Sport spectacle, pieds nus et tout nus

C’est la fin programmée des records mondiaux : le sportif utilisait 65 % de ses capacités physiques en 1896 (début des JO), contre 99 % actuellement et 99,95 % en 2025 si on prolonge les tendances. Les sportifs de haut niveau s’entraînent dorénavant plusieurs heures par jour contre presque rien  en 1896 ; ils ont des préparateurs physiques, une gestion rationnelle de l’alimentation, on atteint les limites, on échappe normalement au délire olympique du « citius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort). Alors reste les prothèses technologiques et cela pose débat. La pharmacopée dopante est prohibée, fin officielle du dopage. La combinaison de natation grâce à laquelle la peau des nageurs s’apparentait à la peau des dauphins (en polyuréthane) est désormais interdite : elle augmentait la vitesse des nageurs de 3 %. Aujourd’hui se pose le problème des chaussures.

Les nouvelles Vaporfly de l’équipementier Nike relèvent du dopage technologique : des sandales qui allient« légèreté de la chaussure », « amorti, stockage et renvoi de l’énergie [grâce à la semelle en mousse zoomX] » et « rigidité en flexion [permise par la plaque en fibre de carbone] »*. Des innovations qui conduisent à une amélioration des performance jusqu’à 4 % en moyenne à une vitesse de 18 km/h . Le 12 octobre 2019, le Kényan Eliud Kipchoge, chaussé du dernier prototype de Nike, avait abaissé pour la première fois la barrière des deux heures sur marathon. En 2 h 14 min 4 secondes, sa compatriote Birgid Kosgei avait éclipsé des annales le record du monde féminin de la Britannique Paula Radcliffe. World Athletics, la fédération internationale, n’est pas allée jusqu’à l’interdiction des chaussures déjà sur le marché. Elle a en revanche annoncé, le 31 janvier 2020 geler l’introduction de toute nouvelle technologie dans les chaussures jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août 2020). Les équipementiers devront désormais faire valider chaque nouvelle innovation par un groupe d’experts, mais World Athletics, se dit « ouvert à un dialogue contenu avec les fabricants de chaussures ».

A la différence du maillot de bain qui paraît pour les pudibonds indispensable dans les compétitions de natation, il n’y a aucune obligation aujourd’hui à mettre des chaussures pour courir en compétition. Tour le monde devrait connaître l’Éthiopien Abebe Bikila, vainqueur pieds nus du marathon olympique de Rome en 1960. En 1996 aux JO d’Atlanta, les athlètes comoriens, dont la Fédération n’avait pas les moyens de leur offrir les dernières chaussures de sprint qui équipaient leurs adversaires, ont couru pieds nus pour protester contre la « course à l’armement ». Imaginons un athlète prometteur et ambitieux. Il se fait amputer au dessous des genoux pour se faire poser une prothèse en lames de carbone : il y aura restitution de 30 % d ‘énergie en plus que le pied quand il était intact. La course à pied peut-être, mais pieds nus puisque le sport n’est en soi ni une performance nationaliste, ni le spectacle de sa marchandisation. Les sportifs doivent rester des amateurs et pratiquer les Jeux Olympiques comme dans l’antiquité, entièrement nus de la tête aux pieds, et sans sponsors. Pour bâtir un alter-JO écolo, nous suggérons aussi la fin de l’hyperspécialisation : chaque athlète devrait concourir dans quinze disciplines différentes. Enfin l’écologie devrait être aux avant-postes : pas de déplacement des sportifs et des spectateurs, chacun concourt près de son lieu de résidence pour éviter le coût énergétique des déplacements…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphère :

29 août 2011, artificialisation du sport et fin de la compétition

8 août 2008, les JO ? Plutôt courir pieds nus !

* LE MONDE du 1er février 2020, Les « chaussures miracles » Vaporfly de Nike autorisées aux Jeux olympiques, mais…

Bill Gates veut réduire la population mondiale

Bill Gates a participé à une conférence TED en 2010, dans laquelle il évoque les défis climatiques et son travail à la fondation. Voici ce qu’il a dit : « Le monde compte aujourd’hui 6,8 milliards de personnes. On devrait atteindre 9 milliards. Avec de très bons résultats sur les nouveaux vaccins, les soins de santé, le contrôle des naissances, on pourrait le réduire de peut-être, 10 ou 15 %, mais on gardera un facteur d’augmentation d’environ 1,3. » Attention, ce n’est pas la population que Bill Gates espère réduire de 10 à 15 %, mais son accroissement, qui est actuellement très rapide (le facteur de 1,3 correspond à une hausse de 30 % annuellement qu’il espère voir ralentir). Lors d’un entretien à CNN en 2011, Bill Gates avait déclaré que « les vaccins étaient la meilleure solution pour faire baisser la population ». Il ne s’agit pas d’utiliser les vaccins pour « tuer » ou « stériliser » la population, bien au contraire. M. Gates estime que la réduction de la mortalité infantile par le développement de la vaccination peut freiner la croissance démographique dans le monde. Il considère que ce progrès conduira, à terme, les parents à concevoir moins d’enfants, s’ils savent qu’ils vivront longtemps et en pleine santé. A terme, cela réduirait donc l’accroissement de la population mondiale. Il a développé ce raisonnement à plusieurs reprises. Aujourd’hui avec le coronavirus, Bill Gates est la cible de rumeurs et infox. Voici l’analyse des décodeurs du MONDE :

« Le centre Johns Hopkins « travaille à protéger la santé des populations face aux épidémies ». Elle mène des études financées des mécènes privés, comme la fondation de Bill et Melinda Gates. Face aux infox, le centre a publié un communiqué de presse le 25 janvier. Il confirme qu’un exercice de simulation de pandémie appelé « Event 201 », a été mené en octobre 2019 en partenariat avec la Fondation. Le scénario, tel qu’il avait été imaginé, prévoyait une épidémie dont l’épicentre se trouvait dans une porcherie au Brésil et qui allait causer beaucoup de morts. Il s’agissait d’une simulation et non d’une anticipation. L’ONG ajoute que « les données utilisées pour modéliser l’impact potentiel de ce virus fictif ne sont pas similaires au nCoV-2019 » ». (LE MONDE du 6 février 2019)

Commentaire biosphèrique : Vaccination ou pas, simulation ou anticipation, la problématique des épidémies dans un monde surpeuplé se pose. Un coronavirus qui met en quarantaine toute une ville (Wuhan, 14 millions d’habitants, devrait inciter nos dirigeants à (re)lire Malthus ! Si nous ne diminuons pas la concentration humaine, il y aura des guerres, des famines et des épidémies écrivait-il en 1798. Aujourd’hui en 2020 c’est une réalité. Mardi 4 février, trois autres villes, Taizhou (6 millions d’habitants), une partie de Hangzhou (10 millions d’habitants), et Ningbo (8 millions d’habitants) ont à leur tour pris des dispositions drastiques. Et apparemment ce n’est qu’un début, bientôt toute la Chine en quarantaine ? Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

27 janvier 2020, Tout savoir sur le coronavirus 2019-nCoV

21 janvier 2020, Pandémies mortelles, SRAS, H5N1, H7N9

16 août 2017, Si les humains préfèrent famine, guerre et épidémies !

Cités surpeuplées ne peuvent être fertiles

Les gouvernements qui se disent écolos, ils ne sont pas nombreux, nous bourrent le mou. Le ministre français chargé de la ville, Julien Denormandie, veut développer l’agriculture urbaine, reverdir la ville, la rendre durable et désirable… tout un programme qui n’est encore que parole. Extrapoler pour la planète n’est que pur fantasme. Il suffit de reprendre ce que dit Denormandie : « D’ici à 2050, 70 % de la population mondiale vivra en ville. Si les villes occupent 2 % de la surface du globe, elles représentent deux tiers de la consommation mondiale d’énergie et émettent 80 % des émissions de CO2. »* Rappelons les faits qui empêchent toute politique cohérente :

Au lieu d’être progressive, l’explosion urbaine est devenue « violente », particulièrement en Afrique : les villes y passeront de 350 millions d’habitants en 2005 à 1,2 milliards en 2050. Quand les habitants des bidonvilles constituent déjà en moyenne 36 % des citadins dans les pays dits « en développement », cela veut dire que ce n’est pas une urbanisation gérable, ce n’est donc pas une évolution durable. Jamais on ne pourra mettre de l’électricité, de l’eau courante et des routes goudronnées partout. Jamais on ne pourra mettre en place des services urbains à la portée de tous. Jamais on ne pourra trouver un emploi à cet afflux de main d’œuvre. Jamais il n’y aura assez de policiers (étymologiquement « créatures de la cité ») pour contrôler une société non policée. Au niveau de la France, on essaye désespérément depuis quelques années de trouver des solutions agricoles en milieu urbain. Il y a les tentatives de villes en transition (Rob Hopkins), la bonne idée des AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), la vogue des locavores, les incroyables comestibles, etc. Mais les villes étendent toujours leurs tentacules dans toutes les directions et stérilisent toujours plus loin les sols. Elles ne se prêtent pas aux plantations en pleine terre, et de toute façon comment gérer un potager au bas d’un HLM ou dans un bidonville ?

Pourtant, parce que l’urbanisation arrive au sommet de son inefficacité, nous restons optimistes. Historiquement la vie biologique comme la vie sociale suivent des cycles. L’essor d’une civilisation s’accompagne d’une croissance des villes, son effondrement provoquera une désurbanisation. Comme il y a le pic pétrolier, le pic du phosphore, le peak fish… il y  aura bientôt le pic de l’urbanisation. Nous retournerons bientôt au rythme ancestral qui privilégie les campagnes, l’agriculture vivrière et l’artisanat de proximité ; en termes contemporains, il nous faut retrouver des communautés de transition qui soient à l’échelle humaine. Il faudra pour cela que nous soyons beaucoup beaucoup moins nombreux !

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

24 janvier 2019, Cultiver la nature en ville ou désurbanisation ?

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

22 septembre 2009, désurbanisation

* LE MONDE du 6 février 2020, « Cités fertiles », matériaux biosourcés… Le plan du gouvernement pour reverdir la ville

Nicolas Hulot, amertume et impuissance

Nicolas Hulot : « J’étais censé être ministre d’État et numéro trois du gouvernement mais c’était juste pour la façade ! Quand j’ai pris cette décision difficile de partir du gouvernement, j’avais demandé douze points de clarification au premier ministre et au président, dont ma volonté de copiloter la révision de la politique agricole commune, parce que pour moi il n’était pas pensable qu’on loupe cette fenêtre. Évidemment, ça ne m’a pas été accordé. Le fait d’être en conflit permanent avec Stéphane Travert, mon collègue à l’agriculture, au bout d’un moment, à part alimenter les couacs médiatiques, ça ne sert à rien et c’est absolument épuisant. J’ai parfois trouvé plus de conservatisme au ministère de l’agriculture qu’à la FNSEA. »*

Les anti-écolos de service se déchaînent sur le monde.fr : «  Typique de l’écolo : il ne veut pas faire quelque chose, il veut se sentir moralement supérieur… Hulot, l’erreur de casting exemplaire… il a une attitude de gamin qui refuse de prendre en compte la réalité et préfère continuer à militer dans l’imaginaire…. Ecoeurant de voir cet écologiste hypocrite, qui a trois maisons et possède une demi-douzaine de voitures électriques, coloporter des rumeurs diffamatoires sur Bayer-Monsanto… N. Hulot, depuis sa naissance, a le bilan carbone d’une ville entière et la moralité d’un curé libidineux… Saint Hulot se comporte comme un enfant gâté. Il se plaint, geint, découvre que la politique n’est pas un chemin verdoyant bordé de fleurs et de jolis ruisseaux… Il aime le pouvoir, le buzz et la lumière et s´est brûlé les ailes…Et puis quand on a un grand talent pour se faire l’avocat médiatique de l’environnement, on n’a pas forcément du talent pour assurer la fonction de ministre… Hulot, lobbyiste en chef des écolos, ayant traîné dans les couloirs du pouvoir depuis 20 ans, ayant conseillé les élites voire rédigé leurs discours, ayant été à la tête d’un ministère (écologie) qui est la caisse de résonance des attentes des lobbies écolos (en symétrie de celui de l’agriculture ou des finances), Hulot donc se plaint que l’État fonctionne comme il fonctionne… »

Heureusement d’autres ont l’avis inverse : « Tout cela est édifiant, l’état des lieux est bien décrit. Macron s’est foutu de lui, il n’a rien à faire de l’exigence écologique, ses priorités sont ailleurs : alors pourquoi Macron a-t-il choisi Hulot ? Caution électoraliste juste avant les législatives… Le souci, c’est qu’être ministre est un véritable métier de chien (les intéressés le confirment à peu près tous) où il faut se battre continuellement pour remporter les arbitrages auprès du Premier ministre et du Président… Quand Macron et Philippe refusent que Hulot copilote la révision de la politique agricole commune alors que son ministère est directement concerné, on se pose des questions sur les méthodes de gouvernance de la France… Le livre que Michel SOURROUILLE avait écrit dès que Hulot a été nommé ministre de l’écologie en prévoyant sa démission, « Nicolas Hulot, le brûlure du pouvoir », est paru en librairie le 1er octobre 2018. Faire de l’écologie avec un gouvernement dont ce n’est pas du tout la préoccupation principale, est tâche impossible. « Business as usual » était le mot d’ordre du gouvernement Macron et ça le reste encore aujourd’hui… Eh oui, c’est comme ça, un Premier ministre et un ministre N° 3 au gouvernement s’écrasent devant les menaces des entreprises. Les affaires des grosses entreprises mondiales, c’est la domination de clans mafieux. La machine capitaliste tourne, aveugle, réclamant les chiffres de rentrées d’argent prévues chaque mois, chaque trimestre, chaque année, il faut réaliser les objectifs, en dollars, en euros, en xxx, il faut que ça rentre..!! Nicolas Hulot le dit « Tous les coups sont permis ». Il va falloir lutter, citoyens… En conclusion, Hulot a eu raison de démissionner. On ne fait changer un Premier Ministre qui se ravit des belles commandes de bateaux qui vont promener les imbéciles s’esbaudir devant les derniers ours polaires. On ne fait pas changer une société qui se ravit devant le dernier SUV à la mode, que les conducteurs viennent montrer qu’ils sont beaux, qu’ils sont grands. Une société qui se ravit devant les derniers véhicules électriques pour lesquels on ne saura pas produire les batteries et l’électricité pour tous sur terre. Une société qui critique les avions mais se ravit du doublement futur du trafic aérien et de la construction d’une nouvelle aérogare à Roissy. Que cela va faire des emplois pour tous. Conclusion, attendons que les faits s’imposent, touts seuls, mais cela sera dur puisque nous ne le voulons pas… Merci à toi Nicolas d’avoir quand même tenté l’impossible… »

* LE MONDE du 6 février 2020, Amertume et impuissance : Nicolas Hulot revient sur sa démission dans un documentaire

Paroles d’évangile des temps présents

Faites attention à vos pensées, vos pensées deviennent des paroles. Faites attention à vos paroles, car vos paroles deviennent des actes. Faites attention à vos actes, car vos actes deviennent des habitudes. Faites attention à vos habitudes , car vos habitudes façonnent qui vous êtes. Faites attention à qui vous êtes, car celui que vous êtes façonne notre destin collectif.

Pierre Richard : Je suis très pessimiste sur le monde. La déforestation massive, la fonte des glaces, la pollution des océans, les animaux qui disparaissent… c’est atterrant. Le communisme a raté son coup et le capitalisme est en train de nous foutre en l’air. Nicolas Hulot raison de dire que le capitalisme et écologie sont fondamentalement antinomique. Tant qu’on voudra gagner un maximum d’argent dans un minimum de temps, on bousillera la planète. Et je ne vois pas le capitalisme disparaître… (LM, 15-16 décembre 2019

Isabelle Adjani : L’époque est propice au découragement, entre promesses politiques non tenues, retour des régimes autorirtaires et lutte contre le réchauffement climatique sans cesse repoussée. Ce qui est décourageant dans nos vies, c’est d’enchaîner des déceptions. (LM, 17 décembre 2019)

Le loup créé des emplois : Depuis la réapparition du loup dans le Mercantour au début des années 1990, les bergers sont très demandés. Les « débouchés professionnels sont nombreux », assure M. Laurent. Les éleveurs, trop occupés, recherchent de plus en plus des salariés pour accompagner les brebis en estive. Le berger, alors accompagné de chiens, surveille et prend soin de centaines de bêtes.

« économie de la promesse » : Les nouvelles technologies – 5G, voiture autonome, thérapie génique… ne sont qu’avatar contemporain des paradis religieux. Cette promesse contient un tiers de prouesse scientifique, un tiers de rêve de progrès humain for good ( « pour le bien »), et un plus grand tiers de profitabilité exponentielle. Ce discours enchanté de la technique s’écarte de plus en plus d’une réalité faite d’effets indésirables, de complexités ingérables, d’accidents, de limites… Mais tout problème posé par la technique est réglé par la promesse… d’une nouvelle technique.

Procès en destitution de Trump : Se protéger entre “copains et coquins” est une tendance naturelle qui n’épargne pas les cercles des pouvoirs qu’ils soient politiques, financiers ou religieux. Ce n’est docn pas vraiment étonnant, ce scénario incroyable où Trump ne va pas être condamné par un Sénat à sa botte, et où les Démocrates vont élire un candidat inéligible et où Donald Trump sera réélu. Qui aurait pu imaginer ça à part… ben, tous les gens un peu sérieux, en fait. Churchill disait que « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres », encore faut-il accepter de faire évoluer ce système.

Davi Kopenawa, chaman et leader du peuple indigène yanomami du Brésil : «  Le peuple de la marchandise est en train de gagner cette guerre qui a commencé il y a cinq siècle aux Etats-Unis. Si les Blancs pouvaient comme nous entendre d’autres paroles que celles de la marchandise, ils sauraient se montrer moins hostiles envers les peuples autochtones. Vous, les peuples des villes, vous n’êtes pas des chamans qui entrez en contact avec les esprits. Les capitalistes, les politiciens et les grands hommes d’affaires veulent arracher toutes les racines de la terre. Ils ne peuvent pas s’imaginer qu’à force d’extraire tous les minerais ils vont faire tomber le ciel. Nous, nous rêvons et alertons les Blancs pour les prévenir qu’il ne faut pas continuer ainsi. Dans le futur, le ciel ne va pas vous prévenir. Bolsonaro, lui, fait beaucoup de bruit, il aboie comme un chien. Mais quand le ciel tombera, on n’entendra plus rien. » En décembre 2019, à Stockholm, il a reçu le Right Livelihood Award, connu comme le « prix Nobel alternatif ».

Un réfugié climatique, ça n’existe pas

La Banque mondiale estime que les réfugiés environnementaux pourraient représenter jusqu’à 143 millions de personnes en 2050. Mais les déplacés climatiques n’ont jusqu’à présent aucun statut. Ioane Teitiota habitait dans les îles Kiribati – dont les plus hauts reliefs affleurent à trois mètres. Son pays connaît la salinisation des eaux, les pollutions, les destructions des récoltes,des inondations fréquentes, l’érosion des terres, des conflits entre communautés. Pourtant Teitiota n’a pas obtenu le statut de premier réfugié climatique de la planète !

Jugement en première instance en 2013 :
Ioane Teitiota, un père de famille originaire d’un archipel du Pacifique menacé par la montée des eaux, devrait être expulsé vers son pays après avoir été débouté par la justice néo-zélandaise de sa demande d’asile climatique. S’en tenant à la convention de Genève de 1951, la Nouvelle Zélande a fait valoir que personne ne menaçait sa vie s’il retournait chez lui. (LE MONDE géopolitique du 24 octobre 2013).

– Décision de la Cour suprême néo-zélandaise en 2015 : Ioane Teitiota n’a toujours pas obtenu le statut de premier réfugié climatique de la planète.Si la plus haute juridiction du pays a reconnu que les Kiribati étaient « incontestablement confrontées à des défis » climatiques, elle a également estimé que « M. Teitiota ne courait pas de “grave danger” » dans son pays natal. « Aucun élément matériel n’indique que le gouvernement des Kiribati manque à son devoir de protéger sa population des effets de la dégradation environnementale, dans la limite de ses moyens. »(Le Monde.fr avec AFP | 21.07.2015)

Avis du comité des droits de l’homme, rendu public le 21 janvier 2020 à Genève : Le comité de 18 experts a mis près de quatre ans à statuer sur le cas de M. Teitiota. Il a rejeté la demande du plaignant, en faisant valoir que les îles Kiribati avaient pris des mesures pour lutter contre la montée des eaux avec la construction d’une soixantaine de digues,

Mais pour la toute première fois, le comité des droits de l’homme – organe des Nations unies composé d’experts indépendants en charge de vérifier l’application du pacte relatif aux droits civils et politiques – a estimé que les personnes qui fuient les effets du réchauffement climatique ne devraient pas être renvoyées dans leur pays si leurs droits fondamentaux sont menacés. : « Etant donné la gravité de la question et de la détérioration continue des conditions dans certains Etats insulaires, il était important que le Comité identifie les critères pour statuer sur les futurs cas et la possibilité de reconnaître les demandes d’asile pour les “réfugiés climatiques ». L’avis, non contraignant juridiquement, « reconnaît qu’il peut y avoir une violation du droit à la vie du fait du non-accès aux ressources naturelles induites par le changement climatique, il reconnaît aussi que le changement climatique est une vraie menace pour les droits de l’homme. Enfin, il recommande de ne pas appliquer la mention de “l’imminence du dangerlorsque le droit à la vie est menacé dans des dossiers relatifs au changement climatique. » (LE MONDE du 29 janvier 2020, L’ONU ouvre une brèche pour la reconnaissance des réfugiés climatiques)

Les perturbations climatiques, les difficultés agricoles et les migrations sont liées. Nous pouvons même faire un parallèle avec le diagnostic malthusien. Puisque nous ne sommes pas capables de réduire volontairement notre fécondité et de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, alors famine, guerres et épidémies résoudront tous les problèmes. Notons la duplicité du droit, même dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Le philosophe Etienne Balibar a souligné le caractère ambigu de ce texte, il manque l’obligation pour tout Etat d’accepter l’entrée des étrangers ! Sur notre blog biosphere :

19 octobre 2015, Réfugiés climatiques, un accueil qui reste inabouti

2 septembre 2015, Il n’y a pas de réfugiés climatiques sur cette planète

Un contexte néfaste à l’intelligence humaine

Il y a l’intelligence des plantes, la sensibilité des animaux… et la débilité humaine. Cette dernière est une constante depuis longtemps, mais les perspectives sont encore plus sombres aujourd’hui. L’effet « dysgénique » indique que les familles les moins intelligentes procréent davantage et font baisser le niveau moyen de l’intelligence. D’autres chercheurs pointent les ­migrants et leurs enfants, en moyenne moins éduqués, ce qui ferait diminuer la moyenne des performances. Une étude norvégienne qui compare les performances ­au sein de fratries va marginaliser ces explications. A partir de la génération 1975, il y a une baisse de 0,34 point par an à l’intérieur des familles. On peut donc minimiser penser que les causes de la régression sont plutôt environnementales. Certains perturbateurs endocriniens altèrent la construction cérébrale, et l’exposition massive aux écrans feraient des crétins. Dans une interview à L’Est républicain, Michel Desmurget s’inquiétait ainsi pour « la première génération dont le QI sera inférieur à la précédente ». Sur RMC, il expliquait que « plus les enfants regardent d’écrans, plus le QI diminue ». Michel Desmurget tient à préciser que ce ne sont pas les écrans eux-mêmes qui sont en cause, mais leur usage : « Force est de constater que l’usage récréatif qui en est fait aujourd’hui par les jeunes est débilitant. La question n’est pas de les supprimer – professionnellement je les utilise moi-même largement – mais de limiter drastiquement ces consommations débilitantes ». Quelques réactions sur lemonde.fr :

Boucle d’Or : Je ne sais pas si les fameuses études scientifiques faites du QI peuvent donner des résultats interprétables, mais ce que je constate au quotidien en tant que psychologue de l’EN dans le 1er degré, avec les gens de terrain (enseignants), c’est un effondrement du langage sans précédent, des troubles de l’attention et de la concentration ingérables dans une classe, des crises quotidiennes d’élèves dans toutes les classes… qui affectent de manière catastrophiques la qualité des apprentissages… Bizarrement, ça correspond à l’augmentation démente du temps d’exposition devant écran par les enfants de plus en plus jeunes et de plus en plus longtemps… Bien sûr, ce n’est que de l’empirisme…

Sarah Py : A chacun sa théorie. La mienne reste qu’apprendre s’apprend… Voyez la facilité du « croire » qui s’étend face à l’exigence du savoir. La paresse contre le travail. Le papillonner contre la concentration. L’immédiateté contre la durée. La communication contre l’approfondissement.

Untel : Mon intime conviction est qu’il existe bien une baisse du niveau d’attention et de la capacité d’apprentissage chez les enfants exposés à des images saccadées épileptogènes dans leur petite enfance, au moment même où les connexions synaptiques se mettent en place.

Julius Puech : Décérébration généralisée, omniprésence de la pensée économique libérale, surveillance de masse, amplification des théories extrémistes et complotistes : tout est prêt pour le capitalisme autoritaire, un joyeux mélange de Big Brother et de Soleil Vert.

Sur notre blog biosphere :

10 mars 2014, Perturbateurs endocrines et perturbateurs de l’intelligence

4 janvier 2017, longévité, intelligence…. tout commence à décroître

25 octobre 2019, Écrans, décérébration à grande échelle

Écovégétarien, flexitarien, végétalien…

Christian Rémésy : nous avons développé un clivage entre végétarien et non végétarien, centré sur la consommation de viandes, sauf que l’urgence climatique exige plutôt de faire la part entre calories d’origine animale ou végétale. La nécessité de lutter contre les anciens clivages commence à être dénoncée et certains se qualifient maintenant de flexitarien pour signifier qu’ils sont des mangeurs occasionnels de viandes. Nous aurions besoin d’un mot plus signifiant, celui d’« écovégétarien », que je vous invite à adopter dans la vie de tous les jours. Une attitude écoresponsable devrait donc nous conduire à diminuer d’environ de moitié notre consommation de produits animaux pour que la part des calories animales dans nos assiettes passe de 30 % à 15 % des calories totales. A titre indicatif, cela équivaut à consommer de la viande (environ 100-120 g) seulement quatre ou cinq fois par semaine, du poisson une fois par semaine, des produits laitiers quatre ou sept fois, des œufs deux à quatre fois et de la charcuterie quatre ou cinq fois par mois seulement. Etre « écovégétarien », c’est aussi opter pour le bio en évitant ses dérives industrielles. C’est enfin un atout remarquable pour rester en bonne santé. Mais les pouvoirs publics évitent de se prononcer clairement pour ne pas avoir à affronter les puissants lobbies de l’élevage.*

Sur notre blog biosphere, quelques variation sur végétarien, végétalien, vegan, lovavore, extraits :

12 septembre 2019, Le repas végétarien à l’école, enfin !

Dans un pays ou seulement 5 % de Français se déclarent végétariens, et 35 % « flexitariens », l’appropriation culturelle du repas végétarien est un processus long, trop long. Dix ans pour que l’État réagisse enfin ! Le 29 mai 2009 L’A.V.F. (Association Végétarienne de France) avait lancé la campagne pour « un jour végétarien hebdomadaire en France » à la suite de l’initiative de la ville belge de Gand. Elle travaillait en partenariat avec toutes les organisations se reconnaissant dans l’intérêt du « Lundi Jour Végétarien »…

11 juin 2012, Locavore, l’art de cuisiner dans le futur

Les locavores mangent local. Tout ce qui n’a pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 km (ou 30, ou 200) est interdit de séjour dans les assiettes de ceux qui adoptent la façon de manger locavore.  Le New Oxford American dictionary a fait de locavore son mot de l’année 2007. Ce sera le mot d’ordre du XXIe siècle. Pour économiser l’énergie et conforter la sécurité alimentaire, il faudra produire et consommer le plus possible localement sa nourriture. Mais le locavore que nous deviendrons tous de gré ou de force après le choc pétrolier n’aura pas la vie facile. Manger local, ce sera souvent faire vache maigre, avec de préférence un régime très végétarien…

28 aout 2017, Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

Il est discutable de vouloir confondre les végétariens, les végétaliens un peu plus radicaux, et les extrémistes végans pour qui tout produit issu de l’exploitation animale est à bannir. Il est encore plus contestable de réduire le débat à la question qui tue : « Est-il loisible, recommandé ou condamnable de tuer des animaux pour les manger ? » Il est sans consistance aucune d’évoquer « des raisons morales » au choix végan. A force d’approximations, il s’agit pour cette militante du véganisme de laisser le lecteur dans l’ignorance de ce que veulent dire les mots et les pratiques. Éclairons le débat. Le végétarisme exclut tout régime alimentaire basé sur la consommation de chair animale (viande, poissons ou crustacés). Le végétalisme s’interdit en outre tout produit issu des animaux, œufs, miel, laitages. Le véganisme va encore plus loin et récuse toute forme de contact avec les animaux, le cuir, la soie, la laine et tout produit contenant des matières animales…

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, « Devenir “écovégétarien” offre l’espoir d’être plus en harmonie avec le monde vivant »

Biosphere-Info, les conférences de consensus

Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO, envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus.

1/6) L’origine des conférences de consensus

Les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions) sont une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Dans les années 1970, en Allemagne, le sociologue Peter Dienel cherche à associer les habitants à la conception des projets. Pour lui les réunions publiques ne constituent pas le bon outil : elles peuvent mobiliser un grand nombre de personnes mais ne parviennent pas à concerner tous les groupes sociaux. De plus, les débats trop brefs ne débouchent le plus souvent que sur des revendications hétéroclites et pas toujours réalistes, voire sur un clivage entre les visions des participants plutôt que sur un consensus. Pendant des années, Dienel expérimente de nouveaux dispositif de formation et de recueil de la parole des citoyens, jusqu’à aboutir à ce qu’il appelle les « cellules de planification » (Planungszelle) : des groupes de 25 personnes tirées au sort parmi les habitants d’un quartier et mobilisés pendant plusieurs jours, qui reçoivent des éléments de formation et d’information sur le problème à traiter, puis qui délibèrent pour élaborer des recommandations. De nouvelles perspectives apparaissent en 1987, quand le Danish Board of Technology (organisme danois), affine la méthode qu’il baptise « Conférence de consensus ». Il mobilise un groupe de citoyens à qui il soumet une question qui n’appartient en rien à l’espace local, celle de l’usage des organismes génétiquement modifiés.

La première conférence de consensus a eu lieu en France en 1998 sur le même thème, les plantes transgéniques. Elle a été organisée par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) avec 15 citoyens. Elle faisait suite à une décision controversée prise en 1997 d’autoriser la culture de certains maïs transgéniques. La dernière en 2013, « sur l’efficacité des réponses pénales afin de mieux prévenir la récidive », s’est prononcée contre le tout-carcéral. Un comité d’organisation a composé un jury de consensus, composé de personnes diverses issues de la société civile. Il y a ensuite audition d’experts, pas seulement scientifiques, mais aussi intervenants, professionnels ou non, décideurs et usagers, concernés par la question de la prévention de la récidive. Enfin le Jury s’est retiré pour délibérer, pendant deux journées, à huis clos. Il s’est prononcé sur les questions précises que lui avait adressé le comité d’organisation. A l’issue de ses délibérations, le Jury a formulé des recommandations au gouvernement et au parlement. Notons que ce jury de consensus n’était pas véritablement « citoyen » puisque les membres ont été choisis par un comité d’organisation.

2/6) La recherche de consensus

La conférence de citoyens formalise la recherche de consensus. Elle répond à une situation où une décision politique est souhaitable mais où elle revêt une complexité inhabituelle et nécessite une acceptation par la population. Très souvent les thèmes concernent l’environnement ou les conséquences d’une innovation technologique. Le sujet débattu comporte de lourdes incertitudes qu’il est impossible de lever dans l’immédiat. Le panel des citoyens tirés au sort doit refléter la composition socio-démographique de la nation. Au départ les membres du panel ne possèdent pas d’information détaillée sur la thématique traitée. Une formation scientifique et technique assez lourde est donc nécessaire. Des intérêts multiples et contradictoires sont liés à la question débattue, ils sont écoutés lors d’auditions. Cette méthodologie doit permettre aux profanes de « mettre en question » les certitudes des experts. Le choix des formateurs et de l’animateur est crucial pour éviter les manipulations. L’objectivité de la formation et des débats doit pouvoir être vérifiée. La conférence de citoyens ne saurait être considérée comme une forme de sondage d’opinion, mais comme l’élaboration collective d’une décision éclairée. La fondation Sciences citoyennes a proposé un projet législatif pour définir plus précisément ces conventions.

A toutes les étapes, la transparence est requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer le panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. David Van Reybrouck, auteur de « Contre les élections » (Actes Sud, 2014), défend l’idée de démocratie délibérative ou Assemblée citoyenne : « Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. » Les conférences de consensus ne sont en fait qu’une autre façon de nommer les Assemblées citoyennes. Le programme d’EELV pour la présidentielle 2017 indiquait : « L’élection ne doit plus être la seule expression de la démocratie : des outils délibératifs (jurys citoyens, conférences de consensus) seront largement diffusés et la co-élaboration des politiques publiques sera encouragée. »

3/6) L’enjeu démocratique

La démocratie est un mot-valise, ses formes sont trop multiples « démocratie réelle/formeller, « directe/représentative », etc. Même dans un petit groupe en démocratie directe, la majorité a-t-elle toujours raison ? Quand il s’agit de démocratie représentative, le « pouvoir du peuple » est tellement diffus qu’il s’en trouve vidé de sens. La démocratie de masse peut aboutir à une dictature démocratiquement installées. Alors les conférences de consensus, censées éclairer les décideurs en dernier ressort peut apparaître comme une alternative .

Un véritable jury-citoyen constitue un panel représentatif de la population ordinaire, c’est-à-dire non expert sur la question étudiée. Les membres sont tirés au sort. Il faut lutter contre l’hyperspécialisation contemporaine qui transforme les  individus en serviteurs d’une structure, par exemple l’appareil judiciaire, l’entreprise, l’éducation nationale, un parti politique, etc. Dans ces systèmes clos, il n’y a plus d’ouverture d’esprit, mais enfermement au service d’intérêts particuliers plus ou moins rémunérateurs. La démocratie en acte, c’est faire confiance aux citoyens ordinaires pour comprendre les discours contradictoires des experts et en tirer des conclusions d’intérêt général.

Alors que l’investissement de nos sociétés dans l’innovation technologique est illimité, nous n’avons pas l’habitude d’investir dans l’innovation démocratique. Les conventions de citoyens permettent de hiérarchiser les priorités. La fondation Sciences citoyennes a proposé un projet législatif pour définir plus précisément ces conventions. Par exemple le comité de pilotage doit établir le programme (thèmes, intervenants, cahiers d’acteurs,…) par consensus afin que soient exposés/discutés devant le panel aussi bien les principaux savoirs consensuels que les aspects controversés. Il ne faut pas fuir le contradictoire en recherchant une formation “neutre”. A toutes les étapes, la transparence est requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer le panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. Examinons maintenant un cas particulier, la convention pour le climat

4/6) La convention citoyenne pour le climat

La convention citoyenne sur la transition écologique a été annoncée par Emmanuel Macron le 25 avril 2019 sur les décombres de la taxe carbone mis aux oubliette par les Gilets jaunes : une assemblée de 150 citoyens tirés au sort sera placée sous la double tutelle du ministère de la transition écologique et solidaire et du Conseil économique social et environnemental (CESE). Cette convention « a vocation (…) à mobiliser l’intelligence collective pour passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions » Si le consensus admet la gravité d’un sujet, comment imaginer un compromis sur les solutions ? De plus il est étonnant qu’une telle structure ne soit pas organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette convention citoyenne devrait « redessiner toutes les mesures concrètes d’aides aux citoyens sur la transition climatique dans le domaine des transports, de la rénovation des logements, pour les rendre plus efficaces ». L’objectif est fondamental, permettre de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale ».

Notons déjà, ce qui nous paraît le plus significatif, que le retour éventuel d’une hausse de la taxe carbone, à l’origine de la colère des gilets jaunes, a soigneusement été écarté des pistes de travail. C’est comme le Grenelle de l’environnement le nucléaire avait été soigneusement exclu des débats par le gouvernement ! De toute façon l’objet de la convention est beaucoup trop généraliste pour qu’on arrive à un résultat probant. Greenpeace a d’ailleurs estimé que « le gouvernement brandit la participation des citoyens pour dissimuler son inaction… Le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation sur les mobilités ou la loi climat-énergie, sont en cours d’examen. »

Le site de la convention citoyenne pour le climat vaut le détour. Pratiquer les recommandations qui en émergent mériteraient tout un débat à chaque fois. Exemples :

​- Faire une commission de citoyens tirés au sort qui déciderait de la commercialisation ou non des produits que les entreprises souhaitent vendre, selon leur impact pour la société ;

​- Faire calculer à tous les élèves de primaire le bilan carbone de leurs parents et le comparer aux objectifs de 2030 afin de les sensibiliser ;

– Inverser la politique actuelle d’allocations familiales en n’ouvrant des allocations qu’au premier enfant ;

– Interdire de vendre les produits qui nécessitent de brûler de la forêt (exemple cité : soja) ;

​- Obliger la vente à emporter de ne vendre que des boissons à verser dans des gourdes ;

– Apprendre aux élèves de l’école primaire à bricoler et réparer les objets ;

​- Faire un quota d’achat d’1kg de vêtements neufs par an ;

​- Produire soi-même sa nourriture…​

5/6) résultat final de la convention, simple avis ou décision suivie ?

Le problème de fond, c’est le passage de la proposition à la décision finale. Le ministre de l’écologie François de Rugy précisait en avril 2019 : « Nous attendons de cette assemblée qu’elle définisse un paquet de mesures qui seront soit directement transmises aux Français par voie de référendum, soit au Parlement dans un cadre législatif, soit encore qui donneront lieu directement à des mesures réglementaires. » Les parlementaires risquent fort de réduire en charpie les bonnes idées. Le Canard enchaîné du 15 janvier 2020 décrit ainsi le passage possible devant les députés : Nombre de ces idées, même « sans filtre », n’ont aucune chance de se concrétiser. Aucune chance, dans une Assemblée qui vient de voter une distance de sécurité de seulement 5 mètres pour les pesticides d’accepter « Sortir du nucléaire, trop insécuritaire. » En revanche parions que si les citoyens formulaient cette proposition : « Construire 10 EPR pour assurer à la France une énergie décarbonée », elle serait votée à une large majorité macroniste. Un référendum ne sera pas forcément en adéquation avec la proposition de citoyens qui ont été formés pour maîtriser un sujet donné. Par exemple, si la taxe carbone est proposée par la Convention citoyenne, quelle majorité de votants pourrait accepter le fait de devoir payer plus cher son essence « si nécessaire au mode de vie actuel » même si beaucoup ressentent plus ou moins consciemment que limiter nos émissions de gaz à effet de serre est une nécessité absolue. Comme la France est déjà loin de tenir ses engagements sur le climat, cette convention risque fort de ressembler au Grenelle de l’environnement sous Sarkozy qui n’avait abouti à aucune mesure concrète lors de son passage au parlement.

Devant les 150 citoyens qui bossent pour lui, Emmanuel Macron a présenté en janvier 2020 trois scénarios suite à leurs propositions sur le climat. Dans le premier cas de figure, le chef de l’Etat n’est pas d’accord : « Je n’ai pas fait cet exercice pour en arriver là. » Deuxième possibilité, « le texte que vous avez se tient, et on y va sans filtre … Les propositions trouveront leur cheminement par voie réglementaire, par voie législative ou par référendum ».Troisième option, la proposition n’est pas assez précise et le chef de l’État s’engage à la « finaliser » avec les citoyens. On vous fait travailler en vous donnant l’illusion que votre avis à un quelconque intérêt, vous faites vos propositions, réponse «  c’est très intéressant ce que vous proposez, j’aime bien mais blablabla cela ne pourra pas se faire car blablabla ». Rendez-vous en avril 2020 ; le chef de l’État s’est en effet engagé à revenir devant la « convention citoyenne pour le climat » pour leur annoncer le sort qu’il réserverait à leurs propositions.

Ce que nous venons de décrire montre deux choses. D’abord que les propositions des 150 citoyens n’ont aucune chance d’aboutir législativement, sauf à être édulcoré de façon à ne plus avoir de signification. Ensuite que la démocratie représentative, qui envoie au parlement des citoyens qui défendent un parti et/ou des intérêts économiques sans se soucier ni de l’intérêt public, ni de la durabilité dans le temps de leurs décisions, est complètement inadaptée à l’urgence écologique.

6/6) Perspectives futures

Les votants et le nombre de candidats lors d’une élection nationale sont trop nombreux pour arriver à un résultat fiable. Le nombre de représentants élus est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Un processus avec une vingtaine de participants tirés au sort et bien (in)formés suffit pour arriver à un consensus. Le fait qu’il n’y a pas de compétence particulière des membres est un avantage, l’ouverture d’esprit de chacun n’est pas viciée par un parti pris associatif, politique ou économique. Quant à la compétence technique, mieux vaut ne pas faire confiance aux experts ; le sens du bien commun est une qualité partagée par tous nos concitoyens ou presque, surtout quand on est réuni durablement pour le rechercher ensemble. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui.

David Van Reybrouck, auteur de « Contre les élections » (Actes Sud, 2014), écrit : « Notre démocratie électorale est basée sur le principe de la délégation. En votant, je donne mon pouvoir le jour des élections. En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, on a souvent oublié cela. L’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent. On constate en France que moins de 2 % des électeurs sont membres d’un parti politique. Moins de la moité des encartés sont actifs. Et au cœur de ce tout petit pourcentage, un nombre infinitésimal va se présenter aux élections. Finalement dans ce groupuscule, quelques-uns seront élus. Et nous appelons ça la démocratie représentative ! C’est un peu exagéré, non ? Pour moi, le futur de la démocratie se situe dans de nouvelles formes de représentation de la population. Depuis une dizaine d’années, l’information circule à une vitesse considérable et est accessible à tous. Pour la première fois nous avons la possibilité de faire s’exprimer la population dans un contexte radicalement nouveau. Avec un référendum ou un sondage, on peut répondre à une question par oui ou par non. C’est tout de même un peu limité. Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. Et inévitablement les réponses seront plus avisées. Cette nouvelle forme de démocratie est extrêmement prometteuse.

Il y a une deuxième formule pour créer une représentation du peuple : le tirage au sort. Nos sociétés connaissent ce système dans un domaine limité, les jurys d’assises. Même si ce système n’est pas parfait, on voit que les jurés prennent très au sérieux leur devoir. Ils investissement énormément pour prendre une décision qui sert la justice. C’est un exemple qui montre que des citoyens lambda sont capables de devenir des citoyens alpha, qui se prennent en main et s’occupent du bien être de la société. Des personnes tirées au sort sont capables d’aller au-delà de leur propre intérêt. Elles ont peut-être moins de compétences que les élus politiques, mais elles ont une liberté bien plus grande qu’un parlementaire. Elles ne sont pas pieds et poings liés à toute une série d’intérêts commerciaux ou à leur parti politique. Si on couple le tirage au sort avec la démocratie délibérative, alors on peut arriver à des décisions nettement meilleures que ce que les partis politiques sont capables de faire aujourd’hui. »

Extraits de Demain, un nouveau monde en marche (partout dans le monde des solutions existent) (éditions Domaine du possible, 2015)

À lire

L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (Un avenir peint en vert pour la France ?) de Michel Sourrouille (éditions Sang de la Terre, 370 pages pour 19 euros)

LABO Planète (où comment 2030 se prépare sans les citoyens) de Jacques Testard, Agnès Sinaï et Catherine Bourgain (1001 nuits, 2010)

liberté du bien vivre / liberté d’entreprendre

Le Conseil constitutionnel a rejeté dans une décision rendue le 31 janvier 2020, la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par l’Union de l’industrie de la protection des plantes (UIPP), qui regroupe Bayer, Syngenta, BASF… La QPC visait l’article 83 de la loi sur l’alimentation (Egalim) d’octobre 2018 interdisant, à partir de 2022, la production, le stockage et la circulation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives non autorisées en Europe pour des raisons liées à la protection de la santé ou à la préservation de l’environnement. De nombreux pesticides interdits sont toujours produits en France dans le but d’être vendus, principalement dans les pays en développement, et tout particulièrement en Afrique. L’UIPP estimait que ledit article portait une « atteinte excessive à la liberté d’entreprendre, protégée par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ». L’interdiction aura « un effet sanitaire nul », dans la mesure où elle est limitée à la France et n’empêchera donc pas les exportations depuis d’autres pays. Elle introduit, en revanche, une « distorsion de concurrence » en défaveur des entreprises implantées sur le territoire national.

Contre cette argumentation, le Conseil constitutionnel reconnaît pour la première fois que « la protection de l’environnement peut justifier des atteintes à la liberté d’entreprendre ». Il estime pour la première fois qu’« il appartient au législateur d’assurer la conciliation des objectifs de valeur constitutionnelle de protection de l’environnement et de protection de la santé avec l’exercice de la liberté d’entreprendre. À ce titre, le législateur est fondé à tenir compte des effets que les activités exercées en France peuvent porter à l’environnement à l’étranger ». Ses membres jugent ainsi qu’avec « l’atteinte portée à la liberté d’entreprendre » par la loi Egalim, « le législateur a entendu faire obstacle à ce que des entreprises établies en France participent à la vente de tels produits partout dans le monde, et donc, indirectement, aux atteintes qui peuvent en résulter pour la santé humaine et l’environnement ». Cette décision constitue un revirement de jurisprudence dans la mesure où elle reconnaît l’environnement comme « patrimoine commun des êtres humains ». De son côté, l’UIPP « étudie les voies juridiques possibles afin de préserver les 2700 emplois menacés de délocalisation ».* Quelques réactions sur lemonde.fr :

Laurent Pigot : Voilà ce qui nous attend, les atteintes à la liberté encouragées par les mous du bulbe enrôlés dans l’armée décérébrée des adorateurs de Greta. La dictature verte sera aussi meurtrière que les autres mais là, les tortionnaires le feront au nom du bien être de la planète. Honte à ceux qui s’en prennent à la liberté.

René B. : Oh ! quel cri de douleur ! tortionnaires, mou du bulbe, dictature ! Vous n’y allez pas de main morte ! Il manque toutefois à ce chapelet de qualificatifs ceux employés par les fanatiques de l’ultra-libéralisme économique : « Ecolobobos, vivant au pays des bisounours, Khmers verts, adeptes du retour à la bougie.. « 

Ulysse : La protection de notre environnement et du climat va à l’encontre même de certaines libertés, oui. La liberté individuel de pouvoir faire n’importe quoi quand on en a les moyens est clairement à remettre en cause.

Frog : La liberté d’entreprendre ne peut pas passer au-dessus de la liberté de ne pas subir d’intoxications….

Alternactif : la liberté… Je rappelle qu’elle s’arrête là où commence celle des autres. Vaut-il mieux être totalement libre de mourir dans un désert aride ou bien s’épanouir avec quelques règles évidentes de respect de la nature ? Nature qui nous nourrit tous.

F. P. : Il devient de plus en plus clair que c’est au plan du droit également que se jouent et se joueront les luttes écologistes. Liberté : ne rien faire qui nuise à autrui. Liberté : droit corrélé à un devoir, celui de ne pas détruire le monde en le rendant à peu près inhabitable. Liberté : limitation de la liberté d’entreprendre toutes les fois qu’elle se confond avec la liberté de détruire le monde !

Vieil observateur : Le cynisme, l’irresponsabilité et la cupidité des industriels sont impressionnants. L’emploi ne les intéresse que comme argument. Un autre argumentaire leur permet de justifier des suppressions de milliers d’emploi là ou ailleurs, sans plus d’états d’âme.

* LE MONDE du 1er février 2020, Le Conseil constitutionnel reconnaît que « la protection de l’environnement » peut justifier des « atteintes à la liberté d’entreprendre »

Rallyes, plus de 65 litres aux 100 kilomètres

Le premier ministre Pierre Messmer avait réclamé le 30 novembre 1973 l’interdiction du sport automobile sur le sol national. Il est vrai que le prix du baril avait quadruplé suite à la guerre du Kippour, l’essence devenait brutalement très chère. Messmer impose aussi les vitesses de 90 km/h sur route et 130 sur les autoroutes alors qu’auparavant on roulait comme on voulait. On n’avait pas de pétrole, il fallait avoir des idées ! Le prix du baril fait accepter des dispositions coercitives. Cette année 2020 on pourra assister en juin à une course Formule1 sur le circuit du Castellet alors que le pétrole devrait au bas mot valoir 1000 dollars le baril et l’essence à 10 euros le litre. Ce serait là juste témoignage de la raréfaction du pétrole et de la lutte contre le choc climatique.

LE MONDE* nous conte cette semaine les paradoxes du championnat du monde « WRC » (World Rally Championship) : Au niveau environnemental, le collectif « Ras le rallye » a organisé une manifestation à Gap le 25 janvier. Ce qui est nouveau, c’est l’écho sur l’opinion publique. « Le rallye de Monte-Carlo représente les “trente glorieuses”, un moment où très peu de personnes avaient conscience des conséquences des activités humaines sur le climat, explique leprésident de la Société alpine de protection de la nature. C’est complètement dépassé. » De fait, en ces temps de fonte accélérée des glaciers, il est compliqué de justifier le soutien à une activité consistant à faire rouler en pleine montagne des voitures qui consomment plus de 65 litres aux 100 kilomètres. Malgré le soutien des industriels, la FIA (Fédération internationale de l’automobile) a conscience des menaces liées à l’angoisse climatique qui pèsent sur la compétition automobile. C’est l’opération mise au vert, hybridation du rallye, création d’une Formule E tout électrique dès 2014. Cette évolution ne fait pas que des heureux. « Ce que j’aime, c’est le bruit », confesse un spectateur. « Les écolos de Gap, je les connais, ils ont de gros 4 × 4, comme tout le monde ici. »

bagacum rey : Quand j’étais gosse, ce rallye faisait l’objet de reportages à la une d’un magazine, Auto-moto 1, si ma mémoire est bonne. Il me faisait rêver mais c’était le décor que j’appréciais le plus, moi le petit môme de la plaine qui n’avais jamais mis les pieds en montagne. Les voitures dérapant ou se faufilant entre rangées de spectateurs et bourrelets de neige, tout cela me fascinait. 45 ans plus tard, je ne vois que futilités et nuisances dans un monde qui a profondément changé.

Ced5999 : J’étais au rallye de Monte Carlo cette année. Et pourtant je suis un ecolo relativement radical au niveau des idées. Je vais d’ailleurs chaque jour au boulot en vélo, qu’il pleuve ou qu’il neige, et ce n’est pas toujours simple a faire. Mais avant de critiquer le rallye de Monte Carlo pensez a stopper vos achats de Suv ….

Jean Rouergue : Comment stopper les achats de grosses cylindrées si à coté on présente toujours des courses publicitaires de rallyes pour stimuler l’achat de ces véhicules ? Pédaler ne suffit pas, il faut aussi réfléchir sur les chemins à suivre..

P.NK1 : « 65 litres aux 100 kilomètres » … c’est pas abusé alors que la planète crame ? Honte à Toyota et aux autres écuries.

Jean Rouergue : Ces courses, ces rallyes, cette vitesse, tout cela est dépassé, d’un autre temps, le temps où notre planète n’avait pas de limite, où nos ressources étaient infinies, nos pollutions négligeables… La course de vitesse est la course d’un vieux monde. Elle perdure encore en quelques domaines comme la 5G…

Pour en savoir plus avec notre blog biosphere :

18 octobre 2017, La chasse aux automobilistes est ouverte, feu à volonté

5 janvier 2010, supprimons les courses automobiles

4 janvier 2010, Padak, pas d’accord

16 mars 2008, la F1, à supprimer

* LE MONDE du 29 janvier 2020, Des rallyes en froid avec la lutte pour le climat

Le droit au blasphème, c’est démocratique

Blasphème, « parole impie », sarcasmes envers un dieu ou une religion. Aujourd’hui encore, soixante-douze pays, dont treize en Europe, ont toujours une législation pénale qui condamne le blasphème, considéré parfois comme un crime. En France, c’est au contraire un fondement du principe de neutralité de l’État sur les questions religieuses. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen abolissait en 1789 le blasphème, crime pour lequel le chevalier de La Barre avait été condamné à mort par torture en 1766. Rappelons l’état du droit au niveau international avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1948) :

Article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. 

Article 19 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Aujourd’hui c’est une adolescente, Mila, qui fait débat en postant sur instagram : « Je déteste la religion, (…) le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. (…) J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s’exciter, j’en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. » Sa messagerie explose : « je recevais 200 messages de pure haine à la minute. » La lycéenne se justifie : « Contrairement à eux, je n’ai insulté personne, ni menacé, ni appelé à la violence envers qui que ce soit. Ce que j’ai fait, c’est du blasphème, c’est une critique générale des religions, et rien d’autre. » Nicole Belloubet, pourtant ministre de la justice, déclare que l’insulte contre une religion constituait « évidemment une atteinte à la liberté de conscience ». La sénatrice Laurence Rossignol lui rappelle qu’« en France, il est interdit d’insulter les adeptes d’une religion mais on peut insulter une religion, ses figures, ses symboles ». Le parquet a classé sans suite, le 30 janvier 2020, la première enquête ouverte contre Mila pour « provocation à la haine raciale ». En revanche, une seconde enquête est « ouverte du chef de menaces de mort, menace de commettre un crime, harcèlement ».

Rappelons quelques précédents. En 2006 le professeur R.Redecker qualifiait dans une diatribe le prophète Mahomet « de chef de guerre, impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame » et le Coran de livre « d’inouïe violence ». Il n’a été poursuivie en justice par aucune association musulmane. Le procès qui s’est ouvert le 7 février 2007 contre Charlie Hebdo est une autre illustration de cette thématique. Dans les différences caricatures sur Mahomet reprises par ce journal satirique, c’était la religion qui est visée, pas les musulmans.En 2014, Houellebecq déclarait publiquement : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. » Nous avons inventé la démocratie pour qu’il y ait recherche de la vérité par le débat. Puisque la religion n’est qu’une idéologie comme les autres, elle doit pouvoir être critiquée. Aussi pénible que cela puisse être pour les croyants, on doit pouvoir dire ce que l’on veut de la religion, tout en faisant clairement la distinction entre la religion comme idée discutable, et ceux qui la pratiquent. En effet l’injure publique à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion est en France poursuivie par la loi. Ni la bible, ni le coran, lisez dans le livre de la Nature pour l’amour de toutes les formes de vie. C’est ce que nous vous conseillons sans vouloir faire passer les mécréants par le fil de l’épée.

* LE MONDE du 30 janvier 2020, L’affaire Mila expliquée : insultes contre l’islam, menaces contre une lycéenne et réaction politique « maladroite »

CLIMAT, l’illusoire compensation carbone

« Pour s’installer au volant d’un véhicule de plus de 9 CV, il suffirait de débourser 70 euros en achetant auprès des magasins Nature & Découvertes une carte de compensation carbone. On nous explique que l’association Climat Mundi, dont l’activité s’exerce au sein du processus défini par le protocole de Kyoto, va participer avec l’argent récolté au financement d’un projet hydroélectrique en Chine. Même si ce principe est reconnu par l’ONU, il ne permet pas de transformer un véhicule brûlant une ressource fossile en véhicule neutre en CO2. En effet, une centrale productrice d’électricité ne fait qu’ajouter une autre source d’énergie pour l’activité humaine, elle ne peut séquestrer les gaz à effet de serre émis non seulement par le véhicule, mais aussi toutes les émissions générées par ce surcroît d’énergie. De plus on sait qu’un barrage est une source de détérioration du milieu et de perturbation de la biodiversité. Nous savons bien que l’économie, en additionnant un mal plus un autre mal dans le PIB mondial, voudrait nous faire croire que c’est en définitive un bien qui contribue à la croissance. Mais une pollution reste une pollution, il est dangereux pour la planète de faire croire au conducteur d’une automobile qu’il possède un véhicule propre. » Nous écrivions cela sur ce blog en janvier 2008. Douze ans plus tard, les entreprises se ruent sur l’achat de forêts entières en vue de compenser leurs émissions de CO2.

Air France annonce que, dès janvier 2020, elle compenserait les émissions de CO2 de ses quelque « 450 vols intérieurs » quotidiens en finançant des projets de « plantations d’arbres, de protection des forêts, de transition énergétique ». Shell veut faire pousser plus de 5 millions d’arbres sur l’année aux Pays-Bas. La forêt devient un marché qui permet aux entreprises de financer des projets de séquestration ou de réduction des émissions. En échange de quoi elles obtiennent des crédits carbone. De La Poste à Danone en passant par MSC Croisières, toutes en parlent. Y compris les responsables de la formule 1. La compensation carbone révèle l’anxiété grandissante des entreprises face au diktat de l’urgence climatique. La demande excède le nombre d’initiatives à financer. La forêt devient un alibi qui fait passer au second plan la priorité numéro un, c’est-à-dire la décarbonation de pans entiers de l’économie.**

Un arbre contre un trajet de train, cela ne peut pas fonctionner de manière aussi simpliste. En effet il y a des différences de temporalités entre le biologique et le géologique. Les arbres plantés aujourd’hui mettront plusieurs dizaines d’années pour séquestrer les émissions actuelles alors que le CO2 a une durée de séjour approximative de cent ans dans l’atmosphère.  Sans compter qu’avec le changement climatique, les forêts sont plus vulnérables aux feux, aux insectes et aux maladies, et qu’à des températures trop élevées, elles relâchent du carbone au lieu d’en stocker. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

8 octobre 2016, Compensation carbone, l’hypocrisie de l’aviation civile

19 janvier 2016, loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

5 novembre 2013, effet rebond, compensation carbone… hypocrisie morale !

8 janvier 2010, l’illusion de la compensation carbone

* LE MONDE du 4 janvier 2008

** LE MONDE du 28 janvier 2020, Dans la jungle de la compensation carbone

Cl. Allègre enterré par l’Académie des sciences

Claude Allègre : « Le climat variant peut-être de 2 ou 3 °C dans un siècle est-il la première priorité de la planète ? Faut-il mobiliser tous les chefs d’Etat sur ce sujet ? Ne faut-il pas se préoccuper d’abord du problème de l’eau et de la faim dans le monde ? Où sont les urgences ? Ne faut-il pas capturer et séquestrer le carbone, promouvoir le nucléaire de quatrième génération, les organismes  génétiquement modifiés, etc. Le combat essentiel, fondé sur une science ouverte, n’a pas besoin de validation politique ! » (LE MONDE du 22 mai 2010)

Claude Allègre était membre de la vénérable académie des sciences, crée en 1666. Pendant les années 2007-2015, l’Académie a été paralysée sur le sujet climatique par un petit groupe de climatosceptiques menés par le géochimiste Claude Allègre et le géophysicien Vincent Courtillot. Ils bloquaient les débats sur le sujet, ainsi que l’élection de certains climatologues à l’Académie. L’ancien ministre Claude Allègre était alors « protégé » par certains membres du bureau de l’Académie des sciences qui le laissaient librement s’exprimer. Plusieurs membres du bureau de l’institution appartenaient à la Fondation Ecologie d’avenir, créée par Claude Allègre. Cette influence s’est manifestée jusqu’en 2015. Cette année-là, malgré l’absence de Claude Allègre, victime d’un accident cardiaque en 2013, un avis de l’Académie des sciences conçu pour servir d’appui aux négociations climatiques de la COP21 a donné lieu à un affrontement entre académiciens, en particulier avec Vincent Courtillot. Après des mois d’âpres débats, le texte final ne reconnaît pas de manière explicite la responsabilité humaine dans le réchauffement en cours ni ne caractérise les risques posés par le dérèglement climatique.

Le colloque « Face au changement climatique, le champ des possibles », qui s’est déroulé les 28 et 29 janvier 2020 à Paris, change la donne. C’est le premier organisé sur le climat en présence du grand public. « Chaque degré de réchauffement compte, chaque année compte et chaque choix compte », ont conclu les intervenants. Que de temps perdu ! », s’est pourtant exclamée la climatologue Valérie Masson-Delmotte : « Il y a dix ans, j’ai porté un appel signé par près de mille scientifiques du climat en France, qui a poussé l’Académie des sciences à mener un débat scientifique confidentiel et approfondi sur le climat. Je pense que l’Académie des sciences a perdu dix ans en ne jouant pas son rôle de transmission, partage et transformation de la société. »

N’oublions pas que les membres de l’Académie des sciences ont refusé l’entrée de Marie Curie en son sein. Pourtant Marie Curie était une physicienne d’exception, prix Nobel de physique, découvreur du radium. Le président de l’Académie des sciences, effaré par la foule qui se presse le 23 janvier 1911 aux portes de la vénérable maison, faisait le choix du sexe dit fort : «Laissez entrer tout le monde, excepté les dames.» Cela pouvait se comprendre au début du XXe siècle. Qu’un climato-sceptique comme Claude Allègre ait pu faire la loi à l’Académie des sciences un siècle plus tard, est inadmissible. Cela prouve que la rationalité de la science et la validité de la preuve n’est pas un mot d’ordre pour toutes les personnes qui se disent scientifiques… Pour recenser tous les contre-sens sur l’écologie, il suffisait à une époque de lire Claude Allègre. Ses délires ont été abondamment commentés sur ce blog biosphere.

20 septembre 2010, la science n’aime pas l’Académie des sciences

23 mai 2010, Claude Allègre en procès

30 octobre 2010, Allègre n’aura jamais tort !? (débat climatique à l’Académie des sciences)

24 mai 2010, Allègre, politicien et scientiste

5 avril 2010, Allègre, le chouchou du Figaro

4 mars 2010, Allègre radote, le GIEC tranche

7 janvier 2010, Les arguments de Claude Allègre en débat

29 décembre 2009, Claude Allègre n’est qu’un saltimbanque

7 décembre 2009, le mécréant Claude Allègre

24 juillet 2009, Claude Allègre, out

31 août 2007, Allègre ment !

Se soigner aux antibiotiques, mourir plus vite

« Demain, des infections banales et des blessures légères, soignées depuis des décennies, pourraient redevenir mortelles. La résistance aux antibiotiques est devenue une réalité cruciale que révèle le premier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la question. A force de se soigner aux antibiotiques, on reste malade ou mourant. L’évolution du vivant est en effet un mécanisme plus performant que les progrès de l’industrie chimique. »* C’est ce que nous écrivions en 2014. Dans un rapport d’avril 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait que les résistances microbiennes causaient 700 000 morts par an dans le monde, et prévoyait 10 millions de morts par an en 2050. En Inde, c’est déjà le désastre.

Il était entré à l’hôpital pour un problème respiratoire. Il est mort quarante jours plus tard d’une infection à bactéries hautement résistantes. Les bactéries sont capables d’échanger leurs gènes de résistance entre elles par simple contact, même entre espèces différentes. Elles peuvent se propager à d’autres patients, notamment par les mains ou les instruments médicaux, véritables « aimants » à bactéries. D’où cette fulgurante propagation des résistances. Sachant qu’il y a plus de 75 000 hôpitaux en Inde, le fardeau de l’antibiorésistance apparaît subitement incommensurable. Il se chiffre en centaines de milliers de morts. Les infections résistantes sont devenues la première cause de décès chez les personnes atteintes de cancers du sang en Inde. Autrement dit, ces infections se révèlent désormais plus mortelles pour ces patients que le cancer lui-même ! Dans une étude menée dans un grand hôpital public de Delhi, 73 % de ces patients étaient porteurs de bactéries résistantes à toute une famille d’antibiotiques de dernière génération, les carbapénèmes, utilisés en derniers recours en France contre les « bactéries hautement résistantes émergentes ». En Inde, difficile de connaître l’impact de la résistance aux antibiotiques. Et pour cause : aucun système de surveillance national n’existe, et les trois quarts des hôpitaux ne tiennent aucune comptabilité de ces infections.  Mais ce n’est pas tout. Ces superbactéries ne se contentent pas d’attaquer à l’intérieur des hôpitaux : on les trouve désormais dans les sols, les rivières, les animaux, le lait, la nourriture… Partout où l’on trouve des antibiotiques, des résistances émergent. Or, les antibiotiques sont omniprésents dans l’environnement indien : ils proviennent des élevages, des rejets hospitaliers, des eaux usées urbaines ou encore des effluents des industries pharmaceutiques qui les produisent, sachant que l’Inde est le plus gros producteur mondial d’antibiotiques avec la Chine. Il n’y a plus besoin d’avoir pris des antibiotiques ou d’être allé à l’hôpital pour être porteur de ces bactéries multirésistantes. On touche là un autre problème, le surcoût astronomique de ces infections. Si les patients qui contractent ces infections à l’hôpital refusaient de payer les surcoûts inhérents, l’ensemble du système de soins indien s’effondrerait.**

Mourir par épidémie médicamenteuse, saine régulation démographique dans un pays surpeuplé comme l’Inde ? Puisque les hommes sont incapables d’auto-limiter leur population, la nature va s’en charger. Donc rien de grave, les super-bactéries font le ménage entre les personnes qui résistent par leur propre force et les autres. C’est ce que pensent certains, miser sur la sélection naturelle. Vaste débat. Comme l’écrivait Rachel Carson en 1962 à propos des insecticides, « L’histoire de la vie sur Terre est l’histoire d’une interaction entre les êtres vivants et ce qui les entoure. C’est seulement dans la séquence temporelle du XXe siècle qu’une espèce – l’homme – a acquis la puissance considérable d’altérer la nature du monde. Depuis que le DDT a été homologué les insectes, dans une splendide confirmation de la théorie darwinienne de la « survie du plus adapté », ont évolué vers des super-races immunisées. Nous avons à résoudre un problème de coexistence avec les autres créatures peuplant notre planète. Nous avons affaire à la vie, à des populations de créatures animées, qui possèdent leur individualité, leurs réactions, leur expansion et leur déclin. Le tir de barrage chimique s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue. Vouloir « contrôler la nature » est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal… »

* 6 mai 2014, Se soigner aux antibiotiques, mourir de ce mésusage

** LE MONDE du 28 janvier 2020, En Inde, la résistance aux antibiotiques devient un problème sanitaire très sérieux

*** https://www.lemonde.fr/medecine/article/2016/06/06/la-guerre-contre-les-superbacteries-est-declaree_4939189_1650718.html

La fin des inégalités, c’est pour demain !

Notre société est toujours une royauté, avec ses privilégiés qui n’ont pas un carrosse mais un avion personnel, par de palais mais des demeures luxueuses disséminées dans le monde entier, pas de jets d’eau dans le jardin mais des palaces flottants dans les paradis fiscaux. Rares sont les transfuges de cette super-classe. Abigail Disney, une des héritières de l’empire Disney, a adhéré en 211 au club des Patriotic Millionaires, les millionnaires patriotiques, super-riches culpabilisant de l’être un peu trop. En octobre 2019, Abigail a reçu la distinction de « traître de classe », décernée par l’Union pour une économie juste, une association fondée par Chuck Collins, 60 arrière-petit-fils du magnat du hot-dog, Oscar Mayer. Un social-traître lui aussi : à 26 ans, il distribuait la totalité de son héritage à des organismes de justice sociale et environnementale.*

La différence de revenus entre personnes est non seulement injustifié d’un point de vue économique, mais insupportable d’un point de vue écologique. Un jour où Abigail voyageait, seule dans le Boeing 737 familial, installée dans son grand lit, elle a réalisé que l’avion était un peu disproportionné. « L’empreinte carbone, le carburant. Je me suis dit que c’était totalement erroné. » En mars 2018, on l’informa qu’à Disneylan. le personnel n’arrivait plus à joindre les deux bouts. « C’était censé être l’endroit du plus parfait bonheur sur terre, et les employés étaient si mal payés qu’ils étaient obligés de dormir dans leur voiture ou de se nourrir dans les banques alimentaires », a-t-elle relaté. Parallèlement, Disney avait enregistré un profit de 13 milliards de dollars et son PDG, Bob Iger, avait été gratifié d’une rémunération de 65 millions de dollars. Soit plus de mille fois le salaire médian des salariés. Comment passer de ce cas particulier à une proposition globale ? Avec les Patriotic Millionaires, Abigail Disney fait maintenant campagne pour imposer une surtaxe de 1 % aux compagnies qui rémunèrent les patrons de 50 à 100 fois plus que les salariés – et de 4 % si le ratio est de plus de 300. La législation ne s’appliquerait qu’aux entreprises qui réalisent plus de 10 millions de dollars de revenus imposables. On peut aller beaucoup plus loin. Nos principes de base sur l’égalisation des conditions reposent sur deux points :

– La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. Il n’a aucun droit absolu sur « son » entreprise », « son » capital, « sa » maison, « son » salaire, etc. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise (pour le paiement des salaires ou le bénéfice)….

– A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre, ils ont les mêmes besoins matériels. Alors pourquoi alors à travail égal un revenu différencié ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail, seul le nombre d’heures travaillées ferait la différence de revenu entre dirigeant et dirigés. Pratiquons la simplicité volontaire, exigeons des cadres et des patrons de faire de même.

Rappelons l’essentiel de notre article « Salaire élevé d’un patron, n’acceptons pas l’injustifiable » : L’inégalité des revenus permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. Qu’est-ce qui justifie cet état de fait ? Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces; les artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose. L’autre aspect est le chiffre d’affaires de l’entreprise, c’est-à-dire l’apport d’argent par les consommateurs. Plutôt que de rémunérer le seul patrons sur les bénéfices, on peut aussi bien distribuer l’argent à l’ensemble du personnel ou, mieux, redonner le surplus d’argent aux consommateurs en diminuant les prix de vente. D’ailleurs les montants versés aux dirigeants ne dépendent pas de leur « performance » individuelle mais de la taille de l’entreprise. Plus l’entreprise est grande, plus sa valeur ajoutée permet les fortes rémunérations d’une seule personne… avec la bienveillance d’un conseil d’administration inféodé à ce patron. Admettons qu’un patron travaille 15 heures par jour sept jours sur sept en pensant certaines nuits à son entreprise. Même dans ce cas il ne devrait être payé que trois fois la somme donné au travailleur de base de son entreprise, il ne turbine pas du chapeau plus de 100 heures par semaine ! En savoir plus grâce à notre réseau biosphere :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/06/supprimons-les-inegalites-de-salaires/
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/07/supprimons-les-inegalites-de-salaires-suite/
Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil, 2007)

* LE MONDE du 23 janvier 2020, Abigail Disney, héritière et « millionnaire patriotique »

Kobe Bryant est mort, ça n’a aucun intérêt

NBA et autres spectacles où on joue à la baballe sont les symboles d’une société du spectacle, une source de divertissement, dans le sens de divertir, faire diversion, « qui nous empêche d’aller à l’essentiel ». LE MONDE* consacre pourtant tout un article à un ancien champion américain de basket ; Kobe Bryant est mort dans un accident du ciel. Son hélicoptère, qu’il avait tant de fois emprunté pour faire la navette entre son domicile et l’antre des Los Angeles Lakers, s’est écrasé dans les collines. Voici quelques extraits significatif de l’article : « Le « Black Mamba » n’est plus et la sidération est immense… Il peut agacer son entraîneur en ne respectant pas les consignes pour prendre un tir risqué… Désormais maître incontesté du navire Lakers, l’acharné compétiteur grogne, insulte ses coachs, affuble ses partenaires de sobriquets désobligeants, voire refuse de leur passer la balle… Accusé de viol par l’employée d’un hôtel du Colorado en 2003, Kobe Bryant voit ses sponsors le lâcher, et son image s’assombrir… « Un sacré connard », synthétisera le Canadien Steve Nash, son coéquipier pendant trois saisons. » Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Thucydide : J’ai découvert l’existence de cet individu le jour de sa mort. En ferait-on autant pour la mort d’un grand scientifique ? La société a les héros qu’elle mérite.

HUBERT MENSCH : Quelle « Une » du MONDE fascinante, suspendue quelque part entre Voici et Gala. Goici ou Voila ?…

Laurent Outang : Malgré tout le respect que j ai pour cette personne (et toutes celles qui meurent un jour d’ailleurs ). Voir la mort d un sportif faire la une du Monde me laisse pantois !

mille sabords : Rest in peace, certes. Mais ni vous ni moi ne risquons l’accident d’hélicoptère pour rentrer chez nous. Le vélo a un avantage, c’est qu’il pollue moins que l’hélico., et un inconvénient : si vous êtes tué en vélo sur la route de la maison, cela ne fera pas une ligne dans Le Monde. Morale très à la Trump : « polluez comme des fous, même pas grave si vous faites parler de vous… »

René B. : pour sauver la planète je ne prends plus mon hélicoptère pour aller au supermarché.

Le Basque  : Pas une once de compassion dans ces commentaires pour cet homme exceptionnel qui a fait rêver des millions de jeunes à travers le monde et qui disparaît à 41 ans avec sa fille. Je vous plains…

pour en savoir plus, Tout savoir sur la société spectacle et bien plus

* LE MONDE du 28 janvier 2020, Avec la mort de Kobe Bryant, le basket perd l’un des plus grands joueurs de son histoire

Tout savoir sur le coronavirus 2019-nCoV

Depuis un mois, le coronavirus apparu à Wuhan en Chine a contaminé près de 1 300 personnes, 237 sont dans un état critique. Parce qu’il est transmissible par simple contact entre humains, il inquiète les autorités du monde entier. Les coronavirus forment un groupe de virus dont les premiers représentants ont été identifiés au milieu des années 1960. Leur nom provient des prolongements en forme de couronne situés à leur surface. Ils provoquent des infections respiratoires. Selon le type de virus, ces infections sont d’une gravité très variable puisqu’elles vont du simple rhume à des syndromes provoquant une détresse respiratoire et la mort. Quelques réactions sur lemonde.fr qui montrent la complexité d’une pandémie :

Agnès Buzyn, ministre de la santé : « Il faut traiter une épidémie comme on traite un incendie, très vite repérer la source » et la « circonscrire le plus vite possible » ; « Nous aurons probablement d’autres cas. »

Pierre Robes : « Face à la situation grave d’une épidémie qui s’accélère (…) il est nécessaire de renforcer la direction centralisée et unifiée du Comité central du Parti », a affirmé samedi le président Xi Jinping : on dirait Staline dans le texte !

soyez le premier à réagir @robes : heureusement qu’ils ont un régime centralisé « fort ». On imagine la même chose en Europe, c’est la débandade.

daniel georges : En France 8000 morts l’année dernière. Le coronovirus, non la grippe !

Loriot : Rappelons une chose, toute simple, hélas. Les pneumonies « ordinaires » tuent toutes les 40 secondes un enfant, essentiellement dans les pays pauvres, donc près d’un million de morts CHAQUE ANNEE (chiffres officiels de l’OMS pour la dernière année connue : 2015).

CDU : La grippe espagnole a été fatal pour 2,5 à 5% de la population mondiale de l’époque.

dilivier7 : Nulle part je n’ai lu s’il y avait un traitement contre cette maladie. Quelqu’un a t’il une réponse à cette question ?

Catherine R. : Comme la grippe. Antipyrétique, sérum phy pour laver le nez. Et attendre que ça passe.

Woudi Kherenc  : Pour des personnes en bonen santé, seul le système immunitaire est capable d’éliminer totalement un virus. Les traitements éventuels ne servent qu’à ralentir l’infection ou à soulager les symptômes. La meilleure arme serait un vaccin, mais ça ne peut pas se faire du jour au lendemain…

Robert Corel : Les masques chirurgicaux ne servent qu’à éviter de contaminer quelqu’un, mais en aucun cas ils vous protègent. S’il faut porter un masque alors vérifiez qu’il ait la norme ffp2 et même mieux ffp3. Et désinfectons-nous les mains, un masque ne nous servira à rien si nous portons nos mains souillées à la bouche ou nous grattons le nez.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere, Pandémies mortelles, SRAS, H5N1, H7N9 (21 janvier 2020)

* LE MONDE du 26-27 janvier 2020, Coronavirus : la situation est « grave » et l’épidémie « s’accélère », affirme Xi Jinping

Horloge de l’apocalypse, on va tous sauter

L’horloge de l’apocalypse annonce minuit moins cent secondes. En 1991, à la fin de la guerre froide, grâce à la détente elle avait pourtant reculé jusqu’à dix-sept minutes avant minuit. Sur le front nucléaire, les concepteurs ont constaté le démantèlement du socle de contrôle international des armements avec le retrait en 2019 des Etats-Unis et de la Russie du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Les Etats-Unis de Donald Trump menacent aussi de ne pas renouveler le traité New Start de réduction des armes stratégiques nucléaires, conclu en 2010. Sans compter la nouvelle militarisation de l’espace. Concernant le climat, les experts ont pointé la déception après les grands sommets consacrés au climat, qui n’ont pas suscité les engagements nécessaires pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Les « horlogers » s’inquiètent aussi du délitement sociétal tels que les campagnes de désinformation et les deepfakes (vidéos trafiquées).* Et encore, ces experts ne disent rien de la descente énergétique qui s’amorce ni le l’effondrement de la biodiversité qui s’accélère !

La « Doomsday Clock » du Bulletin des scientifiques atomiques a été imaginée en 1947 pour symboliser l’imminence d’un cataclysme planétaire. Un groupe d’experts, dont treize lauréats du prix Nobel, fixe chaque année la nouvelle heure. A chaque mouvement de l’horloge correspond une période de tension ou d’espoir dans les relations diplomatiques. Le 26 janvier 2017, les scientifiques mettaient par exemple en garde l’opinion après les propos du nouveau président américain, Donald Trump. : « les “faits alternatifs” ne feront pas magiquement disparaître les défis dus aux changements climatiques ».**

Bon, on peut penser ce qu’on veut de ce système d’horloge à l’américaine, mais au moins il a l’objectif de chatouiller un peu les consciences, ce qui vaut mieux que ceux qui lisent, boivent un coup, rotent et tournent la page. Il y a beaucoup de gens, décideurs aveugles ou consommateurs effrénés, qui sont responsable de la situation de plus en plus inquiétante où nous sommes arrivés. Les premières classes du Titanic ont continué de danser jusqu’à ce que la dangereuse gîte du bateau réputé « insubmersible » devienne incontestable… Il n’y a pas que l’horloge de l’apocalypse qui nous aura averti. Ainsi le rapport sur les limites de la croissance en 1972, l’empreinte écologique qui montre dès 1996 qu’on explose la planète, le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot en 2004, les avertissements de 10 000 scientifique ici ou 15 000 scientifiques là, etc. Les contraintes écologiques, climatiques et démographiques, par leurs conséquences déjà observables (désertification, stress hydrique, famine, guerres civiles, dirigeants corrompus ou inconséquents…) ont déjà fait basculer l’aiguille au-delà de minuit dans bien des pays. Douter, se moquer, parler d’élucubrations ou de grand guignol apocalyptique ne grandit pas les commentateurs qui profèrent sur lemonde.fr ces phrases toutes faites.

* LE MONDE du 22 janvier 2020, L’horloge de l’apocalypse avancée de vingt secondes, plus près de minuit que jamais

** LE MONDE du 28 janvier 2017, Qu’est-ce donc que cette « Horloge de l’apocalypse » qui a changé avec Trump ?

Dry January, janvier sans alcool, dur dur

L’opération « Janvier sec » ou « Dry January», qui consiste à suspendre sa consommation d’alcool pendant un mois, devait être soutenue par l’agence nationale Santé publique France, mais voilà que le vigneron triomphe : elle se fera sans l’État*. Macron ne veut pas de diète alcoolique, il est bien entouré. Désignée conseillère agriculture du président en mai 2017, Audrey Bourolleau a accompagné Emmanuel Macron tout au long de sa campagne. Mais elle était aussi déléguée générale de Vin & Société depuis 2012. Créditée pour avoir mené, en 2015, la dernière offensive victorieuse de détricotage de la loi Evin – les contenus consacrés au « patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique » ne sont plus considérés comme de la publicité mais comme de l’information ! La ministre de la santé, Agnès Buzyn, fait profil bas.

Paradoxe bien connu dans nos société marchandes, la contradiction ne fait pas peur. LE MONDE « science&médecine » du 22 janvier montre comment le lobby de l’alcool sape la prévention. Et le supplément « LE MONDE des vins » du 21 janvier était uniquement consacré à vanter les soirées alcoolisées, mais en bio s’il vous plaît : les promesses du bio, 75 flacon bons et bio à moins de 25 euros, et même l’appui de Mario Vargas Llosa « come une lange, le vin relie les hommes » ! Il est vrai que le Prix Nobel de littérature est aussi lauréat du prix littéraire Château La Tour Carnet 2019 : « Je ne consomme pas d’alcool fort. Mais je déguste seulement du rouge le soir, pas au déjeuner, sinon je suis paralysé et je ne peux pas travailler. Un jour, un médecin m’a recommandé d’arrêter l’alcool pendant un mois. Je lui ai avoué que je ne buvais que du vin. Cela l’a rassuré, et il m’a dit que ce n’était pas de l’alcool ! Je lui ai alors demandé ce qu’était le vin. Il m’a répondu : « C’est la civilisation. » Quelle civilisation ? C’est la marque de l’intoxiqué d’aimer la source de son addiction, surtout quand il est payé pour en faire la propagande, le prix était doté de 20 000 euros. .

C’est la marque de notre société marchande d’imposer ses produits mêmes toxiques aux consommateurs par différents moyens, politiques, publicitaires et agents de liaisons. Qu’elle dure un mois ou toujours, les alcooliers ne veulent pas de l’abstinence. Au cauchemar de la sobriété, ils préfèrent la « modération » toute l’année. Le détournement des repères par le lobbying viticole est d’autant plus lourd de conséquences que, depuis la fin des années 2000, les études scientifiques qui s’accumulent finissent de balayer le mythe des effets bénéfiques de l’alcool consommé avec « modération ». Face aux avancées de la science, tous les moyens sont bons pour ignorer les faits. Un éditorial de La Revue du vin de France vilipende les « associations hygiénistes qui font régner la peur en associant le vin à la mort et au cancer », n’hésite pas à parler de « camarilla prohibitionniste », de « censeurs », de « ligues de vertu », du « carcan mortifère de la loi Evin », qui encadre le tabac et l’alcool. « Il faut réagir, s’enflamme le directeur de la rédaction, cesser de financer ces associations parasites qui préconisent la ruine de notre secteur viticole, le reniement de notre culture. » Comment résister au déferlement de la haine quand on touche aux intérêt financiers ? Face au pouvoir de l’argent, la résistance n’est que symbolique, janvier sec, semaine sans écrans, lundi végétarien, etc. Mais ce n’est pas parce qu’on est minoritaire qu’on n’a pas raison. Le détournement des repères par le secteur est d’autant plus lourd de conséquences que, depuis la fin des années 2000, les études scientifiques qui s’accumulent finissent de balayer le mythe des effets bénéfiques de l’alcool consommé avec « modération ». L’alcool est la deuxième cause de mortalité prématurée évitable après le tabac. Vin, bière ou rhum : tous les alcools ont les mêmes effets. Pour en lire plus sur notre blog biosphere :

27 janvier 2019, Même le vin bio, c’est pas bien, c’est pas beau

13 février 2012, dur pour un écolo de refuser de trinquer ?

* LE MONDE du 22 janvier 2020, Comment le lobby de l’alcool sape toute prévention prônant l’abstinence

** LE MONDE du 21 janvier 2020, Mario Vargas Llosa : « Comme une langue, le vin relie les hommes »