L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

LE MONDE se positionne contre la chasse

Les dérogations accordées à l’activité de la chasse semblent d’autant plus exorbitantes que cette pratique souffre d’un rejet massif de l’écrasante majorité de la population, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». En bref : « Les concessions faites aux chasseurs depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée sont si étourdissantes qu’elles ont précipité le départ du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot… La gestion de l’activité cynégétique est désormais dite « adaptative », les quotas d’oiseaux tués étant déterminés par le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Hélas : sans grande surprise, six des quinze membres du groupe sont notoirement proches des fédérations de chasse et leurs déclarations d’intérêts ne sont pas publiques.Ce n’est pas tout : le nouvel Office français de la biodiversité sera cogéré par les fédérations de chasseurs, inscrivant dans le marbre institutionnel l’un des slogans préférés des porteurs de fusil, selon lequel les chasseurs seraient les premiers écologistes de France. (Mais) qui eût cru, voilà seulement une dizaine d’années, que des élus de premier plan devraient avoir une opinion sur l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, sur les delphinariums, sur la taille des cages des poules pondeuses, voire sur les méthodes les moins cruelles de dératisation ? Le gain politique des faveurs faites aux chasseurs pourrait, bien plus vite qu’on ne le pense, se changer en fardeau. »*

Pour en savoir plus sur les chasseurs, lire sur notre blog biosphere :

3 janvier 2019, Le président Macron, un chasseur d’oies aux ordres

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

24 août 2018, Permis de chasse à prix réduit, un Macron anti-écolo

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

18 septembre 2013, pour en finir avec la chasse-loisir, chasse sans avenir

12 mai 2013, Mieux vaut un surfeur mort que la chasse aux requins

2 janvier 2010, LE VILAIN CHASSEUR (Serge Dassault)

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

* LE MONDE du 24-25 novembre 2019, « En France, à l’exact inverse des discours tenus, tout semble être mobilisé pour favoriser le déclin de la biodiversité »

François, un écologiste contre l’arme nucléaire

Le chef de l’Eglise catholique a délivré à Nagasaki, le 24 novembre 2019, son « message sur les armes nucléaires ». Ce texte proclame l’illégitimité morale de la possession même de ces armes, de la dissuasion, et appelle les États qui en sont dotés à engager des négociations en vue d’un désarmement total. Le pape jésuite introduit une rupture dans le discours de l’Eglise catholique. Elle considérait la dissuasion nucléaire comme un moindre mal, transitoire. Le 7 juin 1982, en pleine crise des euromissiles, Jean Paul II avait ainsi résumé cette acceptation conditionnée : « Dans les conditions actuelles, une dissuasion basée sur l’équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable. » Mais lors d’un symposium sur le désarmement le 10 novembre 2017, le pape François posait les fondements de sa doctrine personnelle : « Il faut condamner fermement la menace de leur usage ainsi que leur possession, précisément parce que leur existence est liée à une logique de la peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain. »

Le pape François estime que les États concernés ne font plus d’efforts pour appliquer l’article 6 du traité de non-prolifération (TNP), signé en 1968, selon lequel les Etats s’étaient engagés à négocier en vue du désarmement. Pour lui, « on ne construit pas la paix sur la peur que l’on crée en montrant sa force. Or, avoir des armes nucléaires, c’est menacer de s’en servir. On ne peut donc se contenter de mettre en cause la dissuasion. Il faut aussi mettre en cause leur possession ». Dans une initiative politique sans précédent, sa diplomatie, qui privilégie d’habitude le statut d’observateur, s’est impliquée en faveur du traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), conclu en 2017 et signé par 122 Etats – mais par aucun possesseur officiel ou officieux de l’arme nucléaire. Des représentants d’États nucléaires ont glissé au Vatican que l’Eglise n’avait peut-être pas une vision complète des impératifs de la sécurité. « Le pape leur pose cette question : au nom de quoi peut-on dire que le nucléaire donne la sécurité ? », rétorque Marc Stenger, coprésident de Pax Christi International. Mgr Duffé » Le représentant d’un gouvernement nous a dit : il vous manque une pensée de l’ennemi. Je lui ai répondu : qui est l’ennemi ? Si c’est le terrorisme international, pensez-vous que l’arme nucléaire vous permette de lutter contre ? »

Le message de François a une vocation universelle. Il s’adresse non aux seuls catholiques, mais à toute l’humanité, comme l’encyclique sur le climat Laudato Si’ (2015). Pour le pape argentin, les thématiques du désarmement et de l’environnement sont liées. « Dans Laudato Si’, il y a l’idée d’un parallélisme entre le développement intégral, le désarmement intégral et l’écologie intégrale »

Sur ce blog biosphere, nous avons toujours analysé l’armement nucléaire comme dénué de fondement stratégique au niveau militaire tout en prenant les populations civiles en otage puisqu’il s’agit d’anéantir des villes entières. Envisager un hiver nucléaire sur la planète est d’ailleurs hisotriquement à la source des conceptualisations de l’effondrement possible de notre civilisation. Voici un récapitulatif de nos écrits antérieurs:

25 septembre 2019, Pour un désarmement nucléaire

24 mars 2019, Le nucléaire, inacceptable dans un pays démocratique

23 janvier 2018, NI dissuasion nucléaire, NI service national universel

10 octobre 2017, La folie du feu nucléaire entretenue par un journaliste

30 mars 2017, Les présidentiables face au feu nucléaire

29 septembre 2016, Politique de défense en accord avec l’écologie politique

21 février 2015, François Hollande fait joujou avec la bombe nucléaire

16 juillet 2014, L’art de ne pas répondre… sur le nucléaire militaire

21 mars 2014, Un gouvernement français de tout temps pro-nucléaire

27 juin 2012, supprimer la dissuasion nucléaire, alléger le budget !

23 juillet 2011, les socialistes sont pro-nucléaires

1er juillet 2011, Eva Joly contre le désarmement nucléaire

31 octobre 2011, la bombe atomique n’est pas écolo

19 juillet 2011, la dissuasion nucléaire, un débat pour 2012

18 mars 2011, Fukushima et la bombe atomique

25 mars 2008, la bombe, assurance vie d’une nation ?

150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron annonçait, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale ». Notons déjà, ce qui nous paraît le plus significatif, « le retour éventuel d’une hausse de la taxe carbone, à l’origine de la colère des gilets jaunes, a soigneusement été écarté des pistes de travail. » C’est comme le Grenelle de l’environnement (laissé sans suite), le nucléaire avait été soigneusement exclu des débats par le gouvernement ! Laissons la parole aux Internautes, entre doute et enthousiasme :

Diplo : 150 inconnus amateurs tirés au sort se retrouvent le soir au bar à période fixe après des débats dirigés par Terra Nova et proposent la mesure révolutionnaire d’inscrire l’urgence climatique dans la Constitution. Waou.

jea.vie : Force est de constater que, pour le moment ce grand moment de démocratie se déroule dans l’indifférence générale. De toute façon je n’ai toujours pas compris en quoi 150 citoyens lambda tirés au sort seraient plus compétents que les milliers d’experts de tous poils qui phosphorent sur le sujet depuis des années. Jean Jouzel et ses petits camarades doivent quand même l’avoir un peu mauvaise. On verra bien ce qu’il en sort, mais pour le moment ça ressemble plutôt à un caprice de Macron qu’à autre chose…

Jean Rouergue : Quand le parlement ne sait plus assumer ses responsabilités, assurer son autonomie, réfléchir par lui-même mais est devenu une chambre de godillots aux ordres, il faut extrader la décision, l’analyse, la réflexion, tout en somme….
Victor M : Il faut espérer que le résultat soit meilleur que celui du « grand débat », qui a seulement abouti à : les français ne veulent plus payer d’impôts et veulent plus de services publics. Une conclusion très simpliste qui écarte complètement le sentiment d’injustice sociale et d’abandon de certains territoires et populations. Pour participer régulièrement au semblant de « démocratie » qu’offre les consultations et débats publics, les conclusions sont souvent loin des remontées, les décisions encore plus loin.

G.Martin : Jean-Marc Jancovici a-t-il été tiré au sort ??? Non ! Dommage…

César Bistruk @ Martin : Soyez rassuré, il fait partie du panel d’experts consultés par cette Assemblée. Cf. une des dernières vidéos youtube qu’il a postées sur Youtube. Cet enregistrement de la première séance en illustre parfaitement le mode de fonctionnement. Les citoyens sont bien épaulés pour organiser les débats et les thématiques, d’une manière plutôt efficace.

Cyril Videau : Il me semble que ces pistes d’action sont bien résumées dans l’étude du cabinet d’analyse BL Évolution « Comment s’aligner sur une trajectoire 1,5 degré ». Elle liste les mesures concrètes à mettre en œuvre pour s’aligner sur une trajectoire de réchauffement limitée à + 1,5°C, et pas davantage. Parmi elles, l’interdiction de vendre des véhicules thermiques pour un usage particulier, l’interdiction du chauffage au fioul, la mise en place d’un « couvre feu thermique » entre 22h et 6h (température plafonnée à 17 degré dans les logements), l’interdiction de la plus grande partie des déplacements en avion ou encore l’instauration de quotas sur les produits importés (café, chocolat…). Vous pouvez consulter le résumé de cette étude en infographie sur le site de Novethic. Cette étude n’est peut-être pas parfaite mais elle donne une idée des efforts à réaliser pour limiter le changement climatique (mesures à mettre en œuvre au niveau mondial pour qu’elles aient un véritable effet).

Untel : L’erreur est de croire que nous sommes au centre des enjeux. Pour la démographie, pour les émissions, pour l’équilibre économique de la planète, cela se passe ailleurs. Agir ici, de manière isolée, sans vérifier si les centres plus importants font pareil, aux USA, en Chine, en Inde, en Afrique, est une pure ânerie. Le monde entier se fiche de notre exemple. Ils attendent que nous commettions des fautes, notamment en décroissant, pour prendre nos marchés et notre place via l’immigration.

Camille Pol @untel : Votre raisonnement consiste à dire : s’il y a tant de pays ou les droits de la femme sont peu respectés, alors ne nous fixons pas d’objectif d’amélioration en France, si certains pays n’interdisent pas le travail des enfants, ou appliquent des conditions de travail esclavagiste, abandonnons toute réglementation de droit du travail en la matière, si certains pays obligent leurs étudiants à emprunter des sommes astronomiques, ne nous posons aucune question concernant les difficultés rencontrée par les étudiants français, … bref, dans une logique très malhonnête de la « goutte d’eau » de la France par rapport au monde, abandonnons toute ambition d’un monde meilleur ?

Mamani Quispe : Vouloir transformer pilotes d’avion, ingénieurs aéronautiques, vendeurs d’autos, agents de tourisme, en paysans, et paysans sans tracteurs bien sûr, c’est une vue de l’esprit. D’autant plus que la destruction de toutes ces filières aura un effet domino. L’aéronautique, l’automobile, font vivre l’informatique, la filière acier, etc. Que fait-on des centaines de millions de chômeurs dans les industries de l’automobile, de l’aéronautique, du tourisme, chez les exportateurs de café et de chocolat, pour ne citer que cela ?

Cyril Videau @ Mamani : je suppose qu’ils deviennent agriculteurs, non ? Un système économique qui n’est plus basé sur les énergies fossiles, cela veut dire une vie moins confortable et la nécessité de se recentrer sur les besoins de base. Je pense qu’il faut que des ingénieurs, scientifiques, médecins, juristes, économistes, financiers, artisans… se penchent sur la question. Pour nous dire comment on pourrait mettre en œuvre cette politique de décroissance énergétique et matérielle, de manière à permettre un rétablissement des équilibres écologiques de la planète tout en préservant une certaine paix sociale. Mais dans tous les cas, cela veut dire une baisse du niveau de confort et une vie moins facile qu’aujourd’hui. Et probablement qu’une majorité de la population préfèrera conserver son « pouvoir d’achat », même si cela signifie détruire les équilibres écologiques de la Terre.

Novi : Ce que veulent les écologistes sans le dire, une baisse de la population mondiale, car le vrai sujet est celui de la surpopulation. Certains écolos n’hésitent pas à espérer une grande crise engrainant une baisse de la population comme la peste noire en son temps. C’est le commandant Cousteau qui expliquait parmi les premiers combien il fallait supprimer d’hommes sur Terre pour sauver la planète.

Quidam : Émettre des idées, c’est toujours assez facile, Les faire partager par des personnes qui sont comme vous volontaires pour échanger positivement, c’est relativement simple. Maintenant les frotter aux réactions des râleurs professionnels, des partisans politique qui regarderont cela à l’aune de leur doctrine politique, des citoyens persuades qu’il ne faut rien changer, des réalités économiques, de l’inanité de certaines reformes franco-française dans un système planétaire, tout cela sera très compliqué,

C.Paris : Cette méthode d’élaboration consensuelle par commission citoyenne a montré en Irlande tout son intérêt (loi pro-avortement malgré l’opposition des partis et corps intermédiaires). Elle est une réponse satisfaisante à la demande d’implication des populations et de dépassements des structures en place (aprtis, syndicats…) forcément sclérosés.
Reste encore à aboutir par des lois et décrets.

Perros Jean Michel : J’imagine la déception de ces 150 citoyens quand ils verront la suite donnée à leurs préconisations après passage de l’étape « État profond », c’est à dire l’énarchie des cabinets ministériels. Pour en savoir plus, notre blog biosphere :

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

23 octobre 2019, On n’a pas de pétrole, mais on a des idées

* LE MONDE du 20 novembre 2019, « La convention pour le climat a déjà réussi ce petit miracle : refabriquer de la citoyenneté »

L’anti-écolo Pascal Praud a encore frappé

Pour dévoiler l’état d’esprit de Pascal Praud et donc de CNews, voici son discours !

« Voici une liste de que nous pouvons faire aujourd’hui, mais que l’époque a déjà condamné : Regarder un tigre chez Bouglione ; Boire un verre chez des amis et repartir en voiture ; prendre l’avion ; Fumer une cigarette en terrasse ; Draguer (au bureau dans la rue, partout en fait) ; Voir un film de Roman Polanski ; manger une côte de bœuf ; Acheter des fraises en décembre : aimer la corrida… Conclusion : nous aurons des cirques sans animaux, des dîners sans alcool et des amours sans risque. La vie sera moche, lisse, les polémiques auront cessé. La dictature de la laideur et de la bêtise sera instaurée. Vivement demain ! »*

Le climato-sceptique Pascal Praud veut toujours faire le buzz, il avait sur Cnews-télé défendu le droit des climato-sceptiques à s’exprimer, lire sur notre blog biosphere.

Interdisons de parole les négationnistes du climat

Si un commentateur nous dit qu’il faut interdire d’interdire, nous rappelons que nous ne pouvons pas dire et faire n’importe quoi quand c’est au détriment d’autrui ou du bien commun.

* « gratuit » de CNews du 21 novembre 2019 (p.2)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier (1937-1973) a dès les années 1970 perçu l’intérêt de retourner vivre en communautés rurales. Exemple :

17 septembre 1968, lettre à Elise Freinet : Ce sont les barricades de mai 1968 qui m’ont décidé. Elles m’ont fait comprendre qu’une idée se vit, ne se dit pas ; que l’expérience naît de l’action, ne la précède pas ; que tout est encore possible à qui agit pendant que les autres palabrent… »

Hara-Kiri (23 juin 1969) : Mon action (de revitalisation d’un village abandonné) s’insère dans un mouvement naissant visant à l’instauration d’une structure économique parallèle qui doit nous opposer aux structures aliénantes de notre société de consommation. Le but est de maintenir coûte que coûte les bases organiques auxquelles s’attaquent notre civilisation suicidaire, de démontrer par l’exemple que l’épuisement des ressources vitales et la pollution de la biosphère ne sont pas des fatalités inscrites dans un déroulement irréversible. Nous ne fuyons pas la société, au contraire nous allons à sa rencontre, aux sources qu’elle rejoindra bientôt malgré elle. Nous ne cherchons pas des refuges, mais des avant-postes. Dans nos villages, nous aurons nos coopératives pour la commercialisation de produits agricoles biologiques, nos ateliers et même nos laboratoires, car, contrairement à ce qu’on peut penser, nous ne souhaitons pas freiner la connaissance scientifique mais seulement contrôler ses applications. Ce que je cherche encore, c’est le capitaliste génial qui, en participant à la société d’économie mixte fondée par la municipalité pour la mise en valeur de son territoire, investira dans la civilisation de l’avenir.

Hara-Kiri (4 au 18 août 1969) : Il s’agit de cultiver, dans un but d’exemplarité, de contagion (et si la contagion ne se produit pas, tant pis), un art de vivre difficile, un art de vivre en bonne santé, c’est-à-dire en bon accord avec le sol, les saisons, les autres, qu’ils soient plantes, animaux ou humains, et en satisfaisant au mieux, c’est-à-dire sans faire du tort à personne, nos vrais besoin.s Car nous n’avons pas des besoins très différents de ceux du nuage, de la terre et de l’arbre. Nous avons comme eux nos nécessités intimes, inscrites en nous, très profondément, par des millénaires de difficile adaptation aux conditions de vie terrestres.

Charlie Hebdo (1er novembre 1971) : Je suis à peu près persuadé que tout ce qu’il reste à faire d’intelligent est de fonder des communautés. Mais en même temps qu’il n’y a quasiment plus d’endroits où ce soit possible et il n’y a pas encore de gens avec qui ce soit possible. Se lancer là-dedans, c’est le meilleur moyen de se faire bouffer tout cru. J’aime mieux perdre mon temps à bosser pour Charlie que perdre mon temps à faire le con avec des communautaires foireux.

Charlie Hebdo (25 septembre 1972) : Un cultivateur moderne, condamné à la rentabilité selon les normes de l’agriculture industrielle, est un conducteur d’engins, rien de plus. Un paysan traditionnel est un botaniste, un naturaliste, un météorologue, un maçon, un boisselier, un forgeron, et j’en oublie. Il est le dernier dépositaire d’un trésor culturel, mais il a honte devant son fils parce que cet abruti sait lire le Dauphiné libéré, et écrire le nom d’un démagogue sur un bulletin de vote… Nous ne pourrons pas longtemps vivre tous dans les villes, en laissant aux machines le soin d’exploiter à mort ce qu’il restera de désert dans les interstices de la banlieue totale.

La Gueule ouvert (décembre 1972) : Si l’on excepte le cas trop particulier de l’Arche (la communauté fondée il y a vingt ans par Lanza del Vasto) et quelques autres peut-être, qui toutes ont en commun le mysticisme, aucune communauté véritable, à ce jour, n’a tenu assez longtemps pour pouvoir constituer un exemple. Ce n’est pas décourageant. Le mouvement n’en est qu’à ses débuts.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

La brève existence de Pierre Fournier (1937-1973) marque la médiatisation de l’urgence écologique.

janvier 1967, Pierre Fournier devient un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il aura été pendant quatre années l’écologiste le plus lu et le plus inspirant de France, des centaines de pages d’informations, de récits, d’ incitations à faire…

septembre 1968, conférence de la biosphère à l’égide de l’UNESCO, sous le titre « Notre planète devient-elle inhabitable ? »

1970, proclamée « année européenne de la conservation de la nature ».

22 avril 1970, le premier « Earth Day » marque aux États-Unis la naissance du mouvement environnemental.

16 novembre 1970, la couverture d’Hara-Kiri associe la mort du général de Gaulle et l’incendie d’un dancing en Isère : « Bal tragique à l’Élysée – 1 mort ». Le journal est interdit sur le champ, Il ressort en kiosque la semaine suivante sous le titre Charlie Hebdo.

Fin 1970, Alexander Grothendiek du mouvement « Survivre, pour la lutte des scientifiques avec les masses pour survivre », contacte Pierre Fournier.

Début 1971, création du ministère de l’environnement, soit 0,1 % du budget de l’Etat.

12 avril 1971, Prémillieu invite Fournier à participer à la première manifestation anti-nucléaire à Fessenheim, il y aura 1000 manifestants. Dans Charlie Hebdo, Fournier avait écrit : «  il faut aller gueuler contre le dépôt d’une bombe atomique à effet ralenti sur la rive du Rhin. » De toute la presse hebdomadaire pharisienne, il sera le seul à couvrir l’événement.

Fin avril, Fournier confie à Cavanna qu’outre ses actions militantes anti-nucléaires, il devient un « journaliste informatif ». En mai, il adhère à l’association des journaliste et écrivains pour la protection de la nature. Il reprend le vocabulaire de Survivre dont les feuilles, en ce mois de mai, prêchent une révolution fondée sur l’ÉCOLOGIE. Il se sent investi d’une mission : « Je ne vois pas qui pourrait ouvrir sa gueule à ma place dans la situation actuelle. » Pour Pierre, l’écologie est la suite logique de Mai 1968, dorénavant le rôle des politiques est « d’engager la société sur la voie qui conciliera la survie de l’espèce et le libre épanouissement de l’individu ».

Juin 1971, Gébé publie dans les pages de Charlie-Hebdo sa bande dessinée « L’An 01, on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ».

10 juillet 1971, le comité Bugey-Cobayes de Prémillieu et Fournier rassemble 15 000 personnes. A la suite se crée une dizaine d’associations de lutte contre les centrales nucléaires en construction.

Janvier 1972, l’ouvrage « A Blueprint for Survival » préconise la décentralisation de la société en de petites communautés capables d’auto-réguler leur population, d’assurer leur propres besoins alimentaires et de réduire la taille de leurs industries et infrastructures.

Mars 1972, rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Il prévoit un effondrement de la civilisation au cours du XXIe siècle si la trajectoire du développement exponentiel reste inchangé.

Avril 1972, les Amis de la Terre organisent, aux cris de « les vélos, pas l’auto ! » la première manifestation cycliste à Paris : 10 000 participants.

Juin 1972, premier sommet des Nations unies sur « l’environnement et le développement ». Le numéro spécial environnement du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la Terre » se vend à plus de 200 000 exemplaires.

Septembre 1972, Fournier lance son mensuel écologiste, « La Gueule ouverte, journal qui annonce la fin du monde » : 70 000 exemplaires vendus.

15 février 1973, alors qu’il participe au bouclage du numéro 5, Fournier est emporté par un arrêt cardiaque.

1974 : René Dumont se présente à la présidentielle en tant qu’écologiste. L’écologie entre en politique, Pierre Fournier avait facilité ce passage.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

sur notre blog biosphere

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

Conférence internationale sur la population

Les conférences des Nations unies sur la population sont-elles vouées à l’échec ? Les polémiques qui ont précédé celle du Caire en 1994 amènent à le penser, comme l’histoire des deux précédentes, en 1974 et 1984. Le Saint-Siège refuse tout ce qui pourrait paraître  » légaliser  » l’avortement et accuse le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), organisateur de la conférence, de  » détruire la famille  » et de  » promouvoir une culture hédoniste et permissive  » (le Monde du 19 août 1994). A Bucarest en 1974, les représentants du Vatican avaient aussi bataillé pour le  » droit à la vie « , et  » le caractère sacré de la famille  » mis en exergue par le pape d’alors, Paul VI. A Mexico, en 1984, la liberté d’avorter avait été encore remis en question par Jean-Paul II qui avait personnellement pris contact avec les gouvernements représentés à la conférence. De plus les représentants du  » tiers-monde  » avaient usé du slogan :  » Le meilleur contraceptif, c’est le développement.  » Les États-Unis, dans le droit fil de la  » révolution conservatrice  » portée par Ronald Reagan, mettaient mettaient en préalable à toute politique démographique le rétablissement de la liberté économique. Conformément aux convictions de la  » majorité morale « , ils s’opposaient à tout recours à l’avortement pour le contrôle des naissances ; ils exigeaient que le FNUAP n’accorde aucune aide à des programmes qui l’utilisaient. C’est la  » cabale des dévots ». En 1994, les responsables du FNUAP ont donc souhaité choisir comme axe stratégique le soutien des besoins des individus et surtout  » une politique de promotion générale de la femme « , renforçant notamment les investissements dans les domaines de l’éducation et de la santé (maternelle et infantile en particulier).

Il faut attendre ensuite novembre 2019 pour qu’une nouvelle conférence internationale ait lieu (à Nairobi). Il s’agissait de marquer le 25e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) qui s’était tenue au Caire. Elle a eu lieu dans la plus stricte confidentialité. Pourtant 10 000 participants de plus de 170 pays, ce n’était pas rien. Comme une litanie on a continué d’exposer les violences faites aux femmes grossesses non désirées, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations génitales… La réduction du taux de mortalité maternelle, qui était une des grandes ambitions du Caire, n’atteint pas les trois quarts comme promis. L’avortement reste, dans de nombreux pays, traité comme un crime. Le défi du contrôle de la démographie est un sujet qui crispe certains responsables. Ainsi Macharia Kamau, principal secrétaire du ministère kényan des affaires étrangères, s’est écriée : « Qui sont les 11 000 scientifiques qui ont lancé un appel à contrôler nos populations ? Sont-ils africains ? Le changement climatique n’a rien à voir avec le nombre de gens. Ceux qui ont besoin de contrôler leur population sont ceux dont le mode de vie a créé les ravages qui frappent notre continent. »*

La deuxième partie de cette phrase est partiellement vraie, un bébé de plus dans un pays développé est un désastre climatique. C’est ce que disait déjà René Dumont en 1974 dans son programme de présidentiable écolo : « Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à New York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. La « France de 100 millions de Français » chère à Michel Debré est une absurdité. » Mais la lutte contre la politique nataliste de la France ne devrait pas empêcher les pays en surchauffe démographique de proposer aux femmes les services d’un planning familial efficace. D’autre part nier la variable démographique dans le réchauffement climatique est une grossière erreur, Macharia Kamau devrait apprendre l’équation de Kaya.

Pour en savoir plus avec notre blog biosphere : Nicolas Sarkozy plaide : « Nous sommes 7 milliards d’habitants. En 2100, nous serons 11,5 milliards. La question des conséquences de cette démographie est donc centrale pour les grands équilibres de la planète ». Il souhaite qu’enfin « la communauté internationale prenne en main le premier problème de la planète, qui est celui de la démographie mondiale ». Il préconise « une conférence mondiale sur la démographie ». A son avis, le sujet doit « faire l’objet, chaque année, d’une conférence comparable à celle sur le climat ». Encore un coup d’épée dans l’eau…

* LE MONDE du 17-18 novembre 2019, L’accès à la contraception progresse dans le monde

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

– Papa, c’est loin l’apocalypse ? Tais-toi et consomme.

– Depuis que je suis tout petit, le monde « moderne », le monde où nous enferme une technologie acéphale et monstrueusement foisonnante, me remplit d’horreur par sa laideur. Cette laideur est le signe d’un profond déséquilibre, et ce déséquilibre finira par entraîné la destruction de la civilisation qui l’avait engendré.

– Le « devoir » de nos concitoyens est de déserter un espace rural désormais voué à la pollution touristique et de s’entasser frénétiquement dans des mégalopoles invivables. Toute une imprégnation idéologique les y pousse.

– Je ne peux pas piffrer ce mot d’environnement, il pue l’anthropocentrisme, alors que la prise de conscience qui l’a mis à la mode annonce la fin d’un anthropocentrisme dépassé.

– Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes aux autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la Terre inhabitable non seulement pour lui, mais pour toutes les formes de vie qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence.

– Si l’homme peut détruire le monde d’une manière brutale, il peut aussi le détruire tranquillement, mais tout aussi efficacement, en déchirant le fine toile que la nature a tissée afin de maintenir toutes choses dépendantes les unes des autres, depuis la plus élémentaire forme de vie contenue dans le sol, jusqu’à l’homme, en passant par la plante et par l’animal.

– C’est toujours le Fric qui commande, c’est-à-dire les choses, c’est-à-dire personne, Vous pouvez remonter n’importe quelle filière du Pouvoir vous trouverez toujours, au bout, les Choses, l’engrenage des prétendues « fatalités », rien.

– Outre que notre attitude donne mauvaise conscience aux inertes, aux obéissants, – à tout le monde quoi !- , notre action si elle s’étendait, dérangerait les plans des technocrates, fausserait les calculs des profiteurs et troublerait la quiétude des esclaves. Autant dire que nos idées ont tout pour faire l’unanimité contre elles.

– Le problème de la survie n’est pas seulement politique, il va beaucoup plus loin que ça. C’est le problème de la relation de l’homme au réel. C’est un problème religieux (du latin religere, relier). Une religion est un système de relations de l’homme à la nature, et pas suite de l’homme à l’homme. Elle n’implique pas l’existence du Dieu judéo-chrétien. Toute grande révolution est un changement de religion. Le culte du progrès est une religion messianique et fataliste, basées sur des dogmes métaphysique, entretenues par une Eglise qui a comme celle du Moyen Age, les monopoles de l’éducation, plus beaucoup d’autres que l’Église médiévale n’avait pas.

– Il y a quelques irréductibles qui n’achètent jamais rien. Ils font leur pain avec leur blé, et leur lessive avec les cendres du four. Ils polluent pas plus qu’un papou. Ils sont les derniers hommes libres. Ou les premiers, peut-être ? En tout cas, si on veut pas disparaître dans la tourmente, quand tout va se faire la valise, on ferait bien de se mettre à leur école.

– Nous sommes des prophètes de malheur. Nous sommes des emmerdeurs et des minoritaires indésirables. Admettre le bien-fondé de notre position, c’est admettre qu’il faut tout remettre en cause, jusqu’aux habitudes physiques et mentales les plus confortables et les mieux ancrées.

– La révolution écologique consiste à tout remettre à l’endroit.

Extraits de « Fournier, face à l’avenir » (Diane Veyrat – Les cahiers dessinés, 2019)

Vers de terre et humains, même combat

1er acte. Les fongicides ou SDHi (pour « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase ») bloquent le fonctionnement d’une enzyme (la SDH) nécessaire à la respiration cellulaire des champignons. Ce mécanisme est présent non seulement chez les champignons, mais aussi chez la majorité des organismes – des vers de terre aux insectes en passant par les humains. Avec, comme risque, de voir se développer des maladies chroniques induites par le défaut de fonctionnement de la SDH : « encéphalopathies sévères », « tumeurs du système nerveux  », « prédispose en outre à certains cancers du rein ou du système digestif », est associé à la maladie de Huntington, de Parkinson… détaillaient des chercheurs en avril 2018. En réponse à cette mise en garde, l’ Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a conclu, dans un rapport rendu en janvier 2019, à l’absence d’alerte sanitaire, tout en recommandant la poursuite de la recherche.

2e acte. La Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé ­publique et d’environnement (cnDAspe),une instance officielle indépendante constituée de 22 experts bénévoles, a publié, mardi 19 novembre 2019, un avis estimant que l’alerte était fondée, étayée par « des données scientifiques de qualité ». Les données montrent bien, sur des cultures cellulaires, que les substances appartenant à la famille des SDHI ne ciblent pas seulement les champignons et les moisissures, mais une diversité d’organismes comme l’abeille domestique, le lombric ou l’être humain. Le recul n’est pas suffisant sur les usages actuels de plusieurs de ces produits pour pouvoir se fonder sur des données épidémiologiques relatives aux personnes exposées. Sur les onze substances en question, huit ont été autorisées pour la première fois il y a moins de dix ans.La controverse illustre un hiatus grandissant entre la science réglementaire d’une part (tests standardisés avant une autorisation de mise sur le marché) et la science académique de l’autre, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances publiées dans la littérature savante. Elle pose la question des conditions d’application du principe de précaution.

3e acte. « Des travaux financés par l’Anses ont été publiés en 2012 et montrent que le bixafène (l’un des SDHi) est génotoxique [toxique pour l’ADN] in vitro, écrit la députée Mme Batho. Les experts toxicologues disent que ce type de résultat doit être confirmé in vivo : j’ai donc demandé à l’Anses si, depuis sept ans, de tels travaux avaient été entrepris. » L’Anses n’est pas en mesure de répondre !

Merci Stéphane Foucart, journaliste scientifique du MONDE, de nous tenir éveillé sur les risques techno-scientifiques. Le gros problème, c’est combien de nos concitoyens sont éduqués pour s’y retrouver au milieu des SDH, Anses, SDhi, cnDAspe ? La réponse inexpliqué pourquoi le complexe chimico-industriel garde le pouvoir, avec son fric, son pouvoir de lobbying au niveau politique et ses scientifiques qu’il rétribue pour justifier ses poisons.

NB : Vous pouvez signer une pétition en ligne contre glyphosate et SDhi,

https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/stop-glyphosate-sdhi/67626

ET vous pouvez envoyer une lettre à vos élus,

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/sdhi/

La guerre de l’oignon se poursuit

« Au XXIe siècle il y aura la guerre des terres, comme il y aura les guerres du pétrole, les guerres de l’eau, les guerres du climat, les guerres civiles, les guerres aux frontières…et les guerres de l’oignon. La flambée des prix alimentaires mondiaux avaient provoqué en 2008 des émeutes de la faim dans plusieurs pays. Ce n’est pas seulement la faute des catastrophes naturelles et des spéculateurs, c’est aussi la conséquence de la surpopulation mondiale. La pénurie n’est plus conjoncturelle. Nous sommes six milliards d’humains et on en dénombrera 3 milliards de plus en 2050. Pour protéger leur souveraineté alimentaire, l’Inde vient d’interdire l’exportation de l’oignon national. » C’était là le tout début de notre article de janvier 2011, faim du monde, fin du libre-échange.

Aujourd’hui en 2019, après une mousson tardive qui a endommagé sa production, l’Inde vient à nouveau d’interdire l’exportation d’oignons, entraînant une flambée des prix au Bangladesh voisin et provoquant la colère d’une population qui utilise largement cette herbacée dans la cuisine. Le kilogramme de ce légume de base est passé de 32 centimes d’euros à près de 2,78 euros dans un pays où le PIB par habitant est de 4,4 euros par jour. A Dacca, la capitale qui compte 9 millions d’habitants, seuls quelques milliers de personnes ont pu bénéficier d’oignons à prix subventionné. Les trafiquants stockent les oignons pour faire monter les prix, le marché noir se développe, on se croirait revenus aux temps de l’occupation allemande en France. L’histoire est un éternel recommencement.

Sauf que la période qui s’annonce va être particulièrement dramatique, comment nourrir durablement au Bangladesh une population urbaine de 9 millions d’habitants à Dacca (ou 18 millions ?) dans un pays déjà très pauvre de 165 millions d’habitants, avec une densité de 1144 habitants au kilomètre carré, plus de 11 habitants sur un carré de 100 mètres de côté. Comment ne pas voir que cette histoire conjoncturelle d’oignons n’est qu’un signe parmi d’autres des catastrophes qui s’amoncellent au niveau planétaire ? Quand j’envisage l’avenir sur une planète surpeuplée, sur-polluée, surchauffée et sous-alimentée, se faisant la guerre pour un oui ou pour un non, élisant des Trump et Bolosonaro, je suis terrifié. Quand les anti-malthusiens en France veulent ignorer la problématique démographique, je suis terrifié. Quand les Gilets jaunes en France manifestent contre l’augmentation du prix de l’essence, je suis terrifié. Heureusement, comme il est écrit dans LE MONDE*, « La saveur de la ciboulette est proche de celle de l’oignon ». Pour s’adapter, ça on va s’adapter, contraints et forcés !

* LE MONDE du 21.11.2019, Face à la pénurie d’oignons au Bangladesh, un pont aérien, un prix subventionné et des mesures antitrafic

Jonathan Safran Foer montre notre assiette

Jonathan Safran Foer a trouvé le filon. Après Eating Animals en 2009 (« Faut-il manger les animaux ? »), il publie « L’avenir de la planète commence dans notre assiette »*. Voici un dialogue possible avec lui :

Jonathan Safran Foer : Nous sommes en quelque sorte une génération charnière : ceux qui vivent aujourd’hui sont ceux qui réussiront, ou non, à sauver la planète. Aujourd’hui, notre espèce vit sous la menace d’un suicide de masse.

Biosphere : Nous sommes il est vrai une « génération charnière », celle qui va passer de l’abondance permise par les énergies fossiles à une période de pénuries et de rationnement. Nous allons basculer de façon assez brutale de la génération-écran à la génération-climat. Il est vrai aussi que cette « transition écologique » se fera au prix d’un grand nombre de morts, inondations, sécheresses, famines, guerres, épidémies… Mais il est encore plus vrai qu’il ne s’agit pas de « sauver la planète », elle se fout complètement de notre existence ou de notre disparition, elle vit sa vie. Après nous les méduses ?

Jonathan Safran Foer : A l’échelle individuelle, nous pouvons principalement mener quatre types d’actions pour réduire notre empreinte carbone : moins utiliser l’avion, vivre sans voiture, avoir moins d’enfants et réduire notre consommation de produits d’origine animale. La réflexion sur les trois premiers registres est certes nécessaire, mais ce sont des questions complexes, qui doivent être pensées sur le long terme. Or, nous n’avons plus de temps pour agir !

Biosphere : C’est un constat qu’il faut répéter, la fécondité, la voiture, l’avion et le mode alimentaire sont des activités qui découlent de notre comportement individuel. Sauf exception (à mon insu ou de mon plein gré), ce n’est pas autrui qui fait les enfants à ma place. Or changer un comportement socialement intériorisé prend du temps, y compris la consommation de viande. Nous n’en avons jamais consommé autant qu’aujourd’hui ; même l’Inde l’Inde et la Chine s’y mettent. La production de viande est passée de 70 millions de tonnes en 1961 à 330 millions en 2018… La tendance est lourde, nous ne deviendrons pas végétariens d’un coup de baguette magique. Cela mettra au moins autant de temps que nous passer de voiture individuelle !

Jonathan Safran Foer : La voiture ? La plupart des grandes villes américaines ont été conçues pour la rendre indispensable et 85 % des Américains l’utilisent pour aller au travail.

Biosphere : Pour maintenir le réchauffement planétaire à moins de 2 °C, il faut abandonner la plus grande partie de notre consommation d’énergies fossiles – charbon, pétrole, gaz – afin de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Que les Américains et les Gilets jaunes le veuillent ou non, soit il faut individuellement accepter l’augmentation du prix du carburant pour rapprocher lieu de travail et domicile, soit c’est l’apocalypse climatique accompagnée d’une effroyable descente énergétique.

Jonathan Safran Foer : Pour ce qui est de l’avion, une bonne part des déplacements ont un motif professionnel ou sont effectués dans un but personnel indépendant des loisirs, par exemple, rendre visite à un membre de sa famille malade.

Biosphere : De plus en plus de Suédois commencent à ressentir la « honte de voler (flygskam) » en avion, pourquoi pas aux États-Unis et en France. Jonathan, vous faites assaut de faux arguments pour ne rien faire contre les déplacements d’une élite réduite et de touristes au long cours. Pour les Français, vacances et loisirs sont le principal motif de déplacement en avion (près de 70 %), tandis que les usages professionnels représentent moins d’un tiers des vols.

Jonathan Safran Foer : Quant à la décision d’avoir des enfants, ce n’est pas au centre des préoccupations urgentes de la majorité des gens – je suis sûr que la plupart de vos lecteurs ne sont pas, en ce moment précis, en train de se demander s’ils veulent mettre un enfant en route dans le mois qui suit.

Biosphere : Les citoyens ne se demandent pas si leurs activités quotidiennes émettent plus ou moins de gaz à effet de serre. Par contre le choix d’avoir ou non un enfant devrait poser problème à tout citoyen : procréer alors que le futur s’assombrit, est-ce une bonne idée ? Les nullipares existent, elles sont peut-être moins nombreuses que les végans, mais leur nombre ne peut que s’accroître, écologie oblige.

Jonathan Safran Foer : L’alimentation, en revanche, est un choix que nous faisons trois fois par jour et, pour presque tout le monde, ce n’est pas un choix contraint : personne ne nous force à manger d’une façon ou d’une autre.

Biosphere : Vous aviez écrit dans votre précédent livre : « Ce n’est pas au consommateur qu’il devrait incomber de savoir ce qui est cruel et ce qui ne l’est pas, ce qui est destructeur et ce qui est viable pour l’environnement. Les produits alimentaires cruels et destructeurs devraient être interdits. Nous ne devrions pas avoir à choisir des jouets contenant de la peinture au plomb, des aérosols avec des chlorofluorocarbones. » La société évolue grâce aux changements individuels de comportements, mais ceci ne peut se généraliser qu’en étroite corrélation avec les choix collectifs. Un repas végétarien par semaine dans tous les restaurants scolaires devrait être une obligation pédagogique.

Jonathan Safran Foer : Quand vous voyez quelque chose qui vous fait envie, vous ne le volez pas. Vous ne le volerez pas parce que vous savez qu’on ne doit pas voler, c’est inscrit en vous. Il nous faut devenir des gens qui ne volent rien à la planète, qui ne volent rien à l’avenir.

Biosphere : Des humains qui ne volent rien à la planète, c’est impossible. Cela ne consiste pas seulement à éviter la viande puisque tout est parasitaire dans l’activité humaine. Pour exister, se chauffer, se transformer, publier un livre… on vole matières et énergie disponibles dans la nature. Donc adopter un comportement écolo, faire de l’économie au sens « économiser », ce sera bientôt la norme, qu’elle soit simplicité volontaire ou imposée. A ce moment il y a intériorisation, la sobriété deviendra naturelle, on la pratiquera sans y penser.

Jonathan Safran Foer : Il est étonnant de voir le nombre de fois où quelqu’un me demande : « Avez-vous l’espoir que les gens finiront par changer ? » En général, je rétorque : « Avez-vous l’espoir, vous, que vous finirez par changer ? » Souvent, on me répond : « Oui, je crois que je pourrais changer un peu. » Et j’insiste : « Que voulez-vous dire par un peu ? Parlons de l’avion. Que croyez-vous que vous pourriez faire pour le prendre moins souvent ? Je ne vais pas vous juger, j’espère que vous ne me jugerez pas non plus, mais parlons-en. » Et ces conversations, c’est vrai, me donnent de l’espoir.

Biosphere : C’est bien résumé, c’est l’art de convaincre d’une juste cause. Arne Naess tenait le même raisonnement : « La violence à court terme contredit la réduction universelle à long terme de la violence. Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié. »

Jonathan Safran Foer : Au bout du compte, que je sois optimiste ou non n’a pas beaucoup d’importance ; ce qui compte, c’est ce que nous faisons.Ce qui est certain, c’est que la conscience que nous avons de la situation augmente à un rythme très rapide : si nous continuons de changer à cette cadence, alors je crois que nous avons de vraies chances de gagner la partie.

Biosphere : c’est l’effet boule de neige. On y arrivera quand on s’apercevra que la nature ne négocie pas, la catastrophe servira de pédagogie si la pédagogie de la catastrophe n’a pas eu le succès qu’elle méritait…

* LE MONDE du 16 novembre 2019 Jonathan Safran Foer : « Il nous faut devenir des gens qui ne volent rien à la planète »

MiaouBOX pour une société débile

En tant que journalistes, nous recevons par mail beaucoup de messages d’entreprises plus ou moins débiles, mais celui-là bas le pompon.

« LE CADEAU AU POIL POUR NOËL, LA WOUFBOX & LA MIAOUBOX »

13,5 millions de chiens et 7,4 millions de chats, nos meilleurs amis à quatre pattes ne seront pas les grands oubliés au pied du sapin cette année. Woufbox et Miaoubox ont confectionné une box spécialement pour Noël composée de 8 produits choisis spécialement pour l’occasion sur le thématique des fêtes de fin d’année. Des jouets, des friandises, des accessoires, des produits d’hygiène, adaptés à chaque boule de poils pour garantir une expérience féerique au moment de déballer son cadeau le soir du réveillon Noël !  Qui a dit que gâter son animal de compagnie était onéreux ? Les coffrets cadeaux en Édition Limitée pour Noël contenant 8 produits d’une valeur de 50€, sont proposés à 24,90€. De quoi mettre la patte au porte monnaies sans se ruiner ! Réalisé avec une patte de maître par nos experts canins et félins, chaque coffret est adapté selon les caractéristiques de l’animal. Un cadeau original qui ravira chaque membre de la tribu, en particulier le fidèle compagnon de la famille. L’idée cadeau qui permettra de consacrer encore plus de moments de complicité avec lui ! Chaque box est livrée entre le 15 et le 20 décembre, timing parfait pour la glisser sous le sapin le Jour-J !

Qu’en pense le parti animaliste ?

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Municipales, tous écolos ou presque !

A Paris, la maire sortante Anne Hidalgo a fait de la lutte contre la pollution, automobile notamment, son marqueur politique. Les socialistes prônent un nouveau modèle de gestion locale, incluant participation citoyenne et projets (végétalisation, réduction de la place de la voiture, restauration de terres agricoles) parfois inspirés des Verts, tout en gardant des marqueurs sociaux tels la gratuité des dix premiers mètres cubes d’eau ou la construction de logement social. Pour recevoir l’investiture de la majorité macroniste, tout candidat doit adhérer à une charte de dix engagements qui précise notamment que « l’élu(e) s’engage à faire de la transition écologique une priorité ». Cédric Villani, ex-LRM, se rêve en « premier maire véritablement écologiste de Paris », son concurrent Benjamin Griveaux veut créer des « rues-jardins » et améliorer la « santé environnementale ». A droite, les maires sortants entendent bien jouer la carte écolo. Les Républicains restent héritiers d’un credo pro-nucléaire et productiviste, mais une nouvelle garde croit en la possibilité d’une écologie « pragmatique » compatible avec l’économie de marché. Le maire de Nice Christian Estrosi assure œuvrer depuis 2008 à un projet de « ville verte exemplaire de la Méditerranée » faite de végétalisation et de nouvelle ligne de tramway. Nul ne délaisse le terrain environnemental, pas même le Rassemblement national (RN), qui décline un concept des européennes, le « localisme », à l’échelon municipal. Produits locaux dans les cantines, jardins partagés, « faire en sorte qu’on puisse vivre et travailler dans la commune ». A la préférence nationale succède la préférence municipale.*

Il n’est pas difficile de se rendre compte, vu le passé des anciens protagonistes d’un monde dépassé, qu’il ne s’agit en fait que de greenwashing politicien, une écologie décorative et préélectorale, une écologie de l’incantation loin de mettre en œuvre une écologie concrète. On retrouve maintenant au niveau de l’ensemble de l’échiquier politique ce qui a traversé le mouvement écologiste depuis son origine, l’opposition entre une écologie superficielle et une écologie radicale. Il est significatif que François de Rugy ait quitté les Verts pour tomber dans les bras de Macron, puis succédé à Hulot qui avait pourtant montré en démissionnant qu’on ne pouvait rien faire dans ce système techno-industriel même quand on est ministre de l’écologie. François de Rugy se contente de phrases toutes faites : « Il y a tellement de gens qui adorent quand les écologistes sont très radicaux, marginaux et minoritaires. Le conservatisme et la radicalité sont les deux faces de la même médaille, celle de l’impuissance et de l’inaction. Ce que je veux, c’est une écologie qui agit. » Encore faudrait-il définir de quel type d’actions il s’agit. Pour les municipales, que faire ?

L’urgence écologique, la déplétion des ressources fossiles, l’extinction des espèces… exige des efforts tant au niveau individuel que collective. C’est le premier message qu’il faut faire passer pour cette élection locale, la transition écologique demandera des sacrifices. Le comportement personnel de sobriété alimentaire et énergétique ne sera suivi par tous que dans un contexte collectif. Il faudra changer les pratiques, abandonner les parterres de fleurs pour des jardins potagers et les arbres d’ornement pour des fruitiers. Il s’agit d’instaurer un nouvel état d’esprit dans les municipalités, on ne construira la société du futur qu’avec l’apport de chaque citoyen. Il s’agit d’abandonner tous les grands projets qui gaspillent des ressources, promouvoir des ceintures vivrières et endiguer l’artificialisation du territoire, faire des villes fruitières et pas simplement ombragées, mettre une éolienne à la place du moulin à vent en ruine, utiliser des techniques appropriées au contexte local, revitaliser l’artisanat local et les circuits courts, etc. C’est au niveau des communauté de base, au niveau des communes, qu’on peut mettre en place des espaces de résilience, capables de résister aux chocs, cherchant l’autonomie au niveau alimentaire, énergétique et politique. Ce blog biosphere n’est rien en lui-même, mais heureusement tout s’agite autour de lui. Ainsi l’ADEME, avec « Demain MON TERRITOIRE », propose des actions concrètes. Les 20 fiches de ce recueil valorisent des solutions mises en place dans des communes et intercommunalités de différentes tailles, réparties sur l’ensemble du territoire. Elles montrent qu’il est possible d’envisager une ville plus sobre en carbone, avec des gains en matière de lien social, de qualité de vie et de dynamisme économique.

* LE MONDE du 14 novembre 2019, Tous écolos ? La campagne municipale s’annonce verte à tous les étages

Dialogue avec l’ex-ministre François de Rugy

François de Rugy* : Des énormités se disent sur l’écologie, de tous côtés d’ailleurs. En ce moment, nous entendons surtout ceux qui disent que ce n’est jamais assez. C’est un peu le syndrome de « tant qu’on n’a pas tout changé, on n’aura rien changé », ce qui conduit généralement à ne rien changer.

Biosphere : Monsieur de Rugy, votre arrivée au ministère a coïncidé avec la condamnation par votre prédécesseur Nicoals Hulot de la « politique des petits pas » du gouvernement Macron. Un écologiste digne de ce nom ne peut qu’être radical, la dégradation de la planète est tel que nous devons complètement reconsidérer le fonctionnement économique actuel qui reste encore business as usual et technologie de pointe.

François de Rugy : Souvenez-vous des débats autour de la voiture électrique. Tous les groupes de « gilets jaunes » que j’ai rencontrés y étaient hostiles. D’un seul coup, des gens se sont mis à dire que ce genre de véhicule était plus polluant que la voiture thermique, ce qui défie toutes les études scientifiques.

Biosphere : Toutes les études scientifiques sérieuses montrent que la voiture électrique n’est pas une solution. Vous vous voyez faire la queue à la prise électrique pour recharger pendant 1/2 heure votre voiture sur une aire d’autoroute le 1er Août ? Vous vous voyez réclamer à corps et à cris pour les alimenter la construction de nombreuses centrales nucléaires du type EPR ? Vous vous voyez perpétuellement recycler des batteries hors d’usage ?

François de Rugy : Le cœur du débat politique, c’est le degré de contraintes que l’on est prêt à supporter. Prenez la lutte contre le tabagisme, on n’y serait jamais arrivé sans un certain degré de contraintes. Sur l’écologie, on n’en est pas encore là. Il faut, au contraire, lutter contre l’idée que l’écologie serait forcément punitive.

Biosphere : Il n’y a pas sentiment de punition quand la norme sociale se modifie. En Suède par exemple, des sportifs, des politiciens, des personnalités, font publiquement le serment de ne plus prendre l’avion. Il y a effet boule de neige, les mentalités se modifient, la structuration sociale de même. Renoncer à ce mode de transport très émetteur de gaz à effet de serre devient tendance, une nouvelle norme sociale s’établit, on se sent libéré et non contraint. L’écologie punitive est un élément de langage déjà utilisé à votre poste par Ségolène Royal, cela déconsidère la difficile lutte à mener. C’est l’écologie positive qu’on devrait célébrer.

François de Rugy : Je revendique ma capacité à faire des compromis, même si cela ne garantit pas le succès médiatique. Je pense que les changements progressifs sont plus durables et profonds que les choses brutales qui nous poussent ensuite à faire marche arrière. La taxe carbone en est un exemple.

Biosphere : Pour faire des compromis encore faut-il avoir des convictions! Ceux qui en ont ne prennent pas ce ministère ou le quittent. Vous avez dû confondre compromis et paillasson ! La taxe carbone est un exemple de recul politique inadmissible. Cela fait trop longtemps que les gouvernements successifs parlent de taxe carbone sans jamais avoir expliqué aux citoyens sa nécessaire mise en place dans un contexte de déplétion pétrolière et de réchauffement climatique.

François de Rugy : Je revendique également l’action globale : il ne suffit pas de prendre pour cible tel secteur, comme le transport aérien, pour lutter contre le réchauffement climatique. Il faut regarder ce que nous sommes capables de faire dans l’ensemble des secteurs en tablant sur notre capacité collective à combiner un certain niveau de confort auquel nous sommes attachés, et les objectifs écologiques.

Biosphere : Action globale dites-vous ? Vous avez été en place de septembre 2018 à juillet 2019. Pendant cette période combien de fois avez-vous tranché sur un sujet particulier ? Jamais ! Le combat écologique est une lutte à la fois globale et sectorielle ; tous nos secteurs d’activité ou presque sont dépendants de l’énergie fossile et donc responsables des émissions de gaz à effet de serre. Il faut expliquer à nos concitoyens que le nécessaire changement de comportement implique une baisse du niveau de vie, donc du niveau de confort de la classe globale. Un ministre de l’écologie devrait parler de sobriété partagée, il n’est pas là pour faire plaisir.

François de Rugy : Faut-il changer de modèle de développement ? Je suis un pragmatique. Je préfère me concentrer sur les leviers d’action que sur les débats philosophiques.

Biosphere : Le concept international de développement durable en 1987 n’était pas une question philosophique, mais la manière de concilier le mode de fonctionnement économique et la protection des intérêts des générations futures. Comme cela a été considéré comme perpétuation d’une croissance non durable, les risques planétaires sont désormais si important qu’il faudrait mettre en place de façon pragmatique une décroissance maîtrisée. Tous vos propos depuis le début consistent à minimiser les actions à entreprendre, c’est une forme de lâcheté.

François de Rugy : Cent cinquante citoyens tirés au sort vont travailler durant six mois pour tenter de rendre l’action de la France pour le climat plus efficace.Le FMI le dit : la taxe carbone est la mesure la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle sera donc en débat, parmi les autres mesures.

Biosphere : La convention citoyenne va se réunir 6 mois durant pour donner un avis pas avant un an…. alors que tant de spécialistes ont vu leurs études validées par l’accélération de la fonte des glaces et l’augmentation de fréquence et de puissance des phénomènes météo. C’est du temps et de l’efficacité gaspillés… Nos bâtiments resteront des passoires thermiques et nos routes encombrées de voitures….

François de Rugy : Si nous dépensons 11 milliards d’euros dans l’EPR à Flamanville, autant qu’elle produise de l’électricité. Quant au fait de commander ou non de nouveaux EPR, la décision sera prise en 2022, après les élections, puisque c’est un choix lourd pour la France.

Biosphere : Si le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, se prépare à construire de nouvelles centrales nucléaires, votre remplaçante Elisabeth Borne ne mâche pas ses mots :« J’invite Jean-Bernard Lévy à intégrer le scénario sur lequel travaille le gouvernement, 100 % renouvelables. L’énergie nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, c’est un plus mais ça produit des déchets, on en a pour des centaines de milliers d’années, c’est un moins. Il se trouve que la politique énergétique, c’est plutôt le gouvernement et en particulier la ministre en charge de l’énergie que je suis qui doit la définir. »

Monsieur de Rugy, on ne vous regrette pas, votre esprit de compromis avait tourné à la compromission.

* LE MONDE du 29 juin 2019, François de Rugy : « Je revendique ma capacité à faire des compromis »

Sans écologisme, la démocratie part en vrille

Autrefois l’exercice du pouvoir était facile, les communications étaient limités dans l’espace, et un livre ne sert pas à ouvrir les consciences quand on ne sait pas lire. Selon le cardinal de Richelieu (1585-1642), apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». La bible était la seule référence, mais son interprétation était monopolisée par un clergé à la solde au pouvoir.

Depuis les jeunes ont tous appris à lire, écrire ou compter à partir du XIXe siècle, mais il n’y a pas eu de révolution culturelle, seulement soumission à un autre conformisme, principalement marchand. La prospérité économique des Trente Glorieuses (1945-1974) a fait office d’opium pour le peuple, la vie politique se déroulait entre politiciens comme le faisait remarquer Michel Debré dans « Ces princes qui nous gouvernent » dont voici un extrait judicieusement choisi par Pierre Fournier : « Le propre de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne, ses soucis et ceux de sa famille l’absorbent. Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la Nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de la ruine. La démocratie, ce n’est pas l’affectation permanente des passions ni des sentiments populaires à la discussion des problèmes d’Etat. Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal est sain, il retourne à ses préoccupations personnelles – qui ont leur grandeur – ne serait-ce que par ce qu’elles ont de nécessaire, non seulement pour chaque individu, mais pour la société. »* En France jusqu’en 1968 le contenu des informations à la télévision était contrôlé par le pouvoir.

Aujourd’hui les contestations secouent l’ensemble de la planète d’Alger à Bagdad en passant par Hongkong, La Paz ou Santiago. Et la France a ses « gilets jaunes » récurrents. Chacun de ces mouvements est différent et naît de circonstances particulières mais il y a des points communs. Après le libre-échange généralisé qui a soutenu la croissance économique vient l’acte II de la mondialisation, une volonté d’expression populaire facilitée par Internet et les réseaux sociaux. La mondialisation permet une communication généralisée créant, au Sud comme au Nord, une visibilité sur le monde qui n’existait pas auparavant. On compte maintenant 400 millions de téléphones connectés en Afrique. Au troisième trimestre 2019, Facebook comptait 1,62 milliard d’utilisateurs actifs chaque jour dans le monde. D’où à la fois l’échange facilité, les frustrations partagées et la rage qui en découle. On découvre les opportunités de la société de consommation et l’impossibilité d’en profiter comme on voudrait. Il faut alors un bouc émissaire. Le dénominateur commun à tous ces mouvements tient à la mise en cause du « système », argument si bien utilisé par les populistes de droite ou de gauche. Le seul message est alors de clamer que seul le peuple (ou son porte-parole) peut remédier à une situation qui se dégrade. C’est d’autant plus redoutable que cette notion relève de l’imaginaire démocratique (« le pouvoir au peuple »), mais reste floue dans sa signification concrète. Cette mise en accusation des élites et de tous les représentants en général rend la situation très complexe car, sur cette base de revendications multiples et mouvantes, aucune négociation n’est possible. Quand des dizaines de milliers de manifestants ne se satisfont pas de la démission d’un gouvernement, le pouvoir en place est démuni. La démission d’Evo Morales en Bolivie laisse par exemple un dangereux vide politique difficile à combler, la mort de plusieurs dictateurs a mis leur pays à feu et à sang. Il n’y a plus d’espace pour des initiatives capables de désamorcer la protestation, il n’y a plus de langage commun possible. Les seuls éléments de langage alternatifs, nous les abordons régulièrement sur notre blog biosphere. Ils sont principalement liées à la problématique écologique : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production).

À lire aussi sur notre blog biosphere, Nécessité pour la foule, partager un langage commun

* Charlie Hebdo n°119 du 19 février 1973

Effondrement de la vie, aujourd’hui et en 1973

1973 : On a plus entamé le capital biologique commun pendant les dix dernières années que pendant toute l’histoire du monde avant ces dix années, et l’on détruira encore plus pendant les dix prochaines années. La vie dans les mers a diminué de 40 % en vingt ans. Elle devrait à ce rythme avoir disparu dans vingt ans, et la nôtre avec. Il faut donc que quelque chose se passe AVANT. Quoi ? J’en sais rien, mais quelque chose qui stoppe la course à la mort. C’est l’avènement de ce renversement inimaginable qu’encourage, en ses balbutiements, le mouvement écologique, le vrai. Je vous parle pas d’amuse-couillons du type « Charte de la nature » (bétonnez tout, puisqu’il le faut, mais ménagez des espaces verts), charte approuvée par l’unanimité des partis et syndicats, dans le même temps où ils se retrouvaient tous d’accord pour déclarer que Concorde, c’est l’avenir. L’Avenir ? Vous croyez pas si bien dire. L’avenir, il est déjà en train, pauvres cloches, de vous revenir sur la tronche contrairement à tous vos minables calculs… Ce n’est sûrement pas par hasard qu’au moment où s’annonce aux États-Unis la grande crise de l’énergie le gouvernement satellite du Brésil, en perçant l’autoroute trans-amazonienne, voue à disparaître le dernier poumon, la dernière réserve naturelle du globe au risque de modifier le climat de la planète… Que voulez-vous faire d’autre que de vous battre, et de précipiter l’effondrement du monstre avant qu’il n’ait tout dévoré ? (Pierre Fournier)*

2019 : La probabilité est forte que l’information la plus importante de la semaine écoulée vous ait échappé. Le crash en cours des populations d’invertébrés terrestres très rapide, les résultats de l’étude sont à vous glacer le sang. Les auteurs ont analysé l’évolution des captures d’arthropodes sur 300 sites de trois régions allemandes, entre 2008 et 2017. Le travail qu’ils ont accompli est considérable. Les chercheurs ont analysé un million d’individus capturés au cours de cette décennie, et ont recensé les quelque 2 700 espèces auxquelles ils appartiennent. Ils ont ensuite estimé l’évolution de ces populations grâce à plusieurs indicateurs : le représentées. Quelle que soit la métrique considérée, le désastre est à peu près total, les chiffres sidérants : le nombre d’individus s’est effondré de 78 %, la biomasse a chuté de 67 % et leur diversité a chuté d’un tiers. Tout désigne les pratiques agricoles, notamment le recours systématique à la chimie de synthèse. En France aussi la faune insectivore s’effondre à une vitesse vertigineuse. Conséquence, les oiseaux des champs ont perdu près d’un tiers de leur effectif en quinze ans, les chauves-souris disparaissent plus vite encore et les amphibiens ne se portent pas beaucoup mieux. Une stérilisation à peu près complète des campagnes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord est une perspective à plus ou moins brève échéance. La raréfaction des grands mammifères emblématiques d’Afrique ou d’Asie nous passionne, mais l’effondrement, sous nos latitudes, des formes de vie les plus communes reste, ainsi, largement sous le radar médiatique et politique.

Comme pour le climat, il faudra sans doute attendre que la situation soit devenue critique pour que disparaissent le déni et l’indifférence. Et, de la même façon que la lutte contre le réchauffement est aujourd’hui partiellement perdue, il sera alors trop tard. (Stéphane Foucart)**

* Charlie Hebdo n°118 du 12 février 1973 (avant-dernier article de Pierre Fournier avant sa mort)

** LE MONDE du 12 novembre 2019, « L’effondrement de la vie sous nos latitudes reste largement sous le radar médiatique »

World Energy Outlook, l’avenir énergétique !

World Energy Outlook, rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE – 13 novembre 2019), rien de nouveau sous le soleil ! On croit encore que les panneaux solaires et les éoliennes permettront de produire des énergies « propres » ; les risques qu’encourent les installations utilisant de l’énergie fossile sont exposées aux attaques terroristes ; une forte variation des températures favorise l’usage de la climatisation (« les décideurs devront anticiper ces aléas grâce aux technologies qui permettent de le faire ») ; les États-Unis continuent d’inonder les marchés mondiaux de gaz de schiste, mais nous serons toujours dépendants de l’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient ; le continent africain va connaître une hausse très importante de ses besoins énergétiques, la croissance démographique alimentera le recours à des appareils énergivores tels que les climatiseurs.

Donc rien dans le WEO sur la nécessaire réduction de nos besoins en énergie, rien sur le fait qu’il faudrait laisser la majorité des ressources fossiles connes sous terre pour lutter contre le réchauffement climatique, rien sur le coût financier et environnemental de la fracturation hydraulique, rien sur l’incapacité de la technologie à faire face aux crises ; rien sur l’imbécillité du recours aux climatiseurs, et bien sûr rien sur l’urgence de réguler la fécondité humaine, et ce pas seulement en Afrique ! On prend pour acquis le prolongement des tendances actuelles, l’action volontariste est complètement absente de ce énième rapport. Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

World Energy Outlook 2013, Fatih Birol, prévisionniste déjanté d’un infini pétrole

World Energy Outlook 2011, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

World Energy Outlook 2010, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

World Energy Outlook 2007, en panne d’énergie

Agribashing et retour à la paysannerie

Comment faire passer en quelques années seulement la population active agricole de 2 % comme actuellement à 36% comme cela était en 1946 ? Tel est le dilemme posé par la conversion écologique et le retour à une paysannerie de polyculture. Car disons-le tout net, l’agriculture industrielle est devenue démentielle. Le film « Au nom de la terre », d’Edouard Bergeon, réalisateur fils d’agriculteur, conte l’histoire vraie d’un agriculteur conduit au suicide par les déboires qu’il connaît sur son exploitation… Le poulailler de Philippe peut accueillir jusqu’à 130 000 volailles… Hélène, une éleveuse fait visiter l’un de ses poulaillers et ses 19 000 poussins de deux jours. Avant d’entrer, il a fallu passer dans un pédiluve, puis s’équiper de pied en cap, combinaison intégrale et surchaussures. Les paysans ont disparu pour laisser leur place à des « exploitants », avec obligation de se spécialiser pour pouvoir survivre. Mais si on a 200 bêtes ou 200 hectares de cultures, alors on devient des salopards, à la tête d’une ferme-usine. Le changement à marche forcée passe donc par les agressions et la culpabilisation. « Agribashing » , le mot n’est pas vieux, deux ans à peine, une mise en cause massive et généralisée qui revient à contester en bloc les pratiques agricoles, l’utilité sociale des agricultures et jusqu’à leur existence. « Les opposants animalistes ne souhaitent pas améliorer les conditions de vie des animaux : ils veulent mettre fin au système dans son ensemble. Des activistes de Boucherie Abolition en arrivent même à des actions extrémistes. Sous l’égide des préfets, cinq départements ont déjà instauré des comités de lutte contre les actes de malveillance dans le milieu agricole »*.

Le voisin néo-rural est devenu l’adversaire, toujours prêt à bondir pour défendre l’environnement – le sien, d’abord – contre l’ogre paysan. Il y a deux ou trois générations, tout le monde avait des racines proches à la campagne. Maintenant, c’est terminé, la rupture est consommée. L’élevage travaille avec le vivant, ce qui implique un contact avec la mort, mais aussi avec des bruits, des odeurs… Et des gens arrivent qui n’avaient plus aucun lien avec le vivant. II n’y a plus de langage commun. Le retrouver demandera des efforts de toute la population, l’abandon de la nourriture industrielle et d’un système, y compris syndical (FNSEA) qui a poussé au productivisme agricole. Pour en savoir plus, nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

15 mars 2014, semences paysannes contre marchandisation de la vie

26 janvier 2013, Un modèle pour l’écologiste, le paysan Paul Bedel

24 novembre 2012, Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

22 août 2009, tous paysans en 2050

25 mars 2009, le retour des paysans

9 octobre 2008, paysans de tous les pays, unissez-vous

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Le discrédit agricole