Les émissions anthropiques de carbone

Depuis quinze ans, les émissions de gaz à effet de serre découlant des activités humaines ont dépassé le niveau d’injection massive de carbone lors de l’extinction des dinosaures :

Le Deep Carbon Observatory  (1) – forte de 504 chercheurs spécialistes du carbone : Les émissions naturelles annuelles (volcans, etc.) sont estimées entre 0,28 et 0,36 milliard de tonnes de CO2 par an. Or, en 2018, les émissions anthropiques, ont été de 33,1 milliards de tonnes pour le seul CO2 issu de la combustion du pétrole, du charbon et du gaz. L’industrie humaine surclasse la géologie et la réduit à une action marginale sur le système climatique terrestre pour ce facteur. Toutefois, notent les géologues, il est arrivé à la Terre de produire toute seule, sans l’intervention des humains qui n’existaient pas, des événements comparables en termes d’émissions de CO2. C’est arrivé cinq fois en 500 millions d’années. Ces injections massives de carbone ont provoqué des cataclysmes climatiques, l’acidification des océans et… des extinctions massives d’espèces vivantes. Les chercheurs prennent l’exemple de la collision d’un astéroïde géant, il y a 66 millions d’années, qui frappa la Terre dans la péninsule du Yucatan. Baptisé Chicxculub, ce bolide provoqua l’injection dans l’atmosphère d’entre 425 et 1400 milliards de tonnes de CO2. Il s’ensuivit un cataclysme climatique provoquant la disparition d’environ 75% des plantes et des animaux (dont les fameux dinosaures).

Or, ces quantités sont similaires à celles des émissions anthropiques, puisqu’en moins de 15 ans le bas de l’estimation des géologues est dépassé si on en croit les émissions de 2018. Et rien ne permet de penser que les émissions mondiales de CO2 vont chuter dans un avenir proche.

Écologie populaire et médiatisations

D’un côté 150 Français tirés au sort, rassemblés dans une convention citoyenne pour le climat, ont commencé à se pencher sur les mesures à prendre lutter contre le dérèglement climatique. Le premier ministre a assuré que cette convention a « vocation à inventer une écologie populaire dans tout ce que ce terme a de plus glorieux ». En fait il s’agit là d’une démagogie démocratique surréaliste, car la question qui est posée, nous savons déjà comment y répondre. Sous Macron la bavardage écolo tient lieu de politique, quand Emmanuel est devenu président il a su imposer une réforme du code du travail sans faire intervenir les citoyens. De l’autre côté les militants du mouvement Extinction Rebellion (XR) ont lancé quinze jours de désobéissance civile à travers la planète visant à dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face au changement climatique.

Bravo à eux, bravo aux blocages symboliques, bravo à nos étudiants qui font la grève scolaire pour le climat. Mais ces mouvements restent minoritaires, le blocage de carrefours routiers par les Gilets jaune a eu beaucoup plus d’influence en France. Nous sommes seulement dans les prémisses d’un mai 1968 mettant en scène la génération climat en 2019. Pour l’instant on préfère politiquement recevoir à Paris la Visite Officielle du LL.AA.RR le Prince Héritier et la Princesse Héritière du Danemark les 7 et 8 octobre, pour prétendre aborder la transition énergétique ! Alors, de l’écologie d’apparence ou des mouvements socio-écolos qui va gagner ?

Ce qui nous rassure un chouia, c’est la rapidité du tournant médiatique qui s’opère sur la question écologique. Toute la page 3 du quotidien « La Charente Libre » est consacrée aux adeptes de la collapsologie qui « préparent la fin de la civilisation ». Extinction Rebellion vit aussi à Angoulême et la page Facebook « Collapsologie Charente » compte déjà 286 membres ». On veut « redonner du sens à sa vie et décroître financièrement », on affirme que « plus on dépense, plus on pollue », et on prédit une lente agonie de l’humanité si rien n’est fait. Notons que l’autonomie alimentaire d’Angoulême est de seulement 1,33 % des produit agricoles qui composent les repas sont produits par la ville, on est loin d’une communauté de résilience adossée à son autonomie alimentaire… Qui des effets dévastateurs de l’épuisement de la planète par raréfaction des ressources et explosion des pollutions d’une part OU de la capacité de sobriété et des efforts de cohésion sociale d’autre part va gagner, les paris sont ouverts !

L’écologie sera-t-elle fasciste ?

Si nous assistons actuellement à la montée de régimes autoritaires et populistes, leur marque de fabrique est généralement un déni climatique et un rejet de l’écologie. C’est le cas de Trump aux Etats-Unis, de Bolsonaro au Brésil, de Salvini en Italie, de l’AfD en Allemagne, de Poutine en Russie, et de presque toutes les forces d’extrême droite en Europe. C’est pourquoi il n’y aura pas avènement d’un régime véritablement « écofasciste » – au sens d’une dictature verte qui serait à même de prendre à grande échelle les décisions politiques très contraignantes qu’impose l’urgence environnementale. Les raisons pour lesquelles les démocraties peinent à répondre aux défis écologiques – assumer des privations au présent pour un bénéfice futur – rendent encore moins probable l’émergence d’une dictature écologique anticipatrice, conçue pour épargner à l’humanité des maux futurs. Un dictateur, en effet, n’a aucun intérêt à prendre des mesures trop impopulaires… Mais les régimes démocratiques, soumis aux échéances électorales, n’y ont guère intérêt non plus. Le risque étant, si l’humanité ne réagit pas à temps (c’est-à-dire dans les dix ans qui viennent), que les bouleversements climatiques s’amplifient considérablement. Donc à tous les coups on perd ?

Réponse de Dominique Bourg : « Le profil psychologique requis pour devenir dictateur ne laisse guère augurer un comportement soucieux du bien public. La vague populiste ne menace pas seulement nos libertés au sens classique, mais la possibilité même de pouvoir continuer à vivre sur la planète Terre. Des populations désorientées, soumises à des pénuries diverses, seraient probablement susceptibles de succomber à un désir autoritaire. Le mouvement des Gilets jaunes tire son origine immédiate du refus de la taxe carbone, mais il est bien d’autres aspects du mouvement qui montrent son hostilité aux enjeux écologiques : le refus de la limitation de la vitesse à 80 Km/h ; les profils des figures que la presse a fait émerger comme Éric Drouet ; plus généralement, le fait qu’aucune de ces figures n’ait attaché une importance notable aux enjeux écologiques, etc. Force est de constater qu’il y a là l’indice d’une plus faible sensibilité aux enjeux écologiques dans les bas-revenus. Après ces mois de contestation, il ne sera pas aisé de remettre sur le métier des avancées en matière de taxation écologique. Le mot « peuple » est un exemple particulièrement caractéristique de signe dépourvu de référence stable. Majorité et opposition incarnent des sensibilités opposées qui traversent le même et unique peuple. Aucune partie, aucun mouvement ne peut prétendre l’incarner en totalité. Mais la confusion sémantique permet d’identifier au « vrai » peuple ceux qui se reconnaissent dans l’appel au peuple du leader populiste – Mélenchon ou Le Pen en France, Salvini en Italie, etc. – et d’en exclure les autres. Le populisme relève d’une logique de l’opposition du nous aux autres. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans le peuple ainsi désigné sont des ennemis, d’où la haine qui accompagne systématiquement ce type de positionnement.

La reconnaissance des limites planétaires ruinent l’espoir d’un développement des forces productives. J’ajouterais que dans une perspective d’effondrements probables, la lecture en termes de lutte des classes n’est guère optimale. L’idée d’une carte carbone à puces permettant de limiter les consommations individuelles directes et indirectes carbonées constitue une solution intéressante (Szuba, 2014). Pour faire front à la destruction de l’habitabilité de la Terre, il conviendrait d’organiser une redescente rapide de nos flux de matière et d’énergie, de notre emprise sur les territoires et de notre démographie. Cela comporte des mesures comme la mise en place d’un couvre-feu thermique  (coupure des chauffages non décarbonés entre 22h et 6h ), la suppression pour les avions des lignes internes disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4h dès 2022, l’interdiction de commercialiser un véhicule dont la consommation est supérieure à 4 l/100 km en 2020. « Toute parcelle de jardin doit devenir productive » ; « tout territoire doit tendre vers une autonomie alimentaire et en matériaux de construction » ; « interdiction progressive des produits transformés substituables » ; « instauration de quotas pour la consommation de produits importés. En particulier café, chocolat, fruits exotiques » ; « aucune nouvelle artificialisation des sols du territoire dès 2019 » ; « obligation de justifier de l’intérêt d’un déplacement professionnel ». Etc. On le voit, il s’agit avec ces mesures d’associations comportements-techniques. La contradiction est alors frontale entre d’un côté la vision libérale laissant à l’arbitraire individuel le choix des modes de vie et, de l’autre côté, la détermination collective des modes de vie au sein d’une société écologisée. Il n’y a rien d’autoritaire, ni d’arbitraire en la matière. On passe d’une liberté négative à une liberté positive, avec une réduction du pouvoir individuel arbitraire de nuire. Soulignons que le passage d’une modalité de liberté à une autre n’affecte que les flux matériels que nous suscitons par nos consommations, et non les libertés fondamentales de penser, croire ou s’associer, etc. Il serait dans ces conditions absurde de parler d’autoritarisme et plus encore de fascisme. »

Jancovici, « sans pétrole t’es plus rien »

« Les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer des ressources naturelles. Par définition, l’énergie est la grandeur qui quantifie le degré de changement d’un système. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie, et donc pas d’économie sans énergie, fût-ce celle de nos muscles. Il nous faut un convertisseur d’énergie, notre propre organisme est alimenté par alimentation. Compter l’énergie utilisée, c’est mesurer nos possibilités de transformation de notre milieu environnant. 100 watts seulement de puissance avec l’utilisation de nos jambes, une simple ampoule à incandescence peut avoir la même puissance. On est passé aux énergies renouvelables, on les a toutes utilisées. Le charbon a sauvé les forêts françaises. Il n’y a pas de substitution entre sources d’énergies, mais une accumulation. Les énergies fossiles ont permis la multiplication des machines. Même notre habillement dépend des machines, beaucoup de machines. Mais on ne s’en rend pas compte. Les seules démocraties antiques ont été des sociétés esclavagistes. On reproduit le même système aujourd’hui, les machines remplaçant les esclaves. L’Angleterre a pu réinventer la démocratie grâce au charbon. Pas de pétrole, pas de croissance, c’est pas sûr du tout qu’on garde la démocratie. 200 esclaves énergétiques en moyenne par personne au niveau mondial, nous aurions donc besoin de 1400 milliards de personnes pour arriver au niveau de notre production actuelle avec l’énergie de notre corps. Diminution du temps de travail, études longues, retraite, tout ça c’est grâce aux machines. Le smicard vit comme un nabab. Son niveau de vie est même déjà trop élevé par rapport aux possibilités de la planète. On ne peut pas le lui dire, mais c’est la réalité. C’est çà le drame politique actuel, ne pas le dire. Le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu demain, en 2020. Pourtant les médias n’en parlent jamais car les activistes s’agitent sur le réchauffement climatique et les prix ne disent rien de la raréfaction croissance des ressources fossiles. PIB ou CO2 faut choisir. Personne dans le discours politique ne le dit, à part Yves Cochet. Les politiques sont devenus paresseux, ils ne font pas l’effort de concevoir des programmes qui permettraient de vivre sous contrainte et de faire revenir du sens, ce qui ne se trouve pas dans l’idée de vouloir augmenter les résultats trimestriels. Un manque d’énergie signifie diminution de production, c’est un facteur limitant. Pas d’énergie, pas de PIB. Sans énergies fossiles, il n’y aura pas de croissance économique. Quand on ne pourra plus promettre la croissance, les arbitrages politiques vont devenir très violents. Marine Le Pen, enfant du carbone ! Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. Tant que la pédagogie du problème ne sera pas faite, ce sera l’impasse. » (extraits de la Leçon inaugurale de Jean-Marc Jancovici à Sciences Po le 29.08.2019)*

Pour en savoir plus sur Jean-Marc Jancovici :

Le plein s’il vous plaît (2006)

C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde (2009)

Le changement climatique expliqué à ma fille (2009)

Changer le monde, tout un programme (2011)

le pic pétrolier vu par JM Jancovici (14 février 2011)

Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (2015)

* https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=Vjkq8V5rVy0&fbclid=IwAR1eVM3VyyC_wkkM3N5ZFkF_QU7E2TkJJ6-zcL8DmllAVfpQWJAa-oS-Qb4

L’apocalypse éclairée d’Yves Cochet

« Notre civilisation va disparaître entre 2020 et 2035. Dans cinq ou dix ans le problème du logement sera réglé car beaucoup de gens seront morts. » Yves Cochet n’y va pas avec le dos de la cuillère. Co-fondateur des Verts en 1984, il faisait figure d’homme raisonnable au milieu d’un patchwork bordélique où cohabitaient militants pro-cannabis, égarés de l’extrême gauche, doux promoteurs de l’espéranto ou spécialistes de la cause homosexuelle. Pragmatique, il est alors un des artisans de l’accord avec les socialistes et devient alors un des sept premiers députés écolo en 1997, puis ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement en juillet 2001. Mais au début des années 2000, il prend « conscience » de l’imminence de la catastrophe. L’ancien ministre annonce tranquillement la fin des hydrocarbures, l’effondrement des économies, la disparition des Etats, la diminution de la population mondiale de moitié pour cause de famine, d’épidémies et de guerres civiles. Aujourd’hui il conseille à ses camarades écolos d’adopter une autre stratégie.

« Les textes des militants Verts sont très majoritairement empreints d’une retenue toute académique pour les uns et d’un félicisme électoralistes pour les autres malgré la gravité des constats initiaux – à quelques exceptions près, tel le livre programme de René Dumont lorsqu’il s’est présenté à la présidentielle de 1974, « A vous de choisir, l’écologie ou la mort ». Les partis écologistes et leurs responsables ne paraissent pas avoir révisé leurs fondamentaux ni leur stratégie. Collés à l’actualité, obsédés par la rivalité pour les places – comme dans les autres partis, en somme – la quasi totalité des animateurs Verts se bornent à décliner les clichés rassurants du développement durable, aujourd’hui renommé « Green New Deal » ou « transition écologique ». L’accueil plutôt favorable par EELV de la loi relative à la transition énergétique et à la croissance verte, promulguée en 2015, est un bon exemple de cette posture politique modérée et irréaliste, aveugle aux contradictions rédhibitoires de ce texte.

Au contraire de mes camarades de parti, j’aspire depuis une quinzaine d’années à une refondation idéologique de l’écologie politique dans le cadre de l’Anthropocène. Nous ne sommes plus dans l’élaboration d’un programme souriant de transition vers un avenir meilleur, nous sommes dans le compte à rebours avant l’apocalypse. L’Anthropocène est pour l’écologie politique l’occasion de présenter un paradigme indépendant des traditions de droite et de gauche, en édifiant une nouvelle dramatisation, un nouveau « grand récit », en évoquant un pessimisme actif, en prenant enfin au sérieux l’urgence de la situation par la mise en œuvre de la seule issue viable : tout le pouvoir au local, un bio-régionalisme résilient. (extraits page 217 à 223)* »

* Yves Cochet. Devant l’effondrement. Essai de collapsologie (Les liens qui libèrent)

CLIMAT, d’une génération à l’autre

JP Bouillon, 93 ans : « Né en 1926, mon expérience n’est pas livresque mais profondément vécue. J’appartiens à une autre civilisation : supériorité des hommes sur les femmes « inaptes à penser », voitures à cheval à la place des taxis, seuls les riches possédaient une auto. Puis écrasement en 8 jours de notre armée, imaginée la plus forte du monde. A partir du 10 mai 1940, un quart des Français sont sur les routes, j’ai faim pendant plus de 4 ans, je découvre l’horreur de la Shoah à la Libération. J’achète aujourdhui des produits écolos. Ça m’amuse parce que tous les épiciers ne vendaient que ça jusqu’à la guerre alors qu’on doit aujourd’hui s’adresser à des marchands spécialisés. Quelle régression au nom du progrès ! Nous sommes de pauvres animaux perdus dans le vide. Notre étoile est à 8 mn-lumière et la suivante à 4,2 années-lumière. Les cosmonautes voient ce minuscule bateau bleu et blanc solitaire dans le noir. Et nous allons le faire couler ! Aucun animal n’a jamais été aussi suicidaire. A 93 ans je me désespère pour mes petits enfants. Bientôt je serai bien tranquille, au cimetière, mais mes petits connaîtront pire que ce que j’ai vécu. L’aveuglement à l’égard de l’écologie m’inquiète pour mes descendants mais ne m’étonne pas. En 1939 presque personne ne voyait en Hitler ou en Staline des fous criminels. La conséquence doit avoisiner la centaine de millions de morts. Je compare avec la prudence animale des relations proies et prédateurs et je conclus que ma propre espèce est trop inadaptée au réel pour oser espérer survivre encore longtemps. Mais j’espère me tromper.  Bravo aux jeunes qui se révoltent contre notre incurie destructrice, comme en 1917 les « poilus » français refusant l’abattoir organisé par les vieux généraux à l’abri dans leurs châteaux à l’arrière du front. »

Garance, 14 ans, activiste du climat : « Née en 2005, j ‘ai créé un cercle de réflexion dans mon collège, manifesté pour le climat, j’ai eu les honneurs de la presse locale, j’ai été reçue par un adjoint municipal, on nous a dit de ne pas nous inquiéter ! Le déclencheur de ma prise de conscience, c’est la grève pour le climat de Greta Thunberg, plus de 3 millions de followers. Je faisais le tri des déchets, je ne pensais pas que la situation était si grave. Alors j’ai eu plein de contacts sur instagram. En particulier avec l’alarme verte, « la larme verte », celle qu’on se met au coin de l’œil pour exprimer notre chagrin devant l’état de la planète. Et il y a plein de raisons de pleurer. Nous sommes 57 700 abonnés, ce n’est pas beaucoup, mais il y a bien d’autres mouvements en marche, on ramasse les mégots car la clop c’est pas clean, Youth for the climate c’est à la fois français et internationalisé, on attaque même l’État en justice à cause de son inertie. Et dans mon collège, on va faire plein de trucs, le compostage, le changement de régime alimentaire…

Mais c’est pas encore gagné, certains camarades de classe me traitent avec ironie, « ta crème solaire bio, ça ne sauvegardera pas les tortues ». Je suis soutenu par ma famille du côté de ma mère. Mais ma belle-mère, plutôt climato-sceptique, traite avec dédain mon « écoresponsabilité », comme elle dit. Elle ne croit pas que l’activité humaine est responsable du réchauffement climatique. « C’est pas des lubies d’adolescente qui vont contrôler ma vie, je préfère la viande à tous les repas ». Je ne suis donc pour elle qu’une « bobo-capricieuse », mon engagement ne serait que passager, c’est à la mode ! Moi, pour me défendre, je cultive cette phrase : « On va tous finir comme des merguez sur un barbe-cul parce qu’en 2019 on pense toujours que l’écologie c’est une affaire de bobo-capricieuse ». Malgré l’inertie politique et les résistances de tous ordres, je reste optimiste, nous sommes de plus en plus de nombreux à être inquiet et à vouloir changer les choses. Ma jeune sœur Edwige pense déjà que l’écologie c’est important, il faut sauver la plante, abandonner le luxe… »

L’écologie selon Marion Maréchal Le Pen

Pour commentaires de la part de nos lecteurs, les idées de l’extrême droite en matière écologique :

Marion Maréchal Le Pen : « J’ai arrêté cinq grands défis sur lesquels, selon moi, se jouera la place de la France au XXIe siècle : le grand remplacement, le grand déclassement, le grand épuisement écologique, le grand basculement anthropologique et le grand affrontement des puissances (…)Le troisième défi est le plus omniprésent dans le débat public. Il s’agit du grand épuisement écologique. C’est vrai, notre environnement est épuisé par un modèle productiviste, imposé, et c’est là d’ailleurs la grande incohérence des écologistes, par la pression de la concurrence mondiale, et un modèle de consommation devenu internationalisé, des paysans qui se suicident, des champs devenus stériles à force de produire, des écosystèmes qui disparaissent, saturés de déchets et de produits chimiques. Ce modèle, en plus de détruire, est un échec économique. Pour la première fois de son histoire, un rapport du Sénat annonce que d’ici 2023 la France pourrait importer davantage de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Je l’affirme aujourd’hui : l’écologie en réalité est un conservatisme. Préserver des paysages, préserver des terroirs, préserver des modes d’alimentation, tout ceci en réalité est un combat identitaire.

C’est nous qui sommes légitimes pour porter ce combat, loin des lobbys, loin des effets d’aubaines, des éclats médiatiques, des grand-messes internationales, d’une fiscalité punitive aussi inefficace qu’injuste. Ce ne sont pas les internationalistes libres-échangistes à la Macron ou les zadistes antinucléaires qui pourront répondre de manière cohérente à ce grand défi. Nous sommes les plus légitimes à proposer des modèles économiques alternatifs qui encouragent à produire et à consommer local : permaculture, biomimétisme, recyclage, système naturel de dépollution, création d’algo-plastique [plastique à base d’algues]. Quand je vois toutes ces innovations technologiques qui avancent, je suis très très loin du catastrophisme ambiant (…), bien au contraire, je suis incroyablement optimiste sur ce que la science va nous permettre de révolutionner en termes de production et de consommation pour, demain, mieux respecter la nature. Mais tout ceci ne peut fonctionner que dans une logique de consommation locale, fondée largement sur l’initiative entrepreneuriale, et dans le cadre, évidemment, de frontières protectrices.

L’actualité législative nous conduit au quatrième défi : le grand basculement anthropologique, qui n’est pas sans lien, d’ailleurs, avec la question écologique que je viens d’évoquer. Dans ce temps de la consommation, les désirs deviennent des droits, tout s’achète et tout se vend, de l’utérus à l’enfant.

Pardon pour ceux qui nous qualifient de bioconservateurs, j’admets, j’avoue humblement, sans fantasmer sur le fait que ce soit mieux avant, que je souhaite pour ma fille une société dans laquelle l’enfant ne soit pas un produit à acheter, à commander, à consommer, à jeter, d’ailleurs, s’il déplaît. Je souhaite en effet ne pas être, moi en tant que femme, un produit à commander et à livrer. Je dois dire que je goûte assez peu la promotion qui a été faite ces dernières semaines, non pas tellement de la PMA , parce qu’en réalité cela est déjà acquis pour la plupart des progressistes, mais de la gestation pour autrui [GPA], que je trouve profondément indécente.

Je le dis avec beaucoup de force, je trouve profondément indécent que des couples aujourd’hui, qui sont allés sciemment violer la loi française, louer le ventre d’une femme, acheter un bébé, reviennent aujourd’hui avec ce bébé dans les bras, se défaussent de leurs responsabilités et nous accusent, nous, d’être inhumains et de ne pas défendre les droits de l’enfant. Une chose est sûre, il ne faut pas se voiler la face, l’eugénisme et l’intelligence artificielle sont les prochains terrains de compétition des grandes puissances. La France a longtemps et souvent inspiré le monde. Je crois qu’elle a encore un grand rôle à jouer dans ce domaine. (…) »

(Discours lors de la première édition de la « convention de la droite », le 28 septembre 2019)

La fabrique du crétin numérique

Beau titre pour ce nouveau livre de Michel Desmurget, déjà auteur en 2011 de TV LOBOTOMIE. Faudra-t-il une cure de désintoxication pour la génération des écrans ? Après la honte de partir en avion (flight shame), faudra-t-il instiller la honte du numérique (digital shame) ? Sans aucun doute ! L ’empreinte énergétique de tous nos bits représente déjà 6 à 10 % de la consommation mondiale d’électricité et 4 % des émissions de CO2. Il nous faudra désinformatiser en même temps que démondialiser, dévoiturer, désurbaniser, etc.

Pour la chercheuse Françoise Berthoud*, il est dorénavant central d’envisager toutes les conséquences socio-écologiques de l’industrie du numérique : « La part de la fabrication de ces outils (smartphone, ordinateurs, télévisions…)représente à elle seule entre 30 à 50 % de l’énergie qu’ils consomment. Exploitation de ressources non renouvelables, pollution diffuse, « recyclage » des déchets d’équipements électroniques à main nue dans les pays pauvres, c’est un désastre. Et je ne parle pas des conséquences de l’excès d’usage des équipements terminaux dans les pays occidentaux : myopie, troubles du sommeil, du comportement, addictions, troubles de développement chez l’enfant… De fait, nous ne sommes pas capables de mesurer le moindre effet positif pour de nombreuses raisons, notamment liées à tous ces impacts non pris en compte. Il y a aussi des impacts indirects, par exemple l’impression d’un document est beaucoup plus simple et donc bien plus fréquente aujourd’hui. Les effets rebond sont liés à l’augmentation d’efficacité, gains qui sont immédiatement réinvestis en plus de services, des écrans plus grands, des vidéos plus résolues, etc. L’informatique accélère tous les processus au cœur du fonctionnement de notre société marchande : flux de capitaux, flux de biens, flux de personnes… donc le numérique contribue à amplifier les impacts néfastes de l’ensemble de nos activités. » Quelques réactions sur lemonde.fr :

Cor : Les deux rapports du « Shift project » auraient pu être cités et commentés. « Pour une sobriété numérique » et « L’insoutenable usage de la vidéo en ligne ». Pour tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la réflexion.

Max Lombard : J’ai honte de voyager en avion, j’ai honte de manger de la viande, j’ai honte d’envoyer des SMS, j’ai honte de lire « Le Monde » numérique, j’ai honte de ne pas consommer que du bio, j’ai honte de rester plus de deux minutes sous la douche et de ne pas faire pipi-caca dans des toilettes sèches, j’ai honte de posséder encore une voiture à moteur thermique (vade retro Satanas !), j’ai honte de n’avoir ni éolienne ni panneaux solaires… Je crois que je vais finir par avoir honte d’avoir honte.

Ganesha : Le numérique, c’est aussi une course effrénée à l’augmentation des débits sur les réseaux : l’arrivée de la 5G peut être saluée comme un progrès considérable dans le fonctionnement de nos smartphones, ou comme une catastrophe absolue avec une croissance exponentielle des téléchargements, un usage accru des jeux vidéos, l’apparition de jeux et d’applications de plus en plus gourmands en énergie, tout cela rendant nécessaire la mise en œuvre de toujours plus de serveurs… Quand évaluera-t-on la qualité d’une innovation technique à l’aune de son impact environnemental ?

Fouilla : On sait que 80% du trafic internet est de la vidéo, dont une forte part de youtube et ses vidéos de chatons, de porno et de VoD (netflix…), les 3 à part à peu près égale. La visio-conf, alibi écolo de l’internet, ayant une part négligeable.

V. P. : On voit bien que le numérique, le télétravail, les visio-conférences, n’ont en rien diminué les transports. Au contraire. Il n’y a jamais eu autant de monde dans les avions, dans les bateaux, dans les trains.

Bernard l. : Ce n’est pas produire autrement, voyager autrement, transporter autrement, communiquer autrement qu’il nous faut ! C’est vivre autrement en produisant moins, voyageant moins, transportant moins. Dans le domaine du numérique, supprimer (je ne dis pas interdire, on va me traiter de liberticide !!!) les spams ce serait un tout petit premier pas mais même cela on ne le fait pas.

* LE MONDE du 2 octobre 2019« Pollution, surexploitation des ressources, conséquences sociales… les impacts du numérique sur l’écologie sont multiples »

Révolte de la génération 2019

Luc Bronner, directeur de la rédaction du MONDE : « Greta Thunberg inquiète ? Attendez les générations suivantes, leurs angoisses et leurs colères face à l’irresponsabilité des hommes et des femmes qui les ont précédées dans la destruction systématique de la planète. Comme en Mai 68, la colère risque d’être générationnelle. Profonde. Durable. Là où les enfants de 1968 avaient à se battre pour leurs libertés individuelles – quelle chance ! –, les générations qui suivent, cinquante ans plus tard, vont sans doute devoir se battre avec la perspective d’une restriction des libertés individuelles face aux menaces du réchauffement climatique. Les générations qui nous suivront pourront-elles faire des enfants, autant d’enfants qu’elles le souhaitent, comme nous l’avons fait ? Et devront-elles abandonner en grande partie le rêve de la voiture, de la maison individuelle et du voyage, ces trois repères sociétaux et économiques qui ont largement porté le monde occidental depuis la seconde guerre mondiale ? La situation est critique et il est désormais impossible de l’ignorer. Les rapports et les études scientifiques se succèdent, dans une sorte d’accumulation cauchemardesque, pour dire la gravité des menaces, leur étendue, l’irréversibilité des dommages. Les océans qui se réchauffent, les glaciers qui disparaissent, la biodiversité qui se réduit, les températures qui s’affolent, les événements extrêmes qui se multiplient… Cette génération ira chercher les responsabilités de ses parents et grands-parents. Ce sera légitime de pointer la responsabilité des leaders politiques et du court-termisme des démocraties, des élites intellectuelles et médiatiques bien trop passives. La vague risque d’être beaucoup plus large. Bien plus intime aussi. « Qu’as-tu fait, papa, alors que tu savais ? » Rien, ou si peu. » Quelques réactions sur lemonde.fr :

BGA : « L’homme a mangé la terre » ! On comprend très bien vers quoi l’on va, et plus vite que l’on ne le croit. Les consommateurs que nous sommes, plongés dans un incroyable déni de masse, continuent sur cette lancée consumériste mortifère en refusant de surcroît d’écouter l’angoisse d’une jeunesse qui va devoir gérer des conditions de vie extrêmement dégradées. Celles et ceux qui ont bien profité de conditions naturelles encore relativement harmonieuses semblent n’en avoir cure et détournent le discours de Greta Thunberg T en la diabolisant. C’est lamentable…
-Alazon- : Qu’as-tu fait papa ?
Je me suis élevé contre l’interdiction du DDT, qui a causé une recrudescence du paludisme, avec des millions de morts à la clef, essentiellement des enfants.
J’ai lutté pour le riz doré, qui fait l’objet d’une campagne de dénigrement abominable, alors qu’il peut sauver des enfants de la cécité.
J’ai préservé l’économie en luttant pour les grandes infrastructures, en m’opposant à l’accumulation de règlements, en promouvant l’innovation contre les collapsologues stériles ou les décroissants criminels.
François B : On pourrait accuser les dirigeants politiques du monde, les géants industriels et les médias de s’être si peu préoccupé de la santé de la planète. Nos économies sont basées sur la croissance et la consommation et le marketing sait fort bien manipuler les consommateurs pour qu’ils consomment toujours davantage. Le Monde vit de la publicité et n’est pas innocent dans cette affaire, bien au contraire puisqu’il entretient la machine, alors les leçons … Comme d’habitude pas un mot sur l’accroissement exponentiel de la population, phénomène qui n’est pas sans conséquence sur les dérèglements climatiques !

LiRM : papa a arrêté de financer les smartphones et les nouvelles fringues si les vieilles ne sont pas usées. Pas de scooter, tu prend le métro ou le bus. Pas de vacances qui nécessitent un billet d’avion, tourisme de proximité. On dit merci papa.

Pascalou : Du coup, que faut-il dire ou faire aux gilets jaunes qui bloquent les ronds-points, ceci pour habiter loin des centres urbains et continuer à rouler en diesel à bas coût ?

LE MONDE du 29-30 septembre 2019, « Qu’as-tu fait, papa, alors que tu savais ? »

Biosphere-Info, la désobéissance civique

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Mieux connnaître les différents aspects de la désobéissance civique (civile ou citoyenne), tel est l’objet du Biosphere-Info d’octobre. Notons que décrocher un portrait de Macron a été jugé « légitime » le 16 septembre 2019 par un juge du tribunal de Lyon qui a invoqué« l’état de nécessité ». Dans son jugement de huit pages, le magistrat estime que les pouvoirs publics français n’ont pas su atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour lutter contre le réchauffement climatique :

« Face au défaut de respect par l’État d’objectifs pouvant être perçus comme minimaux dans un domaine vital, le mode d’expression des citoyens en pays démocratiques ne peut se réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique… Aucune sanction ne doit être prononcée du fait d’une privation de jouissance d’un objet par ailleurs de valeur de remplacement négligeable. »

1/4) Repères bibliographiques

1576 La servitude volontaire d’Etienne de La BOETIE

http://biosphere.ouvaton.org/de-1516-a-1969/109-1576-la-servitude-volontaire-detienne-de-la-boetie-

1849 La désobéissance civile de Henry David Thoreau

http://biosphere.ouvaton.org/de-1516-a-1969/111-1849-la-desobeissance-civile-de-henry-david-thoreau-

2004 Pour la désobéissance civique de José Bové et Gilles Luneau

2008 Ecoterroristes ou Ecoguerriers ? de Roger Ribotto

2009 Petit manuel de désobéissance civile de Xavier Renou

2010 Désobéissance civile et démocratie d’Howard Zinn

http://biosphere.ouvaton.org/annee-2010-sp-1703357178/1060-2010-desobeissance-civile-et-democratie-dhoward-zinn

2011 L’impératif de désobéissance (fondements philosophiques et stratégiques de la désobéissance civile) de Jean-Marie Muller

http://biosphere.ouvaton.org/annee-2011-sp-2000007615/1608-2011-limperatif-de-desobeissance-fondements-philosophiques-et-strategiques-de-la-desobeissance-civile-de-jean-marie-muller

2018 Manuel d’éco-résistance de Jean-François Noblet

2018, Petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion

2/4) la désobéissance sur notre blog biosphere

7 novembre 2007, desobeir.net

30 septembre 2010, Le journal Le Monde et l’action directe

14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

3 juin 2016, Procès d’un militant anti-pub, anti-démarchage téléph

15 novembre 2016, Les écoterroristes, une invention des anti-écolos

11 avril 2018, Scènes de batailles à NDDL, un combat d’arrière-garde

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

13 juillet 2018, Deep Green Resistance, ne nous trompons pas d’ennemi

10 octobre 2018, Les écologistes sont-ils prêts à aller en prison ?

26 janvier 2019, Action directe, en stage… et en application scolaire

20 février 2019, Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

21 mars 2019, Nécessité de la violence pour les antispécistes ?

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

3 juillet 2019, Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

3/4) autres sources d’inspiration

http://biosphere.ouvaton.org/ voir la rubrique ACTION en première page qui suit au jour le jour les différentes actions de désobéissance

http://www.desobeir.net/ culture de la désobéissance civile/civique, de l’action directe non-violente, du refus radical et ludique.

4/4) Désobéissance civique ou civique ?

Civile ou civique ? José Bové et Gilles Luneau donnent leur avis : « La dimension civique de la désobéissance est claire pour Hannah Arendt : « Ceux qui désobéissent constituent des minorités organisées, unies par la volonté de s’opposer à la politique gouvernementale plutôt que par une communauté d’intérêts. » Pourtant la plupart des versions française de la « civil disobedience » ont donné, par un curieux emprunt phonétique, « désobéissance civile », ce qui focalise, à tort, sur la démarche personnelle. Si on jette un coup d’œil sur l’origine du mot « civil », on s’aperçoit qu’il provient du latin civilis, qui veut dire citoyen. Parler de désobéissance civique renvoie au citoyen qui s’oppose au nom de principes communs à plusieurs personnes. Laissons la désobéissance civile à l’individu qui s’oppose au nom de sa conscience personnelle, tel un témoin de Jéhovah face à l’armée ou à la transfusion sanguine. Intéressons-nous au citoyen qui s’oppose au pouvoir. L’usage du mot « civique » prévient les éventuelles manipulations médiatiques, car quelles que soient les commentaires accompagnant l’acte de désobéissance civique revendiqué comme tel, le mot « civique » implique l’attention portée à l’intérêt commun comme un affichage indélébile. » (Pour la désobéissance civique – La Découverte, 2004)

Par nature, les personnes qui pratiquent la désobéissance s’inscrivent dans le champ politique, dans une logique de transformation de la société. Contre la légalité de la loi, on revendique la légitimité d’un changement de la loi. En fait la désobéissance civique porte devant l’Histoire la qualité respiratoire de la démocratie.

Léviathan climatique, dictature supranationale

Le livre de Geoff Mann et Joel Wainwright, Climate Leviathan s’intéresse aux différents types de scénarios politiques susceptibles d’émerger en réponse aux crises écologiques. C’est Thomas Hobbes, comme le titre le suggère lui-même, qui se trouve au cœur du livre – le Léviathan. Hobbes observait une nation déchirée par la guerre civile anglaise et estima qu’il valait mieux renoncer à sa liberté sous l’autorité d’un souverain tout puissant plutôt que de vivre dans une tel contexte de brutalités. Durant les années Bush, un « état d’exception » était en train de devenir la norme, sous couvert d’une « guerre contre le terrorisme » (war on terror). Néanmoins, cette vision de l’État n’a que très rarement été élargie à la réflexion sur le type de « politique de l’urgence » qui va surgir avec le réchauffement climatique. Les perturbations écologiques vont créer les conditions permettant à une nouvelle autorité souveraine de « prendre le commandement, déclarer l’état d’urgence, et mettre la Terre en ordre, tout cela au nom de la sauvegarde de la vie » – et cette fois-ci à l’échelle planétaire, et non plus nationale.

Selon les auteurs de Climate Leviathan, quatre types de régimes politiques sont susceptibles d’émerger en réponse au changement climatique : le « Léviathan climatique » serait un système de capitalisme globalisé gouverné par une souveraineté planétaire – un pouvoir hégémonique capable de prendre des mesures drastiques ; le « Behemoth climatique », un système capitaliste contenu dans les limites autarciques de l’État-nation ; le « Mao climatique », un système anti-capitaliste ; et le « X climatique », dont la forme reste encore à déterminer. Les auteurs pensent que le vainqueur le plus probable est le Léviathan climatique : il est, après tout, déjà en ascension, comme le montre les institutions mondiales telles que la Conférence des Parties des Nations Unies (COP). Ces institutions ne sont actuellement pas souveraines au sens de Hobbes ; au contraire, elles travaillent à coordonner les actions entre les États-nations. Mais Mann et Wainwright pensent néanmoins qu’elles ouvrent la voie vers une forme de souveraineté attendue depuis des siècles : une souveraineté à l’échelle du monde dans une ère de désastre écologique. En appelant à des accords lors des COPs de chaque année, nombreux sont les militants du climat à avoir légitimé le Léviathan climatique au lieu de le contester.

Le Léviathan climatique a un sérieux rival : le « Behemoth climatique », représentant un « populisme réactionnaire » se détournant de l’élitisme mondial des forums planétaires sur le changement climatique pour se tourner vers un capitalisme nationaliste – une dynamique parfaitement résumée par la déclaration de Donald Trump selon laquelle il a été «élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris ». Le « fascisme global » que Mann et Wainwright nomment le Behemoth est bien plus puissant aujourd’hui que n’importe quelle formation écologiste de gauche.Perceptible dans l’Amérique de Trump, l’Inde de Modi et dans le surgissement des euro-sceptiques de droite un peu partout en Europe, les soutiens du Behemoth climatique constitue un mélange de capitalistes du secteur des énergies fossiles, de petits-bourgeois réactionnaires, et de gens désabusés de la classe ouvrière qui veulent s’en prendre aux élites cosmopolites et à l’establishment politique. Son mélange contradictoire mais musclé d’ethno-nationalisme, de religion, de masculinité et de déni scientifique en fait une forme puissante mais au fond instable ; Mann et Wainwright défendent l’idée qu’il est probable que cette forme s’épuise – mais qu’elle pourrait entre-temps causer beaucoup de dégâts.

Les problèmes posés par le réchauffement climatique s’inscrivent dans une histoire longue de luttes pour la justice et la liberté – la seule différence c’est qu’il y a maintenant un ultimatum écologique, le temps nous est compté. Lorsque Marx ridiculisait le projet d’écrire « des recettes pour les marmites de l’avenir », il en appelait plutôt à une « analyse critique des faits actuels ». Mais la menace posée par le changement climatique exige que nous imaginions dès maintenant un monde radicalement différent, un monde qui n’existe pas à présent et qui n’a jamais existé ; un monde, de plus, qui n’est pas tourné vers nos idées actuelles sur le progrès.

https://www.terrestres.org/2019/09/11/le-leviathan-et-le-climat/ (extraits)

Sur terre et sous l’eau, le désastre

« L’humanité est en passe de détruire en cinq décennies un écosystème qui a mis des milliards d’années à se constituer et que nous tenons pour acquis. On parle de la forêt pluviale comme du poumon de la planète, mais c’est l’océan qui nous permet de vivre ! C’est là que l’oxygène est généré, là que le carbone est capturé, là où les températures sont stabilisées. Il n’y a pas de vie possible sur Terre sans océan. Si l’océan est en mauvaise santé, c’est l’humanité qui est en mauvaise santé. Nous vidons les océans en consommant des espèces sauvages à une échelle industrielle. La température des eaux augmente. Les coraux meurent. On retrouve du plastique dans la fosse des Mariannes, à 11 kilomètres de profondeur, énumère la chercheuse. L’océan sera bientôt un paradis perdu. » (Sylvia Earle, âgée de 84 ans, dont sept mille heures sous l’eau)

« Les prochaines estimations des scientifiques vont indiquer que l’océan absorbe 94 % de l’énergie interne à notre climat, ce qui dégage toujours plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère, modifie le cycle des nuages, des précipitations, intensifie les sécheresses, les pluies diluviennes,L’augmentation de la chaleur est exponentielle… On va dans le mur ! Si l’on continue à envoyer autant de CO2 dans l’atmosphère, on peut s’attendre à des guerres pour l’eau, pour la surface habitable, qui va se réduire… » (Sabrina Speich, professeure d’océanographie et de sciences du climat)

« Au-delà de 2050, tout va dépendre de nos émissions de gaz à effet de serre [GES]. Les réduire permettrait de gagner du temps pour nous adapter aux risques, dont certains, comme la montée du niveau des mers, sont inéluctables. » (Valérie Masson-Delmotte,  paléoclimatologue et coprésidente du GIEC)

Rapport du GIEC consacré pour la première fois à l’océan (25 septembre 2019) : Un monde différent se dessine, avec des conditions environnementales inédites depuis des millions d’années. Un monde marin plus chaud jusque dans les abysses, plus salé, moins riche en oxygène, plus acide, dépeuplé, qui se dilate. Un monde qui représente 71 % de la superficie du globe, 90 % du volume de l’habitat disponible pour les organismes vivants et contient 97 % de l’eau sur terre. D’ici à la fin de ce siècle, la montée des eaux pourrait atteindre au moins 1,10 m. Les communautés humaines vont être frappées de plein fouet dès lors qu’elles se situent près de la mer.

Il n’est jamais trop tôt pour transmettre ses angoisses à ses enfants. Quantité de livres jeunesse proposent de sensibiliser notre progéniture aux cauchemars écologiques. Voici venu « Polaire, l’ours solitaire » qui joue sa survie face au ­réchauffement climatique. Et « Le manchot a rudement chaud ». Malgré tous ses efforts, il cuit sur la banquise et compte sur ses petits lecteurs pour le sauver. Dans « Le Grand Voyage de Lena », la petite fille s’envole sur le dos d’un albatros mazouté et découvre les horreurs que lui réserve la Terre. Baleines qui mangent du plastique, coraux agonisants… Bonne nuit les petits !

Nations « unies » ou retour des dictatures ?

Par essence, un dictateur protège sa personne et c’est tout. Attendre une solution d’un pouvoir autoritaire est une totale illusion. Pourtant, des États-Unis à la Hongrie, de l’Inde à l’Italie, d’Israël au Brésil, des peuples à la dérive élisent les pires d’entre-eux. Tragique. Le Capitaine Jair Bolsonaro devenu Président par la grâce des Fake news, des Évangélistes et de Twitter représente la lie du peuple Brésilien. La situation devient ubuesque quand Bolsonaro s’exprime le 24 septembre devant les représentants des 193 membres des Nations unies, dont 136 chefs d’Etats et de gouvernement. Les premiers mots du président brésilien ont été « pour remercier Dieu d’être en vie », évoquant implicitement l’attentat au couteau dont il avait été victime. Puis il a aussitôt clamé « vouloir rétablir la vérité sur le Brésil, qui renaît après avoir frôlé le socialisme ». Mélange de rodomontades et de digressions confuses, son discours a cherché à dénoncer les agents du régime cubain. Il a répété des contre-vérités évidentes sur l’Amazonie – « notre immense forêt grande comme l’Europe et parfaitement préservée » – et affirmé que les incendies de l’été ont été causés par la météo. « L’écologisme radical et des conceptions dépassées ne font que marginaliser encore un peu plus les peuples autochtones », a-t-il lancé, les peuples autochtones comme le chef Raoni sont « manipulés par l’étranger ». Le Brésil mérite mieux que ce petit capitaine-président dont le discours montre qu’il n’a aucune conscience des enjeux planétaires. Par exemple les populations autochtones hébergées par les forêts tropicales sont, à l’heure de la globalisation et du métissage, les témoins de la diversité génétique et culturelle de notre espèce.

La 74e Assemblée générale de l’ONU montre la réalité d’un monde où les « démocraties illibérales », les « démocratures » et les leaders populistes de tout poil ont le vent en poupe. Juste après le président brésilien venait le tour de Donald Trump. Le président de l’« America First » a une nouvelle fois encensé un principe, celui de la souveraineté des nations. « L’avenir n’appartient pas aux “globalistes”, l’avenir appartient aux patriotes ». Donald Trump a également dénoncé le péril représenté selon lui par un « socialisme » résumé à la descente aux enfers vénézuélienne. Le président s’est fait le champion de la défense de la liberté religieuse. Il n’y a que les faibles qui se raccrochent à un Dieu qui leur sert d’alibi pour justifier leurs propos et leurs actes ; entre Trump et Bolsonaro, nous sommes gâtés. Le locataire de la Maison Blanche a même jugé bon de mentionner la défense d’un libre accès aux armes à feu, qui fait pourtant de son pays une exception mondiale en termes de morts violentes. Comme en 2017 et en 2018, Donald a totalement passé sous silence le climat et la protection de l’environnement. Le ton était donné, se sont succédé à la tribune le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. Dan un monde menacé par le chaos climatique et géopolitique, leurs discours ont mis en évidence le retour des nationalismes et des politiques de puissance, c’est-à-dire la loi du plus fort.

Le contraste était saisissant avec les fondamentaux du système onusien, rappelés longuement par le secrétaire général, Antonio Guterres, avant le début des travaux de l’Assemblée. Il avait souligné la nécessité « de préserver des institutions multilatérales solides dans un monde multipolaire ». Il en appelait à intensifier la lutte contre le réchauffement climatique, n’hésitant pas à parler de « crise climatique ». Mais ce sont les autres, « les nouvelles formes d’autoritarisme » qu’il pourfend, qui ont donné le ton en ces premières heures d’une Assemblée générale d’un système ébranlé entre autres par les États-Unis, le pays qui en fut le pilier. Tragique, il ne nous reste que le discours de Greta Thunberg aux dirigeant du monde pour espérer : « Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Les gens souffrent, les gens meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est de l’argent et du conte de fée d’une croissance économique éternelle. Comment osez-vous ? Depuis plus de quarante ans, la science est claire comme du cristal. Comment osez-vous regarder ailleurs et venir ici en prétendant que vous en faites assez ? »

Les limites de la loi « bioéthique »

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là.

ll n’y a actuellement aucune stabilité dans la définition des valeurs qui régissent nos comportements, même en matière de vie et de mort. En l’absence de données scientifiques qui puissent fonder nos conceptions de la naissance et du décès, tout devient possible. Il suffit qu’une majorité d’opinion semble se dégager pour qu’un gouvernement à la recherche du buzz lui emboîte le pas. Or la démocratie suppose la prise en compte d’avis éclairés plutôt que d’opinions, c’est là une condition nécessaire pour définir le bien commun. L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité.

Notre texte du 11 janvier 2018, Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?, toujours actuel !

La mono-procréation, un homo-sexisme

Désir de maternité des couples de lesbiennes et des femmes célibataires !? L’Académie nationale de médecine estime que « la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure » et n’est « pas sans risques » pour son « développement psychologique » et son « épanouissement » (rapport officiel du 21 septembre 2019). Pour l’Église catholique, ouvrir l’insémination artificielle avec donneur (IAD) aux couples de femmes et aux femmes célibataires constitue un saut « anthropologique » ; elle estime que l’insémination est une violation inacceptable de la « loi naturelle ». Décidément, ça se corse… L’Eglise catholique rejointe par l’Académie de médecine, de l’autre côté tous les lobbies LBGT soutenu par le politiquement correct. Choisir son camp va nécessiter la prise de Doliprane.

L’insémination artificielle a effectivement fait franchir une frontière « anthropologique », mais ce saut s’est produit à la fin du XVIIIe siècle, lorsque Lazzaro Spallanzani en 1780 a remplacer (sur une chienne) le rapport sexuel par un artifice technique. Longtemps assimilée à l’adultère, l’insémination artificielle avec donneur a été de nos jours présentée comme un traitement médical afin de la rendre moralement acceptable. Mais l’IAD n’est pas pour autant un acte thérapeutique, la femme n’a pas de problème de fertilité. Les gamètes des donneurs ne sont en rien des médicaments. A l’ambition de lutter contre l’« infertilité médicale » se substituerait un combat déraisonnable contre l’« infertilité sociale » des femmes homosexuelles ou célibataires. La « PMA pour toutes » pervertirait, selon La Manif pour tous, le sens de l’insémination artificielle avec donneur : ce geste destiné à aider les couples hétérosexuels servirait désormais les « caprices » des femmes homosexuelles ou célibataires. Le sperme devient un matériau de reproduction anonyme manipulé par des blouses blanches dans des hôpitaux. Notons la brutalité de ce changement sociologique, il y a 25 ans on parlait plutôt de l’importance du père et des « pères absents. Notons aussi que la PMA ne peut être mise en œuvre actuellement pour des couples que si la procréation est impossible (infertilité médicalement diagnostiquée) ou dangereuse (risque de transmission d’une maladie grave à l’enfant ou au partenaire). Le projet de loi en discussion à l’Assemblée prévoit de supprimer le critère d’infertilité.

Puisque l’insémination affranchit la reproduction des rapports hétérosexuels, il devient possible de procréer en dehors des schémas familiaux traditionnels. Ce n’est justifié que par l’individualisme poussé à ses extrêmes. Si on autorise la PMA pour toutes, il n’y a aucune raison d’interdire la GPA pour tous. Car si l’enfant devient un droit, les citoyens de sexe masculin seuls ou en couple pourraient le réclamer. Alors que les homosexuels nous demande à juste titre que le monde respecte leur mode vie, ils doivent aussi assumer le fait que leur mode vie ne permet pas d’enfanter : l’être humain n’a pas comme mode de reproduction la parthénogenèse comme les pucerons et il n’est pas hermaphrodite comme l’escargot. S’ils désirent quand même être parent, ils leur restent l’adoption, il y a beaucoup d’enfant en manque d’amour. Alors, quelle légitimité au désir d’enfant sans père ou sans femme ? Et si nous arrêtions de nous reproduire à outrance !

Pour un désarmement nucléaire

Le jeudi 26 septembre 2019 marquera la célébration par l’ONU de la « Journée Internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires ». A cette occasion, la Fondation de l’Ecologie Politique publie une note sur l’interdiction des armes nucléaires rédigée par deux porte-paroles d’ICAN France, la branche française de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires : « L’élimination des armes nucléaires fait partie des fondamentaux de la pensée écologiste. Les individus et mouvements qui s’en réclament ont participé à cette dynamique qui a permis d’arrêter les essais nucléaires, d’apporter reconnaissance aux victimes et aujourd’hui d’interdire ces armes de destruction massive…Tous ensemble, nous devons faire entendre une voix différente, la nôtre, celle des populations pour, dans un premier temps, réactiver les fondements du projet onusien du « plus jamais ça ! » ; comme ceux du projet européen : construire la paix entre des ennemis « héréditaires » par le biais de la coopération et de l’échange… Cela est possible par un changement de paradigme : faire de la confiance la base du nouveau rapport avec le monde ; où le dialogue (même conflictuel parfois) vient remplacer la guerre et sa préparation, vient remplacer la stratégie de la dissuasion qui n’est autre qu’une imposture et un exercice de la menace de terreur… L’utopie, l’irréalisme qui nous sont systématiquement reprochés — lorsque est évoqué le désarmement nucléaire — n’est pas du côté des abolitionnistes… L’illusion c’est de croire que la bombe atomique ne sera jamais à nouveau utilisée et qu’elle restera une arme de non-emploi grâce à l’efficacité de la politique de dissuasion nucléaire. »

AGENDA

– jeudi 26 septembre à Bruxelles : «  Le commerce des armes : un business comme un autre ? »
https://www.grip.org/fr/bd-commerce-armes

– vendredi 27 septembre à 19H, film débat « La bombe et nous » à la Maison des associations gervaisiennes (3, place Anatole France – 93310 Le Pré Saint-Gervais), organisé par le comité local du MRAP (Pantin- Le Pré Saint-Gervais), La Paille et le Mil, WILPF, ICAN, ville du Pré Saint-Gervais; film documentaire de Xavier-Marie Bonnot (2017) – 70 minutes – débat animé par Bruno Cramer.

– mardi 1er octobre à 18H30, réunion du Collectif contre le SNU (Service National Universel), Union Syndicale Solidaires Paris 31 Rue de la Grange aux Belles, 75010 Paris;

– samedi 5 et dimanche 6 octobre: « NoWar2019 Pathways to Peace » à Limerick, Ireland / World Beyond War:
https://worldbeyondwar.org/nowar2019/

– vendredi 11 octobre à l’ONU (NYC), initiative jeunesse pour le désarmement:

– 30/11-1er, 3 et 4 décembre Sommet de l’OTAN à Londres (un contre-Sommet et manifestation seront organisés à cette occasion par le réseau international « Non a la guerre, non à l’Otan)

Bioéthique et parti-pris du MONDE

L‘éditorial du MONDE* du vote « pour » la PMA « pour toutes ». Les arguments ne sont pas à la hauteur d’un quotidien qui se croit encore « de référence » :

« La PMA pour toutes restera comme l’avancée sociétale majeure de son quinquennat »

Biosphere : une avance sociétale « majeure » qui va toucher 100 femmes par an, l’éditorial n’a pas peur des mots. La légalisation de la contraception a été une avancée majeure, l’interruption volontaire de grossesse aussi. Ce n’est pas le cas de la satisfaction par la loi de femmes qui veulent se passer des hommes, acte sexiste s’il en est.

« Un débat s’est ouvert sur l’opportunité d’ouvrir la PMA aux femmes seules, par crainte que l’enfant souffre de grandir sans père. Celle des Français paraît claire : 60 % souhaitent que les couples de femmes aient accès à la PMA, 65 % soutiennent son extension aux femmes seules. »

Biosphere : une enquête Ipsos ne vaut pas force de loi. L’opinion publique est changeante, on dit comme dit le voisin et on changera tous ensemble d’avis juste après un bon matraquage médiatique. On parlait autrefois de redonner au père sa juste place dans le foyer, aujourd’hui on veut supprimer les pères, demain le bébé naîtra dans une éprouvette !

« Le projet de loi vise à rendre compatibles les avancées médicales avec ce que la société française juge éthiquement acceptable. »

Biosphere : tout faux. Il n’y a pas d’avancée médicale avec ce sigle très surfait « PMA » (procréation médicalement assistée). On ne traite pas un cas de stérilité féminine, il n’y a pas maladie. Il s’agit en fait, chez des femmes non stériles, de mettre tout simplement du sperme dans un vagin !

« La pratique a précédé le droit. »

Biosphere : cet argument est-il recevable lorsque l’on parle de seulement 2000 femmes sur une populations de près de 25 millions de femmes adultes. Et on peut s’interroger sur d’autres pratiques : de très nombreuses personnes, toutes consentantes, vivent dans une situation de polygamie de fait. Faut-il pour autant autoriser la polygamie ?

« Le texte vient honorer une promesse du candidat Macron, qui s’était engagé à étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. »

Biosphere : LE MONDE escamote le fait qu’il s’agit de l’examen par l’Assemblée nationale du projet de loi bioéthique. Cette loi devient à tort « PMA pour toutes » et confisque le débat autour d’un texte qui présente 35 articles au total. Derrière le prétexte de la « libération féminine » se profile les intentions du lobby pseudo-médical qui veut faire main basse sur les naissances : sélection du sperme, diagnostics génétiques préimplantatoires et recherche sur l’embryon, etc. La loi propose même de supprimer l’interdiction de « création d’embryons transgéniques ou chimériques ». A force de s’éloigner des mécanismes naturels, on donne le pouvoir à des apprentis sorciers.

* LE MONDE du 25 septembre 2019, La PMA pour toutes serait une avancée sociétale majeure

PMA, qui voudrait vivre sans père ?

« La procréation est par nature liée à la différence sexuelle puisque nous sommes tous issus de gènes masculins et féminins. Je fais donc partie de ceux qui s’interrogent sur la manière dont le projet de deux femmes, et même d’une seule femme, de devenir parent(s) devient progressivement, à lui seul, la justification de l’accès à la procréation. La question n’est pas celle de l’existence d’enfants sans père connu et élevés par une femme seule ou un couple de femmes : il en existe déjà. Mais avec la PMA (procréation médicalement assistée) s’affirme la volonté de permettre à chacun de maîtriser totalement le cours des événements de sa vie, selon son désir individuel. Ce désir justifierait une forme de « droit créance » sur la société pour réaliser leur projet : il ne s’agit plus de prendre acte de situations existantes, mais de les créer. La différence avec les situations actuelles d’enfant sans père, c’est qu’à l’avenir on ne lui dira plus que les circonstances en ont décidé ainsi, mais que c’est ainsi que la société l’a décidé pour lui.

« Si le curseur principal de ce qui doit être autorisé est la force du désir d’avoir un enfant, où nous arrêterons-nous ? Quel sera le seuil de déclenchement du refus de satisfaire tout désir sincère ? Si le droit à l’enfant est reconnu à toutes les femmes, au nom de quoi sera-t il demain dénié aux hommes ? Je ne vois pas comment la société pourra s’opposer durablement à ces aspirations d’hommes à devenir pères sans mère. Déjà aujourd’hui, des voix s’élèvent pour proposer la gestation pour autrui (GPA) au nom du dépassement définitif de tout lien entre sexe et procréation. Où l’homme mettra-t il une limite philosophique à ce qui est techniquement possible ? Peut-on toujours appeler la technique en renfort pour contrer la nature ? Je ne partage pas cette vision de l’humanisme, pour ne pas dire de ce transhumanisme. De la même manière que son aspiration à profiter, à l’excès, de ce que la Terre lui prodigue semble être irrépressible, son exigence qu’il soit répondu à ses aspirations personnelles semble sans limites. C’est aussi ce que voulait Icare, s’envolant aussi haut que possible au-dessus du monde jusqu’à se croire l’égal des dieux. On sait ce qu’il en est advenu. »

propos de Jean-François Debat (secrétaire national à l’environnement et à la transition énergétique du Parti socialiste) in LE MONDE du 22-23 septembre 2019, « L’extension de la PMA à toutes les femmes gomme l’altérité parentale »

NB : Le projet de loi prévoyant de supprimer le critère d’infertilité et d’ouvrir la PMA aux couple de lesbiennes et aux femmes célibataires est en examen à l’Assemblée nationale ce 24 septembre. Lire sur notre blog biosphere nos articles antérieurs :

28 juin 2019, PMA, le débat censuré par Macron

25 janvier 2019, PMA, un débat qui se révèle anti-démocratique

28 décembre 2018, pas de PMA, pas de GPA, pas d’enfant !

11 juillet 2017, PMA, une horrible histoire de science-fiction

2 juillet 2017, PMA, une fécondité sans père et sans repères

21 mars 2016, Marre de la PMA, marre des marchands d’enfants

11 août 2014, sexe et PMA, la reproduction artificielle de l’humain

22 décembre 2012, Critiquer la PMA pour respecter les cycles naturels

CLIMAT, penser comme Valérie Masson-Delmotte

Paléoclimatologue et coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), Valérie Masson-Delmotte mérite d’être mieux connue. Quelques indications sur notre blog biosphere :

1er avril 2010 : Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté. Depuis plusieurs mois, des scientifiques dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique – comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie, pointant les prétendues «erreurs du GIEC», comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre. Liste des premiers signataires: Valérie Masson-Delmotte (LSCE)…

(Lire la suite, contre-attaque des climatologues)

11 août 2011 : Moi, Valérie Masson-Delmotte, 39 ans, chercheuse au laboratoire des sciences du climat de l’environnement (CNRS, CEA, Université de Versailles). Mon cursus ? Classe préparatoire scientifique, réussite au concours d’entrée de l’Ecole centrale de Paris en physique des fluides et transferts. Ma thèse de doctorat portait sur la « Simulation du climat de l’Holocène moyen à l’aide de modèles de circulation générale de l’atmosphère ; impacts des paramétrisations ». Ma spécialité est donc la paléoclimatologie. Le fait que l’on puisse quantifier, comprendre et modéliser la longue évolution passée du climat grâce à l’étude des glaces de l’Antarctique (qui permettent de remonter le temps de 800 000 ans) est essentiel pour la confiance que l’on peut accorder aux modèles de climat. A ce jour, j’observe que ces modèles représentent correctement les grands traits des changements passés, avec une tendance à sous-estimer à la fois l’amplitude et la vitesse de ces changements. Moi non plus, je n’aime pas la vision fataliste de l’avenir qui est parfois associée au réchauffement. C’est ma formation d’ingénieur : la science et la technologie seront cruciales pour relever le défi. Mais faut-il mettre plutôt l’accent sur la réduction des gaz à effet de serre ou plutôt sur des mesures d’adaptation ? Cette question n’a quasiment pas été publiquement débattue. Les débats scientifiques n’ont rien à voir avec ce que les médias choisissent de mettre en avant. Je suis sélectionnée pour participer au prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, mais je me reconnais aussi  dans l’idée de la sobriété heureuse. (Lire la suite, une scientifique contre le climatoscepticisme)

24 juillet 2019 : La Suédoise de 16 ans Greta Thunberg a prononcé devant les députés le 23 juillet 2019 un discours sur l’inaction climatique aux côtés d’une climatologue. Le président des députés LR, Christian Jacob : « J’aurais préféré que l’on mette en avant les scientifiques du GIEC, l’Assemblée nationale a vocation à prendre en compte l’avis d’experts. » La climatologue et membre éminent du GIEC Valérie Masson-Delmotte répond a cette contre-vérité : « Jusqu’ici, je n’avais pas été invitée à l’Assemblée. Ce sera le cas mardi, et j’en suis très reconnaissante au mouvement des jeunes pour le climat : grâce à eux, le message des scientifiques retient davantage l’attention. Or le moindre demi-degré compte. Chaque année où l’on n’agit pas implique un changement climatique plus important à l’avenir. »

5 mars 2019 : Les contradicteurs de Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), réagissent à un discours qui nous semblait pourtant inattaquable :

– Pour contenir la hausse des températures à 2 °C, voire 1,5 °C, « il faut absolument diminuer de moitié les émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 et atteindre  “le net zéro” en 2050 ».

– Ce n’est pas gagné à en croire la climatologue qui raconte « un moment très désagréable » passé récemment au Sénat. « Ce sont des gens qui ont commencé leur carrière en politique quand j’étais encore au lycée. Et ils me demandaient pourquoi il y a urgence maintenant. Mais il y avait déjà urgence à l’époque. C’était dans les rapports du GIEC mais ils ont choisi de l’ignorer ! »

– La scientifique embraye sur les programmes scolaires : « L’influence de l’homme sur le climat n’est plus enseignée au collège et il n’y a quasiment plus rien sur le changement climatique au lycée. »

– Elle pointe aussi l’évolution démographique et même les allocations familiales. « Avant, il était important d’avoir plus d’enfants, et donc plus de soldats, pour assurer la puissance de la France. Mais aujourd’hui, on peut se poser la question de leur utilité. »

– Elle enjoint la jeunesse à ne pas baisser les bras : « C’est quelque chose qui peut être vibrant. Ça peut aussi être difficile dans vos familles parce que vous voulez faire différemment. ? Le problème c’est qu’entre aujourd’hui et le moment où les jeunes seront aux manettes, on sera déjà en 2030… »

30 mars 2019 : « Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée. » (Valérie Masson-Delmotte)

familles parce que vous voulez faire différemment. ? Le problème c’est qu’entre aujourd’hui et le moment où les jeunes seront aux manettes, on sera déjà en 2030… »

20 septembre 2019 : La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte revient sur la naissance de sa vocation, à une époque où les enjeux climatiques étaient peu visibles. « J’ai grandi en Lorraine avec un jardin, la liberté de faire des cabanes et de jouer dehors. Le week-end, nous faisions des promenades dans les forêts. J’ai passé toutes mes vacances dans les Vosges, et l’été dans les Côtes-d’Armor. Le fait de connaître chaque rocher à marée haute et à marée basse, de voir les modifications du littoral, des bancs de sable, l’arrivée des algues vertes, a joué un rôle important dans la manière dont je me suis structurée. A la grande loterie des concours, j’ai été admise à l’école Centrale. Je suis partie de ma Lorraine natale à la rentrée suivante pour m’installer sur le campus de Centrale, dans la banlieue sud de Paris. Un choc. L’une des premières choses qui m’a frappée en région parisienne, c’est la densité urbaine, et le fait de n’avoir jamais une vue dégagée. Partout où l’on regarde, l’espace est occupé. La lecture d’un numéro spécial d’une revue a marqué un tournant dans ma vie. De nombreux chercheurs, comme Robert Kandel, Hervé Le Treut, Jean Jouzel y partageaient leurs connaissances toutes récentes sur le bilan d’énergie de la Terre. Ils parlaient de la perturbation extraordinaire de la composition atmosphérique dévoilée par les carottes de glace de Vostok, dans lesquelles sont enregistrés 400 000 ans de climat. Pour moi, ça a été une révélation. En thèse, j’ai travaillé sur la période où le Sahara était vert et où les moussons étaient plus intenses, il y a environ 6 000 ans. J’ai éprouvé le sentiment de solastalgie [anxiété liée au réchauffement climatique]. Mais la jeune génération n’a pas envie d’attendre la « fin du monde ». Elle est le témoin de la dissonance de nos sociétés, où l’on agit à l’opposé de ce qu’on dit. » (LE MONDE campus, Valérie Masson-Delmotte : « A Centrale, avec ma timidité, j’avais le sentiment de venir d’un autre monde »)

Les 8 apocalypses climatiques selon DWW

Le réchauffement climatique menace l’humanité par une série de cataclysmes en cascade, telle est en tout cas la conclusion de la très riche enquête de David Wallace-Wells, du New York Magazine. Dans cet article, le journaliste égrène froidement les faits et les menaces, répertoriés en huit catégories d’apocalypses potentielles.

1. La grande submersion : « La plupart des gens parlent de Miami ou du Bangladesh comme s’ils avaient encore une chance de survivre mais la plupart des scientifiques avec lesquels j’ai échangé assurent que nous perdrons ces régions dans le courant du siècle. Même si on arrête de brûler des combustibles fossiles dans les dix ans à venir. » Première conséquence du réchauffement climatique, la montée des eaux (fonte des glaciers et dilatation thermique des océans), est le premier cataclysme que nous devrons surmonter.

2. Une chaleur mortelle : « Vous avez peur de la montée des eaux mais cela occulte les autres menaces. Fuir les côtes ne suffira pas. » L’auteur explique que la chaleur de l’air sera elle-même extrêmement délétère pour l’être humain.« Au Costa Rica, ou l’humidité est de 90%, se promener dehors par plus de 40°C pourrait déjà être mortel. En quelques heures à peine, le corps humain serait mortellement cuit. »

3. La famine mondiale : Il y a certes des variations suivant les cultures et les climats, mais la règle générale pour les céréales poussant actuellement à leur rendement optimal est que « chaque degré de réchauffement supplémentaire diminue les rendements agricoles de 10 %. Certaines estimations montent à 15 ou 17 %. » Avec un réchauffement de 5°C à la fin du siècle, l’équation cauchemardesque serait donc : comment nourrir une population 50 % plus nombreuse avec 50 % de céréales en moins ?

4. Les pestes climatiques : « Qu’arrivera-t-il quand la peste bubonique congelée sera libérée ? »… « Notre système immunitaire, s’il venait à rencontrer ces pestes préhistoriques, n’aurait absolument aucune idée de comment réagir pour s’en protéger »… « En Alaska, des chercheurs ont déjà trouvé des traces de la grippe espagnole de 1918, qui avait infecté 500 millions de personnes et en avait tué 100 millions, soit 5 % de la population mondiale. »

5. L’air irrespirable : Le CO2 ne se contente pas de réchauffer l’atmosphère, il en change aussi par définition la composition. Or, l’air que nous respirons a un impact sur notre santé, da façon parfois inattendue. Si la teneur en carbone monte à 1 000 ppm en 2100, l’auteur assure qu’« un tel air pourrait baisser les capacités cognitives humaines de 21 % ».

6. La guerre perpétuelle : La sécheresse fait partie des facteurs d’instabilité sociale ayant conduit à la guerre civile en Syrie. Le journaliste américain cite une vaste étude de Marshall Burke et Solomon Hsiang qui relève, au-delà des particularismes et conjonctures locaux, une corrélation entre violence et température : pour chaque demi-degré supplémentaire, les sociétés verraient augmenter de 10 à 20 % la probabilité d’un conflit armé.

7. L’effondrement économique : le journaliste signale que chaque degré de réchauffement pourrait coûter 1,2 point de PIB. Plus généralement, les chercheurs ont calculé comme projection médiane une perte de 23 % des revenus par personne à la fin du siècle, due aux différentes conséquences du changement climatique (agriculture, violences, tempêtes, énergie, mortalité, etc.). David Wallace-Wells suggère que le principe même de croissance est intrinsèquement lié à l’exploitation des énergies fossiles, et voué à s’interrompre avec la fin de celles-ci. « Avant les énergies fossiles, personne ne vivait jamais mieux que ses parents. »

8. Les océans empoisonnés : Plus du tiers du carbone est absorbé par les océans. Les effets secondaires sont terribles : acidification des océans, blanchiment et mort des coraux, qui « supportent le quart de la vie marine et nourrissent directement un demi milliard de personnes ». L’absorption du carbone peut déclencher un cercle vicieux : la sous-oxygénation de l’eau entraîne le grand développement de bactéries qui diminuent encore le taux d’oxygène disponible, faisant grossir les « zones mortes » dans les eaux profondes, puis de plus en plus près de la surface.

Conclusion :

– Optimiste :  « nous avons trouvé une voie pour créer une Apocalypse technologique, nous trouverons une voie pour trouver notre salut technologique », assure David Wallace-Wells.

– Pessimiste : Aucune civilisation dans l’univers n’a jamais réussi à se développer sans dérégler son environnement au point de péricliter avant même de pouvoir s’envoler vers d’autres planètes. C’est pour cela que nous n’avons pas encore rencontré d’extra-terrestres !

Source : https://usbeketrica.com/article/changement-climatique-les-8-apocalypses-a-venir

(Usbek & Rica est le média qui explore le futur. Tous les futurs : ceux qui nous font peur et ceux dont on rêve)

Pour approfondir : Climat : les raisons de s’inquiéter sont innombrables (8 décembre 2015)