envoi dans une file d’attente pour vérification.
      Nous appliquerons une modération a posteriori selon les critères juridiques des limites de la libre expression des idées.
      http://eduscol.education.fr/internet-responsable/ressources/legamedia/liberte-d-expression-et-ses-limites.html
      Pour que les commentaires approfondissent le sens de l’article d’origine, nous éliminerons tout texte sans rapport avec le sujet.
      Enfin nous ferons une troncature pour les textes dépassant 700 caractère, il faut savoir aller à l’essentiel. (NB : 685 caractères pour ce texte)

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