Nourrir 9 milliards d’humains avec du bio, c’est possible

Une nouvelle étude publiée par la revue Nature Communications affirme qu’il est possible de nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains en 2050 avec 100 % d’agriculture biologique, à deux conditions : réduire le gaspillage alimentaire et limiter la consommation de produits d’origine animale. Un tiers des terres cultivables de la planète sont utilisées pour nourrir les animaux d’élevage de soja, maïs, blé, etc., alors que ces céréales pourraient aller à l’alimentation humaine. Le bio ne représente que 1 % de la surface agricole utile dans le monde. Convertir la totalité de l’agriculture au biologique nécessiterait la mise en culture de 16 % à 33 % de terres en plus dans le monde en 2050 par rapport à la moyenne de 2005-2009. Car les rendements du bio sont plus faibles. En découlerait une déforestation accrue (+ 8 % à 15 %), néfaste pour le climat. Mais dans le même temps, l’option avec 100 % de bio entraînerait une réduction des impacts environnementaux : moins de pollution due aux pesticides et aux engrais de synthèse et une demande en énergies fossiles plus faible. L’un dans l’autre, les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture bio seraient de 3 à 7 % inférieures à celles du scénario de référence, « un gain faible », notent les auteurs. Voici quelques commentaires sur lemonde.fr :

JEAN-PIERRE BERNAJUZAN : J’ai découvert dans le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, que notre agriculture moderne-productiviste-chimique-mécaniste… ne nourrissait que 1/4 de la population mondiale. Les 3/4 donc est nourrie par une agriculture traditionnelle. Ainsi donc, pour notre agriculture moderne nourrisse la totalité de la population mondiale, il faudra multiplier par 4 les pollutions actuelles, et plus puisque la population mondiale va augmenter. On voit bien qu’on est dans l’impasse…

le sceptique @ JPB : hélas, vous partez du présupposé que l’agriculture traditionnelle est sans impact. Mais c’est faux. Si le milliard d’Africains se nourrit par chasse, pêche, brûlis, élevage extensif, etc. il détruirait aussi bien la biodiversité sauvage de ce continent. Inversement et en contre-exemple, s’il n’y avait pas eu la révolution fossile et l’intensification agricole, l’Europe occidentale aurait eu du mal à retrouver ses forêts, qui avaient en bonne part disparu aux 18e et 19e siècles.

Alexandre Damiron : les rendements du conventionnel sont un trompe-l’oeil, il stagnent voire même décroissent, à cause de la destruction des sols. Sans parler des autres externalités négatives: effondrement de la biodiversité animale et végétale, stress hydrique, intrants néfastes qui s’accumulent, zones maritimes mortes, etc… L’écosystème est un tout, mis au point par la nature au fil de millions d’années. L’agriculture bio est l’inverse de l’obscurantisme agricole: elle nécessite de comprendre la complexité.

Michel Sourrouille : Moins de rendement pour le bio est une contre-vérité. Si on tient compte de tout ce que nécessite l’agriculture conventionnelle en énergie fossile (engrais, tracteur, énergie…), non seulement les rendements sont plus faibles que ceux du bio, mais diminuent au fil des années par utilisation de plus d’intrants. Un rendement bien calculé n’est pas simplement la quantité qui sort d’un champ, mais le rapport entre la production et les facteurs de production nécessaires à cette production.

Jean-Claude P. :Théoriquement, oui, la Terre est capable de nous nourrir tous. Mais nous devrons manger moins bien, revenir aux menus haricots patates de nos grands pères, et surtout, il faudra de nombreuses réformes agraires avec lesquelles les actuels propriétaires ne seront pas forcément d’accord…

le sceptique : On oublie aussi qu’avant l’agriculture conventionnelle, 60 à 80% de la population travaillaient au champ, avec évidemment des salaires de misère. Si réellement on se passe des pesticides, des engrais, de la mécanisation, c’est un travail énorme.

Reggio : Oui, c’est possible mais c’est le retour au niveau de vie et de consommation des années 30-40 avec une reruralisation massive des populations…et ça …ça ressemble à du Pol Pot…C’est exactement le même problème que pour l’énergie…

undefined : Le défi est de réussir à traduire les coûts pour l’humanité en coûts pour le client au supermarché. Si on y arrive la solution viendra d’elle même. Mais tant que le kilo de porc coûtera moins cher que le kilo de patates, on aura un problème.

PIERRE -MARIE MURAZ : Une agriculture 100 % biologique pourrait nourrir la planète en 2050 … surtout si il y a moins de monde à nourrir … 7 milliard en 2017, 1,6 en 1900 !

* LE MONDE du 15 novembre 2017, Une agriculture 100 % biologique pourrait nourrir la planète en 2050

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15 réflexions sur “Nourrir 9 milliards d’humains avec du bio, c’est possible”

  1. Afin que mes commentaires ne soient pas des blocs énormes dont la lecture soit pénible, je prends soin de faire, après chaque paragraphe, de l’espacement.

    Il est dommage qu’après publication, ces mêmes espacements, lesquels n’augmentent que très peu la longueur du rectangle du message, disparaissent.

  2. 1/ @Michel C, pourquoi prétendez-vous que mon commentaire soit un pavé?
    Le plus gros des paragraphe de ce même commentaire ne fait que cinq lignes et demi. Cinq et demi, est-ce tellement énorme?
    2/ Vous me demandez d’acheter treize euros pour le livre de monsieur Accardo, et /après ce sera un autre livre d’un autre auteur, lui aussi à une dizaine d’euros, et un autre, et un autre…
    Ce serait plus simple si avec vos mots à vous, vous donniez les arguments qu’Accardo utilise et que vous faite vôtres. Pourquoi refusez-vous de nous faire part directement à moi et aux autres internautes de ces mêmes arguments?
    Quand je nie quoi que ce soit que vous affirmiez, je ne vous demande pas d’acheter un quelconque livre qui démontre que ce que vous dîtes est faux, je vous donne directement mes contre-arguments.
    3/Vous écrivez : « je ne vous ai jamais qualifier de troll ». Et moi, je n’ai pas affirmé que vous m’eussiez qualifié(e) de troll.
    Vous vous demandiez si j’étais sérieux-se ou bien si j’étais quelqu’un de plaisantin, et moi je vous répond que je suis sérieux-se. Si je n’avais pas sincèrement pensé ce /que j’écrivais, alors par définition, j’aurais été un(e) troll.
    4/Vous écrivez : « Vous voudriez peut-être un résumé ? Allons, allons … soyons sérieux ».
    En quel honneur faire un résumé du texte que vous m’invitez à lire (texte que très volontiers je lirais si gratuitement si je l’avais sous mes yeux) serait-il incompatible avec le fait d’être sérieux?

  3. @ Invite 2018
    J’ai juste lu votre pavé en diagonale … (fatigué)
    1) je ne vous ai jamais qualifier de troll
    2) Achetez ce bouquin (13€), lisez-le (152 p) , réfléchissez le temps qu’il faudra…
    et après on en reparle.
    Vous voudriez peut-être un résumé ? Allons, allons … soyons sérieux !

  4. 1/

    @Michel C, je vous informe que je ne suis [du verbe « être »] pas ce qu’on appelle un(e) « troll ». Je suis parfaitement sérieux-se.

    Ce que j’affirme n’a rien d’absurde ni rien de drôle. Ce que j’affirme est le fruit de mon analyse des réalités, de ce que je constate.

    2/

    Le titre, l’auteur et la date d’édition ne suffisent guère. Il me faut avoir sous les yeux le texte lui-même, car si non je ne peux pas le lire.

    Donc si vous refusez de me transmettre le texte que vous m’invitez à lire, vous ne serez pas en position de me reprocher de ne pas lire ce même texte.

    3/

    Je suppose que vous savez qu’aucun triangle ne peut avoir plus d’un angle droit. Vous ferez donc bien volontiers vôtre la thèse selon laquelle tracer un triangle qui soit doté de plus d’un angle droit est impossible.

    Si je vous dis que j’ai écrit un bouquin dans lequel j’explique que tracer un triangle qui soit doté de trois angles droit est possible et donc que votre thèse est fausse, considérerez-vous que tant que vous n’aurez pas lu ce même bouquin vous ne pourrez pas être sûr(e) de la véracité de votre thèse, ou bien jugerez-vous que vous avez déjà assez de preuves pour d’office infirmer qu’il soit possible de dessiner quelque triangle qui ait trois angles droits?

    Concernant l’affaire du livre de monsieur Accardo, le raisonnement est le même : j’ai pris soin de n’affirmer que ce dont j’étais sûr(e) et ce que j’avais constaté, donc mécaniquement, je sais que ce que j’ai affirmé est vrai quel que soit qui a écrit quoi.

    Donc que j’écrive « quels que soient les écrits de monsieur Accardo, ces mêmes écrits ne remettent en cause rien que j’aie affirmé » est, non pas un sophisme, mais au contraire quelque chose de parfaitement logique.

    Par ailleurs, si vous vous appuyez sur le livre de monsieur Accardo, c’est que vous êtes d’accord avec ces mêmes arguments. Et si avec ces arguments-là vous êtes d’accord, alors mécaniquement, ce sont aussi vos arguments à vous-même.

    Dès lors, au lieu de nous demandez de ne pas continuer le débat tant que nous n’aurons pas réussi à accéder à ce fameux ouvrage, il serait plus judicieux que vous-même, par vos propre messages sur ce fil de discussion Internet, nous fissiez directement profiter des arguments en question. Ce serait plus simple, car je ne peux pas lire tous les ouvrages de tous les gens qui nient mes dires.

    4/

    Je vous informe qu’il est faux que je ne lise que les textes qui vont dans mon sens. Au contraire, je considère que toute connaissance est bonne, et donc je cherche à être au courant de ce que mes adversaires politiques exprime, car si je ne connais pas leurs idées, je ne peux pas combattre ces dernières.

    En l’occurrence, ma curiosité me fait mourir d’envie de lire le texte que vous m’invitez à lire. Mais pour que je puisse le lire, il faut bien qu’il soit soit mis sous mes yeux, d’où la demande que je vous ai faite.

    5/

    Que n’aie « rien à fiche » des idées des autres est également faux. Si je n’avais rien à fiche de ces idées-là, je ne prendrais pas la peine d’y opposer mes contre-arguments.

    Si je n’avais rien à fiche des idées des autres, je ne serais pas là sur ce site à combattre ces mêmes idées. Si je n’avais rien à fiche des idées des autres, je ne prendrais pas la peine de faire vivre le blog qui en cliquant en bas du commentaire sur mon pseudonyme est accessible.

  5. @ Invite2018
    Je me demande si vous êtes sérieux ou si vous n’êtes pas plutôt une sorte de plaisantin.
    Au sujet de ce bouquin que je vous invite à lire (ainsi que tous ici) :
    1) Vous voudriez un lien… et quoi plus ? J’ai donné le titre, l’auteur et la date d’édition.
    2) Vous ne l’avez donc pas pas lu. Et malgré ça vous me dites : « quels que soient les écrits de monsieur Accadro, ces mêmes écrits ne remettent en cause rien que j’aie affirmé. » (Ce n’est pas Accadro… mais Accardo !)

    Alors, soit vous avez deviné le contenu et le sens de ce bouquin grâce aux quelques mots que j’ai écrits… soit vous ne lisez que des bouquins qui vont dans le sens de vos idées, et alors c’est dommage car vous ne risquez pas de décoloniser votre petit imaginaire… soit vous n’avez rien à fiche des idées des autres, surtout de celles qui pourraient perturber le semblant d’ordre dans les vôtres.

  6. @Michel C, que vous ayez écrit  » Vu depuis le Bangladesh ou le Burundi » ne relativise absolument rien.

    Que le cadre supérieur européen gagne beaucoup moins que Serge Dassault est une vérité. Donc par définition, elle vraie vue depuis la France, mais aussi vue depuis le Bangladesh, vue depuis le Burundi, et vue depuis n’importe où dans le monde.

    Le Bangladais moyen est certes beaucoup plus pauvre que le membre des classes moyennes occidentales, mais il a tout de même un cerveau lui permettant de faire la différence entre ce même membre et le grand actionnaire riche à milliards.

    Pourriez-vous SVP me donnez un lien vers le texte d’Alain Accardo que vous m’invitez à lire? Merci.

    Toujours est-il que quels que soient les écrits de monsieur Accadro, ces mêmes écrits ne remettent en cause rien que j’aie affirmé.

  7. @ Invite 2018
    Ne pensez-vous pas qu’il s’agit là d’un dialogue de sourd ? (je parle bien pour vous !)
    1) J’ai écrit  » Vu depuis le Bangladesh ou le Burundi… » Les maths n’ont donc rien à voir avec ça !

    2) Je vois parfaitement que vous avez du mal avec ce « petit-bourgeois » … et je vous comprends.
    Pour commencer, lisez-donc ce livre d’Alain Accardo. Et après on en reparle.

  8. 1/Michel C, vous écrivez :  » Vu depuis le Bangladesh ou le Burundi, je ne pense pas qu’il y ait une grande différence entre ceux que je nomme « petits-bourgeois » et ceux que vous nommez « nantis » « .
    La différence est notable : le cadre supérieur gagne plusieurs centaines de milliers de fois moins que le grand patron milliardaires. Passer du simple au décuple du centuple du centuple, je n’appelle pas ça quelque chose de négligeable.
    2/Je ne sais pas ce que vous entendez par « petits bourgeois », mais je peux vous dire que les travailleurs qui sont assez peu pauvre pour avoir une piscine individuelle ne sont pas des bourgeois en version légèrement réduite, ce sont des prolos, des esclaves.
    Pas des esclaves de leur propres envies et de leur propre confort. Des esclaves au sens originel du terme, des gens qui bossent et dont le fruit du labeur est confisqué au profit des spéculateurs que sont Dassault, Gates, Mittal, Bolloré et compagnie.
    3/Le terme « petit bourgeois » peut désigner les gens qui adopte les modes de vie dits « traditionnels ». Par exemple, la personne qui tiendra à se marier pourra être qualifié de « petit bourgeois ».
    Mais dans ce cas, cette appellation n’a rien à voir avec la détermination de la classe sociale de l’individu étudié. Aucun non-millionnaire n’est petit bourgeois dans le sens où il serait « un peu capitaliste », les non-millionnaires ne sont pas du tout capitalistes.
    4/Si le membre des classes moyennes qui a une piscine veut convertir cette dernière en jardin bio, alors c’est son droit le plus stricte. Mais si ce même membre souhaite la garder, c’est également son droit le plus stricte.
    Donc certes, comme vous dîtes, l’un n’empêche pas l’autre. Mais la nuance réside dans le fait que la conversion de la piscine devra être conditionnée au consentement plein et réel du prolos qui pour l’avoir a trimé, tandis que la conversion de l’usine d’armement devra en tout état de cause être faite (contrairement à la piscine, l’armement ne répond à aucun besoin ou envie qui puisse être considéré comme légitime).
    5/La décolonisation des imaginaire n’est pas moins défendue par moi que par qui que ce soit d’autre.
    Et rien que je dise ni rien que je préconise ne sont incompatible avec cette même décolonisation

  9. @ Invite2018
    Vu depuis le Bangladesh ou le Burundi, je ne pense pas qu’il y ait une grande différence entre ceux que je nomme « petits-bourgeois » et ceux que vous nommez « nantis ».
    D’autre part, je pense que tant que les petits-bourgeois (dont je fais partie bien que je n’ai pas de piscine individuelle) seront incapables de se voir tels qu’ils sont réellement (c-a-d des petits-bourgeois !) , alors il sera vain d’espérer changer quoi que ce soit.
    Serge Latouche appelle à la décolonisation des imaginaires. Moi aussi.
    Et je pense que s’il nous faut mettre des priorités et des numéros sur tous les problèmes constituant Le Problème… alors celui-là est pour moi le N°1 !
    Maintenant, convertir les usines d’armement en jardin bios, ça me va très bien. L’un n’empêche pas l’autre.

    Proposition de lecture :  » Le petit-bourgeois gentilhomme » d’Alain Accardo (2003)

  10. Plutôt que de réquisitionner les piscines individuelles de celles et ceux qui sont appelés « petits bourgeois » mais qui sont encore trop pauvres pour être nantis, mieux vaut convertir les usines d’armement en jardins bios.

    Il faut aussi généraliser l’accès à de le bonne contraception qui ne soit dotée d’aucun effet secondaire indésirable. En effet, réduire la natalité sera essentiel.

  11. Mon idée de reprendre sur les surfaces bétonnées et goudronnées, de recycler les piscines individuelles des petits-bourgeois en jardins individuels bio… finalement j’en déduis qu’elle ne doit pas être ni une bonne idée ni une piste à suivre. Eh ben tant pis !

  12. Une fois de plus ,il ne s’ agit que d’ affirmations non prouvées , de pensée magique !
    Pour rappel , il s’ agirait de nourrir correctement (4 repas sobres / jour x 365 jours / an) 9 milliards d’ humains ; par repas sobre , on entend repas suffisant pour caler l’ estomac et assez riche en fibres, vitamines, … et non de repas « insuffisant  » du paysan indien de base .
    Comme le dit justement D. Barthes , on ne peut généraliser à l’ ensemble des terres de la planète , le modèle bio de nos régions vu la disparité des climats , reliefs , conditions de T°et croire que ces terres aussi bonnes soient – elles pourraient connaître la même fertilité que les nôtres .

    Tiens , M. Rabhi , avez-vous quelque chose à répondre à ces réfutations , à moins que vous ne soyez vous- même qu’ une vaste imposture ?

    Méchant marcel , va !!!

  13. Voilà par exemple sur la question de l’agro écologie ce que répondait l’association Démographie Responsable à ceux qui pensent que le bio peut résoudre tous les problèmes.

    Certaines personnes et même certains agronomes soutiennent ces points de vue. De nombreux arguments viennent toutefois les relativiser.

    – Même si des progrès ont été réalisés dans la connaissance comme dans la technique, notamment pour lutter « écologiquement » contre les parasites, pour une part, les éléments fondamentaux de l’agro-écologie étaient largement présents dans l’agriculture du passé.

    Il en est ainsi de l’absence d’utilisation d’engrais chimiques, de la pratique de la rotation des cultures et de l’assolement, du maintien des haies autour des champs, de la combinaison sur une même parcelle de production de natures différentes (cultures associées qui se renforcent l’une l’autre), d’une moindre utilisation d’eau, du choix de cultures adaptées au terrain, du labourage limité ou à faible profondeur, de la moindre mécanisation au profit du travail humain ou animal…

    Tout cela, nos arrières grands-parents le pratiquaient déjà et, sans prétendre au statu quo, nous ne pourrons sans doute pas multiplier sensiblement leurs rendements (ou en tout cas pas dans les proportions de ce qu’a permis l’avènement de l’agriculture industrielle). Or l’agriculture d’autrefois n’a jamais nourri plus de un à un milliard et demi d’humains. C’est justement avec l’apparition de l’agriculture « industrielle », même avec son cortège d’inconvénients (engrais chimiques, mécanisation à outrance, monoculture…) que la production agricole a explosé permettant à l’humanité de gagner 5 milliards d’habitants depuis 1950.

    Certes, cette agriculture industrialisée à outrance n’est probablement pas durable, elle détruit fortement les sols, consomme des quantités très importantes d’énergie et d’intrants divers (notamment les engrais eux-mêmes nécessitant beaucoup d’énergie pour leur production) et fournit enfin des produits de qualités nutritives et gustatives discutables. Il faudra donc en revenir. Mais cela ne doit pas conduire pour autant à surestimer les capacités productives des formes plus respectueuses d’agriculture. C’est pour d’autres raisons que ces dernières doivent être valorisées.

    – L’optimisme des agrobiologistes s’appuie en partie sur une erreur méthodologique consistant à comparer un système réel (celui de l’agriculture d’aujourd’hui), c’est-à-dire soumis à tous les aléas du monde concret (compétences inégales, terrains peu adaptés, contraintes économiques diverses, guerres, dictature, événements climatiques exceptionnels…) à un système idéal dont on obtient la productivité en généralisant virtuellement au monde entier des expériences faites localement, sur des cultures particulières dans des conditions généralement optimales (pays chauds et humides par exemple) et avec des personnes motivées et compétentes dans un contexte économique protégé.

    – Enfin, encore une fois, il ne s’agit pas que de nourrir les hommes, il faut les faire vivre en harmonie avec le reste de la planète et pour cela partager l’espace. Une culture non intensive, malgré toutes ses qualités, ne le permettra pas beaucoup plus qu’une agriculture industrielle (sauf pour la petite faune via la présence massive de haies).

    Il ne s’agit pas là de critiquer l’agro-écologie en tant que telle, elle a beaucoup de vertus écologiques et il faut la favoriser, mais elle devrait être défendue pour ces qualités-là et non au nom d’une productivité dont on l’affuble dans un souci idéologique, loin de toute contrainte économique.

  14. L’un des biais dans la comparaison des systèmes d’agriculture conventionnels et d’agriculture bio (il est extraordinaire que le mot conventionnel désigne maintenant ce qui justement ne devrait pas l’être), est que le conventionnel est jugé dans la réalité avec tous les obstacles concrets qui se posent, alors que le bio est plutôt jugé à partir de l’extrapolation au monde entier d’expériences locales parfois difficilement généralisables (les gens sont plus compétents, plus motivés, les plantes sont les plus adaptées, les lieux souvent les meilleurs et on ne demande pas au bio de produire à bas prix pour le plus grand nombre).
    Cela dit le retour au bio est absolument nécessaire sinon nous allons continuer à empoisonner la planète et les hommes.
    Quant à nourrir toujours plus d’hommes en bio ou pas en bio…. évidemment c’est une folie, il faut adapter notre nombre à la planète et non l’inverse, de toutes façons, à terme, la dite planète ne nous laissera pas le choix

  15. Ben vous voyez que c’est possible de nourrir 9 milliards.
    Seulement on nous dit : à 2 conditions ! Moi je pense qu’il y en a d’autres.

    Au sujet du « travail énorme » qu’exigerait l’agriculture bio. Même doté du QI d’une huître il n’est pas difficile de comprendre que ce n’est pas un problème… puisque ce ne sont pas les paires de bras qui manquent ! Rien qu’en France nous avons déjà 5 millions de paires inactives ! Si nous y rajoutons toutes celles qui brassent du vent et qui produisent de l’inutile et du néfaste, ça nous fait un sacré potentiel pour désherber à l’ancienne, à la binette ! Et nul besoin pour autant de biner 10 heures par jour, avec 4 ça devrait le faire.
    Ensuite, admettons que les rendements en bio soient plus faibles, ce qui reste à prouver (moi je ne suis pas spécialiste, je ne fais qu’écouter les uns et les autres…) on nous dit qu’ il en découlerait une déforestation de +8 à 15% … ce qui viendrait en rajouter au désastre. Et là , avant de couper des arbres, je propose de reprendre le maximum de surfaces bétonnées et goudronnées qui ont été volées aux forêts et aux terres agricoles. Chez nous pour commencer, adieu ces méga zones commerciales et leurs hectares de parkings, adieu ces méga zones industrielles où l’on fabrique des gadgets inutiles et néfastes, adieu les Center-Parcs et autres amuse gogos ! Au niveau de nos si chères libertés individuelles… chaque petit-bourgeois possesseur d’une piscine individuelle (ce marché est fleurissant en France, dit-on…) sera obligé de la remplir de terre pour y faire pousser des légumes, bio évidemment.
    J’imagine une scène ubuesque… un petit-bourgeois en train de barbotter dans SA piscine , et qui raconterait que la Terre est en surnombre.

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