Covid-19, évitons la guerre bactériologique

Comme si la contamination virale naturelle ne suffisait pas, James Howard Kunstler envisageait en 2005 que des régimes submergés par les pressions démographiques utilisent des virus « fabriqués »  contre les populations (après avoir bien sûr vacciné une élite présélectionnée !)… C’est plus qu’une hypothèse, l’audition en 1998, devant le Sénat américain, de Ken Alibek, Russe exfiltré qui fut pendant plusieurs années le directeur adjoint de Biopreparat (le programme de l’Union soviétique destiné à la guerre biologique), « a glacé de peur tous ceux qui l’ont entendue ». En 1972, Moscou ratifie le traité d’interdiction des armes biologiques, en 1973, l’URSS crée le laboratoire Biopreparat. Sa mission principale était de concevoir et de produire des armes à partir des virus, des toxines et des bactéries les plus dangereux que nous connaissions. Au plus fort de leur programme stratégique d’armement bactériologique, les chercheurs américains s’interdirent de développer des armes qui ne pouvaient être contrées par des antibiotiques ou des vaccins, le gouvernement soviétique décida au contraire que les meilleurs agents pathogènes étaient ceux auxquels on ne connaissait aucun remède. Ken Alibek raconte :

« A la mi-avril 1988, je reçus un coup de fil. Ustinov qui était à la tête d’une équipe de recherche sur le virus hémorragique de Marburg, s’est injecté le virus Marburg dans le pouce… Le quinzième jour, les petites ecchymoses qui étaient apparues assez rapidement sur tout son corps avaient viré au bleu foncé, et la peau d’Ustinov était aussi fine que du papier parcheminé. Le sang qui s’accumulait sous la peau commençait à suinter. Il lui coulait par le nez, la bouche, les organes génitaux ; le virus empêche le sang de coaguler, en tuant les plaquettes responsables de ce processus. Tandis qu’il se répand dans le corps de sa victime, les organes internes se mettent littéralement à fondre. Les filovirus étaient en train de se multiplier par milliards, suçant les substances nutritives dont ils avaient besoin pour se reproduire. Chaque particule virale, ou virion, forme une sorte de brique qui force les parois de la cellule pour la faire éclater. Puis la cellule se dote d’antennes tremblotantes semblables à des poils, qui se dirigent vers la prochaine cible, où le processus de forage et de destruction se répète aveuglément… Ustinov est mort. Comme un virus qui est né en laboratoire a toutes les chances de devenir plus virulent quand il transite par l’incubateur naturel que constitue le corps d’un animal ou d’un être humain, personne ne fut surpris quand des échantillons de Marburg, prélevés dans les organes d’Ustinov,montrèrent que la nouvelle variété était beaucoup plus puissante et beaucoup plus stable. Immédiatement, on reçut l’ordre de remplacer l’ancienne souche par la nouvelle. On lui donna un nom qu’Ustinov, avec son sens de l’humour, aurait apprécié : la « variante U »… »*

La menace d’une attaque bactériologique s’est accrue quand la technologie développée dans nos laboratoires est passée entre les mains de régimes dévoyés et de groupes terroristes. Les armes bactériologiques ne coûtent pas cher, elles sont faciles à fabriquer et à utiliser. Dans les années qui viennent, elles joueront un rôle de plus en plus important dans notre existence. Voici deux aricle aténrierus de notre blog biospehre sur cette problématique hallucinante :

24 octobre 2014, Le moment où la technoscience devient insupportable !

Des expérimentations actuelles consistent à modifier le génome de certains virus pour leur faire acquérir des « fonctions » nouvelles, mais délétères – par exemple les rendre transmissibles, virulents, résistants à certains médicaments ou encore capables d’échapper au système immunitaire humain. Autrement dit fabriquer des « Frankenvirus ». Nous avons déjà traité sur ce blog le fait de rendre contagieux entre mammifères un virus grippal exceptionnellement meurtrier pour l’homme, le H5N1. Depuis lors, une demi-douzaine de nouvelles expériences de GOF (Gain of Function) ont été publiées dans les principales revues scientifiques mondiales, impliquant d’autres virus tout aussi meurtriers. Pour les défenseurs de l’« acquisition de fonction », il est essentiel d’étudier comment des virus dangereux mutent et deviennent pandémiques. Pourquoi ne se sont-ils pas contentés d’étudier l’expansion du virus Ebola ?

13 mars 2014, Le virus qui éradiquera le surplus de population humaine

Le sens des limites n’existent pas parmi les scientifiques impliqués dans l’atome ou dans la biotechnologie. C’est pourtant deux domaines où il ne faudrait pas faire ce que nous savons faire. L’exemple des virus mutants pourrait faire cas d’école. Voici en résumé ce qu’en dit LE MONDE : Une série d’expériences visent à rendre contagieux des virus grippaux mortels. Les deux pathogènes soumis à expérience, le H5N1 et le H7N9, sont des virus extraordinairement meurtriers. Les malades, après une brutale poussée de fièvre, développent généralement une pneumonie, puis une grave détresse respiratoire à l’issue souvent fatale…

* https://www.lemonde.fr/archives/article/2001/10/28/les-terribles-secrets-du-docteur-alibekov_4215872_1819218.html

Après le Covid-19, vers une démondialisation

Daniel Cohen dans Libération : «Le Covid-19 agit comme une métaphore de la démondialisation»

Thierry Gonard dans La Tribune : « Démondialisation » ? La crise du coronavirus révèle une tendance de fond

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie : « L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation et montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique. Il devient dès lors impératif de relocaliser un certain nombre d’activités. »

En fait toutes ces personnes ne croient pas à la démondialisation. Ils se trompent, ils nous trompent. Le protectionnisme est une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui met la planète au pillage. Si la pandémie actuelle peut nous servir à renouer avec les vertus de la relocalisation, ce serait un miracle que nous attendons avec impatience. Sur ce blog biosphere, nous sommes depuis toujours chaud partisan de la désurbanisation, de la dépopulation, du dévoiturage, et bien sûr de la démondialisation. Exemple sous forme d’extraits :

14 septembre 2019, Taxe aux frontières ou démondialisation ?

Sur le plan environnemental, il va falloir réduire les échanges, puisque le transport de marchandises émet presque 1 milliard de tonnes de CO2 par an ! La mondialisation, c’est la concurrence effrénée où l’emporte le plus antisocial, le plus anti-environnemental, qui utilise les moyens les moins scrupuleux pour fabriquer moins cher. La mondialisation est donc déloyale en mettant en concurrence des anciens pays industrialisés avec des pays nouveaux, qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de surproduction, de chômage et de déséquilibres socio-écologiques. La mondialisation a provoqué deux crises : celle financière des subprimes, où un excès de la dette privée avait dû relayer un pouvoir d’achat insuffisant, et la crise écologique mondiale. La démondialisation est notre destin, il nous faut rechercher les moyens d’un protectionnisme, la souveraineté alimentaire, la relocalisation, les communautés de résilience…

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

L’ouverture des échanges grâce aux nouvelles techniques de déplacement a été une victoire des milieux industriels sur les intérêts agricoles, préparée par la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. Si l’ouverture à la concurrence internationale facilite la baisse de prix, c’est aussi la victoire de l’industrie sur l’agriculture, des grosses entreprises sur les petites, une perte d’autonomie, la standardisation de la production, la concurrence déloyale pratiquée par ceux qui utilisent tous les moyens pour réduire leurs coûts de production. Cette approche dogmatique du libre-échange a conduit à considérer l’intégration dans l’économie mondiale comme une fin en soi et non plus comme un simple moyen d’ouverture intellectuelle…

29 avril 2013, le commerce France/Chine contre la démondialisation

Pourquoi a-t-on permis à la Chine d’entrer sans aucune contrepartie dans l’OMC et d’y déployer la puissance de son économie de dumping social, monétaire et environnemental ? En Chine, les salaires de misère, l’absence de sécurité sociale, l’interdiction de protester, de se syndiquer, de faire grève, les atteintes à la santé et à l’environnement des citoyens chinois, le pillage des technologies mondiales, est-ce le progrès attendu ? …

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

Sacralisée à l’instar d’une loi de la nature, la mondialisation s’imposerait aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une  » absurdité  » (Zaki Laïdi), une  « illusion démagogique » (Pierre Lellouche), un  » concept réactionnaire  » (Pascal Lamy). Pour eux (MM. Camdessus, Delors et Lamy),le choc de la  « contrainte extérieure  » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel… Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! Produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est possible ; c’est le sens des réalités humaines soulignés par Keynes, c’est le retour à la sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation…

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

Idéologue en cour qui va se répétant de tribune en tribune, Zaki Laïdi a trouvé un nouvel os à ronger : la démondialisation. Il la pense « absurde » sur le seul exemple de l’imbrication des composants Airbus et Boeing produits un peu partout dans le monde. Or la multiplication des kilomètres que parcourt un yaourt ou la construction d’un avion n’est pas soutenable. Ces kilomètres ont besoin d’énergie fossile, d’où l’absurdité de ces va-et-vient puisque le pétrole est en voie de disparition.

28 mars 2012, Made in France ou relocalisation de proximité ?

Dans l’expression libre-échange, l’adjectif « libre » est bien sympathique, mais d’autant plus trompeur ! Le développement du libre-échange est argumenté en termes d’intérêt général, alors qu’il ne sert en définitive que les intérêts des plus forts, centrés sur le profit. Demain le coût et la difficulté des transports pousseront à la démondialisation. Le journaliste Adrien de Tricornot parle d’« effondrement » . Effondrement parce que notre extrême dépendance aux productions lointaines témoigne de la fragilité incommensurable de notre niveau de vie. Effondrement parce que c’est l’énergie fossile qui a autorisé l’expansion du libre-échange et que la descente énergétique va pousser au chacun pour soi. Que faire ? Si nous le voulons, une certaine forme du passé sera notre avenir : vivre à la fois au Moyen Age et dans le monde moderne. Au Moyen Age, 90 % des biens que consomme un paysan sont produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; dans des sociétés de résilience, il  en serait presque de même, l’électricité en plus…

Covid-19, les réactions d’ultra-gauche

Le plus rigolo, les 11 mesures d’urgence prônées par La France Insoumise, un catalogue de revendications tout azimut dont nous extrayons quelques perles :

– 10 milliards d’euros doivent immédiatement être injectés dans le système de santé pour faire face à l’urgence et limiter les dégâts des politiques austéritaires de ce gouvernement ;

– Il faut intégrer le Covid-19 à la liste des maladies professionnelles.

– Gratuité des quantités nécessaires au bien-être pour l’électricité, l’eau et le gaz pour toutes et tous.

– Une prise en charge totale par l’État des frais d’obsèques des personnes décédées du fait du virus.

– Réquisitionner les usines et transformer les lignes de production pour fabriquer massivement : masque, gel hydroalcoolique, bouteilles d’oxygènes, masques et cordons respiratoires.

– Nous demandons la suspension de toutes les réformes en cours concernant le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Génération.s propose 10 mesures, centrées sur « l’impératif sanitaire en toute circonstance », avec bien sûr quelques piques contre les intérêts économiques et financiers :

1. Remboursement intégral et sans avance de frais pour l’ensemble des soins ;

2. Majoration salariale pour les métiers à risque face à l’épidémie de Covid-19 ;

3. Renforcement des sanctions pour les entreprises ne respectant pas les règles de sécurité sanitaire ; 

4. Réquisition des biens immobiliers vides pour héberger les personnes sans-abri ;

5. Dégel du point d’indice pour les fonctionnaires ;

6. Aide au loyer pour l’ensemble des bénéficiaires des minima sociaux ;

7. Prise en charge supplémentaire des soins thérapeutiques liés au handicap ;

8. Fermeture de la Bourse de Paris ;

9. Nationalisation de tout organisme de recherche présentant un intérêt stratégique dans le cadre de la lutte contre l’épidémie Covid-19 ;

10. Rétablissement de l’ISF. 

Nos conclusions : Ces deux partis ne pensent pas du tout à une société post-croissance, ils sont encore obsédés par le tout virus.

Covid-19, le vertige des exponentielles

On ne se méfie jamais assez des exponentielles. Si tu es porteur du virus et que tu contamines deux personnes, ces deux personnes vont transmettre à leur tour le Covid-19 à quatre personnes, puis à 8, etc. Cela apparaît au début peu inquiétant, mais au bout de dix transmissions, une seule personne en a rendu malade 1 027 ; au bout de 20 transmissions il y a plus de un million (1 048 576) de personnes infectées. Ce schéma théorique est proche de la vitesse de diffusion du coronavirus. La courbe épidémique chinoise semble montrer un « R0 » de 2,2. Le R0 correspond au nombre moyen de personnes qu’un individu infecté peut contaminer en six jours. Cela peut paraître proche du 1,3 de la grippe, pourtant le nombre de contaminés s’envole beaucoup plus vite. D’où la période de confinement que les gouvernements généralisent dans la plupart des pays, il faut bloquer impérativement la chaîne de transmission le plus vite possible.

De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable tout en continuant à vivre et se reproduire. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante, et il n’y a pas que le Covid-19 qui est en cause.

Notre consommation exponentielle des ressources naturelles épuisera beaucoup plus vite que nous l’imaginons le potentiel de la Terre. Malthus en 1798 avait déjà montré les méfaits de l’augmentation exponentielle de la population humaine : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique (autre expression pour dire évolution exponentielle) ». Le rapport au club de Rome de 1972 dénonçait aussi les exponentielles : « Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. Adopter un tel comportement, nous l’avons maintes fois démontré, c’est finalement courir au déclin incontrôlé de la population et des investissements par voie de catastrophes successives. Cette récession pourrait atteindre des proportions telles que le seuil de tolérance des écosystèmes soit franchi d’une manière irréversible. Il resterait alors bien peu de choses sur terre permettant un nouveau départ sous quelque forme envisageable que ce soit. »

Le problème de nos dirigeants, c’est qu’ils considèrent qu’ils sont comptables du nombre de nos morts seulement s’il s’agit d’un péril immédiat. Exemple avec ce coronavirus. Par contre le nombre de morts par le réchauffement climatique provoqué directement ou indirectement par les émissions exponentielles de nos gaz à effet de serre, cela paraît trop lointain pour qu’on y prête attention. Nos décideurs devraient connaître la parabole du nénuphar… (article de Michel Sourrouille paru antérieurement sur le site des JNE)

Nous écrivions le 2 septembre 2017 sur ce blog biosphere, « Croissance exponentielle, ennuis imminents à prévoir »

Le Covid-19 s’attaquera-t-il à l’Afrique ?

« Le meilleur conseil pour l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui », a lancé le 18 mars le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’Afrique compte 1,3 milliard d’habitants, contre 640 millions en 1990, sa population a doublé en un quart de siècle. Covid-19 va-t-il faire office de régulation démographique ? L’agence onusienne s’inquiète du risque élevé de saturation des centres de santé qui devraient rapidement être submergés en cas de propagation massive du virus. Sur le plan sanitaire, les conditions d’accès à l’eau et aux produits d’hygiène de base restent encore problématiques, puisque 63 % des Africains établis dans les centres urbains ne peuvent pas se laver les mains avec du savon. Ce qui pourrait considérablement entraver la lutte contre le Covid-19. Des experts attribuent le faible nombre de cas confirmés de contamination au coronavirus aux ratés des systèmes de détection africains. Même en Afrique du Sud, où les systèmes de santé public et privé sont parmi les plus développés du continent, ce sera un défi ; il y a trop peu de lits dans les hôpitaux africains. En République démocratique du Congo (RDC), pour l’instant tous les cas identifiés l’ont été à Kinshasa, ville-province de près de 15 millions d’habitants, où, comme dans le reste du pays, les centres de santé public sont dans un état de délabrement avancé . Ce constat peut se transposer à la plupart des autres mégapoles du continent, qu’il s’agisse de Lagos ou du Caire, où l’extrême densité de la population conjuguée à des systèmes de santé défaillants et à des pénuries probables de médicaments et de vivres, sont extrêmement préoccupants. D’autant que les économies africaines, particulièrement dépendantes des marchés internationaux, subissent de plein fouet la crise dans laquelle le virus plonge brutalement le monde. Selon des virologues africains, la situation continentale pourrait se dégrader très rapidement. Ce qui inquiète aussi, c’est de se retrouver seuls pour gérer l’épidémie. Les partenaires économiques européens sont durement touchés par le coronavirus, leur priorité ne sera pas d’aider l’Afrique.

Pour le moment tout va bien. La quasi-totalité des cas de Covid-19 détectés en Afrique sont des cas d’importation, principalement en raison des mouvements de personnes. Pourtant l’Afrique avait été pointée du doigt comme le plus grand foyer à risque de propagation de la maladie. Pourtant, malgré de nombreuses alertes, l’épidémie ne semble pas jusque-là se développer sur le seul continent où les écoles et les universités étaient toujours ouvertes. 

La RDC (République démocratique du Congo) est un exemple particulièrement effrayant. La dixième – et deuxième plus meurtrière – épidémie de fièvre hémorragique (2 264 morts en dix-neuf mois) touchait à peine à sa fin. « Avec le coronavirus, nous aurons certainement un taux de mortalité qui avoisinera les 10 % [contre plus de 60 % lors de la dernière épidémie d’Ebola] et un taux d’infection du personnel médical assez effrayant », redoute le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe Tanfum, codécouvreur du virus Ebola en 1976. Sur Twitter, les internautes congolais s’amusent : « L’histoire retiendra qu’en RDC , il y a eu passation pacifique et civilisée entre coronavirus et Ebola. L’alternance épidémiologique. » Tous les rassemblements, réunions, célébration de plus de vingt personnes sur les lieux publics sont interdits. Les écoles et les universités sont fermées pour une durée d’un mois à dater de ce jeudi. Le Nigeria est le pays le plus peuplé du continent avec 200 millions d’habitants. Près de trois semaines après le premier cas de coronavirus fin février, les autorités nigérianes réfléchissent seulement à « injecter des liquidités dans l’économie du pays pour faire face aux conséquences de l’épidémie du Covid-19 ». De toute façon le pays est complètement désorganisée, l’État est déjà en faillite. Pendant des années les gouvernements successifs avaient privatisé nombre de services publics, plus personne n’a les moyens de payer des fonctionnaires. Le secteur informel explose, mais ne nourrit pas son monde. Les classes intermédiaires sont déclassées, les zones périurbaines se transforment en bidonvilles, les égouts sont bouchés et des montagnes d’ordures s’étendent sur des centaines de mètres. Dans certains quartiers, les conflits communautaires tuent en silence, blancs contre arabes, arabes contre noirs, l’apparence des gens est source de conflits infinis. Dans ce contexte, le Covid-19 pourrait passer inaperçu !

Plusieurs pays africains avaient décidé le dimanche 15 mars de fermer leurs frontières et de suspendre les vols en provenance de pays où des cas de Covid-19 ont été confirmés. Deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec quelque 100 millions d’habitants, l’Éthiopiea suspendu lundi pour quinze jours l’enseignement dans les universités, les grands rassemblements et les compétitions sportives ; des étrangers ont été attaqués avec des pierres, d’autres se sont vu refuser l’accès à des transports publics, sse sont fait cracher dessus, ou poursuivis dans la rue. Le président sud-africain a déclaré l’état de catastrophe nationale et l’interdiction des voyages en provenance de pays comme l’Italie, l’Allemagne, la Chine et les Etats-Unis. Le Ghana vient d’interdire l’entrée sur son territoire à toute personne s’étant rendue dans un pays où plus de deux cents cas d’infection sont avérés, à l’exception des citoyens ghanéens. Le Tchad ferme aussi sa frontière aux vols internationaux pour se prévenir contre le coronavirus à partir du 19 mars. Dans un communiqué, le gouvernement tchadien affirme qu’il n’y a aucun cas de Covid-19 mais appelle la population à respecter plusieurs mesures de sécurité. Les autorités de Côte d’Ivoire ont annoncé que tous les cultes publics ainsi que les activités sportives dans les stades et autres lieux de regroupement sont également suspendues. Discothèques, bars, cafés et restaurant ne peuvent pas non plus ouvrir jusqu’à nouvel ordre…

lecture complémentaire, lemonde.fr du 20 mars 2020, Coronavirus : « Mortalité possible de 10 % et infection effrayante des soignants » en Afrique

Lemonde.fr du 20 mars 2020, Coronavirus : incidents en Ethiopie, le premier ministre appelle à la tolérance)

Covid-19, donnons un revenu de substitution

Pascal Perez, économiste : En France, cinq à dix millions d’actif n’ont pas de revenu de substitution si leurs clients sont empêchés. Des centaines de milliards d’euros sont nécessaires pour compenser l’effondrement de la demande. Une solution, la « monnaie hélicoptère ». Il s’agit d’un prêt perpétuel personnel financé par chaque banque centrale. Il est perpétuel car il est reconduit quand il arrive à échéance. Ce prêt permet aux ménages de faire face aux dépenses courantes jusqu’à ce que les affaires reprennent. La monnaie hélicoptère a été théorisée par le Prix Nobel d’économie Milton Friedmann, qui y voyait le dernier recours pour financer la consommation. Un ménage désargenté dépense alors qu’une grande entreprise qui emprunte à taux zéro rachète ses actions ou ses concurrents. En 2020, en accordant à tous les ménages de la zone euro un prêt perpétuel de 2 000 euros en moyenne, la BCE injecterait 300 milliards d’euros dans l’économie. Ce montant représente 3 % du montant total de la valeur des billets et dépôts à vue actuellement en circulation. Par comparaison, depuis 2015, la BCE a racheté pour 2 000 milliards d’euros de créances d’entreprises et d’Etat pour soutenir la croissance. (ndlr : Cela laisse de côté tous les pays où la chute du prix des matières premières et de l’activité touristique va entraîner de nouvelles émeutes de la faim.)*

Denis Consigny, promoteur du revenu universel de base : Jusqu’à présent, les différents projets de distribution de revenus de façon universelle et inconditionnelle ont été essentiellement présentés sous l’angle de leur contribution à la lutte contre la pauvreté. Mais nous vivons actuellement une période où les responsables en sont réduits à choisir entre relativement peu de morts moyennant beaucoup d’emplois détruits, et relativement peu d’emplois détruits moyennant beaucoup de morts. Dans ce contexte, un revenu d’existence présenterait l’avantage de calmer le jeu. Il suffirait de porter son montant au niveau du minimum alimentaire vital et ce sans obliger quiconque à « voler pour survivre ». Le versement des salaires et charges, mais aussi des loyers et échéances d’emprunts, pourraient aussi être suspendus pendant la durée du confinement. La sortie de trésorerie ponctuelle que subirait le Trésor public pourrait être compensée à court terme par la même quantité de création monétaire mise à sa disposition par la Banque centrale européenne (BCE), et à long terme par les rentrées fiscales préservées du fait de la moindre destruction des actifs et des emplois.**

Galatée sur lemonde.fr : Le principe est intéressant . Personnellement, je n’en ai pas besoin . Oui aux personnes dans le besoin, non à tous les ménages, la notion de ménage étant trop disparate . A la fin de cette crise beaucoup de français vont être appauvris, une minorité va s’enrichir comme souvent en temps de guerre donc inutile de leur donner un prêt perpétuel .

Sayah : Mais à quoi ça servirait ? On est dans une sociale démocratie, l’assurance chômage existe et qu’on ne meurt pas de faim même si on ne peut pas aller travailler. Et avant qu’on me traite de « 1 % » ou je ne sais quoi : je suis au smic et je plaide coupable pour les fast-food. Je ne vois vraiment pas où iraient 2000€ par ménage, sur Amazon certainement. Si des gens en ont effectivement besoin, il faudrait peut être faire l’effort de les cibler spécifiquement plutôt que de balancer de l’argent par les fenêtres…

L B 2 @ Sayah : La réponse est simple. Donnez de l’argent aux plus pauvres et l’argent et immédiatement réinjecté dans l’économie. Donnez de l’argent aux banques et aux grands groupes comme cela est fait d’habitude et l’argent ne va pas dans l’économie réelle mais reste dans la finance.

cadres désabusés : A quand un article sur l’épargne de précaution qui doit justement servir dans la crise actuelle ? Le taux d’épargne des ménages des classes populaires (2 premiers déciles) est de 2,4%. Ainsi, il est possible de mettre de côté 3 mois d’épargne de précaution en moins de 10 ans de carrière. Donc où est le problème ? D’autant plus que les fonctionnaires n’auront pas de baisse de traitement et les salariés du privé conserveront une partie importante de leur salaire.

Arbus aux cadres désabusés : Ah si seulement ils y avaient pensé ! C’est sûr, avec 50 % des gens qui gagnent moins de 1700€ par mois et 30% moins de 1500, ils font de l’épargne sans difficulté. De la part d’un cadre au salaire médian de 3100 € par mois, c’est un peu facile, vous ne trouvez pas ?

cadres désabusés @Arbus : votre argumentaire ne tient pas, sauf pour un couple en tout début de carrière. Quand vous êtes à mi carrière, après 240 ou 250 mois de salaire au smic, si vous n’arrivez pas à mettre l’équivalent de 3 mois (soit un effort d’épargne de 1,2%) durant ces 20 ans, il faut peut-être se poser les bonnes questions !

Jean Sérien : Perso je n’en aurais pas besoin et donc ne le solliciterai pas. Personne en France n’a de livret A, d’assurance vie ? Ou seulement les 1% les plus riches ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/pascal-perez-un-pret-perpetuel-personnel-finance-par-chaque-banque-centrale_6033648_3232.html

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/le-revenu-d-existence-pour-calmer-le-jeu-en-situation-de-crise_6033630_3232.html

Covid-19, droit de vivre ou de mourir (suite)

La Grande guerre de 14-18 a fait environ 18,6 millions de morts au niveau mondial, la Grande grippe de 1918-1919 beaucoup plus, autour de 50 millions de morts. Entre 30 % et 50 % de la population mondiale a été contaminée par le virus dont il ne fallait pas parler, état de guerre (militaire) oblige. La pandémie a touché la France pendant un an, d’avril 1918 à mai 1919. On penche pour 240 000 morts de cette grippe en France. Quand, au printemps 1919, la troisième vague de la maladie arrive, beaucoup de gens sont déjà immunisés. Il y a clairement eu dans les années qui ont suivi un choix de ne pas commémorer cette grippe. Par contre à partir du début des années 1920, on commence à construire le souvenir de la Der des Der : moment des monuments aux morts, célébration des poilus, etc. Ce sont les États qui fabriquent la mémoire de leurs peuples. L’idée de mourir pour la patrie fait encore des émules, sauf qu’il s’agit aujourd’hui d’être tué au Mali. Mais laissons aux commémorations leurs choix bellicistes pour envisager la façon de percevoir les solutions à la pandémie virale actuelle. Faut-il accepter ou non qu’il y ait un peu, beaucoup ou énormément de victimes du coronavirus ? C’est un choix politique, comme celui de faire ou non une guerre armée.

La stratégie actuelle de lutte des Pays-Bas contre le Covid-19, sans confinement, fait polémique. Le pays s’en tient à cette théorie de l’immunité collective. Il faut laisser le virus se diffuser dans la population, en protégeant cependant les groupes les plus vulnérables. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, défend l’option qu’une fois qu’une partie importante de la population a été atteinte par l’agent infectieux, elle sera immunisée. Alors qu’un confinement empêcherait, au contraire, l’immunisation et favoriserait le retour, plus tard dans l’année, du virus. Les pays voisins s’inquiètent. Les spécialistes belges estiment que l’approche néerlandaise met en péril les efforts déployés dans l’Union européenne en général. L’épidémiologiste Yves Coppietersne nie pas que le confinement peut limiter l’immunité naturelle, mais il souligne qu’il permet au moins que les systèmes hospitaliers puissent gérer au mieux les cas les plus difficiles. La comparaison des contaminations et des décès ne permet pas, à l’heure actuelle, de trancher en faveur des approches « confinement » ou « immunité ». Tentant avec difficulté de favoriser des approches communes, la Commission de Bruxelles a créé… un comité d’experts scientifiques. Voici quelques commentaires trouvés sur lemonde.fr* :

Comparateur : Quelques petites précisions qui donneront un éclairage, peut-être, du pourquoi le gouvernement néerlandais n’agit pas comme les autres. En premier il faut savoir que les pays bas ont un système de santé qui ne rechigne pas à aller à contre courant : accouchement à domicile, euthanasie etc..Depuis toujours à l’hôpital vous êtes en chambre à 4 ou 6 …. et surtout depuis une dizaine d’années le système de santé est calqué sur les États-Unis… hôpitaux privés, reste à charge important. Ce sont peut être des éléments qui ont pesé dans les choix…

GGir @ Comparateur : Le système n’a l’air qu’en apparence calqué sur les USA. Les cliniques privés n’existent quasiment pas aux pays-bas, et les hôpitaux ont interdiction de faire du profit. La gestion de l’assurance santé a été délégué aux mutuelles, mais le système de santé est en fait massivement financé par les impôts. Les visites chez le généraliste sont remboursés à 100%, les jours de carence n’existent pas, etc … L’image de pays ultra-libéral est un gros cliché qu’on ne reconnaît pas en pratique.

Soteria : Si confiner ne fait que repousser le pic, ça donne au moins plus de temps pour commander des respirateurs, former des personnels aux soins intensifs, etc. Donc c’est nécessairement mieux que de ne pas confiner, non ?

Sapiens : L’homme est un animal mortel et il faudrait l’accepter Nous n’avons aucune approche sérieuse et chiffrée des conséquences de ce virus et nous allons nous terrer comme des rats pour un pic de mortalité sur lequel on ne peut rien faire… on dirait un éléphant qui va saute d’une falaise parce qu’il a vu une souris.

Ulysse : Ne pas confiner c’est laisser le virus éliminer les plus faibles et garder ceux qui ont résisté naturellement, la sélection naturel brute. Et c’est vrai que confiner ceux qui sont capable de résister c’est les affaiblir parce que leur corps ne va pas apprendre le nouveau virus.

* lemonde.fr du 19 mars 2020, Coronavirus : la stratégie de lutte des Pays-Bas, sans confinement, fait polémique

Covid-19, le droit de vivre ou de mourir

Bien sûr nous ne souhaitons à personne de mourir un jour, mais c’est ainsi, notre destin est scellé, il nous faudra tous obligatoirement en passer par là. Mais autant que ce soit en bonne santé ! Les événements actuels reposent la question fondamentale, qui a le droit de vivre et qui a le droit de mourir. Cela se pose dès l’origine de la vie quand on se pose la question d’une interruption volontaire de grossesses Cela se pose à la fin de sa vie quand on refuse l’acharnement thérapeutique. La société se refusait à donner des règles collectives en la matière, elle donnant un cadre général et à chacun d’user de son autonomie décisionnelle. Avec le Covid-19, la société a décidé d’intervenir directement, cela s’appelle le « score de fragilité ». Nous avions sur ce blog traité cette option le 11 mars dernier sous le nom de « triage médical ». Le document actuel vise à aider les médecins à opérer des choix dans l’éventualité d’une saturation des lits de réanimation pour les patients Covid-19. Il s’intitule « Priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie ». On classe les patients selon leur état de santé préalable à la maladie, en clair on fait une sélection. L’objectif est que le patient survive dans de bonnes conditions et ressorte avec une autonomie et une qualité de vie raisonnables. Si au terme d’un séjour en réanimation, le patient ne récupère pas et reste grabataire, c’est un échec. Or la période d’hospitalisation en réanimation pour les patients Covid-19 peut aller jusqu’à trois semaines. Les patients seront donc priorisés selon leur capacité à récupérer. « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera… », veut pour sa part croire Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la société française de réanimation. Voici quelques commentaires sur lemonde.fr* :

Pelayo Decovadonga : « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera…  » . Le yaka fokon de la part de ce médecin n’est pas rassurant.

Mc : Vouloir sauver tout le monde n’a aucun sens. Il faut évidement calculer le bénéfice/risque dans ce type de situation. Si c’est pour s’acharner sur un patient dont la qualité de vie est compromise par une grabatisation ou des troubles cognitifs, autant donner une chance à un autre patient. Les réanimateurs ne sont pas des surhommes et ne doivent pas contrer la sélection naturelle et se prendre pour des dieux. Il faut faire preuve d’empathie: qu’est ce qui est le mieux pour le patient ? Dans quelle condition poursuivre notre vie ? Pas d’acharnement inconsidéré comme le stipule la loi Clays Leonetti.

Jean Rouergue : Pourquoi nier l’évidence : le cap est en franchi, certains hôpitaux ne peuvent plus déjà répondre à la demande… Voyons les plus de 80 ans atteints par le virus. Bénéficieront-ils du midazolan pour terminer leur vie en douceur, éloignés de toute famille pour cause de pandémie ?

Ana : Au moins les choses sont claires: dans 8 ou 15j , quand les services de réa seront saturés, si vous avez plus de 80 piges, pas la peine d’aller à l’hosto, autant crever chez soi.

Chanski @ Ana : Pourrait-on leur administrer,si ça ne revient pas trop cher bien sûr,une injection létale afin de leur éviter de mourir étouffés?

César Bistruk : Quand on en arrivera là, j’espère qu’ils seront suffisamment bien pourvus en morphine. Plutôt cela qu’une mort par étouffement.

Jb.d : L’établissement du pronostic fait partie du quotidien du métier de réanimateur. même avant le COVID19. On n’admet en réanimation que les patients qui ont suffisamment de chances de supporter l’épreuve et de s’en sortir. Le COVID actualise des questions qui existent déjà au quotidien. Cet épisode pourrait être l’occasion d’éclairer le public sur ces difficiles décisions qui sont prises tous les jours de l’année : malheureusement c’est raté !

* Lemonde.fr du 18 mars 2020, Coronavirus : les hôpitaux se préparent à la « priorisation » de l’accès aux soins en cas de saturation des services

Pire que le Covid-19, notre système prédateur

Cette crise sanitaire est un coup de semonce. Elle met en évidence l’extrême fragilité des arrangements humains mais aussi l’ampleur de l’impréparation dans laquelle se trouvent nos sociétés. Nous devons, nous suggère le Président, changer de modèle de développement. Mais depuis des décennies, des centaines de chercheurs le réclament. Nous devons rompre avec le productivisme et le consumérisme, mettre en œuvre une politique de sobriété sans laquelle nous ne parviendrons pas à stopper l’emballement climatique. Nous devons adopter d’urgence d’autres indicateurs de référence que le PIB, l’empreinte carbone encore les neuf limites planétaires de Rockström . Nous devons inventer et construire une société postcroissance.

Le coronavirus n’est rien à côté des événements qui s’abattront sur nous à mesure que la crise écologique déroulera implacablement ses conséquences. Tempêtes, cyclones, assèchement, montée des eaux, sols improductifs, famines et évidemment guerres et affaissement de la démocratie. Si nous ne savons pas résister au coronavirus, comment y résisterons-nous ? Comment lutterons-nous contre les virus que le permafrost risque de libérer ? Comment ferons-nous face à des événements que nous ne sommes même pas parvenus à imaginer et à des effets de seuil qui rendront brutalement présents et irréversibles des phénomènes que nul n’imaginait ? Comment comprendre que nos sociétés ne se préparent en rien à des événements qui pourraient advenir dans un laps de temps très court. Nous devons impérativement dès aujourd’hui faire entrer nos sociétés dans un véritable processus de reconversion.

Pour cela, nous devons en effet engager des ruptures majeures. Rupture avec un capitalisme débridé qui est à l’origine de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Rupture avec une liberté de circulation des capitaux dont même le FMI reconnaît la toxicité. Rupture aussi avec la désindustrialisation de notre pays et la délocalisation de nos productions.Comme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il nous faut trouver l’énergie de la reconstruction. Une reconstruction non plus portée par l’idéologie prométhéenne de la mise en forme du monde à l’image de l’homme, mais par une éthique de la modération, de la limite, de la mesure, que l’Antiquité avait su inventer mais que nous avions oubliée. Nous avons perdu un temps précieux lors de ce dernier quinquennat.

Dominique Méda (extraits)

NB : sur ce blog biosphere nous disons depuis longtemps la même chose, par exemple :

17 mars 2020, Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

16 mars 2020, Virus et Climat, il faudrait agir de même

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

7 novembre 2007, fragilité de la puissance

Quand le Covid-19 s’attaquera à l’Inde

Sur une population de 1,35 milliard d’habitants, le nombre de cas de COVID-19 en Inde est passé à 137 le mardi 17 mars. Le Taj Mahal, monument emblématique de l’amour en Inde, a été fermé en raison de l’angoisse provoquée par le coronavirus. La faiblesse des chiffres officiels s’explique par le nombre encore très réduit de dépistages : 6 000 à ce stade en Inde, contre 200 000 en Corée du Sud. Les médias locaux persiflent, « absence de preuve n’est pas preuve d’absence ». Le gouvernement dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi montre du doigt les étrangers ; à compter du 18 mars, l’ensemble des ressortissants européens sont persona non grata. On ne compte que 1,3 lit d’hôpital pour mille habitants, en France il y en a 6. Le premier ministre indien a lancé un concours d’idées sur Twitter faisant miroiter une récompense de 100 000 roupies (1 210 euros) à celui qui trouvera une « solution technologique » pour éviter le Covid-19. Boire de l’urine de vache va-t-il protéger les Hindous du coronavirus ? Quelques commentaires à savourer sur le monde.fr* :

iphigenie : J’ai fait une balade en bateau sur le Gange, les gens se baignaient, se lavaient et faisaient leurs besoins… au même endroit. A 5 mètres il y avait une chèvre crevée qui flottait. La notion d’hygiène n’est pas la même que la nôtre. A Bombay, il y avait 1 humain tous les mètres sur 15 kilomètres entre le centre et l’aéroport. A Delhi, c’est pareil. La densité humaine est incroyable et la fatalité fait partie de la culture. Je vois mal comment le sous-continent peut échapper à l’hécatombe.

Bg83lrem : Les conditions d’hygiène sont telles, que ces gens sont vaccinés contre toutes mes menaces. On peut imaginer qu’ils pourraient même servir de vaccin au reste de l’humanité.

Fer : Normalement, les Indiens ont des anticorps à toute épreuve. Espérons qu’ils soient à la hauteur du coronavirus. Parce que sinon, c’est une bombe potentielle, ce pays, avec l’Afrique.

Pff… : Très très inquiet pour ce pays et ses habitants, si aucun traitement n’est trouvé dans les semaines qui viennent les morts se compteront en 6 voire 7 chiffres.

VincentB : Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Inde vont pouvoir mesurer l’efficacité de leurs gouvernements populistes respectifs qui semblent, comme la Chine, apprécier le déni.

* lemonde.fr du 17 mars 2020, L’Inde, une « bombe à retardement », cherche à gagner du temps face au coronavirus

Bilan trés écolo des municipales

Parmi les quelque 47,7 millions d’électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié aura au final glissé un bulletin dans l’urne (avec une abstention entre 53,3 et 56 %), validant une importante poussée écologiste dans une ambiance générale surréaliste après que le gouvernement a décrété samedi soir la fermeture de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ».« L’épidémie écrase tout commentaire politique », a estimé,sur France 2, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou. Pourtant, au regard des premiers résultats, les Verts enregistrent de bons scores lors de ce scrutin ; à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Tours ou encore Besançon, où les candidats estampillés EELV sont en tête. L’écologie politique est passée d’une offre de témoignage à une force politique majeure.

Une chose a en effet changé en vingt ans, l’état de l’opinion publique. Personne ne peut plus se dire en désaccord avec l’objectif de préserver la planète ou celui de lutter contre le réchauffement climatique. Il y a eu un basculement particulièrement ressenti il y a deux ans avec les marches internationales des jeunes pour le climat. A ce moment-là, les parents, les grands-parents et les enseignants ont commencé à se sentir concernés. Un autre moment-clé a eu lieu en 2019 avec les épisodes caniculaires de l’été. En septembre 2019, l’enquête Fractures françaises montrait que la protection de l’environnement était devenue la première préoccupation des Français interrogés (52 %), devant l’avenir du système social (48 %) et le pouvoir d’achat (43 %). Une première. D’où un nouveau positionnement politique de l’opinion publique. Une étude de « Destin commun »s’est appuyé sur une enquête de l’institut Kantar : 86 % des sondés veulent « agir (…) pour les jeunes générations », 78 % estiment « penser souvent aux enjeux liés à l’environnement », 77 % y perçoivent une « opportunité pour créer de nouveaux emplois », 68 % considèrent que « la protection de l’environnement pourrait nous unir par-delà nos divisions », 66 % affirmant que « la plupart des gens ne prennent pas assez au sérieux le changement climatique ». Il y a désormais trois forces politiques en présence. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. La troisième voie, celle de l’avenir, s’articule autour de l’écologie politique.

Cette irruption massive de l’écologie dans l’imaginaire des gens est prise dorénavant très au sérieux par les partis politiques. En France, les candidats aux élections municipales tombent tous d’accord sur la végétalisation dans les villes mais s’affrontent encore sur la place à donner aux éoliennes. Que dire alors de spécifique quand tous les candidats de tous bords se veulent écolos ? Quelle est la place d’un parti écologiste ? Elle se trouve dans la radicalité, il faut montrer que les mesures à prendre ne vont pas faire plaisir aux Gilets jaunes, aux membres des services publics, aux retraités, aux travailleurs dans les secteurs anti-écologiques, à ceux qui gagnent beaucoup trop… mais qu’elles sont incontournables. On sait dorénavant qu’on ne peut pas avoir à la fois croissance économique et décroissance des émissions de gaz à effet de serre. Nous allons être forcés de réduire les échanges internationaux de biens et même de personnes. Tout bascule. La sobriété sera partagée, sinon nous courrons collectivement au désastre. Les commentateurs sur lemonde.fr sont d’ailleurs très dubitatifs vis-à-vis non seulement du verdissement des partis politiques, mais aussi sur celui des citoyens.

Thierry Piot : Les électeurs de Dati/Ciotti/Fillon/Sarkozy/lepen se sentent vraiment concernés par l’état de l’air/eau/bouffe que nous ingurgitons ? et les gens qui se complaisent devant BFM, Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, aussi ? Wa… en effet, ce serait un véritable tournant.

Bobby Videau : « L’écologie, première préoccupation des Français ». Cela signifie que les Français vont demander une décroissance économique et la baisse de leur pouvoir d’achat, histoire de ne plus détruire l’environnement ? J’ai quand-même un doute là…

L Éveillée : Cela me rappelle un ancien sondage pour connaître la chaîne de TV préférée des français qui plaçait Arte en tête, bien devant la Une.

MaxLombard :Tout le monde il est écolo tout le monde il est gentil mais personne y veut payer !

daniel.G : Tout le monde est écolo, mais quand on a voulu mettre une taxe sur le diesel, plus personne n’était écolo. A prévoir : la pensée écologique va buter inévitablement sur les exigences matérielles et économiques, donc ne se fera pas sauf si l’humanité y est acculée.

ca_alors : Il y a l’écologie sympa: respect de l’environnement. Il y a l’écologie punitive. Et là, à proférer des menaces incantatoires en permanence, et complaisamment relayé par les média, c’est le mauvais versant de la religion .

Thierry Piot : @ca alors. Hum, vous devriez réaliser que le côté sympathique du respect de l’environnement (c’est vrai qu’en ce moment, l’agridustrie par exemple, la respecte beaucoup, la nature) va très vite être remplacée par la punition maximum, infligée non pas par des écolos directifs, mais par la planète elle-même : ressources insuffisantes et polluées, populations déplacées par les aléas climatiques, maladies liées à la toxicité de l’air/mer/terre/bouffe, assurances dans l’incapacité de rembourser les dégâts liés au réchauffement climatique, économie handicapée (le coronavirus illustre la fragilité de notre système)… bref, vous devriez vous accommoder des écolos intransigeants, car ce sont des bisounours comparé à ce qui nous attend.

PHILEMON FROG : J’éprouve ce sentiment : « enfin ! après 30 ans désespérants ! » La prise de conscience est acquise et elle est forte. Mais la réaction réelle reste timide et tâtonnante. Nos gouvernants et une grande partie de la classe politique y restent indifférents, ils feront le minimum avant 2022 et ce seront 5 années perdues, ce qui est énorme et rédhibitoire. Quant aux particuliers, ils se disent encore : pourquoi agirais-je si les autres ne font rien ? Mais c’est désormais avec un sentiment de honte et de culpabilité. Il faut transformer cette honte en réaction. Je suis convaincu que ça peut se faire rapidement désormais. Ça s’est déjà amorcé.

Gilles SPAIER : Le problème est que beaucoup de nos « décideurs » ont eu le logiciel de leur cerveau implanté il y a quelques dizaines d’années. Ils disent « oui l’écologie c’est important » mais en restent avec le es. La santé de Bayer d’abord, celle des populations, surtout rurales, n’a pas d’importance. Dans les faits, l’écologie, ils s’en fichent.

Electron : Le véritable défi, c’est que notre développement économique et notre société sont fondés sur 80% d’énergies fossiles, à la fois dispensatrice de gaz à effet de serre mais aussi non renouvelable, donc appeler à se raréfier puis disparaître, notamment le pétrole. Les conséquences de leur fin ne sont pas connues, mais risquent d’être délétères pour l’humanité.

VincentB : L’ étude « Destin comun » met en relief l’immense écart entre la volonté et les actes. Toujours plus d’avions (cf les projets d’agrandissements des aéroports de Roissy et Nice), toujours autant de bagnoles sur les routes et de pub pour les SUV, de viande, de lait, de fraises en hiver (vendues en magasin bio, s’il-vous-plaît), de terrasses chauffées … Pendant ce temps-là, E. Borne prenant son courage à deux mains, freine sur les éoliennes, parce que certains ne trouvent pas ça très beau dans le paysage. On a connu ministre plus téméraire. Qui osera mettre les français devant leurs contradictions ? Et leur dire qu’ils doivent INDIVIDUELLEMENT changer de comportement.

17 août 2019, L’écologie politique comme force dominante ?

23 février 2020, Des municipales à l’heure du verdissement

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

« Nous sommes en guerre, allons à l’essentiel. » Ainsi pourrait se résumer l’intervention télévisée du président de la république française lundi 16 mars (lire en fin de cet article). Mais il ne s’agit que de lutter contre le coronavirus pour une période que Macron estime temporaire. Notre réalité structurelle est tout autre. Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue. Voici quelques références sur notre blog biosphere :

23 décembre 2019, Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

« Mon discours ne fera jamais recette. Je (Yves Cochet) ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat…

3 décembre 2019, état de guerre, la planète ne négocie pas

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse »…

4 octobre 2011, Avec Lancia, abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel

Abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel. » Message admirable qui passait à la télé. Mais il s’agit d’une pub pour la nouvelle Lancia Ypsilon qui poursuit : « redécouvrez l’élégance et laissez-la s’exprimer » … Abandonner le superflu pour ne garder que l’essentiel se trouve du côté de la simplicité volontaire et bientôt de l’austérité obligée quand on s’apercevra que les réserves de pétrole ont une fin et que les publicitaires nous ont trompé et fait vivre un rêve sans lendemain…

7 juin 2010, Blood, Toil, Tears and Sweat

« I have nothing to offer but Blood, Toil, Tears and Sweat » s’exclamait Churchill le 13 mai 1940 : « Je n’ai rien d’autre à offrir que du  sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Nous sommes en état de guerre, de guerre contre la planète ; la question monétaire est secondaire par rapport à la question des ressources physiques. Bien plus, tout ce que nous avons imaginé antérieurement pour sortir de la crise financière (remettre en route la machine à créer de la monnaie dans les banques) ne servira qu’à mieux préparer la prochaine crise. Les politiques doivent faire leur le diagnostic de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean : « Osons le dire : celui ou celle qui arriverait, aujourd’hui, avec les idées claires sur la contrainte des ressources naturelles, et qui aurait un programme bien bâti pour y répondre, avec un mélange de souffle nouveau et d’efforts pour chacun, celui-là ou celle-là pourrait être audible. »…

Discours de Macron : « Samedi soir, les restaurants, les bars, tous les commerces non essentiels à la vie de la nation ont également clos leurs portes… Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions, évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires en temps de paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus…Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie, de jour comme de nuit. Rien ne doit nous en divertir… Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale.. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne… »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/16/nous-sommes-en-guerre-retrouvez-le-discours-de-macron-pour-lutter-contre-le-coronavirus_6033314_823448.html

Virus et Climat, il faudrait agir de même

Stéphane Foucart : « Pour la première fois de l’histoire récente, la croissance économique a momentanément cessé d’être la seule et unique métrique du succès des politiques publiques. Il y a, en face, le nombre de morts qui pourra y être opposé… Dans son allocution du 12 mars, Emmanuel Macron l’a martelé : les conséquences sanitaires de la pandémie de Covid-19 doivent être jugulées, « quoi qu’il en coûte ». Répété à plusieurs reprises, le mot n’a rien d’anodin. Il marque la volonté présidentielle de faire passer le message que la santé des populations prime sur celle des entreprises… Si les États œuvrent traditionnellement à favoriser, quoi qu’il en coûte, l’activité de leurs industries, ils peuvent aussi renverser ce paradigme. Si les États veulent éviter la part la plus catastrophique du réchauffement en cours et ralentir l’effondrement de la vie, ils devront sans doute – une fois consommé l’échec des politiques actuelles – user de la potion amère qu’ils s’administrent face au Covid-19. Non en entravant momentanément, comme c’est le cas aujourd’hui, les activités qui impliquent des rassemblements de populations et qui favorisent la circulation du coronavirus, mais en contraignant durablement celles qui impliquent la combustion de ressources fossiles, l’industrialisation du secteur primaire, la surexploitation des ressources et la destruction du vivant… Soyons lucides : ce n’est sans doute pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés « quoi qu’il en coûte »… »*

Mister Z sur lemonde.fr : Stéphane Foucart a malheureusement raison de parler d’aimable fiction ! Souvenons – nous de l’après krach en 2008 : on en a fini avec les paradis fiscaux, avec la spéculation effrénée, avec la cupidité (« greed »), l’ère des véhicules voraces se terminait, finis les 4/4 etc On a vu ce qu’il en était.

HEGEL : Comment pourra-t-il en être autrement, tant sont illimités l’avidité et l’aveuglement hubristique des néolibéraux – et parmi eux les capitalistes des industries fossiles. Ils sont tellement orgueilleux qu’ils ne se rendent pas compte que demain une crise sanitaire encore plus violente que celle du Covid19 pourra être couplée à une crise climatique majeure.

Jean Rouergue : C’est d’autant scandaleux que le réchauffement climatique fera plus de victimes que le virus n’en fera… Seulement le virus est là, maintenant. Le réchauffement on le voit, on le vit, mais il ne crée pas encore de victimes. Dans nos démocraties toute décision politique devrait recevoir l’aval d’un super ministre responsable de la lutte contre le réchauffement.

Obéron : Entre la pandémie et le réchauffement climatique, ce sont les échelles de temps qui diffèrent. L’incubation avec des symptômes limités (sauf pour les scientifiques et les plus attentifs d’entre nous) est bien plus grande pour le réchauffement climatique. Mais une fois que la maladie sera installée, elle sera bien plus longue et plus difficile à guérir, s’il y a encore des remèdes.

Didi : Effectivement, toute la différence est dans la lenteur du réchauffement climatique qui nous laisse penser qu’on aura le temps de trouver des solutions. Si à cause du réchauffement climatique la terre devait exploser dans 20 ans, je pense qu’on trouverait des solutions rapides et efficaces pour réduire la température terrestre.

ED_ 1 : On aurait envie d’être optimiste et de croire qu’à la faveur d’événements exceptionnels il y ait une prise de conscience et l’amorce de solutions positives. Mais le modèle économique n’a pas changé parce qu’un virus a fait son apparition. Cette crise fera des gagnants et des perdants, comme à chaque fois. Tu as investi dans les masques ou les pharma, tu vas faire de la tune, dans le pétrole ou le tourisme, tu vas boire la tasse. Les partisans du laisser faire devraient défendre la solution darwinienne, laisser faire le virus, il va épargner les plus forts…

* LE MONDE du 14-15 rs 2020, « Soyons lucides : ce n’est pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés “quoi qu’il en coûte” »

Trop d’humains pour la planète ? OUI

Le meilleur moyen de protéger la planète n’est-il pas d’être moins nombreux ? En 2017, 15 300 scientifiques de plus de 180 pays alertaient sur l’état de la planète. La question démographique figurait en bonne place dans leur manifeste. Parmi les signataires en effet, beaucoup sont des écologues découragés par l’ampleur des destructions et les montagnes de déchets générées par l’humanité : « En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la défaunation et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger. » Yves Cochet aime à répéter qu’il est temps d’inverser le principe de la politique familiale à la française : les allocations devraient venir en aide lors de la première naissance, diminuer à la deuxième et être supprimée à la troisième : « Les jeunes générations pleurent quand je leur donne mon point de vue, mais c’est ainsi : avoir un enfant n’est plus une affaire privée, c’est un choix politique. » Après les pays anglo-saxons, apparaissent des associations comme Démographie responsable, qui plaide pour que le nombre d’habitants n’y dépasse pas en France 70 millions, puis tende à diminuer*. Les commentaires sur lemonde.fr sont plutôt malthusiens :

Hilare : Dans une équation à plusieurs variables il est vain de chercher la solution en ne prenant en compte qu’une seule variable, la démographie !

Eljulio @ Hilare : Cette équation a été posée (équation de Kaya). Afin d’être en adéquation avec les limites physiques de notre planète, il est possible d’influer sur la population,sur les gains d’efficacité (technologie) ou sur la production de richesse (sobriété). Etre en adéquation avec les limites physiques signifie diviser par 3 notre impact. Or les gains d’efficacité déclinent et nous cherchons constamment à accroître la production de richesse. La population sera donc la variable d’ajustement de gré ou de force.

Chris : Rappelons qu’avant l’Homme, jamais dans l’histoire de la planète une espèce de grand vertébré terrestre n’a atteint un tel niveau de population et de densité. Rien que cela devrait alerter. Et quand il nous faut plusieurs planètes pour subvenir à l’ensemble de nos besoins, ne venez pas me raconter qu’il n’y a pas surpopulation.

Julien B : La haine des riches va jusqu’à vouloir empêcher les pauvres d’exister.
Et si on changeait de paradigme dans la vision utilitariste que les riches revendiquent eux mêmes, mais pour les autres : supprimer seulement les 1 % les plus riches, avec leur gabegie, leur haine et leur arrogance, suffirait à sauver la planète.

Planether : Les 1% …ils sont pratiques ceux-là. Le problème c’est surtout les 15 % qui suivent et dont vous faites partie. Eux organisent la production et vous la justifiez. Cessez de manger de la viande, déséquipez vous, renoncez à la voiture et vous pourrez parler des pauvres.

Noodlefr : Prenez un pauvre et transformez le en riche et vous retrouverez vite la même voracité. Ce n’est pas un problème de riche ou de pauvre, c’est un problème lié à l’espèce humaine dans son écrasante majorité : nous sommes une espèce ultra vorace et immature qui nuit à tout ce qu’elle touche ou presque. Les quelques peuplades humaines qui avaient appris à vivre en harmonie avec leur environnement ont en général été balayées ou exterminées par celles qui ont appris à accumuler et à surexploiter.

Alloc : Il existe de nombreux processus naturels de régulation des populations : épidémies, famines, guerres… n’oublions pas ces possibilités

LeBret @ Alloc : À l’échelle d’un pays ou d’un continent, oui. Mais pas à l’échelle d’une planète. Regardez les courbes démographiques mondiales du XXème siècle : malgré 2 guerres mondiales, des dizaines de millions de morts dus aux famines, des génocides par douzaines… la population mondiale n’a JAMAIS diminuée.

Lotus : Le Sida et Monseigneur Ebola n’ont pas répondu aux espoirs mis en eux.

Gaia ? Une épidémie mondiale serait dramatique pour les humains mais la planète s’en porterait mieux… Gaia va-t-elle faire muter les virus dans un geste désespéré d’auto défense ?

* LE MONDE du 16 février 2019, Trop d’humains pour la planète ? (article de Martine Valo)

Covid-19, choix de l’immunité collective en GB

Les Anglais ont choisi de laisser faire la sélection naturelle plutôt que de lisser l’épidémie par la distanciation sociale. Patrick Vallance est le conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, l’autorité scientifique sur laquelle Boris Johnson s’appuie pour prendre ses décisions. Il a détaillé son approche jeudi soir à Downing Street, l’« immunité collective » (herd immunity) : « Il n’est pas possible d’éviter que tout le monde attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable car il faut que la population acquière une certaine immunité. » Toujours selon M. Vallance, il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte le virus pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies. Sachant que le pays compte un peu plus de 66 millions d’habitants, il s’agirait que 40 millions de Britanniques soient infectés par le virus. Avec un taux de mortalité du Covid-19 estimé à 1 %, et si on suit le raisonnement de M. Vallance, ce sont quelque 400 000 décès qui pourraient advenir dans le pays. Autant dire que le National Health Service (NHS), le système de santé publique britannique, avec ses 5 000 lits en réanimation disponibles, serait très vite débordé. Depuis deux jours, la controverse enfle dans les médias et sur les réseaux sociaux, surtout après que M. Johnson a alerté les Britanniques sur le fait qu’ils devaient se préparer « à perdre bien davantage d’êtres aimés ». Les réactions sur lemonde.fr* vont bon train, notre choix parmi plus de 120 commentaires :

Guillaume de Saluste du Bartas : En fait Boris fait un pari (ultralibéral ) . Pourquoi pas ? 😉

Cavizza : Le nombre de morts officiellement déclarés en Italie ce soir (source : bulletin officiel de la Protezione Civile italienne de ce soir) est de 1441, sur un total de 21157 cas recensés (sur plus de 100.000 tests effectués). Le taux de mortalité est donc de 6,8%. Appliqué à 40 millions de britanniques, comme suggéré dans l’article, cela ferait plus de deux millions et demi de morts. Je trouve ça épouvantable…

BGA : Si une telle décision était prise en France, je devrais me préparer tout de suite au décès de mes parents très âgés. C’est la démonstration d’un cynisme qui est assez logique de la part du pays qui a théorisé le libéralisme avant qu’il ne tourne à l’ultra… Boris Johnson avec 2 millions de morts sur la conscience serait-il encore capable de dormir?… Mais oui bien sûr!

JFG : Je ne comprends absolument pas l’idée, essayer d’atteindre « l’immunité de groupe ». Le terme est mal utilisé. En épidémiologie, on utilise le terme « immunité grégaire ». Chaque pathogène a un seuil d’immunité grégaire, mais on ne connaît *bsolument pas celui du SARS-2. Il est calculable dans une certaine mesure (avec des pincettes) en fonction du Ro, qu’on ne connaît pas non plus précisément. Plus grave : c’est un concept surtout utilisé pour l’évaluation des campagnes de vaccination. OK, on prend aussi en compte l’immunité acquise naturellement (infection/guérison). Mais c’est bien la première fois, à ma connaissance, qu’on ose exposer toute une population pour atteindre la HI uniquement par immunité naturelle… Pire : on commence à voir que l’immunité naturelle est très courte/limitée. C’est du meurtre de masse…

Pierre G @ JFG : Mais que proposez vous? A l’évidence on ne trouvera pas de vaccin cet hiver. Sur la base de chiffres actuels en France : Part des + 60 ans décédés du virus: 93,7% (source science et avenir) Part des – de 60 ans: 6,3% 1,8×6,3/100= 0,11% soit 4500 morts sur 40 M d’habitants. C’est moins que le nombre de morts sur les route. Quand interdira-t-on aux gens de conduire (sans jamais acquérir une quelconque immunité pour le coup) Il est probable que la maladie fasse un retour l’hiver prochain (pour autant qu’elle ait un cycle saisonnier, e.g. grippe). Doit on mettre le monde en quarantaine chaque hiver?

Alain PANNETIER : Oui. Les ssRNA virus sont ceux qui mutent le plus facilement (x100/locus comparé aux virus DNA). Sinon, on n’attraperait la grippe qu’une seule fois. S’il y a rebond l’année prochaine, ce qui est loin d’être certain, rien ne garantit que l’immunité acquise sera efficace.

du nord : En gros, laissons faire la nature, intervenons aussi peu que possible. C’est une stratégie qui sacrifie clairement et cyniquement les plus faibles, les plus âgés, les plus malades et les plus pauvres dont la chance de s’en sortir une fois qu’ils ont attrapé le virus est infiniment plus faible que celle des autres catégories sociales, plus jeunes, plus robustes, plus aisées. Entendre Boris Johnson dire que 80 % des personnes vont avoir le virus et que beaucoup de familles vont perdre leurs « loved ones » avant leur temps était en quelque sorte une façon de préparer l’opinion publique mais c’était aussi surréaliste qu’effrayant. Résultat : Plus de pensions de retraite à payer, moins de prestations sociales, des NHS hôpitaux surchargés qui respirent.

pierre guillemot : Le raisonnement de Boris Johnson n’est pas idiot. La Chine a stabilisé l’épidémie au prix de la dévastation de la vie sociale et économique du pays et le chiffre brillant du résultat ( 3000 morts) cache les morts de ceux qui étaient malades d’autre chose et n’ont pas pu continuer leur traitement. Les morts seront principalement des gens âgés et/ou fragiles dont la disparition n’aura pas beaucoup d’effet, à part le chagrin de leurs proches. Rappel de mauvais goût : je suis né avant les vaccins modernes (rougeole, varicelle, oreillons, scarlatine …) et les petits enfants s’immunisaient en échangeant leurs virus à l’école primaire. J’ai tout eu et je ne suis pas mort. Il y avait des morts et on trouvait ça triste mais pas épouvantable. J’ai souvenir du médecin disant « il faut qu’il l’attrape maintenant ; quand il sera grand, ce serait grave ». Seule crainte: la rubéole; interdit de s’approcher d’une femme enceinte.

* LE MONDE du 15-16 mars 2020, L’« immunité collective », stratégie risquée du Royaume-Uni pour lutter contre le coronavirus

Covid-19, la « distanciation sociale » en France

Le gouvernement a décrété ce samedi 14 mars le passage au « stade 3 » du plan de lutte contre le Covid, car le virus est transmissible sur l’ensemble du territoire. Edouard Philippe a annoncé samedi 14 mars au soir la fermeture dès minuit de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ». Restaurants, bars, discothèques, cinémas sont appelés à fermer leurs portes. Les commerces sont aussi touchés, à l’exception des magasins alimentaires, pharmacies, banques, bureau de tabac ou encore stations-essence. Dans une allocution solennelle, le premier ministre a dressé le constat que les « premières mesures prises de limitation des rassemblements [étaient] imparfaitement appliquées » et que « la meilleure façon de freiner l’épidémie était la distanciation sociale ».

Parmi les mesures “barrière” énoncées pour lutter contre le coronavirus, la distanciation sociale est assez contraignante, notamment pour se saluer. Elle est cependant très efficace pour ralentir la propagation du virus. Nous qui avions jusqu’ici l’habitude de se faire la bise ou de se serrer la main à tout va, nous voilà réduits à un simple coucou “de loin”, coronavirus oblige. La distanciation sociale, autrement dit le fait de demeurer à au moins un mètre d’autrui, et d’éviter les rassemblements, fait partie des gestes “barrière” recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs experts estiment qu’à terme, jusqu’à 70% de la population pourrait être infectée par le coronavirus, à quoi bon essayer de contenir l’épidémie ? Il s’agit simplement de s’assurer que nos systèmes de santé pourront faire face à tous les cas nécessitant une hospitalisation, et seront ainsi en mesure de limiter le nombre de décès. Lidée est d’aplatir la courbe représentant le nombre de cas en fonction du temps. Plutôt que de laisser le virus se répandre rapidement dans la population, saturant les systèmes de santé, l’idée est de faire en sorte qu’il se propage sur une plus longue période. Globalement, les mesures de confinement mises en place permettent bien de freiner la propagation du coronavirus, comme en témoigne la situation en Chine, où le nombre de nouveaux cas par jour est passé de plus de 15 000 à moins de 50 par jour entre le 9 et le 12 mars. Le dernier bilan du coronavirus SARS-CoV-2 en France est de quatre-vingt-onze morts et 4 500 contaminations à travers le pays.

Commentaire de biosphere : la « distanciation sociale » serait facilité si nous étions beaucoup moins nombreux, avec une population non concentré dans des villes tentaculaires et des lieux de rassemblement démesuré, dans une civilisation thermo-industrielle qui voue un culte à la mobilité mondialisée, y compris touristique. Du point de vue des écologistes, il nous faudrait devenir malthusien (maîtrisant sa fécondité), recentré sur les campagnes et heureux de faire à pied le tour de son environnement habituel. En clair, faire l’inverse de ce que nous faisons actuellement !

Pour sortir des pièges de la technologie

Les technologies ont envahi notre quotidien, et grignotent à grande vitesse nos modes de vie et libertés. Elles font de nous leurs complices à travers ces objets-pièges, ces objets-espions, ces objets-doudous que nous utilisons chaque jour : téléphones mobiles, ordinateurs, gadgets électroniques… Mais le climat change, les espèces disparaissent, les emplois sûrs et de longue durée sont remplacés par de petits boulots stressants et mal payés : sur Internet, dans les centres d’appel, les Uber, Deliveroo… Le piège se referme, mais nous pouvons lui échapper. Voici une dizaine d’actions légales et sans risque faciles à mettre en œuvre pour affirmer notre singularité face aux GAFA-Microsoft-BATX, qui commandent aujourd’hui aux États, et même au marché :

  • continuer à lire des livres et des journaux papier
  • continuer à envoyer lettres et cartes par la poste
  • continuer à payer par chèque ou en espèces, fuir le sans-contact
  • boycotter les caisses électroniques pour régler nos achats en magasin (et expliquer que passer par elles, c’est justifier le licenciement de personnel)
  • limiter notre utilisation du smartphone, de l’ordinateur, et le temps passé sur Internet (réseaux-sociaux…)
  • réduire nos achats (surtout lointains par Internet) et conserver nos matériels dans la durée (voiture, électro-ménager, high-tech)
  • ne pas donner son avis après un achat ou évaluer une prestation de service
  • refuser la 5 G
  • privilégier les transports en commun (bus, car, train), le vélo ou la marche pour se déplacer
  • restreindre notre consommation de viande et compenser par celle des légumineuses (riz, lentilles, pois chiches, haricots…)
  • en règle générale, fuir puces électroniques, RFID, implants, interconnexion des données ; éviter robots et assistants

Il n’est pas interdit, enfin, d’aller un peu plus loin en se regroupant, pétitionnant ou écrivant aux élus, pour réclamer un véritable « droit à la non-connexion » des personnes qui ne souhaitent pas utiliser Internet pour effectuer les démarches administratives ou payer les impôts.

Olivier Gabriel (association TECHNOlogos)… pour en savoir plus sur ce blog biosphere :

14 septembre 2017, Technologos contre la numérisation de l’éducation

1er octobre 2017, BIOSPHERE-INFO présente l’association TECHNOlogos

1er octobre 2016, BIOSPHERE-INFO, sur la « science sans conscience »

27 juin 2015, Technologos : résistons à la démesure technicienne

10 octobre 2014, Résilience, un passage nécessaire par les low tech

3 septembre 2014, Colloque TECHNOlogos, discours critique sur la technique

25 novembre 2012, Esclaves de la technique, nous glorifions notre maître

Covid-19, les mécanismes boursiers mis à nu

Les principales places boursières européennes se sont effondrées jeudi, peu convaincues par les annonces de la Banque centrale européenne. Wall Street a également connu sa pire séance depuis 1987. Rappelons notre article, Avertissement aux boursicoteurs du 7 juillet 2019 :

Avertissement aux boursicoteurs, la fin de leur monde approche. Ces dernières années, le PIB mondial progresse de près de 3 % l’an, un doublement tous les 23 ans environ, une impossibilité majeure alors qu’on puise déjà dans notre capital naturel (cf. calcul de l’empreinte écologique). Rappelons que la bourse n’a presque plus rien à voir avec la valeur réelle des entreprises, c’est un jeu d’argent comme cela se pratique dans un casino. Rappelons-nous l’amoncellement des dettes avant le krach boursier de 1929 dont on n’est sorti que « grâce » à une guerre mondiale. Le boursicoteur pense à très court terme, la planète nous attend au tournant, elle a le temps ! Voici quelques précisons.

Aujourd’hui (juillet 2019) c’est l’euphorie, Wall Street vit le plus long cycle de hausse de son histoire, les banques centrales ont réduit artificiellement les charges d’intérêt de la dette avec les taux bas, on est en plein « paradoxe de la tranquillité ». Ce moment théorisé par Hyman Minsky, où il suffirait d’un choc sur la croissance ou sur les taux pour que tous les problèmes se révèlent. Depuis la crise des subprimes de 2008, les entreprises et des Etats ont largement profité des très bas leurs taux directeurs et multiplié les liquidités comme les petits pains.Les bulles spéculatives gonflent, l’écart entre l’économie réelle et la valorisation des actifs s’approfondit. Le succès des prêts à effet de levier (accordés à des entreprises très endettées) depuis cinq ans aux Etats-Unis illustre l’évolution vers les actifs plus risqués. Résultat : l’endettement mondial a augmenté d’environ 50 % depuis dix ans. La dette totale (publique et privée) mondiale représente aujourd’hui 234 % du PIB, contre 208 % en 2008. Qui pourra rembourser cette dette, personne. La mathématisation extrême de la finance, bardée d’instruments informatiques de trading à haute fréquence (des centaines d’ordres passés par un unique opérateur en l’espace d’une fraction de seconde), a rendu les marchés fondamentalement instables et volatils. Ils ont perdu toute faculté à délivrer la moindre information sur l’état du monde réel. Le battement des ailes d’un papillon à l’autre bout du monde peut alors entraîner un affolement général. Ce sera le krach boursier qui remettra les pendules à l’heure, mais l’activité des entreprises s’en ressentira durement, le chômage explosera…

Après le choc boursier provoqué aujourd’hui par le Covid-19, les réactions sur lemonde.fr* confirment notre analyse passée :

Mister Z : Pire journée de l’histoire ? Peut être simplement parce que ce krach a été précédé de la pire période de spéculation effrénée, et la plus longue, non ?

Jacofee : Les mouvements de la bourse ne font pas peur aux traders. Ces derniers ne détiennent aucun titre ni aucun produit financier plus d’une journée. Ils démarrent à zéro le matin et finissent de même le soir. Les opérations réalisées en journée se soldent en bénéfice ou perte indépendamment du sens de l’évolution des prix. Plus il y a de mouvement à la hausse ou la baisse et plus ils font d’affaires. Une bonne journée est donc une journée mouvementée, dans un sens ou dans l’autre. Quant aux fonds spéculatifs, ils ont tous les outils pour tirer parti de la situation et ne s’en privent pas. La baisse des cours est un marché aux bonnes affaires. Par contre, les entreprises qui voient leurs réserves fondre comme neige au soleil risquent de ne pas terminer le mois. Cette situation peut être très rapidement source d’un chômage massif. Les travailleurs craignent pour leur emploi.

J.Dupont69 : Les subprimes par ici, le coronavirus par là. Je suis étonné que le dernier prout de Trump n’est pas provoqué un « séisme » économique. Le système (délocalisation à outrance, économie virtuelle) dans lequel nous vivons est à bout de souffle, c’est un cadavre que l’on maintient en vie. Il a permis à quelques roublards bien placés de s’enrichir grassement sur le dos de populations exploitées (Chine, Inde, Bangladesh etc…), mais il faut revenir à la réalité : les ressources ne sont pas infinies et on ne peut tout déplacer d’un point à l’autre du globe sans prise de risque. Il faut revenir à une consommation locale (idéalement régionale), rapatrier les industries délocalisées pour les réinstaller en région, recalculer les prix quant à la valeurs réelles (non, on ne peut pas avoir deux bagnoles, trois smartphones, deux tablettes et trois ordi dans un même foyer).
Il faut changer dès maintenant. Ou la prochaine tarte à la crème en 2030 sera violente.

Une flâneuse : Quand je pense qu’il y quelques semaines on s’efforçait de convaincre les Français de placer leurs économies en bourse pour capitaliser pour leur retraite… Plouf, la tasse.

Sapiens : C’est stupéfiant la perception qu’on les gens de ce qui est en train de se passer sur les marchés financiers dont les conséquences seront infiniment plus regrettables que celle du coronavirus. En voulant lutter contre un virus qui ne fait que peu de morts, on va sacrifier l’économie avec des conséquences incalculables .
Peu importe que vous ayez des actions ou non…quand les taux remonteront et ils vont remonter, quand l’économie va se figer…que pensez-vous qu’il va arriver aux recettes de l’état et sur le coût budgétaire d’un endettement qui représente plus de 100% du PIB.

JFA : Un virus vient semer la panique dans le monde des affaires. C’est triste, mais ça m’amuse. Je vois la situation climatique se dégrader à une vitesse folle, et rien ne se passe, même les gens qui ont voté écolo continuent à prendre leur voiture pour aller acheter leur pain à 100 m de chez eux. J’imagine la panique quand, dans une décennie tout au plus, il deviendra indispensable de tout arrêter dans l’urgence parce que notre incurie aura atteint la catastrophe et qu’il n’y aura plus aucun moyen d’y échapper.

As1 : Je me fais la même réflexion. Mais le problème semble insoluble. On voit bien que la moindre baisse d’activité a des conséquences économiques désastreuses et immédiatement bien trop douloureuse pour les populations, alors même que quand tout va bien, on fonce vers le désastre écologique. Je crois que tout le monde le sait, mais que le déni est le seul moyen de continuer à vivre, sans avoir à se reprocher chaque jour de ne pas se contenter d’élever des chèvres et de se laver à l’eau froide.

* LE MONDE du 13 mars 2020, Coronavirus : krach boursier en Europe et à Wall Street, pire journée de l’histoire pour la Bourse de Paris

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos, et même les gouvernements sont en danger.

La Bourse de Paris a vécu, jeudi 12 mars, la pire journée de son histoire en subissant une chute de − 12,28 %, à l’image des principales places européennes, qui se sont toutes effondrées, provoquant un krach boursier historique. Wall Street s’est également effondrée de 7,3 % (Dow Jones) à l’ouverture, ce qui a provoqué une interruption automatique des échanges. La BCE constate une « considérable aggravation des perspectives de croissance ». Lors de la crise financière de 2008, la panique avait finalement été enrayée quand les leaders du G20, les principales économies de la planète, avaient réussi à se coordonner. Leur front commun s’était avéré décisif. Pour l’instant, les réactions en ordre dispersé face à la pandémie de Covid-19 accentuent la panique et rendent inaudibles les plans de secours. L’Autriche et la Hongrie ont interdit les rassemblements fermés de plus de 100 personnes et ceux dépassant 500 personnes en extérieur. Les Pays-Bas ont interdit les rassemblements de plus de 100 personnes, la République tchèque de plus de 30. En Italie, comme à Chypre, tout rassemblement est prohibé. L’Italie a ordonné à ses habitants de rester chez eux jusqu’au 3 avril ; on ne peut sortir que pour aller travailler, se faire soigner ou acheter à manger ; 12 462 cas de coronavirus sont confirmés, les rues sont désormais quasiment désertes. Toutes les écoles et universités sont fermées jusqu’au 3 avril en Italie et jusqu’au 25 mars en Pologne et en Grèce. En France tous les établissements scolaires sont fermés à partir du lundi 16 mars. Des aéroports ferment déjà ici et là. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé, mercredi, la suspension pour trente jours à partir de vendredi de tous les voyages d’étrangers de l’Europe vers les États-Unis. Certains matchs de foot se sont tenus à huis clos, les championnats italien et espagnol, avaient choisi une suspension provisoire. Désormais, la menace d’un arrêt total des compétitions de football gagne du terrain. L’ensemble du gouvernement espagnol s’est soumis jeudi au test de dépistage du Covid-19 après qu’une ministre s’est révélée être l’une des quelque 3 000 personnes contaminées dans le pays…

Le coronavirus mauvais pour l’homme et très bon pour la planète. Certains spécialistes soulignent les bénéfices majeurs de cette crise du Coronavirus. Pour nombre d’écologistes la santé de la planète doit passer par une décroissance économique (contrainte plutôt que forcée). Une carte, publiée par la Nasa, montre lla différence entre les émissions de dioxyde d’azote   du 1er au 20 janvier et celles du 10 au 25 février 2020…

LEVI’S sur mediapart : Avec la mise en quarantaine, chacun se met en mode “pause” et se réapproprie du temps. Mais le temps, ce n’est pas de l’argent, c’est de l’énergie disponible. Pour une fois, nous pouvons mettre le nez à la fenêtre et observer le décor charmant d’une Nature qui se réveille après un hiver qui n’en a plus que le nom. Nous avons atteint, et même dépassé, nos limites pour créer un Système qui nous plonge dans la peur et l’individualisme à outrance. Les frontières se referment, les ponts-levis se relèvent pour rétablir les forteresses et on pille les greniers pour anticiper sa propre faim. La guerre civile nous guette pour engendrer le pire…

Tout savoir sur le coronavirus

Communication gouvernementale : Les Coronavirus sont une grande famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des Coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS-COV ou le SRAS. Le virus identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau Coronavirus. La maladie provoquée par ce Coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé – OMS. Depuis le 11 mars 2020, l’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie ; c’est-à-dire que l’épidémie touche désormais 110 pays sur une zone étendue. Les symptômes principaux sont la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement. La maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux). On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une toux, d’un éternuement ou une discussion en l’absence de mesures de protection. Un des vecteurs privilégiés de la transmission du virus est le contact des mains non lavées.

Mieux connaître les virus avec wikipedia : Tout être vivant peut être infecté par un virus. Il existe des virus de bactéries, des virus d’archées, des virus d’algues, des virus de plantes, des virus fongiques, des virus d’animaux et même des virus de virus. Les maladies virales comme la rage, la fièvre jaune ou la variole affectent l’Homme depuis des siècles. À la fin du XIXe siècle, la conception d’agents infectieux que l’on ne pût déceler au microscope optique était encore difficile. Le virus de la fièvre jaune est le premier virus pathogène de l’Homme identifié entre 1900 et 1902. Louis Pasteur les nomma « infrabactéries », d’autres les qualifièrent de « virus filtrants ». Vers 1925, un virus était défini comme un « agent responsable d’une maladie infectieuse, parasite et de taille comprise entre 0,01 et 0,3 micromètre ». L’apparition de la microscopie électronique dans les années 1930 permit l’observation des virus, mais on ne savait toujours pas à cette époque ce qu’ils étaient réellement. On caractérise un virus par son incapacité à se reproduire par mitose, par scissiparité ou par méiose. Placés en suspension dans un milieu de culture, ils ne peuvent ni métaboliser, ni produire ou utiliser de l’énergie, ni croître, ni se multiplier, toutes fonctions communes aux êtres vivants. Pour répliquer son acide nucléique, il dépend d’une cellule hôte qu’il doit infecter pour détourner et utiliser son métabolisme : un virus est nécessairement un parasite intracellulaire. Le débat sur le caractère vivant ou inerte des virus reste encore aujourd’hui ouvert. Les génomes des virus ne comportent que de quelques gènes à 1 200 gènes. Les concentrations en virus dans l’eau de mer sont de l’ordre de dix mille virus par millimètre cube. Environ 20% des organismes constituant la biomasse microbienne océanique totale est tuée par des virus. La recherche actuelle estime que dans le corps humain il y a 100 fois plus de virus que de cellules humaines

En 2018, on recense 129 espèces de virus impliqués dans des maladies humaines. Le rhume, la grippe, la varicelle, la rougeole, la mononucléose infectieuse sont des exemples de pathologies humaines relativement courantes d’origine virale. On connaît d’autres exemples plus nocifs comme le SIDA, le SRAS, la grippe aviaire, la variole, ou la fièvre hémorragique causées par le virus Ebola. Caractéristiques d’un virus dangereux :

  • transmission respiratoire ;
  • taux de reproduction de base supérieure à 2 ;
  • taux de mortalité supérieur à 1/1000 ;
  • temps de génération inférieure à trois jours ;
  • contagion avant l’apparition des symptômes.

Étant donné que les virus utilisent la machinerie cellulaire de l’hôte pour se reproduire à l’intérieur même de la cellule, il est difficile de les éliminer sans tuer la cellule hôte. Des médicaments antiviraux permettent cependant de perturber la réplication du virus. Une autre approche est la vaccination qui permet de résister à l’infection. Les antibiotiques sont sans effet sur les virus. Les antibiotiques interfèrent seulement avec le métabolisme des bactéries et ne permettent pas de traiter les maladies d’origine virale.