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Pourquoi les Verts allemands ne sont pas crédibles

Les Verts allemands, comme leurs homologues français, sont restés un repaire de pseudo-révolutionnaires qui recyclent les thèmes de l’ultra-gauche, le revenu pour tous sans travailler, la GPA (gestation pour autrui) pour tous et la PMA (procréation médicalement assisté) pour toutes, un féminisme outrancier et un amour immodéré des immigrés. Leur tâche principale qui devrait être de porter haut et fort l’urgence écologique disparaît alors complètement aux yeux de l’électeur. Des fondamentaux comme le réchauffement climatique, ils le laissent à Merkel et Macron qui n’en font pas grand-chose non plus.

Dans leurs négociations actuelles pour former un gouvernement, les Verts allemands exigent de renoncer au plafonnement à 200 000 par an du nombre de réfugiés susceptibles d’être accueillis en Allemagne, ainsi qu’à l’interdiction du regroupement familial pour ceux bénéficiant de la « protection subsidiaire ». Une loi de 2016 empêche en effet les réfugiés qui n’ont obtenu qu’un titre de séjour d’un an renouvelable de faire venir leur famille. Ils souhaitent cependant un allongement de la liste des « pays d’origine sûrs » et la multiplication des centres d’accueil pour demandeurs d’asile afin de mieux contrôler leur présence sur le territoire*. Sans vouloir remonter plus loin, on en est resté à l’époque des camps de Harkis en France, l’isolement par incapacité d’intégrer les nouveaux arrivants. Sans rentrer plus loin dans ce débat, notons que l’immigration est d’abord un problème écologique, lié à la capacité de charge des différents territoires. Vouloir un libre accès total dans un pays est un non-sens écologique, la libre circulation des personnes un mythe.

Nous rappelons aux Verts franco-allemands la campagne « Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles ». L’association Ecologie et population (Ecopop) avait le 30 novembre 2014 soumis à référendum en Suisse une initiative voulant limiter la croissance annuelle de la population due à l’immigration à 0,2 % sur une moyenne de trois ans. Il pourrait donc immigrer  environ 16 000 personnes/an de plus que celle qui émigrent. Actuellement, chaque année 95 000 personnes quittent la Suisse. Par conséquent, il pourrait encore immigrer 110 000 personnes. Ecopop demandait aussi que 10% des fonds de l’aide au développement de la Confédération soient consacrés à la planification familiale VOLONTAIRE dans les pays bénéficiaires. L’accès à la planification familiale volontaire est considéré depuis 1968 comme faisant partie des droits de l’homme des Nations Unies. Chaque année, il y a dans les pays en développement env. 80 millions de grossesses non désirées à l’origine d’un tiers de la croissance de la population mondiale. La pression démographique (pas seulement migratoire), en Suisse ou ailleurs, fragilise le tissu social : logements trop chers, allongement des distances entre domicile et travail, engorgement des infrastructures, déséquilibres divers entre les humains et leur milieu naturel. Pourtant il faut noter qu’aucun parti, y compris à l’extrême droite, ne fait un lien entre démographie et dégradation de l’environnement. Démographie et écologie reste un sujet extrêmement tabou, même pour les écologistes institutionnels.

* LE MONDE du 21 novembre 2017, Ce qui a fait obstacle à la formation d’une coalition en Allemagne

Les mamans aux mains des marchands, la GPA

La gestation pour autrui ou GPA se pratique sur tous les continents, mais reste très marginale. Compliquée, coûteuse, elle reste réservée à des couples hétérosexuels dont la femme ne peut porter d’enfant ou à des couples d’hommes. Qu’en penser ?

1/2) Quelques commentaires sur lemonde.fr :

– Le titre de l’article du MONDE est révélateur : « La GPA un «  »marché » » mondial » ! La GPA est le dernier avatar de l’esclavagisme, dans lequel des femmes – et maintenant des hommes homosexuels – exigeant leur « droit à l’enfant » louent le ventre d’une autre femme généralement dans un pays pauvre pour lui faire fabriquer « leur » enfant. En se moquant bien des sentiments que la « mère porteuse » pourra(it ?) avoir à l’égard du bébé qu’elle aura porté pendant neuf mois.

– Ce n’est pas parce que « les gens l’utiliseront de toute façon » qu’il faut le légaliser. Sinon, on autorise tout ! Drogue ? De toute façon il y a des drogués. Meurtre ? De toute façon il y a des assassins…

– A l’heure où on loue son appartement, sa voiture, ses outils sur Airbnb et consort, je propose de louer mes enfants pour quelques temps aux parents en manque d’enfant.

– Notre époque formidablement friquée pour des trucs inutiles connaît une obstination déraisonnable aux deux extrémités de notre ligne de vie : notre venue au monde et notre trépas. D’un côté, il y a acharnement thérapeutique en fin de vie. De l’autre, le désir d’enfant qui passe par la GPA. Pourquoi ces obsessions anti-nature ? Parce que notre système libéral veut nous faire croire que tout est possible, il suffit de vouloir, même contre la loi ou des décisions judiciaires.

– Il n’y a d’activités humaines complexes qu’au prix d’une ponction supplémentaire sur les ressources naturelles limitées de la planète. Ce qui est utilisé pour les uns l’est donc obligatoirement au détriment des autres. Pourquoi refuserions-nous de penser les limites dans la procréation et dans le même temps insisterions-nous sur la nécessité de prendre en compte les limites de la planète pour tout le reste ? PMA et GPA, des techniques de trop.

– Le brevet GPA avait été pris par Sara, épouse âgée d’Abraham, qui avait fait porter par sa servante Agar son fils Ismaël. La Bible (Genèse 16) nous raconte que cela s’était mal passé, la mère porteuse ayant voulu prendre la place de l’épouse dans la famille.

2/2) Article concerné dans LE MONDE du 25 novembre 2016, La gestation pour autrui, un marché mondial. En résumé :

En France, la GPA est un sujet tabou. Tous les responsables politiques affichent leur hostilité à cette pratique interdite. Les chercheurs ont livré des points de vue contradictoires. Ils décrivent la réalité d’un marché mondial de la procréation sur lequel les États ont bien du mal à avoir prise. « C’est une anomalie culturelle, relève Elly Teman, maîtresse de conférence en anthropologie. Elle ne correspond pas aux représentations connues de ce qu’est une famille, une mère, un corps. » D’autant que, le plus souvent, de l’argent est échangé, sous forme de rétribution ou de « compensation ». Pour répondre à la demande, l’Asie du Sud-Est et le Mexique ont développé une GPA commerciale à bas prix. La GPA se joue des frontières. Face à des scandales de femmes exploitées ou de bébés abandonnés, de nombreux pays tentent d’interdire le recours à la GPA aux couples étrangers. Mais un « marché noir » perdure.« L’abolition internationale n’est pas une option réaliste, estime Elly Teman. La technologie est disponible, les gens l’utiliseront de toute façon. »

Je regrette vraiment d`avoir eu un enfant

Je me souviens avec émotion du témoignage d’une mère à la Fête des non-parents à Bruxelles en 2011.. elle disait qu’elle regrettait d’avoir eu des enfants. C’était courageux ! Un article de Libération développe aujourd`hui ce sentiment. Quelques extraits :

Elles aiment leurs enfants, mais regrettent d’être mères. A la question «si vous pouviez revenir en arrière dans le temps, avec la connaissance et l’expérience que vous avez aujourd’hui, seriez-vous une mère ?», elles ont toutes répondu non. L’étude «Regretting Motherhood : A Sociopolitical Analysis», publiée à l’hiver 2015 (1), a depuis été commentée partout dans le monde, de la Suisse au Brésil. Le hashtag #RegrettingMotherhood fait un carton auprès des Allemandes. Mais Orna Donath note un invariant : «une exhortation des femmes à se taire». En France, l’étude fait l’effet d’un d’une incongruité anachronique. Nous sommes dans un contexte opposé, les débats portent sur le droit à l’enfant, l’adoption pour les couples homosexuels, la PMA, les mères porteuses. On veut plus d’enfants, toujours plus. Dans un système d`exacerbation du désir, le regret est difficilement envisageable. En Israël, où la mère est une figure majeure, la politique nataliste affichée, le recours à la PMA facilité, le sujet a agité l’opinion une seule semaine avant d’être évacué.

Pour Orna Donath, si son travail choque, c’est aussi lié à la place accordée à la maternité. La dévalorisation sociale du regret, combinée à la survalorisation de la maternité, rend inacceptable le fait qu’une femme puisse regretter sa décision d’être devenue mère. Car, fondamentalement, ce regret indique qu’un autre chemin était possible. Celui de ne pas avoir d’enfant. Le regret, exprimé aujourd’hui, l’est dans un contexte de fécondité maîtrisée qui agit comme une circonstance aggravante. A partir du moment où on a donné le droit aux femmes de gérer leur fécondité, elles ont eu le devoir de le faire. La maternité doit être source d’épanouissement, une étape indispensable à la féminité. Les femmes sont censées aimer ça, il est impensable qu’elles le regrettent. Le message est clair : une vraie femme est nécessairement une mère heureuse

Comme le regret d’être mère, le non-désir d’enfant relève de l’indicible, facteur d’exclusion sociale. Le libre arbitre prend une claque. Voilà donc ce qui fâche, on pense que ce sont des modes de vie choisis alors qu’ils sont grandement déterminés.

(1) In Signs(Journal of Women in Culture and Society, vol. 40).

http://www.liberation.fr/debats/2016/07/10/le-regret-d-etre-mere-ultime-tabou_1465328

La Décroissance, c’est simplement le sens des limites

Le mensuel La décroissance de novembre 2014 insiste à juste titre sur ce qui constitue un des fondements de la pense écologique, retrouver le sens des limites. En voici une présentation succincte :

p.3, La perte de la mesure (Olivier Rey)

« …Depuis plusieurs siècles en Occident on s’est livré frénétiquement à la mesure au premier sens du terme, l’évaluation d’une quantité, et en même temps la mesure au sens de juste mesure a complètement été mise à l’écart… C’est ainsi que pour la plupart des dispositifs, il existe un point en deçà duquel le développement est bénéfique, au-delà duquel il devient nocif et se met à desservir ceux qu’il était censé aider… »

p.5, « La notion de limite n’a plus droit de cité » (Aldo Naouri)

« …Mon activité professionnelle de pédiatre m’a conduit à analyser les facteurs qui ont abouti progressivement à la disparition de la notion de limite dans nos façons de penser… La non-limite est devenue l’idéal, laissant croire à chacun qu’il peut déployer son désir et ignorer la règle du don et du contre-don qui fonde le lien social… »

p.7, simplicité volontaire

Marie : « … Quand on est un couple infertile, si l’on ne veut pas du genre PMA-GPA, pour les grands médias, c’est incompréhensible… Bientôt on vous dira que c’est de votre faute si vous souffrez d’être infertile en vous renvoyant à votre refus d’utiliser les biotechnologies…« Pourquoi refuserions-nous de penser les limites dans la procréation et dans le même temps insisterions-nous sur la nécessité de prendre en compte les limites de la planète pour tout le reste ?… »

p.11, L’échelle humaine (Philippe Gruca)

« … Illich s’est montré particulièrement sensible à la question des limites, des seuils au-delà desquels le changement de taille devient un changement de nature… Nous autres, humains, pouvons être certains que notre liberté nous permet d’aller au-delà du raisonnable. L’échelle n’est pas notre destin, elle est pour nous un choix… »

p.12, Le président de la décroissance ?

«  Tu es libre seulement les moments de ta vie où tu fais des choses qui te plaisent, et tu n’es pas libre quand tu dois te consacrer exclusivement à gagner de l’argent… La vie ne doit pas servir la marchandise… » Cette citation provient du président de la République de l’Uruguay, José Mujica. C’est la première fois qu’un chef d’Etat va aussi loin dans la dépossession. Tous ce qu’il possède, c’est une Coccinelle. Il habite dans une ferme qui appartient à sa femme… Il reverse 87 % de ses émoluments à des œuvres sociales…

L’acharnement médicalisé à vouloir un enfant à tout prix

Geneviève Delaisi de Parseval a publié en 1983 « L’Enfant à tout prix »*. Depuis lors, les méthodes technicisées pour avoir un enfant se sont multipliées : stimulation ovarienne, fécondation in vitro, procréation médicalement assistée. Pourquoi donc ce mal de parentalité dans un monde déjà surpeuplé ? D’abord à cause de la pression sociale. Comme on fumait à une époque parce que tout le monde fumait, on veut un enfant parce que les autres en ont. Cela s’appelle l’interaction spéculaire, notre comportement reflète l’image de la norme sociale : en France, tout concourt à appuyer une pratique nataliste, les allocations familiales, les exonérations d’impôt, la multiplication des crèches, les cadeaux de Noël pour les enfants, la peur du vieillissement dans la solitude, l’ignorance du mot nulliparité, le rejet de la stérilité. Dans un tel contexte, certains peuvent vraiment souffrir de ne pas avoir d’enfant. Ensuite à cause de la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». Il faudrait même préciser « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable ».

                Alors que la stérilité pourrait trouver un substitut parfait dans l’adoption, les miracles supposés du progrès technique multiplient les clients. Comme l’écrit Alexis Escudero, « La reproduction artificielle de l’humain ne signifie pas l’égalité des minorités sexuelles dans leur rapport à la procréation, mais la soumission de tous à l’institution médicale et la tyrannie technologique. Elle signe l’intrusion des experts dans la chambre à coucher… » La maternité tardive n’est pas la cause unique d’infertilité. Stérilisés par l’industrie chimique, les êtres humains n’ont plus d’autre choix que de recourir à la technique. La diminution continue de la qualité du sperme, associée au recul de l’âge auquel les femmes décident de faire un enfant, pourrait provoquer à court terme une hausse de près de 80 % d’éligibilité à l’AMP (assistance médicale à la procréation). Mutilés de leur capacité à se reproduire, les humains sont contraints de payer pour avoir des enfants… Mais pourquoi donc ne pas accepter sa stérilité ?

                Geneviève Delaisi de Parseval estime qu’aucune loi ne résistera à « l’irrépressible désir d’enfant de nos contemporains ». Or aucun désir n’est irrépressible, c’est la société consumériste qui nous a fait passer de la satisfaction de nos besoins véritables à une idéologie du désir. Il y a en réalité ceux qui veulent un enfant à tout prix malgré leur stérilité et ceux qui, bien que fécond, n’en veulent pas du tout. Il y a de fortes chances que seuls les seconds sachent ce qu’urgence écologique veut dire. Si les couples stériles posaient vraiment la question du présent et de l’avenir des enfants dans un monde surpeuplé et pollué, ils seraient sans doute convaincants. La pression sociale deviendrait malthusienne.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire Corinne Maier, NO KID (40 raisons de ne pas avoir d’enfant) ou la BD « Des salopes et des anges » de Tonino Benacquista et Florence Cestac.

* LE MONDE culture et idées du 20 septembre 2014,  La stérilité sur le divan

Questions démographiques que tout le monde se pose

Voici une liste non exhaustive des questions démographiques sur lesquelles chaque citoyen devrait se pencher. Nous attendons vos réponses-commentaires avec impatience…

Questions générales

Population et politique démographique : que penser de la politique nataliste de la France (allocations familiales privilégiant les familles nombreuses, quotient familial, etc.)

Population et écologie : peut-on définir la capacité de charge de la planète, un niveau maximum de population soutenable, un optimum de population, un minimum de population viable ?

Population humaine et biodiversité : quel équilibre durable trouver pour le partage des écosystèmes entre l’espèce homo sapiens et les autres espèces ?

Population des animaux sauvages et élevage : quelle part donner aux espèces sauvages par rapport aux espèces domestiques ? (le loup ou l’ours n’étant qu’une petite partie de cette problématique)

Population et alimentation : la relation malthusienne selon laquelle la population croit tendanciellement plus vite que les ressources alimentaires est-elle vérifiée ?

Population et régime alimentaire : quelle option alimentaire soutenir politiquement, omnivore, végétarien, végétalien, une journée sans viande par semaine, le lundi végétarien, jeûne pour le climat le premier jour de chaque mois…

Population et énergie : la relation de Chefurka selon laquelle les énergies fossiles ont permis la croissance exponentielle de la population humaine est-elle vérifiée ? La descente énergétique prévisible va-t-elle s’accompagner d’une décroissance démographique ?

Population et éthique : quelles politiques publiques en matière de démographie sont-elles compatibles avec le respect du principe de liberté du choix de fécondité par les individus ou les couples ?

Population et parti écologiste : Quelles sont les positions historiques des Verts sur la question démographique ?

Questions liées à l’accroissement naturel

Population et niveau de vie : quelle part respective accorder à la décroissance malthusienne (limitation des naissances) et à la décroissance économique (limitation de la consommation) ?

Population et contraception : doit-on demander une aide plus conséquente de l’UE au planning familial comme aide au développement, revendiquer la contraception gratuite au niveau mondial, soutenir telle ou telle méthode de contraception…

Population et procréation : dans quelle mesure les écologistes sont-ils favorables à la PMA (procréation médicalement assistée) et à la GPA (gestation pour autrui) ?

Population et développement : la stabilisation de la population mondiale prédite par le mécanisme de la transition démographique (baisse de natalité grâce au développement) est-elle une croyance ou une réalité ?

Population et vieillissement : comment faire face au vieillissement de la population ? Par une hausse de la natalité et/ou par d’autres moyens ?

Population et mortalité : quelle peut être la position d’un parti écologiste sur l’eugénisme démocratique (par exemple l’avortement thérapeutique du mongolisme et le diagnostic préimplantatoire)  ou la problématique de l’euthanasie active (ou passive) ?

Questions liées aux mouvements migratoires

Population et immigration : peut-on déterminer par la loi des limites au flux d’immigration ? Lesquelles ?

Population et migrations environnementales : Quelle politique internationale mettre en place sur cette question ?

Population et urbanisation : entre villes et campagnes, y a-t-il une répartition territoriale optimale ?

Population et loisirs : le tourisme mondialisé a-t-il un avenir ?

Questions et réponses sur l’urgence démographique (4/4)

Paulette : Est-ce qu’on peut imaginer que la croissance démographique va se stabiliser d’elle-même, sans l’utilisation de politiques anti-natalistes ?

Réponse : C’est la baisse de fécondité de la transition démographique qui fait tenir par les démographes de l’INED ce genre de discours mystificateur. L’analyse précédente de Pablo Servigne montre pourquoi ce ne sera pas le cas. On peut aussi lire dans la biographie d’un agronome de renom et candidat écolo aux présidentielles de 1974 (René Dumont, une vie saisie par l’écologie de Jean-Paul Besset) l’analyse suivante :  « Le développement est la meilleure des pilules, s’accorde-t-on à dire à la conférence mondiale de Bucarest sur la population (1974). René Dumont estime que les conditions actuelles de dénuement économique et de crises écologiques posent le problème démographique dans des termes différents de ceux qu’a connus l’Europe : « C’est quand la population s’emballe que s’amplifient les dégâts du productivisme, compromettant les moyens mêmes de production ». On n’a plus les capacités d’assurer les conditions du décollage économique. La vérité oblige aujourd’hui à reconnaître que la natalité n’appelle pas la richesse et le développement n’est pas au rendez-vous pour contenir la natalité. Dans un contexte de baisse de la mortalité et de pénurie économique, la croissance de la population resserre les mailles du sous-développement et aggrave la destruction de l’environnement. Depuis 1975, l’agronome estime qu’après examen de nos potentialités agricole, il ne faudrait jamais dépasser 7 ou 8 milliards d’habitants au total. »

Gaëtan R : Peut-on estimer un nombre d’individus pour lequel notre pression sur l’environnement serait soutenable ? Si oui, combien ?

Réponse : Tout au cours du livre « Moins nombreux, plus heureux », la question du maximum de population soutenable est abordée … avec des réponses multiples. Voici trois évaluations dans ce livre :

Alain Gras : Paul Chefurka met en évidence la corrélation très forte entre énergie et population : « Une des deux options de son modèle mathématique prend non seulement en compte la raréfaction des ressources, mais aussi l’hypothèse Lotka-Volterra qu’il nomme « excès de capacité de charge » dans l’écosystème. Entre autres : déficits alimentaires régionaux massifs, maladies non soignées en raison du démantèlement des services médicaux et sanitaires dans les villes, mortalité accrue due aux aléas climatiques, affaissement de la durée de vie, etc. Dans ce cas, les chiffres de la population mondiale sont de 4 milliards en 2050 et 1 milliard en 2100. »

Pablo Servigne : « En l’espace de quelques décennies, l’humanité a de fortes chances de faire face à un pic de la population, un pic énergétique, un pic de l’eau disponible, un pic des terres arables, et très probablement un pic des rendements agricoles. Ainsi, il est désormais réaliste de penser que nous redescendions au cours des prochaines décennies à des niveaux de population proches de l’ère pré-industrielle : un à deux milliards d’êtres humains sur terre. »

Michel Tarrier : « Il semblerait que pour s’inscrire dans un réel équilibre naturel et pérenne, l’effectif humain ne devrait pas dépasser tout au plus un milliard, voire seulement 300 millions selon d’autres points de vue. Nous sommes bien loin du chiffre des 2 ou 3 milliards que l’on avance souvent prudemment, sans doute inconsciemment pour ne pas provoquer la pénible levée des boucliers pro-natalistes. Comme nous n’étions que 250 millions en l’an 1, ce qui est proposé n’est qu’un retour « à la normale »! Qu’en serait-il ? Notre espèce vivrait naturellement, écologiquement, ne serait plus mise en danger. La biodiversité serait respectée. Les pollutions biologiques seraient absorbées et neutralisées… »

Pauline C : Quel serait selon vous le niveau de population acceptable pour la planète ?

Réponse : Mon point de vue personnel est qu’il faudrait revenir dans un avenir très lointain à un niveau de population compatible avec une vie de cueilleurs-chasseurs, laissant à l’exubérance des différentes formes du vivant le droit de s’exprimer pleinement. La paléontologie nous apprend que l’humanité a failli s’éteindre il y a 70 000 ans en Afrique de l’Est, à cause de sécheresses récurrentes qui auraient réduit la population humaine à environ deux mille individus, probablement scindés en petits groupes. Est-ce la population minimum viable ? Des chercheurs ont défini ce concept et estimé à 50 femelles l’assurance de ne pas voir l’espèce s’éteindre  à moyen terme, à 500 femelles la garantie que l’espèce soit protégée à long terme. Donc quelques milliers de représentants de l’espèce homo sapiens devraient suffire à peupler la terre… sans penser à croître et multiplier !

Carine : Comment peut-on gérer l’augmentation de la proportion des personnes âgées ?

Réponse : Cette question pose la problématique du vieillissement de la population. Dans la préface du livre « Moins nombreux, plus heureux », le député Yves Cochet répond ainsi :

« La solution à un vieillissement de la population ne peut pas être l’augmentation de la proportion de jeunes, car ces derniers seraient vieux à leur tour un jour et réclameraient donc encore plus de jeunes : c’est la fuite en avant, la situation ne ferait que s’aggraver. Nous croyons, au contraire, que la peur occidentale du vieillissement de la population doit être affrontée aujourd’hui. Une société âgée possède des qualités économiques, sociales et écologiques comparables, voire meilleures, qu’une société plus jeune. Même à la retraite, les personnes âgées contribuent de façon appréciable à la prospérité de la société, par tout le travail bénévole qu’elles assument, auquel il faut ajouter les contributions intellectuelles de la sagesse de l’âge. Les grands-parents européens assurent les deux-tiers des services de garde informels des enfants. La grande majorité des personnes âgées sont auto-suffisantes, elles ne sont pas un fardeau financier pour leurs enfants. C’est plutôt elles qui, bien souvent, soutiennent les jeunes générations, notamment les chômeurs. Tout compte fait, les jeunes sont plus coûteux pour l’économie, en temps et en argent pour leur entretien et leur éducation, que les vieux pour leurs pensions… »

Simon : Comment concilier les attentes sociales de procréation pour tous (PMA, GPA…) et l’incitation à une réduction du taux des naissances ?

Réponse : Nous abordons ainsi le débat contemporain autour du « mariage pour tous ». Notons que l’évolution législative n’a pas été jusqu’à permettre PMA et GPA aux couples homosexuels. D’un point de vue d’écologiste, prenant à la fois en compte les données physiologiques des personnes (ici la stérilité) et la nécessité de réduire la population humaine (en montrant particulièrement l’exemple dans les pays développés), il y a bien contradiction entre le fait de ne pas pouvoir faire d’enfant et celui d’en vouloir un à n’importe quel prix. Il arrive un moment ou le désir personnel doit s’effacer devant le bien commun, la stérilité doit être acceptée pour ce qu’elle est, le signe d’une limitation de notre capacité reproductive. Le besoin d’enfant créé de façon non conventionnelle peut être amplement remplacé par l’adoption d’un enfant qui existe déjà et qui n’espère que cela, trouver une famille.

Elsa C : Comment,  dans un contexte de consommation toujours plus importante, peut-on faire accepter l’idée qu’il faut consommer de manière plus durable pour répondre aux besoins de tous ?

Réponse : Après la décroissance malthusienne, nous abordons avec cette question l’idée (juste) de décroissance économique. Je réponds au travers de la personne à bien connaître si on veut être écolo, René Dumont. A propos du programme commun de gouvernement en 1972, il écrivait : « Quand je pense aux affamés du Sahel, je trouve certaines revendications grotesques… Cet objectif de croissance de 8 %, croissance pour qui, croissance pour quoi faire ? Proposer une hausse générale du niveau de vie, c’est oublier que ce niveau de vie résulte en partie du pillage du tiers-monde, du sous-paiement de ses ressources rares. Pour ma part, je crois qu’il faut viser une hausse du niveau de vie limité aux tranches les plus basses de revenus. Et poser comme objectif la diminution de la consommation du tiers le plus riche de la population française. »

Sa conception générale tenait en une phrase que j’ai fait mienne : « L’espèce humaine doit savoir se limiter. » Sans doute que la pression du confort empêche les gens d’accéder au sens des limites, mais ils agissent ainsi par pur égoïsme, sans penser aux générations futures ni aux autres espèces vivantes. Ils ont tort, et il faut leur expliquer cela inlassablement…

NB : un livre complémentaire de ce questionnaire : Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie à acheter chez votre libraire local ou (à la rigueur) dans une librairie en ligne : Amazon ; Decitre ; FNAC

Le « mariage pour tous », produit de la croissance libérale

Je voudrais saluer le courage intellectuel dont ont su faire preuve un certain nombre d’écologistes sur le sujet du « mariage pour tous » – pas ceux d’EELV bien sûr. Le rédacteur en chef de l’Ecologiste explique tout de go : « Si le projet de loi devait être adopté, ce serait une négation sidérante de la nature, l’aboutissement consternant de notre société industrielle qui détruit la nature non seulette dans la réalité mais aussi dans les esprits. L’homme se prend pour un démiurge : OGM ; nanotechnologies… sans jamais mettre la moindre limite à son action. Dans la vaste entreprise de marchandisation du monde, toues les règles sont ainsi progressivement éliminées, que cette logique ultra-libérale et ultra-individualiste se retrouve dans le projet de loi d’un gouvernement de gauche est affligeant. (janvier 2013) »

                Il est paradoxal d’observer certains objecteurs de croissance hurler à la reconnaissance des limites de la nature quand il s’agit de la croissance et parallèlement qualifier de « réacs » ceux qui rappellent ces limites quand il s’agit de procréation. Sylviane Agacinski se leurre à l’idée de pouvoir déconnecter le « mariage pour tous », qu’elle approuve, de la « gestation pour autrui » qu’elle combat vigoureusement. L’un est la conséquence de l’autre. Jean-Claude Michéa a parfaitement résumé les enjeux : « A partir du moment où l’une des fonctions anthropologiques du mariage traditionnel est d’organiser officiellement la filiation, il état clair que la volonté politique de substituer au projet d’un véritable « pacte d’union civile » (protégeant les individus quels que soient leur orientation sexuelle) celui – purement libéral – du « mariage pour tous », allait faire surgir aussitôt toutes une série de problèmes connexes, comme la procréation assistée (PMA), la location de mères porteuses (GPA) ou l’élargissement du marché de l’adoption. Il s’agissait donc beaucoup moins de lutter contre l’homophobie que de déstabiliser tout ce qui, dans l’organisation familiale existante, fait encore obstacle au déchaînement des rapports marchands… alors que la famille était l’une des rares instituions où la logique du don prenait encore le pas sur celle de l’échange économique. » La loi Taubira est homophobe par son déni de la spécificité de la sexualité homosexuelle. Elle renforce la haine de la différence car elle subvertit le droit à la différence en un droit au déni de toute différence.

Face à nos arguments, nous nous sommes trouvés confrontés au terrorisme intellectuel, ici le chantage à l’homophobie. Le phare de la pensée contemporaine, Bernard-Henri Lévy, ne pouvait manquer d’éclairer le peuple : « Les gens nous donnent des raisons extrêmement compliquées d’être contre la mariage gay. La réalité, ce que j’entends, c’est ce vieux fond noir de homophobie française et au-delà de la France. Absolument. » On en est arrivé à des absurdités : l’homosexuel qui s’oppose à la loi Taubira (mariage pour tous) est traité d’homophobe. Nous sommes ici face aux mêmes méthodes que celle des sionistes assimilant toute critique d’Israël à de l’antisémitisme. On ne peut s’exprimer sans avoir l’air d’être réactionnaire alors qu’on se confronte à des propos infantiles du type « Mais s’ils s’aiment ? » Certains n’ont que l’« égalité » à la bouche, rabâchée sans nuances, comme si l’égalité des droits pouvait se confondre au droit à l’égalité. La douleur des femmes oppressées par le système patriarcal est utilisée pour imposer la haine des homme et le matriarcat.  Figure médiatique de l’extrême gauche mélenchoniste qui se dit écolo, Clémentine Autian est allée jusqu’à déclarer : « Nous allons créer des parents sociaux qui n’ont rien à voir avec la nature. Je me fous totalement de l’état de nature ! »

Extraits de « Décroissance ou décadence » de Vincent Cheynet

(Editions le pas de côté, 192 pages, 12 euros)

Quelles limites à la procréation médicalement assistée ?

Notre système démocratique montre que tout et son contraire est possible quand se dégage un consensus. Mais où sont les limites, la référence ultime ? Selon un groupe de travail, sous l’égide de  la sociologue Irène Théry, le droit doit prendre en compte « la grande métamorphose de la filiation, et plus généralement de la famille et de la parenté, dans les sociétés occidentales contemporaines »*. A savoir l’explosion de l’union libre et des naissances hors-mariage, la banalisation des séparations, l’émergence des familles recomposées, le développement de l’homoparentalité, le recours croissant à la PMA (Procréation médicalement assistée)… Les diverses façons de « faire famille » (procréation, adoption, engendrement avec tiers donneur) « devraient coexister à égale dignité » au sein d’un « droit commun de la filiation », estiment-ils. Le rapport préconise deux changements : l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes. Le groupe ne se prononce par sur la gestation pour autrui, ou sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules, qui l ‘ont divisé. D’autres points de vue s’expriment :

Le père du premier bébé éprouvette, Jacques Testard, se confie dans un mensuel** : « Les dérives actuelles de l’AMP (aide médicale à la procréation) pour raisons sociétales ont davantage à voir avec des  comportements individuels qu’avec des inventions scientifiques ; depuis toujours un complice pouvait se substituer au mari pour féconder… je suis consterné par les positions d’EELV sur l’AMP, comme si les écologistes d’appareil reniaient les fondements mêmes de l’écologie, avec les principes de frugalité, d’autonomie et de convivialité. Qu’en est-il de l’autonomie des personnes quand l’enfant est fabriqué par des spécialistes alors qu’une démarche responsable permettrait d’en assumer la technicité rudimentaire ? Car c’est bien de l’insémination artificielle (d’une lesbienne ou d’une mère porteuse) que dépend la satisfaction recherchée. Est-ce pour avoir l’air révolutionnaire de revendiquer l’esclavage des mères porteuses ou l’instrumentation de l’enfant privé de racines par un don de sperme ? Quels principes soutiennent l’indifférenciation des sexes, l’exigence d’engendrement sans limite d’âge ou le droit à l’enfant ? Une société basée sur des principes n’est pas la négation de la nature. Il nous faut plutôt construire une civilisation inscrite dans la nature, car nous sommes de la nature, et ses atteintes deviennent vite les nôtres. Contre l’autonomie de la technique, il faut opposer l’autolimitation de la puissance. Et cela passe logiquement par l’objection de croissance.« 

Pour compléter cette analyse, sur notre blog : Non à la fécondation in vitro et  Non à la procréation médicalement assistée !

* LE MONDE du 9 avril 2014, Famille, filiation, parentalité : ce rapport que l’exécutif a préféré cacher

** La Décroissance, avril 2014, Vers l’eugénisme ?

Est-ce vraiment rétrograde que d’accepter sa stérilité ?

François Olivennes, spécialiste des traitements de l’infertilité, milite dans les médias* pour la fécondation in vitro (FIV), le don d’ovocytes, la possibilité généralisée pour les femmes de congeler leurs ovocytes et l’AMP (assistance médicale à la procréation) pour les femmes seules. Il se croit donc respectueux du désir d’enfant à tout prix. Etre contre son avis, c’est vouloir que « Notre pays reste un petit village gaulois campé sur ses positions rétrogrades mais surtout hypocrites, car des milliers de femmes se rendent à l’étranger, parfois à une heure de Paris, pour bénéficier de ces techniques ». Voici ce qu’en disent les commentateurs sur lemonde.fr :

Gaétan Richardeau : On se demande tout de même quels seraient les intérêts économiques d’une telle généralisation de ces techniques pour le Dr François Olivennes, qui vient ici faire la leçon avec tant d’emphase..

Gbouvier : François Olivennes semble ignorer la différence entre ce que l’Humanité sait faire et ce que l’Humanité s’honore de faire. Et là, c’est moi qui ait peur. Il faudrait qu’il sorte un peu de son petit monde, ce petit docteur. Tout ne tourne pas autour de son petit business ! Un mec stérile et qui aime ça : non, je veux pas être père-porteur, bien que ce soit mon droit.

Félix le chat : Rien que son titre décrédibilise l’article… et son auteur. « Hostile aux femmes stériles », c’est être « rétrograde ». Rien que ça ! Pourquoi pas « contre-révolutionnaire » ou « ennemi du peuple » comme au bon vieux temps du camarade Staline

Hadrien : Taxer la France de rétrograde et hostile aux femmes stériles pour défendre sa boutique me semble misérable, et on se demande ce qu’un article de ce niveau fait dans les débats du Monde. Des personnes qu’on ne peut soupçonner d’intégrisme ou d’étroitesse d’esprit débattent depuis des années de la légitimité de la science à imposer ses progrès sans réflexion éthique et des enjeux pour notre société. On ne peut balayer tout cela de son mépris tout en se plaignant d’un « débat minimal » !

Chandernagor : Autant je suis fermement attaché aux droits des enfants, autant je suis réservé sur le droit « À l’enfant ». Cela mérite discussion et débats. La stérilité ne tue pas, que je sache.

Jacques Louys : Croire que le « désir » va être satisfait par son objet, ici avoir un enfant, est un leurre éternel…

Shakleton : Le désir d’enfant travesti en dû est une pure construction sociale. Il n’y a strictement aucun argument qui fait de la PMA une nécessité, sauf la pression sociale, le désir de normalité absolue. Pourquoi devrait-on financer un mythe social ? A choisir, je préfère que l’argent de la Sécu aille à ceux qui en ont vraiment besoin … Mettez une femme en mal d’enfant en face de quelqu’un de trop pauvre pour se payer une correction visuelle et qui y a laissé son travail : qui a priorité ? Avec une FIV, on finance combien de prothèses auditives et de lunettes ?

 La murène : Ce texte est emblématique d’un « droit à l’enfant » se substituant au droit des enfants. Le « désir d’enfant » de quelques-unes doit-il être financé par l’ensemble de la société ? Les femmes ne sont pas que des reproductrices, elles doivent pouvoir se réaliser autrement qu’en faisant des enfants.

Henry Michaud : On peut comprendre le désir d’enfant, mais est-ce dans le rôle de la société de légitimer ce désir et de faire qu’il soit exaucé coûte que coûte, notamment au frais de la secu ? J’en doute.

Cray : Le bidouillage pour la procréation doit-il être la règle ? Programmer son enfant avec une appli smartphone doit-il être l’objectif ultime à poursuivre? Si la France reste un petit village gaulois campé sur ses positions « rétrogrades », est-ce si gênant ?

Dominique Birou : Je partage votre point de vue et le vertige que me donne notre société, il y va surtout d’une sorte de consumérisme qui remet entre les mains des soignants le début de la vie

Shakleton : Dépenser des sommes délirantes pour répondre à un caprice avec 25 % de réussite au maximum quand la Sécu ne rembourse presque pas les lunettes et appareils auditifs, etc. moi j’appelle ça du natalisme obscène, pas une mentalité rétrograde. Ce qui serait un progrès, c’est d’enseigner à l’école que toutes les femmes n’auront pas d’enfants et qu’il n’y a rien d’anormal ni de pathologique, ni même de honteux à ça.

Roger D. : Entièrement d’accord. Il faudrait vraiment apprendre la biologie à tous, pour leur apprendre que n’aurons pas d’enfants biologiquement: -les femmes stériles -les femmes qui attendent de devenir stériles -les couple de femmes -les couple d’hommes -les femmes seules. La médecine est là pour guérir des maladies, pas pour contourner la biologie.

Yohann Coldefy : Guérir une maladie, c’est tout autant « contourner la biologie ». Vous enrayez artificiellement le développement naturel d’une bactérie ou d’un virus pour favoriser la guérison. Un état biologique ne vous plait pas, vous utiliser des techniques pour l’arranger. C’est ça la médecine.

GF : Il y a quelque chose d’effarants depuis des années, c’est que des gens avec le titre d’expert viennent dans les médias pour dire aux Français qu’ils seraient horriblement rétrogrades et derniers de la classe. Il y a là une sorte de chantage au conservatisme. ce n’est pas parce que l’on ne répond pas aveuglement par l’affirmative à ces propositions que nous sommes des horribles ayatollahs coincés à l’âge de pierre.

Christian Cépété : Ce médecin n’a pas compris que demain la procréation sera totalement déconnecté de la fécondation archaïque. Ovules et spermes seront stockés avant stérilisation des individus et l’assemblée nationale décidera chaque année du contingent de bébés éprouvettes. Alors, pourquoi nous embêter avec les combats d’hier, la PMA et la GPA et la famille avec enfants et le sexe, c’est des bêtises du passé. Et quelle économie, plus de congé prénatal, plus de maternité, juste des rayonnages avec des bocaux.

Yoyo : Pourquoi avoir un enfant ?

* LE MONDE du 19 février 2014, La France est devenue un pays rétrograde et hostile aux femmes stériles

L’écologie à la mode libertaire, le dilemme d’EELV

L’essayiste écologiste Jean-Marie Pelt : « L’écologie, c’est avant tout la conscience qu’il y a des limites à nos interventions sur la natureCette prudence appliquée au vivant doit s’appliquer a fortiori à l’être humain. » L’agro-écologiste Pierre Rabhi : «Attention à cette tentation de l’homme démiurge qui prétend faire mieux que la natureLe mouvement écologiste devrait en être encore plus conscient que les autres.» Or les parlementaires d’Europe Écologie – Les Verts (EELV) réclament l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes homosexuelles, pour les hommes homosexuels la gestation pour autrui (GPA), et soutiennent la recherche sur l’embryon. Le philosophe Dominique Bourg, en tire cette conclusion : « Sur ces questions, les Verts français s’expriment davantage comme libertaires que comme écologistes, Sinon, leur jugement serait beaucoup plus nuancé.»*

Pour un écologiste profond, les techniques ne sont pas à même de surmonter toutes les finitudes. A-t-on ou non intérêt à techniciser tel ou tel aspect du vivant ? Alain Lipietz rappelle : « Une chose techniquement possible n’est pas nécessairement éthiquement et politiquement permise ».Il s’agit, en cette matière comme en bien d’autres, de retrouver le sens des limites. EELV devrait aussi s’appliquer le principe de précaution en matière de bioéthique. Mais le débat au sein du parti EELV est bloqué. Ainsi l’appel à la prudence sur l’extension de la procréation médicalement assistée avait été fortement dénoncé à l’initiative de la commission LGBT (lesbienne gay bi trans). Quel est le  rapport entre cette commission et l’écologie ? L’écologie à la mode libertaire ?

Voici un résumé de nos article antérieurs :

Un technologue face à la procréation médicalement assistée

…En définitive, vouloir contourner la sélection naturelle qui a donné la fécondité aux uns et la stérilité à d’autres relève d’une volonté de toute puissance de l’homme, l’hubris, liberté de faire tout et n’importe quoi au nom du « désir individuel » pour le plus grand profit du système capitaliste libéral et de ses spécialistes…

Pensée des limites et procréation médicalement assistée

…On ne peut se positionner contre la consommation à outrance et exiger le droit pour chaque individu d’avoir une Mercedes… ou un enfant alors qu’on est stérile. Primauté des besoins fabriqués, épuisement des ressources naturelles. Les deux phénomènes sont liés…

Mariés ou pas, non à la PMA

…Les applications techniques de la science sont toujours dépendantes de choix sociaux : dans quelle société voulons-nous vivre ? Cette problématique est d’actualité. Lors des manifestations en faveur du mariage pour tous, on défile dorénavant pour l’accès à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes. La technique se veut toute puissante, franchissant la barrière des espèces et la différence sexuée…

Oui à la nulliparité

…Une femme (un homme) devrait être terrifiée devant la décision de produire un être humain supplémentaire car ce n’est pas l’enfant qui donne un sens à la vie de ses parents ; ce qui compte, c’est la place que cet enfant va pouvoir assumer dans l’équilibre de moins en moins durable des écosystèmes…

* http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Ecologie-et-bioethique-les-raisons-d-un-hiatus-2013-05-20-962304

Que peut dire la sociologie du mariage des homosexuels ?

La sociologie n’est pas une science ; elle ne peut faire des expériences sans interférer avec la réalité sociale. La sociologie ne peut pas être une science ; il n’y a aucune loi sociale que l’ingéniosité humaine ne soit capable de transgresser. Les sociologues ne peuvent donc démontrer la validité d’un changement social, ils constatent, ils n’ont rien à en dire de plus. S’ils affirment une préférence, ce ne sont plus des sociologues, ce sont des idéologues. Ainsi de François de Singly* et de Martine Gross** qui prennent fait et cause pour le mariage « pour tous ».

Le « sociologue » François de Singly privilégie la conception maniériste (pour qui prime l’artifice) contre la naturaliste (qui reproduit la nature). Il compare l’évolution institutionnelle du mariage et celle de la peinture européenne. Autrefois le peintre devait représenter le plus fidèlement la nature (naturalisme), maintenant le peintre invente un monde artificiel, du surréalisme aux peintures abstraites (maniérisme). Il en retire la conclusion qu’il en est de même dans le domaine de la famille : la présomption de paternité est une fiction, la famille maniériste (parents gays ou lesbiens) continue dans la voie de la fiction. L’individu, selon François de Singly, serait maître de créer son univers en peinture comme il le serait dans ses relations sexuelles et reproductrices. Charmante comparaison qui ne démontre rien du tout. La peinture est par définition hors nature, une nature morte reste morte. François de Singly présuppose la liberté totale des femmes et des hommes de faire leur histoire dans le domaine familial. Mais les homosexuels ne peuvent pas faire d’enfant et  ce sont des lois humaines qui encadrent l’exercice de la sexualité. François de Singly privilégie le couple amoureux, hétérosexuel ou homosexuel, comme idéal de la fondation d’une famille. C’est un « sociologue » qui fait semblant d’oublier que le modèle le plus répandu historiquement dans la formation d’un couple n’est pas l’amour, mais le mariage socialement arrangé. De toute façon le rapport amoureux n’a certes pas besoin de passer par la case mariage pour exister. François de Singly pense aussi que l’intérêt de l’enfant ne résulte que de l’engagement à se déclarer « parent ». Un peu fragile comme raisonnement, l’engagement des individus est à géométrie aussi variable que la durabilité de leur amour. L’enfant subira de toute façon les va-et-vient du couple parental. Revenons à la nature. Un couple homosexuel ne peut avoir d’enfant, il faut donc qu’une troisième personne intervienne dans la communauté parentale. Le mariage pour tous est au minimum un mariage à trois du point de vue de l’enfant. En fin de compte l’enfant, élevé par deux parents du même sexe, perd de vue l’idée que le couple parental nécessite l’altérité sexuelle : à quel sexe doit-il s’identifier ? Dans une société majoritairement hétérosexuelle, il y a possibilité de reconnaissance par l’enfant de l’altérité. Elle peut se perdre complètement pour des familles homosexuelles qui refusent l’autre sexe. Il existe une certaine hétérophobie dans l’homosexualité, parfois même une hétérophobie certaine. Cela peut impacter la pratique sexuelle et le comportement reproductif de l’enfant plus tard. A force de « maniérisme », nous pourrions aboutir à une société qui nierait complètement l’altérité : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Si c’est cela le triomphe du féminisme et de la liberté sexuelle des années 1960, c’est vraiment un comble !

De son côté la « sociologue » Martine Gross** prend parti pour le mariage des homosexuels en insistant sur la procréation médicalement assistée (PMA) : « Le désir d’enfant est aussi puissant chez les couples de même sexe que chez les autres… Les couples ne veulent pas du géniteur comme père dans la vie quotidienne familiale… La filiation est d’abord et toujours une parole d’engagement… La conviction que la procréation doit résulter d’une union sexuelle est l’expression de l’homophobie en affirmant la supériorité de l’hétérosexualité sur l’homosexualité… Notre droit devra s’affranchir du modèle naturaliste. » Tout y est de la vulgate « maniériste », l’exacerbation du désir de l’individu, le refus de la différenciation sexuelle, le soi-disant engagement, le rejet de toute contestation supposée homophobe, la négation de la nature. Les éléments de langage, « le désir », « l’engagement », sont les mêmes que ceux de François de Singly. Comme l’exprime un commentateur sur lemonde.fr, « Il y en a assez de ces modernistes qui cherchent à produire une société transhumaine. Ouvrons la PMA à tout le monde et dans 20 ou 30 ans, il sera illégal de faire des enfants naturellement. Tout se fera dans les labos Google, Microsoft et Apple qui auront alors financé le labo de Mme Gross ! C’est le pire de la science fiction, qu’elle demande. La sociologie n’est pas là pour ça ! ». Bâtir un raisonnement sociologique sur des mots-valise comme le désir, l’amour ou l’engagement, c’est vouloir faire entrer l’organisation sociale dans l’indétermination absolue.

Que ce soit le discours de François de Singly ou de Martine Gross, démonstration est faite (nous semble-t-il) qu’il ne s’agit pas de sociologie, mais d’idéologie. Il est fascinant de voir de quelle acrobatie mentale est capable l’esprit humain pour nous faire croire vrai ce qu’il pose subjectivement comme juste. A force de récuser la nature, on en vient à dire n’importe quoi du moment que cela va dans le sens de la pensée à la mode. Sur ce blog, nous sommes à la fois respectueux de la nature (écologue) et conscient de la prégnance de la culture (sociologue). Nous savons qu’il y a des lois de la nature que le comportement humain peut transgresser, ainsi quand il interrompt les cycles naturels comme celui du carbone par exemple. Mais s’il agit ainsi, il y a perturbation d’un équilibre dynamique et les conséquences peuvent être dramatique : réchauffement climatique de plusieurs degrés en moyenne. C’est pour cela que nous admettons qu’il y a des limites à la liberté humaine, celles qui résultent d’un ordre naturel. Le mariage pour tous a des effets globaux sans aucune mesure avec la modification du climat terrestre, mais il porte en lui les mêmes causes : au nom de l’égalité et de la liberté, on se donne le droit de faire n’importe quoi. Il est donc symboliquement important d’en parler. La formation d’un couple hétérosexuel respecte une loi de la nature qui indique que, pour faire l’amour et un enfant, il faut deux sexes différents. L’institution du mariage ne faisait que formaliser socialement cette obligation de dualisme, même si le problème des enfants adultérins montrait que les pratiques humaines ne sont pas toujours conforme à la réalité juridique. L’institution du mariage n’empêche personne de faire l’amour et des enfants en dehors de ce cadre légal. Mais le mariage instaurait des limites que refuse la volonté d’un mariage gay&lesbien.

Aujourd’hui, en France et en Europe, la légalisation du mariage entre personnes de sexe identique introduit une grave rupture entre fonction naturelle, à la fois sexuelle et reproductive, et institutionnalisation culturelle par le mariage. Pour seule défense de cette rupture, on fait semblant de croire qu’il y a affrontement entre les partisans de la « nature » et ceux qui privilégient la « culture » : d’un côté les religieux et les homophobes, de l’autre le respect de l’Amour et du Désir d’enfant. Alors que dans la réalité, nature et culture sont inextricablement liés, cette sociologie maniériste dénoue artificiellement notre appartenance au réel. Or l’homme n’est pas le Créateur, il n’est qu’un passager en transit sur une toute petite planète.

* LE MONDE du 01.02.13, Faisons cohabiter les deux modèles de famille au nom du respect de l’enfant

** lemonde.fr, Fonder la filiation sur l’engagement parental plutôt que sur la nature

Un technologue face à la procréation médicale assistée

Sur ce blog, nous nous interrogeons aux événements en tant qu’ils relèvent de la nature et de l’écologie. Or toutes nos activités humaines utilisent une quantité plus ou moins grande de ressources terrestres. Par exemple le sommeil et la méditation sont les activités les plus sobres qu’on puisse pratiquer, et donc les plus écologiques. On peut alors classer les techniques selon leur intensité croissante en ressources mesurées en termes d’énergie. C’est une première méthode. Rester au plus simple dans notre demande d’énergie exosomatique, c’est alléger notre trace sur la planète. Médicaliser la procréation nécessite des spécialistes alors que la fonction de reproduction n’a pas normalement besoin de porteur de chandelles.

Deuxième méthode d’appréciation d’une technique, la validité sociale de la division sociale du travail qui rend les choses plus complexes et exige donc toujours plus de prélèvements sur la nature. Il faut savoir choisir. C’est la question « faut-il utiliser des ressources naturelles ici plutôt que là », sachant que dans un système clos comme le nôtre, ce qui est utilisé pour une application technique ne peut plus l’être pour agir ailleurs. La PMA est une technique sophistiquée, connaissant beaucoup d’échecs et possible financièrement seulement dans un pays riche (ou pour les riches des pays pauvres). Il faut lire René Frydman (le « père » d’Amandine, premier bébé-éprouvette français en 1982) qui demandait encore récemment dans une tribune du MONDE toujours plus d’argent pour la PMA. (11.01.2013, Un plan pour la procréation médicalement assistée). La société de croissance nous a trop habitués à dépendre de techno-organisations complexes et à y voir les conditions du progrès alors qu’il faudrait économiser les ressources. De quel type de médecine avons-nous réellement besoin ? C’est une question fondamentale qu’on doit socialement se poser.

On peut aborder aussi une troisième dimension, l’équilibre nécessaire entre une population et son écosystème. Médicaliser la procréation, c’est vouloir pallier à une insuffisance naturelle, la stérilité. Or la démesure de notre empreinte écologique humaine, qui dépasse déjà la capacité de charge de la biosphère, devrait nous inciter à accepter une stérilité, qu’elle soit masculine ou féminine, naturelle ou forcée (couple homosexuel). C’est en ce sens que la  PMA devrait être rejetée dans les pays riches. Pas pour des raisons morales ou religieuses, mais parce que la planète est déjà surpeuplée. Les personnes en capacité de procréer ont mille raisons de ne pas faire d’enfants. Il ne faut donc pas considérer socialement le fait de ne pas avoir d’enfant comme une damnation, mais comme une juste limitation par la nature de notre pouvoir de désirer. Nos citoyens devraient se rendre compte que faire des enfants à n’importe quel prix dans un monde surpeuplé n’est pas un signe de liberté, mais une soumission à la vision traditionnelle qui fait de l’enfant à naître un épanouissement de soi. Pour Simone de Beauvoir, la femme n’est pas vouée à la fécondation et certaines féministes aujourd’hui choisissent la nulliparité même quand elles sont fécondes. Avoir un enfant même si on ne peut pas est-il vraiment un droit quand toute naissance supplémentaire aujourd’hui, particulièrement dans un pays riche, consume la planète en surconsommant ? Nous devrions au contraire assumer politiquement un choix raisonné en limitant le nombre des naissances. Ne pas avoir d’enfant n’est pas plus douloureux et insupportable que ne pas être un séducteur ou un savant, ou un artiste de génie.

Enfin la PMA interfère avec la sélection naturelle. Pour un couple hétérosexuel, la PMA peut avoir des conséquences négatives sur les descendants, par exemple en termes de cancer : on a forcé la nature, notre génétique n’est plus adaptée. Quand il s’agit d’une relation homosexuelle, la PMA pour lesbiennes est un moyen de nier les lois de l’évolution en refusant l’altérité des sexes et donc les mécanismes de l’évolution. Le sexe n’est autre que la production par un organisme de nouvelles versions de lui-même dans lesquelles les gènes disponibles sont redistribués. En permettant au matériau génétique de se recombiner librement, le sexe offre à la sélection naturelle beaucoup plus de variantes que si les organismes continuaient à se reproduire sans lui (les bactéries). S’il faut se mettre à deux pour faire un troisième, c’est justement pour que ce dernier ne soit identique à aucun des premiers. Ce sont les variantes génétiques de la reproduction sexuée qui ont permis la formidable diversité des espèces animales et végétales qui nous entourent aujourd’hui. Alors, pourquoi refuser dans la formation d’un couple la différence sexuée ? Est-ce un problème d’identification à son propre sexe pendant la socialisation primaire ? Est-ce un ostracisme envers le deuxième sexe ? La société peut-elle traiter à égalité des situations inégales et des cas particuliers ?

En définitive, vouloir contourner la sélection naturelle qui a donné la fécondité aux uns et la stérilité à d’autres relève d’une volonté de toute puissance de l’homme, l’hubris, liberté de faire tout et n’importe quoi au nom du « désir individuel » pour le plus grand profit du système capitaliste libéral et de ses spécialistes. En toutes choses, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire respecter les limites de la planète. Que les citoyens pratiquent une société moins complexe, plus conviviale parce que plus simple, plus centrée sur nos propres capacités physiques, limitant notre trace sur la planète… à notre avis nous nous en porterons tous mieux.

Un technologue face à la procréation médicale assistée

Sur ce blog, nous nous interrogeons aux événements en tant qu’ils relèvent de la nature et de l’écologie. Or toutes nos activités humaines utilisent une quantité plus ou moins grande de ressources terrestres. Par exemple le sommeil et la méditation sont les activités les plus sobres qu’on puisse pratiquer, et donc les plus écologiques. On peut alors classer les techniques selon leur intensité croissante en ressources mesurées en termes d’énergie. C’est une première méthode. Rester au plus simple dans notre demande d’énergie exosomatique, c’est alléger notre trace sur la planète. Médicaliser la procréation nécessite des spécialistes alors que la fonction de reproduction n’a pas normalement besoin de porteur de chandelles.

Deuxième méthode d’appréciation d’une technique, la validité sociale de la division sociale du travail qui rend les choses plus complexes et exige donc toujours plus de prélèvements sur la nature. Il faut savoir choisir. C’est la question « faut-il utiliser des ressources naturelles ici plutôt que là », sachant que dans un système clos comme le nôtre, ce qui est utilisé pour une application technique ne peut plus l’être pour agir ailleurs. La PMA est une technique sophistiquée, connaissant beaucoup d’échecs et possible financièrement seulement dans un pays riche (ou pour les riches des pays pauvres). Il faut lire René Frydman (le « père » d’Amandine, premier bébé-éprouvette français en 1982) qui demandait encore récemment dans une tribune du MONDE toujours plus d’argent pour la PMA. (11.01.2013, Un plan pour la procréation médicalement assistée). La société de croissance nous a trop habitués à dépendre de techno-organisations complexes et à y voir les conditions du progrès alors qu’il faudrait économiser les ressources. De quel type de médecine avons-nous réellement besoin ? C’est une question fondamentale qu’on doit socialement se poser.

On peut aborder aussi une troisième dimension, l’équilibre nécessaire entre une population et son écosystème. Médicaliser la procréation, c’est vouloir pallier à une insuffisance naturelle, la stérilité. Or la démesure de notre empreinte écologique humaine, qui dépasse déjà la capacité de charge de la biosphère, devrait nous inciter à accepter une stérilité, qu’elle soit masculine ou féminine, naturelle ou forcée (couple homosexuel). C’est en ce sens que la  PMA devrait être rejetée dans les pays riches. Pas pour des raisons morales ou religieuses, mais parce que la planète est déjà surpeuplée. Les personnes en capacité de procréer ont mille raisons de ne pas faire d’enfants. Il ne faut donc pas considérer socialement le fait de ne pas avoir d’enfant comme une damnation, mais comme une juste limitation par la nature de notre pouvoir de désirer. Nos citoyens devraient se rendre compte que faire des enfants à n’importe quel prix dans un monde surpeuplé n’est pas un signe de liberté, mais une soumission à la vision traditionnelle qui fait de l’enfant à naître un épanouissement de soi. Pour Simone de Beauvoir, la femme n’est pas vouée à la fécondation et certaines féministes aujourd’hui choisissent la nulliparité même quand elles sont fécondes. Avoir un enfant même si on ne peut pas est-il vraiment un droit quand toute naissance supplémentaire aujourd’hui, particulièrement dans un pays riche, consume la planète en surconsommant ? Nous devrions au contraire assumer politiquement un choix raisonné en limitant le nombre des naissances. Ne pas avoir d’enfant n’est pas plus douloureux et insupportable que ne pas être un séducteur ou un savant, ou un artiste de génie.

Enfin la PMA interfère avec la sélection naturelle. Pour un couple hétérosexuel, la PMA peut avoir des conséquences négatives sur les descendants, par exemple en termes de cancer : on a forcé la nature, notre génétique n’est plus adaptée. Quand il s’agit d’une relation homosexuelle, la PMA pour lesbiennes est un moyen de nier les lois de l’évolution en refusant l’altérité des sexes et donc les mécanismes de l’évolution. Le sexe n’est autre que la production par un organisme de nouvelles versions de lui-même dans lesquelles les gènes disponibles sont redistribués. En permettant au matériau génétique de se recombiner librement, le sexe offre à la sélection naturelle beaucoup plus de variantes que si les organismes continuaient à se reproduire sans lui (les bactéries). S’il faut se mettre à deux pour faire un troisième, c’est justement pour que ce dernier ne soit identique à aucun des premiers. Ce sont les variantes génétiques de la reproduction sexuée qui ont permis la formidable diversité des espèces animales et végétales qui nous entourent aujourd’hui. Alors, pourquoi refuser dans la formation d’un couple la différence sexuée ? Est-ce un problème d’identification à son propre sexe pendant la socialisation primaire ? Est-ce un ostracisme envers le deuxième sexe ? La société peut-elle traiter à égalité des situations inégales et des cas particuliers ?

En définitive, vouloir contourner la sélection naturelle qui a donné la fécondité aux uns et la stérilité à d’autres relève d’une volonté de toute puissance de l’homme, l’hubris, liberté de faire tout et n’importe quoi au nom du « désir individuel » pour le plus grand profit du système capitaliste libéral et de ses spécialistes. En toutes choses, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire respecter les limites de la planète. Que les citoyens pratiquent une société moins complexe, plus conviviale parce que plus simple, plus centrée sur nos propres capacités physiques, limitant notre trace sur la planète… à notre avis nous nous en porterons tous mieux.

le mariage légal entre femmes, ce n’est pas nouveau

Dans certaines ethnies africaines, il existait un mariage légal entre femmes. C’est le cas des Nuer soudanais chez lesquels la fille stérile est considérée comme un homme de son lignage d’origine. C’est pourquoi elle perçoit une part des dots et, avec ce capital, elle peut à son tour acquitter le prix de la fiancée pour une jeune fille qu’elle épouse légalement. Elle lui choisit, pour engendrer des enfants, un homme pauvre qui gardera le statut de serviteur. Les enfants tiendront pour « père » la femme stérile. Cette histoire, rapportée par Françoise Héritier, montre que le statut de femme stérile engendre socialement des arrangements pour procurer quand même un enfant et remédier ainsi à un « défaut » de la nature. Il s’agit donc d’une société nataliste pour laquelle l’absence d’enfant est une tare. Les Nuers en arrivent même à procurer un enfant à un mort sans descendance.

Ces méthodes paraissent écologiquement valables, elles n’ont pas de coût en énergie extra-corporelle. C’est bien mieux que la procréation médicale assistée (PMA) et infiniment mieux que l’ectogénèse avec utérus artificiel : toute technicisation utilise des ressources en spécialistes et en ressources. Mais l’écologie est un vaste ensemble qui amène à d’autres considérations. Toute naissance supplémentaire aujourd’hui, particulièrement dans un pays riche qui consume la planète en surconsommant (ah, le poids écologique des couches des bébés !) devrait correspondre à un choix raisonné, limitant le nombre de naissance. La stérilité est donc une bonne chose, les personnes en capacité de procréer ont d’ailleurs mille raisons de ne pas faire d’enfants. La démesure de notre empreinte écologique humaine, qui dépasse déjà la capacité de charge de la biosphère, nous incite à accepter une stérilité, qu’elle soit masculine ou féminine, naturelle ou forcée (couple homosexuel). C’est en ce sens que la  PMA ou la GPA (gestation pour autrui) devraient être rejeté dans les pays riches. Pas pour des raisons morales, mais parce que la planète est déjà surpeuplée. Il ne faut pas considérer socialement le fait de ne pas avoir d’enfant comme une damnation, mais comme une juste limitation par la nature de notre pouvoir de désirer.

Nos citoyens devraient se rendre compte que faire des enfants à n’importe quel prix dans un monde surpeuplé n’est pas un signe de liberté, mais une soumission à la tradition qui fait de l’enfant à naître un épanouissement de soi. D’autre part vouloir contourner la sélection naturelle qui a donné la fécondité aux uns et la stérilité aux autres relève d’une volonté de toute puissance de l’homme, l’hubris, liberté de faire tout et n’importe quoi pour le plus grand profit du système capitaliste libéral et de ses spécialistes. Soulignons enfin que la rigueur morale ne peut reposer sur le fait que d’autres pays (ou d’autres personnes) ont mis en place des systèmes qui mettent à mal la filiation.

pensée des limites et procréation médicalement assistée

« Nous avons abandonné la fabrication des yaourts propre à l’économie domestique. Alors pourquoi ne pas appliquer ‘la règle du yaourt’ à notre procréation ?  Pourquoi ne pas s’en remettre à la techno-science pour concevoir les enfants ? La société de croissance nous a tellement habitués à dépendre de techno-organisations complexes et à y voir les conditions du progrès. En nous plongeant dans un univers urbain artificialisé, elle a renforcé notre sentiment d’être au centre de tout et accru l’importance que nous portons à l’écoute de nos propres désirs, quitte à passer par-dessus les contraintes biologiques. Dans ce cadre il devient logique qu’un sentiment de toute puissance nous habite et qui, mêlé à notre passion pour l’égalité et notre difficulté à supporter l’altérité de l’autre sexe, nous amène à refuser notre statut sexué d’homme ou de femme pour imaginer la possibilité de couples de même sexe pouvant enfanter. Cette société de croissance place notre humanité dans une orbite noire. A quand la gestation en labo pour les couples homo mâles ? Dangereux Homo faber et homo sans père ni mère, il n’y aura pas que les tropiques à être tristes. Comment imaginer que nous puissions supporter cela sans un trouble infini nous mettant en situation de faire n’importe quoi ? » (texte d’un correspondant)

Ce texte pose le problème, la procréation assistée comme similaire à un yaourt industrialisé. Mais il ne nous donne pas les moyens de savoir où sont les limites. Or la faisabilité d’une technique encourage les demandes. A chaque nouvelle marche du “progrès”, on ne s’interroge plus sur le palier à ne pas franchir. L’écologiste René Dumont disait dans les années 1970 que la catastrophe à venir serait quand chaque Chinois userait d’une mobylette ; pourtant aujourd’hui ils désirent avoir une Mercedes. Une approche écologiste (systémique ) est donc nécessaire. On ne peut se positionner contre la consommation à outrance et exiger le droit pour chaque individu d’avoir une Mercedes… ou un enfant alors qu’on est stérile. Primauté des besoins fabriqués, épuisement des ressources naturelles. Les deux phénomènes sont liés. Que coûtent en termes de ressources naturelles ces technologies médicales ? Devrait-on continuer,  comme c’est le cas actuellement, à réserver la PMA (procréation médicale assistée) aux nantis de la planète ? Là est l’indécence de nos désirs individuels sans limites, l’oubli des autres. Ne vaudrait-il pas mieux utiliser  nos ressources à sauver des milliers d’autres enfants nés naturellement de la malnutrition, du paludisme ou de la mortalité à la naissance.  Les occidentaux sont pour l’instant des enfants gâtés avec la multiplication des ressources technologiques très chères pour la santé et des centenaires par dizaines de milliers dans les centres de soins palliatifs. Nous n’aurons jamais les moyens de poursuivre notre consommation effrénée de soins médicaux. Une société pour être vivable établit des limites et refuse les extrêmes.

Le recours à la technique ne fait pas nécessairement une humanité plus heureuse. L’espèce humaine doit faire des choix collectifs, ne pas répondre aux désirs engendrés par nos frustrations de tous ordres. Faisons de l’enfant un prolongement de la communauté et pas un bien à usage individuel. Cessons d’utiliser la technologie comme substitut pour oublier notre manque de lien. Retrouvons le sens de la convivialité.

Sexe et enfant, l’homosexualité en lutte contre la nature

L’homosexualité témoigne de deux manières différentes de la volonté de s’affranchir des limites naturelles. Il s’agit d’abord de promouvoir une sexualité hors norme, ensuite d’exiger une reproduction qui ne peut être que bizarre.

Au niveau sexuel, la possibilité du coït par un couple de lesbiennes est ignorée sauf utilisation d’un godemichet, ce qui ne constitue qu’un succédané de la relation physique entre sexes différents. Entre deux hommes homosexuels, il y a le plus souvent mimétisme : un homme joue le rôle « passif », celui de la femme, offrant son anus faute de vagin et l’autre partenaire se veut « actif », jouant le rôle de l’homme tout en niant la place de la femme. Le coït n’est pas évident, il vaut mieux utiliser un lubrifiant pour faciliter la pénétration. Cette sexualité entre femmes ou entre hommes nie la différenciation sexuelle, mécanisme inventé par la nature pour faciliter le brassage des gènes tout en permettant la reproduction à l’identique. Pourtant, c’est un fait, l’homosexualité existe à toutes les époques. Comment expliquer cette déviance par rapport à l’ordre sexué inscrit par la nature dans nos chromosomes ?

Le comportement des humains n’est pas fixé par la nature, mais par la culture. Tout est alors possible. Les anthropologues ont renouvelé l’approche du rapport homme/femme en montrant l’importance de la perte de l’œstrus. La relation entre les sexes est soumise chez les mammifères, y compris les grands singes, à une horloge biologique et hormonale qui détermine les périodes de rut ; pour les humains au contraire, l’absence de cette détermination naturelle met la sexualité sous le signe de la disponibilité permanente. Toute société doit donc déterminer une certaine image de chaque sexe, une façon licite de faire l’amour. D’où une variabilité très grande des normes selon les cultures, de la répression sexuelle la plus féroce à la permissivité la plus grande. De plus, dans le cadre familial, l’identification à son propre sexe ne se passe pas toujours normalement car la nécessaire socialisation dès le plus jeune âge prend des formes multiples. Il n’est pas évident pour un couple parental homme/femme de personnifier l’image du couple parfait ; le complexe d’Oedipe n’est pas un schéma toujours intériorisé de la même façon. Que le petit garçon de 4-5 ans veuille imiter le rôle masculin joué par son père et puisse tomber en conséquence amoureux de sa mère pour plus tard trouver de l’intérêt à ses petites copines dépend du reflet projeté par ses parents… qui parfois ne s’aiment pas du tout ! Le type de relation noué par les parents présente à sa progéniture une multitude de facettes que d’ailleurs l’enfant va interpréter comme il le pourra. Que la petite fille ait pu subir des contraintes sexuées qui l’éloigne de l’attachement à une personne de sexe masculin est aussi une lacune grave qui peut pousser au rejet de l’altérité. La relation homosexuelle doit donc être respecté comme marque d’une imperfection dans les mécanismes de la socialisation. Ce n’est pas une maladie, simplement une déviance par rapport au modèle donné par la nature d’une sexualité entre sexes complémentaires. Le 17 mai 1990 l’OMS retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Mais ce type de relation sexuelle reste du point de vue biologique « contre-nature ». La nature nous a fait homme et femme pour faire l’amour ensemble, sinon nous serions unisexe. Venons-en au mariage pour tous, projet de loi qui est à l’heure actuelle discuté en France.

Aussi bien pour l’acte sexuel que pour la formation des couples, nous constatons l’extrême variabilité de l’organisation sociale : endogamie ou exogamie, monogamie, polyandrie ou polygynie, homosexualité ou hétérosexualité. Conformément à ce que nous avons dit précédemment sur l’exercice de notre sexualité, tout est culturel. Mais comment s’y retrouver, quel cadre donner au mariage ? Alors que la sexualité peut se donner libre cours, que ce soit dans les règles admises ou dans l’ombre des alcôves, le mariage est une instance sociale qui structure la vie du couple depuis très longtemps pour l’échange des femmes, fonde une communauté appelée la famille et donne des règles à la filiation. Donner à des expressions marginales de la sexualité comme l’homosexualité le label officiel de mariage civil ne nous semble pas justifié, sauf à promouvoir des règles vouées à se modifier sans cesse au gré des évolutions « culturelles ». En effet la vie en communauté d’adulte consentant porte déjà en France des formes juridiques multiples (concubinage, PACS, contrats…) qui peuvent déjà satisfaire tous les goûts. De plus l’ouverture de la filiation aux homosexuels par le mariage, la modification du statut des enfants, constitue une rupture brutale par rapport aux lois de la nature.

La faculté de reproduction constitue le deuxième élément naturel qui fonde la différenciation sexuelle. Or les couples de même sexe ont un problème physiologique pour concevoir. Ce n’est pas une pathologie, il s’agit d’un simple constat : un spermatozoïde ne peut en tout état de cause rencontrer un ovule quand il s’agit de sexes identiques. La volonté d’accéder à l’homoparentalité est bien plus déviante que la simple relation homosexuelle car elle nécessite l’usage de moyens artificiels beaucoup plus important qu’un peu de vaseline ou un plug anal. Il s’agit d’utiliser la procréation médicalement assistée (PMA) pour deux lesbiennes ou la gestation pour autrui (GPA) pour deux gays. Le couple parental n’est plus un homme et une femme, mais concerne plusieurs personnes dont on va ou non proclamer le statut parental ou l’anonymat. Que des gouvernements envisagent non seulement le mariage comme auberge espagnole ouverte aux couples homosexuels est déjà assez extraordinaire, mais qu’une majorité de députés socialistes français puisse sérieusement envisager la PMA comme moyen légal de procréer pour un couple marié de lesbiennes nous paraît extravagant.

Les députés, avant de voter dans l’air du temps, feraient mieux de réfléchir à l’implication finale de leurs actes. Il s’agit ni plus ni moins que de fonder une famille dans laquelle plus aucune contrainte naturelle ne serait admise. Le mariage pour tous et la reproduction homosexuelle n’est que le symbole éclatant de la négation totale de la nature par la société occidentale industrialisée. La culture ne reflète plus notre nature sexuée, elle devient l’expression de la liberté totale des hommes et des femmes insérés dans des institutions dont on a transgressé la stabilité. La volonté des gays et lesbiennes d’avoir un enfant n’est qu’un symptôme de cette dérive de la pensée qui découle à la fois du libéralisme moral (tout découle de la volonté humaine) et de la technique extrême (tout est possible). La rapidité avec laquelle la déviance est devenue la norme est stupéfiante. Jusque dans les années 1990, les gays et les lesbiennes faisaient de leur sexualité, stérile par définition, un élément censurant leur désir d’enfant. Et puis ils ont obtenu le PACS, pratiqué la PMA, accédé au mariage et bientôt peut-être à la GPA. Permettre que les homosexuels puissent « faire » des enfants n’est que la marque ultime de cette récupération continue des mécanismes de la nature par l’ingéniosité humaine.

Une telle société est vouée à l’échec. Non seulement l’enfant n’est qu’un jouet supplémentaire dont on peut disposer à son gré dans les sociétés riches, mais la liberté totale sans aucune limite dissout les liens sociaux et présage du pire. Des lesbiennes qui nient l’image masculine ne voudront-elles pas transformer leur fils en femme à coup d’hormones et de bistouri chirurgical ? Les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, est-ce cela l’égalité des sexes ? Nous laissons maintenant à nos lecteurs le soin de méditer sur cette phrase de Sylvie Faure-Pragier : « Le psychanalyste n’a pas à s’opposer à la volonté de donner aux enfants des homosexuels la reconnaissance de leur filiation, même si celle-ci est contraire à la biologie. » (LE MONDE du 26 décembre 2012, Non aux condamnations idéologiques)

Procréation médiatique assistée, un conditionnement

La procréation médicalement assistée ne serait pas entrée dans les mœurs si les médias n’avaient pas cultivé le sensationnel pour booster l’audimat. Prenons le débat sur la fécondation in vitro dans la presse canadienne :

« Dans le débat sur les nouvelles techniques de reproduction on fait généralement état du point de vue des comités d’éthique, des commissions d’enquête et des gouvernements. Le rôle joué par les médias est souvent négligé. Or il détermine tous les autres points de vue. Comment ne pas voir se profiler, à travers la vitrine de tels titres, des mutations anthropologiques sans précédent : « L’élevage de fœtus pourrait devenir réalité dans un proche avenir »… « Enceinte de douze enfants »… « Naissance des premiers quintuplés in vitro »… « Un jumeau de rechange au congélateur ! »… « L’homme pourrait bientôt mettre des enfants au monde »… « Une Romaine accouche du fils de sa mère »… « Naissance « vierge » en G.B. »… « Enceinte de ses petits-enfants »…etc. Incroyable amalgame de « nouveautés » techniques, de dérives, de délires, de transgressions enrobées de l’aura de prouesses biomédicales

Comment est-il possible de ne pas réagir ? Simplement parce que, distillés à petites doses sur des années, ces titres ont martelé l’inconscient collectif au point de nous faire trouver quasi « normal » que la science « soit bientôt en mesure de choisir le sexe du bébé ». Pour donner une réalité aux fantasmes, il faut rendre pensable l’impensable. Bref, il faut légitimer par la répétition… Une pratique ordinaire qui occulte les débats de fond. Une analyse de la presse québécoise de 1988 à 1993 indique que près des deux tiers des articles sur la PMA sont consacrés à l’événementiel : premiers quintuplés en FIV, première grand-mère porteuse, etc. Près de 50 % des articles ne sont que des dépêches d’agences de presse. Bref, aucun journaliste n’a pu suivre régulièrement et assidûment le dossier de la PMA. Ces technologies, modifiant l’être humain et sa conception, devraient constituer des questions de société fondamentales et demandent une information rigoureuse mettant en relief les incertitudes, questionnant les prémisses et les dérives de ces technologies. Mais les médias québécois restent dans le « fait divers », sans prendre la pleine mesure ni de l’ampleur des mutations en cours, ni de leur responsabilité sociale à cet égard.

Les médias semblent convertis au tout économique, sous l’influence de l’industrie du vivant sous toutes ses formes. L’absence de sens critique à l’égard du bio-pouvoir aboutit en fait à servir certaines stratégies publicitaires… »*

*http://agora.qc.ca/documents/reproduction–la_reproduction_mediatiquement_assistee_par_louise_vandelac

Mariés ou pas, non à la procréation médicale assistée

Hervé Kempf aurait « aimé analyser la procréation médicalement assistée sous l’éclairage du discours sur la technique de Jacques Ellul et Hans Jonas. »1 Cette problématique m’interpelle, moi qui veut résister à la sacralisation de la technique et œuvrer à sa démystification. D’abord quelques indications d’ordre scientifique sur la PMA. Le britannique Robert Edwards a reçu le prix Nobel de médecine pour le développement de la fécondation in vitro2.

Que disent les scientifiques français de la procréation médicalement assistée ? René Frydman, « père » d’Amandine, premier bébé-éprouvette français en 1982, conçoit que la procréation médicalement assistée (PMA) soulève une série de problèmes de nature éthique. Mais comme il reste un scientifique au service de la technique, il n’a plus de repères si ce n’est les moyens de son financement ou l’ambition de sa notoriété. Pour lui, tout devient possible ou presque : « Avec une dizaine d’embryons humains conçus in vitro, nous savons maintenant obtenir une lignée stable et immortelle de cellules souches. Imaginons que nous soyons capables de les faire se transformer in vitro en ovocytes ou en spermatozoïdes, pour un seul individu le nombre de descendants conçus in vitro n’aurait plus de limite. Il s’agit ainsi d’obtenir une forme d’immortalisation de la fertilité. » René Frydman n’envisage qu’une seule contrainte : il trouve impossible de remplacer la présence d’une mère pendant la durée de gestation et rejette ainsi le projet de créer un utérus artificiel ! Les présupposés des technolâtres se nichent dans les détails.

Jacques Testart a été le co-auteur avec René Frydman du bébé expérimental Amandine. Dans son livre de 2006, « Le vélo, le mur et le citoyen », Jacques Testart avait poussé un cri de colère : une recherche finalisée crée immédiatement le maquignon derrière tout chercheur qui trouve. Après avoir initié la stratégie des mères porteuses qui permet à une femelle remarquable de faire naître plusieurs veaux chaque année en transplantant dans les matrices de vaches ordinaires des embryons sélectionnés, il avait compris l’inanité de  sa tâche : en 1972, les excédents laitiers sont généralisés en Europe ! Il avait alors aidé à résoudre l’infécondité des couples humains. Avait-il enfin compris qu’on ne pouvait penser la recherche-développement en faisant l’impasse sur ses conséquences sociale-écologiques ? Non. Il a combattu les plantes génétiquement modifiées, pas les humains artificiellement créés. Quand Jacques Testart parle des couples séduits par la fivète (FIV, fécondation in vitro), il fait preuve d’une conception très limitée  de la démocratie : « Toutes les considérations du genre « Faut-il forcer la nature ? », « Il y a l’adoption ! », ne méritent d’être réfléchies que par les couples stériles eux-mêmes. L’important est de reconnaître la légitimité de la demande d’enfant formulée par un couple ». Jacques Testart fait donc du désir d’enfant une nécessité historique : «  Il n’y a ni caprice ni perversion, seulement l’expression ancestrale d’un désir obscur et partagé. On peut convenir que la fivète est une expérience, mais il n’y a aucune raison de la refuser aux demandeurs inféconds ». Ce scientifique, pourtant ouvert, a aussi des a priori qui consistent ici à combattre la stérilité !

Ces deux raisonnements non scientifiques de la part de scientifiques révèlent des présupposés éthiques qui reposent sur la place de la mère, vouée à la fécondité selohn la culture dominante. Les applications techniques de la science sont toujours dépendantes de choix sociaux : dans quelle société voulons-nous vivre ? Cette problématique est d’actualité. Lors des manifestations en faveur du mariage pour tous, on défile dorénavant pour l’accès à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes. La technique se veut toute puissante, franchissant la barrière des espèces et la différence sexuée. Les homosexuels en profitent. Mais le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis a demandé au président de son groupe de renoncer à un amendement sur la PMA : « Avec la PMA ouvrant le chemin de la gestation pour autrui, nous passons à autre chose. Il ne s’agit plus seulement d’égalité, de liberté, mais du genre humain. »3 Il aborde encore une fois le problème de la limite éthique à l’application de nos techniques. Si on part du principe que tout ce qui est réalisable techniquement sera réalisé, toute est possible, nous allons croire que le monde de demain sera soumis à la toute puissance des humains. Le passage du défendu au toléré, puis au légalisé, suit le rythme des innovations techniques et l’emporte jusqu’à présent sur l’éthique. Pourquoi pas demain l’utilisation des souches IPS (cellules souches pluripotentes induites) grâce auxquelles les homosexuels pourront produire à la fois des ovules et des spermatozoïdes ; la seule limite des IPS, pour l’instant, étant que l’enfant d’un couple de lesbiennes ne pourrait être qu’une fille.  Les couples d’hommes pourront en outre bénéficier de l’utérus artificiel, simple amélioration de la couveuse pour prématurés4. La volonté des gays et lesbiennes d’avoir un enfant n’est qu’un symptôme de cette dérive de la pensée qui découle à la fois du libéralisme moral (tout découle de la volonté humaine) et de la technique extrême (tout est possible). Il existe même actuellement un cas de lesbiennes aux Etats-Unis qui font prendre des hormones à leur fils dans l’attente de l’opération chirurgicale (vive la technique !) qui fera de lui l’objet de leur espérance, une fille (en apparence). Où est la limite à notre volonté de toute puissance favorisée par les avancées technoscientifiques ? Deux personnes nous donnent des pistes de réflexion.

Ivan Illich distingue deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie, l’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel. »5 Quid de la PMA ? Quand commence l’effet de seuil ?

Theodore J. Kaczynski nous donne une autre classification qui recoupe les idées d’Ivan Illich : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. (§ 208)… Depuis la révolution industrielle, nous sommes entrés dans une ère de technologie systémique. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils (…) Quand l’Empire romain a éclaté, la technologie à petite échelle des Romains a survécu parce que n’importe quel artisan de village pouvait construire, par exemple, une roue à eau, parce que n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier avec les méthodes traditionnelles, et ainsi de suite. La technologie des Romains dépendant d’une organisation a régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits ; leurs techniques de construction de routes ont été perdues ; le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique. (§ 209) »6

Le critère pour passer des techniques dures, inacceptables, à des techniques douces, vraiment  utiles aux humains et à la biosphère, reposerait donc sur l’idée de complexité et de durabilité. En résumé, ce qui est trop complexe n’est pas durable. D’un point de vue global, nous retrouvons là les idées de Joseph Tainter selon laquelle les sociétés complexes sont vouées  à l’effondrement. Cette idée de lier durabilité et simplicité nous semble favorable à une perception raisonnable qui donne aux générations futures des chances de perdurer au moindre mal. Le choix social, si ce n’est éthique, reposerait alors sur des bases plutôt objectives : un avenir qui se veut durable. Appliquons maintenant notre raisonnement, trop de complexité nuit à la durabilité, à la procréation médicalement assistée.

La PMA est une technologie systémique, cloisonnée, réalisable uniquement dans une société complexe. Elle n’est pas durable parce qu’elle repose sur des moyens médicaux importants, liés à un taux d’échec non négligeable, et donc seulement à la portée de couples riches ou pris en charge par le reste d’une société très développée. Il est vrai que la société complexe s’accompagne généralement  d’inégalités très importantes, il y a ceux qui ont le pouvoir, ceux qui peuvent payer et tous les autres. Ce n’est pas ce type de société que je désire, la PMA ne devrait pas être à l’ordre du jour d’une société consciente des limites de la technique et de la convivialité nécessaire entre ses membres. Une autre manière de se reproduire est à la portée de tout un chacun, faire l’amour tout simplement, en usant de la différenciation des sexes. Une technique simple qui n’a pas besoin de l’assistance de « médecins » pour porter ses fruits.

1. LE MONDE du 16-17 décembre 2012 p.17, chronique écologie d’Hervé Kempf

2. LE MONDE du 6 octobre 2010, Le père de la fécondation in vitro Nobel de médecine

3. LE MONDE du 18 décembre 2012, Les manifestants favorables au mariage gay font match nul face aux opposants

4. LE MONDE science&techno du 27 octobre 2012, Biologie et homoparentalité

5. La convivialité (numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte, juillet 1973).

6.L’effondrement du système technologique de Theodore J. Kaczynski (éditions Xénia, 2008)

Mariés ou pas, non à la procréation médicale assistée

Hervé Kempf aurait « aimé analyser la procréation médicalement assistée sous l’éclairage du discours sur la technique de Jacques Ellul et Hans Jonas. »1 Cette problématique m’interpelle, moi qui veut résister à la sacralisation de la technique et œuvrer à sa démystification. D’abord quelques indications d’ordre scientifique sur la PMA. Le britannique Robert Edwards a reçu le prix Nobel de médecine pour le développement de la fécondation in vitro2.

Que disent les scientifiques français de la procréation médicalement assistée ? René Frydman, « père » d’Amandine, premier bébé-éprouvette français en 1982, conçoit que la procréation médicalement assistée (PMA) soulève une série de problèmes de nature éthique. Mais comme il reste un scientifique au service de la technique, il n’a plus de repères si ce n’est les moyens de son financement ou l’ambition de sa notoriété. Pour lui, tout devient possible ou presque : « Avec une dizaine d’embryons humains conçus in vitro, nous savons maintenant obtenir une lignée stable et immortelle de cellules souches. Imaginons que nous soyons capables de les faire se transformer in vitro en ovocytes ou en spermatozoïdes, pour un seul individu le nombre de descendants conçus in vitro n’aurait plus de limite. Il s’agit ainsi d’obtenir une forme d’immortalisation de la fertilité. » René Frydman n’envisage qu’une seule contrainte : il trouve impossible de remplacer la présence d’une mère pendant la durée de gestation et rejette ainsi le projet de créer un utérus artificiel ! Les présupposés des technolâtres se nichent dans les détails.

Jacques Testart a été le co-auteur avec René Frydman du bébé expérimental Amandine. Dans son livre de 2006, « Le vélo, le mur et le citoyen », Jacques Testart avait poussé un cri de colère : une recherche finalisée crée immédiatement le maquignon derrière tout chercheur qui trouve. Après avoir initié la stratégie des mères porteuses qui permet à une femelle remarquable de faire naître plusieurs veaux chaque année en transplantant dans les matrices de vaches ordinaires des embryons sélectionnés, il avait compris l’inanité de  sa tâche : en 1972, les excédents laitiers sont généralisés en Europe ! Il avait alors aidé à résoudre l’infécondité des couples humains. Avait-il enfin compris qu’on ne pouvait penser la recherche-développement en faisant l’impasse sur ses conséquences sociale-écologiques ? Non. Il a combattu les plantes génétiquement modifiées, pas les humains artificiellement créés. Quand Jacques Testart parle des couples séduits par la fivète (FIV, fécondation in vitro), il fait preuve d’une conception très limitée  de la démocratie : « Toutes les considérations du genre « Faut-il forcer la nature ? », « Il y a l’adoption ! », ne méritent d’être réfléchies que par les couples stériles eux-mêmes. L’important est de reconnaître la légitimité de la demande d’enfant formulée par un couple ». Jacques Testart fait donc du désir d’enfant une nécessité historique : «  Il n’y a ni caprice ni perversion, seulement l’expression ancestrale d’un désir obscur et partagé. On peut convenir que la fivète est une expérience, mais il n’y a aucune raison de la refuser aux demandeurs inféconds ». Ce scientifique, pourtant ouvert, a aussi des a priori qui consistent ici à combattre la stérilité !

Ces deux raisonnements non scientifiques de la part de scientifiques révèlent des présupposés éthiques qui reposent sur la place de la mère, vouée à la fécondité selohn la culture dominante. Les applications techniques de la science sont toujours dépendantes de choix sociaux : dans quelle société voulons-nous vivre ? Cette problématique est d’actualité. Lors des manifestations en faveur du mariage pour tous, on défile dorénavant pour l’accès à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes. La technique se veut toute puissante, franchissant la barrière des espèces et la différence sexuée. Les homosexuels en profitent. Mais le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis a demandé au président de son groupe de renoncer à un amendement sur la PMA : « Avec la PMA ouvrant le chemin de la gestation pour autrui, nous passons à autre chose. Il ne s’agit plus seulement d’égalité, de liberté, mais du genre humain. »3 Il aborde encore une fois le problème de la limite éthique à l’application de nos techniques. Si on part du principe que tout ce qui est réalisable techniquement sera réalisé, toute est possible, nous allons croire que le monde de demain sera soumis à la toute puissance des humains. Le passage du défendu au toléré, puis au légalisé, suit le rythme des innovations techniques et l’emporte jusqu’à présent sur l’éthique. Pourquoi pas demain l’utilisation des souches IPS (cellules souches pluripotentes induites) grâce auxquelles les homosexuels pourront produire à la fois des ovules et des spermatozoïdes ; la seule limite des IPS, pour l’instant, étant que l’enfant d’un couple de lesbiennes ne pourrait être qu’une fille.  Les couples d’hommes pourront en outre bénéficier de l’utérus artificiel, simple amélioration de la couveuse pour prématurés4. La volonté des gays et lesbiennes d’avoir un enfant n’est qu’un symptôme de cette dérive de la pensée qui découle à la fois du libéralisme moral (tout découle de la volonté humaine) et de la technique extrême (tout est possible). Il existe même actuellement un cas de lesbiennes aux Etats-Unis qui font prendre des hormones à leur fils dans l’attente de l’opération chirurgicale (vive la technique !) qui fera de lui l’objet de leur espérance, une fille (en apparence). Où est la limite à notre volonté de toute puissance favorisée par les avancées technoscientifiques ? Deux personnes nous donnent des pistes de réflexion.

Ivan Illich distingue deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie, l’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel. »5 Quid de la PMA ? Quand commence l’effet de seuil ?

Theodore J. Kaczynski nous donne une autre classification qui recoupe les idées d’Ivan Illich : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. (§ 208)… Depuis la révolution industrielle, nous sommes entrés dans une ère de technologie systémique. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils (…) Quand l’Empire romain a éclaté, la technologie à petite échelle des Romains a survécu parce que n’importe quel artisan de village pouvait construire, par exemple, une roue à eau, parce que n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier avec les méthodes traditionnelles, et ainsi de suite. La technologie des Romains dépendant d’une organisation a régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits ; leurs techniques de construction de routes ont été perdues ; le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique. (§ 209) »6

Le critère pour passer des techniques dures, inacceptables, à des techniques douces, vraiment  utiles aux humains et à la biosphère, reposerait donc sur l’idée de complexité et de durabilité. En résumé, ce qui est trop complexe n’est pas durable. D’un point de vue global, nous retrouvons là les idées de Joseph Tainter selon laquelle les sociétés complexes sont vouées  à l’effondrement. Cette idée de lier durabilité et simplicité nous semble favorable à une perception raisonnable qui donne aux générations futures des chances de perdurer au moindre mal. Le choix social, si ce n’est éthique, reposerait alors sur des bases plutôt objectives : un avenir qui se veut durable. Appliquons maintenant notre raisonnement, trop de complexité nuit à la durabilité, à la procréation médicalement assistée.

La PMA est une technologie systémique, cloisonnée, réalisable uniquement dans une société complexe. Elle n’est pas durable parce qu’elle repose sur des moyens médicaux importants, liés à un taux d’échec non négligeable, et donc seulement à la portée de couples riches ou pris en charge par le reste d’une société très développée. Il est vrai que la société complexe s’accompagne généralement  d’inégalités très importantes, il y a ceux qui ont le pouvoir, ceux qui peuvent payer et tous les autres. Ce n’est pas ce type de société que je désire, la PMA ne devrait pas être à l’ordre du jour d’une société consciente des limites de la technique et de la convivialité nécessaire entre ses membres. Une autre manière de se reproduire est à la portée de tout un chacun, faire l’amour tout simplement, en usant de la différenciation des sexes. Une technique simple qui n’a pas besoin de l’assistance de « médecins » pour porter ses fruits.

1. LE MONDE du 16-17 décembre 2012 p.17, chronique écologie d’Hervé Kempf

2. LE MONDE du 6 octobre 2010, Le père de la fécondation in vitro Nobel de médecine

3. LE MONDE du 18 décembre 2012, Les manifestants favorables au mariage gay font match nul face aux opposants

4. LE MONDE science&techno du 27 octobre 2012, Biologie et homoparentalité

5. La convivialité (numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte, juillet 1973).

6.L’effondrement du système technologique de Theodore J. Kaczynski (éditions Xénia, 2008)