le CO2 du Danemark !

Le Danemark se sent une responsabilité énorme, il va accueillir en 2009 le prochain sommet des Nations unies sur l’environnement. Le Danemark se sent donc extrêmement coupable, ses rejets de gaz à effet de serre ont augmenté de 16 % en 2006. il faut réagir !!  Alors le Danemark va motiver ses Danois qui rejettent en moyenne une dizaine de tonnes de gaz carbonique par personne et par an. Un objectif est fixé, réduire les émissions globales de 21 % d’ici à 2012 par rapport au niveau de 1990. Quel programme d’amincissement ? Manger sans viande une fois par semaine, le steak, c’est du CO2 concentré. Consommer des fruits et des légumes qui n’ont pas parcouru des kilomètres et qui ne sont pas élevé sous serre : ça fera régresser à la fois la consommation d’énergie fossile et les maladies cardio-vasculaires. Renoncer aux sacs plastiques et aux voyages aux antipodes. Bien sûr on assurera la production d’énergie en relançant la construction d’éolienne. La Biosphère se demande ce que va devenir le moral des Danois avec des mesures aussi peu  contraignantes…

 Le Danemark est quand même courageux puisqu’il se refuse à considérer l’option nucléaire Et il se prépare un petit peu à la pétroapocalypse en sachant qu’il ne dispose ni d’hydroélectricité, ni de forêts. Alors, le Danemark comme embryon de modèle à suivre lors du prochain sommet de la Terre ?

blocage politique

Les scientifiques du GIEC sont arrivés début 2007 à un accord sur l’origine anthropique des émissions de gaz à effet de serre et sur les conséquences probables. Mais début avril, la deuxième partie de leur « rapport pour les décideurs » achoppe sur des considérations politiques qui  tiennent principalement à la volonté des représentations américaines, saoudiennes ou chinois de minorer les conséquences du réchauffement, et donc d’amoindrir l’urgence de l’action. La Chine continue de douter que les écosystèmes soient affectés par le changement climatique alors qu’on s’attend à une érosion de la biodiversité : 20 à 30 % des espèces animales et végétales sont susceptibles de disparaître d’ici à la fin du siècle. Certaines délégations ont même bataillé pour que les références aux effets du changement climatique à très long terme (au-delà de la fin du siècle) soient réduites à la portion congrue, parce que jugées trop anxiogènes ! On est même allé jusqu’à refuser que soit mentionnée la réduction des émissions de gaz à effet de serre comme recours pour diminuer les effets du réchauffement !! On devrait cependant s’entendre pour mentionner la perte de production agricole dans les pays pauvres. Les pays riches ne se sentent qu’épisodiquement concernés par les conséquences du réchauffement (canicule de l’été 2003 en Europe ou cyclone Katrina aux Etats-Unis), alors on se contente de constater.

 En effet le « Résumé pour les décideurs» est un peu court quant aux solutions : le GIEC en appelle à un développement durable vide de sens, il paraît croire au miracle d’une recherche scientifique salvatrice, il voudrait une adaptation de l’agriculture et « la réorientation économique des régions touristiques qui perdront leur attrait » ! La Biosphère prévoit donc une vague de mortalité humaine due aux vagues de  chaleur, aux inondations, aux tempêtes, aux incendies et aux sécheresses… et beaucoup d’éco-réfugiés que les pays riches ne voudront pas accueillir.

aucune sécurité

La plupart des dysfonctionnements de la Biosphère résultent d’une multitude d’actes individuels apparemment anodins et infimes, mais qui sont répétés des millions de fois à l’échelle de la planète. Ainsi chaque fois qu’on fait démarrer sa voiture ou qu’on mange un steak, on est responsable de la détérioration climatique. Ce n’est donc pas une discussion globale comme le protocole de Kyoto qui pourra régler ce problème. Il s’agissait pourtant de la première décision de décroissance dans l’histoire des sociétés industrielles, mais ce protocole donne lieu à des stratégies de déni ou d’évitement qui reportent les décisions véritables aux calendes grecques. Ainsi, un an après le précédent sommet à Gleneagles au cours duquel le changement climatique avait été l’une des dominantes du sommet annuel des huit grandes puissances, le thème phare du sommet du G8 (15-17 juillet 2006) est devenu par la grâce du président russe Vladimir Poutine qui le présidait pour la première fois un vague salmigondis sur la sécurité énergétique. Le lien entre sécurité énergétique et lutte contre le réchauffement planétaire est en effet largement absent du projet de déclaration sur la « Sécurité énergétique mondiale » (Global energy security).

 

La planète, coincée entre la protection des avantages acquis par les pays développés et les besoins des pays émergents, reste au service de l’appétit inextinguible de croissance économique et donc de dilapidation des ressources fossiles. La butée climatique, combinée avec l’amenuisement des ressources énergétiques, devrait déterminer au cours de ce siècle une civilisation de la sobriété consentie des milliards de fois, ou des destructions de vie humaine par millions. La Biosphère se fera l’arbitre impassible des suffisances et insuffisances humaines.

Nature en horreur !

Il existe une fracture entre la ville et le milieu rural, c’est l’obstacle le plus infranchissable qui puisse exister pour pouvoir réconcilier une population occidentalisée et des espaces naturels méprisés. La plupart des citadins ressentent la nature comme quelque chose de sale, d’inquiétant, avec des araignées et plein de plantes qui piquent, des bêtes répugnantes qui courent partout, une terre qui colle au soulier. Rares sont les automobilistes qui s’éloignent de la route pour pique-niquer, il faut en rester à une nature artificialisée et aseptisée sur les tables installées dans un parking près d’une autoroute. Souvent nous ne connaissons plus les animaux, même ceux de la ferme, qu’au travers du petit écran. La liste des espèces protégées ne sert plus à rien puisque bien des chasseurs veulent encore confondre le canard sauvage et l’aigle royal. D’ailleurs nous sommes presque tous maintenant de la civilisation urbaine. Le berger irréductible qui ne veut pas de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées se vautre le soir devant sa télé et parcourt les supermarchés avec son portable. La Nature ne constitue plus qu’une valeur marchande, avec ou sans ours, un produit touristique parmi d’autres. Même les espaces protégés deviennent des parcs d’attraction où quelques animaux sauvegardés sont priées de se présenter aux heures d’ouverture prévues par les syndicats d’initiative.  La Nature n’existe pratiquement plus puisqu’elle est sans arrêt en représentation, sauf pour quelques naturalistes de plus en plus isolés, et de plus en plus âgés. Cette fracture explique pour partie que nous participons presque tous, consciemment ou non, à la destruction de la Nature.

 Ce n’est pas parce qu’un ministre de l’environnement peut déclarer un jour que « protéger la nature, c’est éviter que nous soyons, nous-mêmes et encore plus nos enfants, conduits à sauvegarder les espèces les plus rares dans des sortes de musées vivants qui seraient, en réalité, des mouroirs », que cela change quelque chose aux méfaits de l’urbanisation sur la psychologie humaine.

manger ou rouler !

Pour nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050, il faudra doubler la production alimentaire alors que les terres disponibles se raréfient. Les biocarburants vont de plus en plus cruellement faire concurrence à l’alimentation. Pour remplir le réservoir d’un 4×4 avec 94,5 litres d’éthanol pur, il faut environ 204 kilos de maïs, soit suffisamment de calories pour nourrir une personne pendant un an (étude parue dans la  revue Foreign Affairs de mai 2007). Le boom des biocarburants provoquera une flambée des cours, avec toutes les conséquences prévisibles sur les familles à bas revenu. Un conseiller du président brésilien, grand planteur de canne à sucre pour remplir les réservoirs des voitures américaines, croit que le problème de la planète n’est pas une pénurie de vivres, mais de revenus. Pourtant on sait déjà à qui les revenus vont échoir, toujours les mêmes !

 La recherche sur les biocarburants porte donc sur l’utilisation des résidus non comestibles, mais la terre a besoin d’un retour de la décomposition des végétaux pour garder sa fertilité. A ne rien vouloir comprendre du fonctionnement cyclique de la Biosphère, les humains vont bientôt se mordre les doigts au lieu de manger à leur faim.

savane amazonienne

Les queimadas, ces énormes brûlis dus à l’avancée des humains en Amazonie place le Brésil au 4e rang mondial des émetteurs de dioxyde de carbone et représente 75 % des gaz à effet de serre du Brésil. Au rythme actuel, la couverture forestière passerait de 5,3 millions de km2 à 3,2 millions en 2050. Le programme d’accélération de la croissance du président Lula da Silva mise en effet sur le transport routier et la transformation de l’Amazonie en plantation de soja. Bonjour les dégâts : un rapport du ministère brésilien de l’environnement indiquait que la hausse des températures en Amazonie pourrait atteindre 8 degrés en 2100 : en conséquence, la plus grande forêt tropicale du monde se transformerait en savane ! 

Pourtant le président brésilien ne se sent  pas du tout concerné par les normes de lutte contre la déforestation puisqu’il est vrai que les pays riches ont prêché le mauvais exemple : l’Institut brésilien de recherche agronomique a démontré que l’Europe a conservé seulement 0,3 % de ses forêts existant il y a huit mille ans, contre 69 % qui subsiste encore au Brésil. Aux pays déjà développés d’agir contre le réchauffement climatique ! Brasilia devrait donc pouvoir pendant quelques années encore valoriser la production de biocarburants : G.Bush est d’ailleurs tout à fait d’accord !!!

 Puisque certains pays ont pratiqué à grande échelle le crime environnemental, d’autre estiment pouvoir continuer à assassiner la Biosphère sans aucun problème de conscience. Il y a quelque chose d’incompréhensible dans les raisonnements des humains…

commerce écolo ?

Le gouvernement français avait émis l’idée d’une taxation des importations venant de pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto limitant l’émission de gaz à effet de serre. Cela paraît contraire aux règles de l’OMC qui soutient ardemment le libre-échange. Mais il y a concurrence déloyale si les USA vendent des produits aux Chinois sans avoir signé le protocole de Kyoto, ou quand la Chine se dispense de mesures de protection de l’air et de l’eau au contraire de la pratique américaine. De plus l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), dont l’OMC reprend les fondements, autorise les Etats à prendre des mesures « nécessaires à la protection de la santé et de la vie des personnes et des animaux ou à la préservation des végétaux ». Ainsi les Etats-Unis ont-ils pu interdire à partir de 1998 l’importation de crevettes de quatre pays d’Asie qui pêchaient ces crustacés avec des filets dangereux pour les tortues. Réciproquement le fait que les USA se dispensent de réduire leurs gaz à effet de serre fait bénéficier les sidérurgistes américains d’un avantage de 60 dollars par tonne d’acier sur leurs  concurrents européens. Comme ne pas payer les dégâts infligés à l’environnement ressemble à une subvention à l’industrie, l’Europe serait alors fondée à taxer de 60 dollars la  tonne (10 % du prix) l’acier d’outre-Atlantique.

 Des mesures protectionnistes paraissent fondées. De toute façon il y a une telle hétérogénéité des écosystèmes que chacun doit ré-apprendre à échanger avec son biotope particulier (agir local). La mondialisation (penser global) doit rester une pensée, pas se concrétiser dans un mode de vie où les voitures d’un pays s’échangent contre les voitures d’un autre pays.

Libre-échange et écologie

Pascal Lamy est un ancien commissaire européen chargé du commerce international (1999-2004). C’est surtout depuis 2005 le directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Dans le contexte de la mondialisation libérale, ses propos (le Nouvel Observateur du 14 décembre 2006, « la Terre en danger ») nous font rêver :

« L’histoire nous a donné une leçon, quand il y a perception du danger, les hommes s’organisent pour y faire face. De ce point de vue, le mouvement écologique a apporté sa contribution à la perception de ces dangers.  Cette conscience est plus forte qu’hier et elle progresse. L’Europe est à l’origine de la plupart des législations environnementale que les pays appliquent aujourd’hui. Dans ses principes, l’OMC prévoit que le développement des échanges doit contribuer au développement durable. Vous avez le droit, au nom de la protection de l’environnement, d’instituer certains obstacles aux échanges. C’est parfaitement légal dans le système de l’OMC. Même si, comme partout en politique, il y a des arbitrages à faire entre les différentes urgences, entre la liberté et la sécurité, entre la pauvreté et le développement, entre l’environnement et la croissance (…) Il y a deux manières de changer l’ordre international : la guerre ou la négociation. La priorité, c’est la négociation, pas la guerre ! Mais les pays émergents ne peuvent aboutir à un accord que si les uns et les autres font des compromis. C’est compliqué et difficile. Mais nécessaire si on veut que cette planète préserve elle-même son intégrité, notamment environnementale. »

 Des hommes au plus haut niveau pensent à l’intérêt de la Biosphère, que ce soit Pascal Lamy ou Al Gore. Mais leur impuissance à mettre leurs pensées en acte montre la difficulté d’enrayer une anthropisation forcenée de la planète.

Histoire de la Biosphère

Plutarque, voyant Diogène manger du poulpe cru, résumera la philosophie du cynisme par l’expressions « ensauvager la vie ». Il est vrai que Diogène voulait renverser les valeurs dominantes pour transformer la prétention humaine en humilité. Selon sa conception de la vie, l’animal qui ne se crée pas de besoins était supérieur à l’homme prisonnier de ses désirs et de ses angoisses. Le bonheur résiderait donc dans la simplicité totale et l’autarcie, se suffire à soi-même. Bien plus tard, le courant transcendantaliste, fondé par l’américain Ralph Waldo Emerson dans son manifeste « La nature » édité en 1836, appelle à réveiller sa sensibilité pour communier avec une nature dont l’homme fait partie et pouvoir ainsi affronter le conformisme. Ernst Haeckel définit pour la première fois en 1866  l’écologie comme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence ». Rudolf Steiner (1861-1925) créé l’anthroposophie qui vise à recréer l’harmonie entre l’homme et l’univers. Sa philosophie se traduit notamment par l’agriculture bio-dynamique qui prend en compte l’ensemble des cycles de la vie biologique. En 1875 le géologue Eduard Suess invente le terme biosphère, regroupement de l’atmosphère, de l’hydrosphère et de la lithosphère. En 1935, l’écologiste Arthur Tansley définit comme écosystème le système interactif qui s’établit entre la biocénose et le biotope.

             Mais le temps passe vite, la réalité dépasse maintenant l’approche philosophique et scientifique. Depuis quelques années l’action humaine a fait disparaître à toute allure la biodiversité, perturbe profondément le climat et dilapide avec prodigalité les ressources. Comme dit Al Gore  (Urgence planète Terre), « notre seule source d’espérance réside dans une changement de la manière dont les hommes et les femmes de base perçoivent l’environnement. Il nous faudra chercher ardemment une nouvelle façon de penser le rapport de notre civilisation à la Terre. »

Bulbe ou fluo ?

Les ampoules à bulbe avec filament ne transforment en lumière que 5 % de l’énergie consommée, le reste sert à chauffer la pièce ! Les lampes à décharge dites fluo-compactes sont trois à cinq fois moins gourmandes en énergie et six à huit fois plus durable. Même si leur lumière est pour l’instant moins visible, même si le prix est dix fois plus cher en moyenne, ce serait rentable pour le consommateur dès la première année grâce aux économies d’énergie. Le gouvernement australien a donc annoncé en février 2007 son intention d’interdire les ampoules à bulbe d’ici à 2010 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’Union européenne envisage cette interdiction des lampes à filament pour les foyers privés en 2009, la Californie veut se doter d’une loi similaire pour une interdiction d’ici à 2010. Pourtant les lampes fluo-compactes contiennent jusqu’à 25 milligrammes de mercure (soyons honnêtes, les plus récentes 3 milligrammes, c’est-à-dire beaucoup trop). Car c’est là le drame : le mercure est très volatil et très polluant, difficile à recycler dans la Biosphère.

 La solution finale n’est pas technique, s’activer hors la lumière solaire n’est pas une nécessité absolue. Alors que l’Australie envisage de construire des centrales nucléaires, alors que les centrales thermiques se multiplient dans le monde, l’objectif premier devrait être la sobriété, pas la foi en la solution technique. Sinon ce qui économisé ici sera dilapidé ailleurs (effet rebond).

155 ans de chrabon !

L’effet de serre augmente à cause des émissions de gaz carbonique, mais on a besoin d’énergie… On va donc réagir en brûlant du charbon qui va émettre encore plus de CO2… On va donc capturer ce CO2 et l’enfouir dans le sol !!!

Le colloque tenu au Havre les 8 et 9 mars 2007 (Charbon propre, mythe ou réalité ?) a vigoureusement dénoncé cette technique. Trois grands procédés de capture existent : précombustion, par laquelle le carbone est enlevé du combustible à l’entrée de la centrale thermique ; postcombustion, car le gaz carbonique est extrait des fumées issues de la combustion ; oxycombustion, dans laquelle on brûle le charbon avec de l’oxygène pur, ce qui a pour effet de concentrer le CO2. Mais aucune de ces voies n’est mûre ni préférable aux autres. Chaque procédé a un coût non négligeable et diminue le rendement énergétique de la centrale. De toute façon, une fois capté, il faut bien se débarrasser du gaz carbonique. Or l’enfouissement d’un gaz acide perturbe le milieu dans lequel il va être injecté et rien ne confirme qu’il ne retournera pas dans l’atmosphère au bout de quelques années !

 Les pays riches n’ont pas besoin d’énergie supplémentaire, ils peuvent réguler leur consommation, ils savent le faire, il suffit de le vouloir dans l’intérêt de la Biosphère. De toute façon les réserves de charbon sont estimées à 155 ans au rythme actuel de consommation… De gré ou de force, il faudra donc bien un jour se passer de cette ressource fossile… Ah ! Si les générations futures avaient un droit de vote dès aujourd’hui, pétrole et charbon deviendraient tabous, intouchables !

schizophrénie à l’UE

            Le Parlement européen a adopté de nouvelles normes antipollution pour réduire les émissions de fines particules, ainsi que les monoxydes et dioxydes d’azote générés par les moteurs diesels. Ces polluants sont responsables de graves affections respiratoires, voire de cancers. Mais les objectifs d’une réduction de 80 % d’ici à 2009 se heurte à une autre circulaire de la Commission européenne, celle de baisser de 25 % entre 1998 et 2008 les rejets de CO2 des véhicules pour atteindre une moyenne (par constructeur) de 140 grammes par kilomètre parcouru. Les suies sont en effet éliminées grâce à un système d’auto inflammation provoqué par l’injection de carburant : l’opération entraîne une surconsommation de 5 à 6 %, et donc autant de CO2 supplémentaire. Donc les filtres à particule augmentent la consommation de carburant alors que pour réduire les gaz à effet de serre, il faudrait la baisser. De toute façon aucun constructeur ne maîtrise aujourd’hui la technologie pour atteindre les seuils de dioxyde d’azote votés par le Parlement. La protection de l’environnement a de quoi rendre schizophrène !

 Nous connaissons déjà tant de choses, l’origine de l’univers et les composantes de la matière, continuons à tester nos hypothèses plutôt que d’en chercher des applications inutiles. La science devrait s’accompagner de l’art de la contemplation, pas de la technique et de la détérioration de la Biosphère.

la technique est le problème, pas la solution

Deux infos si différentes dans le journal Le Monde du 17.03.2007, mais oh combien similaires !1) « Le CEA prépare les réacteurs nucléaires des années 2040 » Il s’agit des réacteurs à fission dits de 4ème génération, c’est-à-dire des projets expérimentaux dont la filière des neutrons rapides, privilégié par la France, a déjà connu un fiasco technologique avec le surgénérateur Superphénix ! Le gros problème, c’est que la technoscience veut nous faire croire qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir, demain l’innovation va trouver : la preuve, elle cherche !! Un réacteur de recherche serait peut-être mis en place en 2014, un prototype à neutrons rapides pourrait être mis en service en 2020 !!!2)  « La construction d’ITER, un chantier pharaonique »Il s’agit d’un réacteur à fusion dont l’objectif est de combiner des noyaux lourds, ce qui libère une énergie similaire à celle produite par notre Soleil. On fait miroiter au présent la manne financière distribuée autour de Cadarache, on oublie de dire que la vocation d’ITER n’est pas de produire de l’électricité, mais d’établir la faisabilité scientifique et technique de la fusion thermonucléaire. Le gros problème, c’est que la technoscience veut nous faire croire qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir, demain l’innovation va trouver : la preuve, elle cherche !! Entre 2025 et 2035 pourrait être construit un prototype électrogène. Et ce n’est pas avant 2050, avec la première génération de réacteurs industriels, que l’on saura si le rêve n’était pas un cauchemar !! La Biosphère n’a pas besoin qu’on tripatouille ses atomes. L’espèce homo sapiens ferait mieux de lancer une grande campagne de méditation sur la vanité de la société thermo-industrielle.

Donnez-nous notre pain quotidien !

Dans son documentaire sans commentaire, Notre pain quotidien, le réalisateur Nikolaus Geyrhalter pose le problème du mode d’alimentation d’un habitant des pays dits développés. Il n’y a dans ce film coup de poing aucun discours didactique ni témoignages indignés, il n’y a que des images organisées, uniquement la froide réalité d’un cauchemar grandeur nature vécu dans une gigantesque serre ou lors de l’équarrissage des porcs. Les combinaisons high-tech frôlent les chairs à nu, on ne tue qu’en blouse blanche et scientifiquement. Un homme descend l’interminable allée d’un poulailler industriel en farfouillant dans les cages, et ce n’est que plus tard qu’on comprend qu’il en enlève les poulets qui meurent chaque jour de la promiscuité. Cette froideur met en évidence  que la qualité d’être vivant est retirée aux animaux quand il y a production de masse, la mécanique finit par envahir tout l’écran, les machines semblent se mouvoir toutes seules, les travailleurs accomplissent des gestes automatiques calibrés par le travail à la chaîne. Les hommes et les femmes au travail apparaissent donc eux aussi comme des éléments interchangeables, au service de la machinerie de l’agriculture moderne. La vie est sacrifiée sur l’autel de la consommation.

 En bout de cette fabrication industrielle, il y a notre pain quotidien, il y a notre estomac, il y a nos repas qui apparaissent pour ce qu’ils sont devenus, l’aboutissement ultime de la marchandisation de la Biosphère. Cela n’a pas d’avenir durable…

toxicité du maïs transgénique

Le traitement statistique de l’étude des effets de ce maïs par son inventeur et distributeur, la firme Monsanto, a été publié en août 2005 par Food et Chemical Toxicology. Mais les données expérimentales brutes, plus d’un millier de pages, avaient été tenues confidentielles par la firme agrochimique jusqu’à ce que Greenpeace en obtienne publicité grâce à la Cour d’appel de Münster. Le Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique) a ainsi pu les examiner en détail. Autorisé à la mise sur le marché en Europe, la consommation de cet OGM perturberait de nombreux paramètres biologiques chez le rat : poids des reins et du foie, taux des jeunes globules rouges, triglycérides… Monsanto avait jugé que ces écarts entraient dans le cadre de la variabilité naturelle des paramètres mesurés ! Le Criigen soupçonne au contraire une véritable toxicité. Comme dit un spécialiste, en matière hormonale les perturbations peuvent être plus que proportionnelles à la dose ; un autre  indique que les paramètres bougent beaucoup dans les expérimentations, ce qui empêche toute conclusion stable. Mais ce qu’il faut souligner, c’est que les travaux du Criigen ont été financés par Carrefour et Greenpeace alors qu’il n’existe par de budget public pour mener ce genre d’étude scientifique. Il faudrait financer des tests au-delà de 90 jours, et sur d’autres espèces que le rat (in journal Le Monde du 14/03/2007), mais notre sort est aux mains des multinationales de la semence.

 Ne mangez pas des produits trans-naturels, ils posent sans doute un problème potentiel de santé, ils n’ont pas meilleur goût, ils ne sont pas moins chers pour les consommateurs et c’est un coût supplémentaire pour l’agriculteur ! Les seuls avantages sont pour les multinationales. Faisons confiance à la Nature et mangeons bio.

Casseurs de pub contre Sarko

Tu es en droit de pas être d’accord avec le texte suivant, mais je vois pas ce que tu peux retorquer :

Dix bonnes raisons pour les casseurs de pub et les objecteurs de croissance de ne pas voter Sarkozy !
Le sarkozysme représente en effet le programme anti-décroissance par excellence. Premièrement, parce que Nicolas Sarkozy ne nous aime pas. Nous serions des malthusiens mais aussi des gauchistes recyclés. Tout en estimant légitimes les inquiétudes suscitées par le progrès scientifique, il s’en prend « aux orphelins de la pensée marxiste-léniniste qui se seraient engouffrés dans la brèche ». La convention de l’UMP sur l’écologie commence ainsi par une mise en garde solennelle : « Contre les chantres d’un nouveau malthusianisme : la protection de l’environnement n’implique pas de passer à la croissance zéro. » Plus incisif encore, Nicolas Sarkozy ajoute : « Je veux dire aux sectaires idéologiques que nous avons tout à perdre de la décroissance. »

Deuxièmement parce que Sarkozy c’est la religion de la croissance. La croissance serait, selon lui, le remède aux méfaits de la croissance : « Le projet de développement durable, c’est un projet qui n’oppose pas la croissance, l’écologie et les défis sociaux. » La convention de l’UMP l’affirme : « Au-delà d’un certain seuil de revenu par habitant, la croissance conduit à une amélioration de la qualité de l ‘environnement. » Autrement dit, on guérira le mal par le mal : un peu de croissance économique serait nuisible mais beaucoup serait salutaire.

Troisièmement parce que Sarkozy c’est le culte de la consommation. Son principe du « travailler plus pour gagner plus » est totalement anti-décroissant. C’est une façon de maintenir les gens dans l’illusion du « toujours plus » et donc dans l’indigence. L’un ne va en effet jamais sans l’autre puisqu’un bon consommateur est toujours un être frustré. Pas question pour Sarkozy de protéger les consommateurs de l’agression publicitaire, pas question non plus de démanteler les centres commerciaux qui défigurent nos existences, pas question de remettre en cause l’uniformisation de nos modes de vie par les transnationales.

Mais aussi parce que Sarkozy aime les riches bien plus que les pauvres. Philippe Manière, le directeur de l’institut Montaigne qui nourrit tant le programme de l’UMP, le dit sans fausse pudeur : « Les riches d’abord nous font vivre. Gagnant plus que les autres, ils consomment plus que les autres. Or la consommation des uns, c’est le revenu des autres (…). Plus on est riche, plus on dépense donc plus on fait vivre le reste de la population (…). Chérissons donc les riches et défendons leurs intérêts contre l’État »… C’est pourquoi Sarkozy veut que cette France riche puisse se reconnaître en lui au travers de mesures à forte valeur symbolique comme la franchise sur les droits de succession.

Vous êtes encouragés à reproduire ce texte en indiquant sa source : www.casseursdepub.org

Collectif des déboulonneurs

L’espace public est le lieu de toutes les expressions : si la pub veut faire sa pub, qu’elle accepte donc les phrases des anti-pub. C’est ça la démocratie, l’expression de tous et pas uniquement celle des marchands. En janvier 2007, sept membres du Collectif des déboulonneurs ont pourtant comparu devant le tribunal correctionnel pour inscription de slogans anti-publicitaires sur des panneaux d’affichage. En mars, le verdict tombe : un euro d’amende, alors que 500 euros étaient requis ! Les faits ont en effet été requalifiés en « dégradation légère ». Ces barbouillages d’affiches, réalisés au grand jour, avaient d’ailleurs pour objectif de pouvoir s’expliquer devant la justice pour se faire entendre des médias et du public ; on suivait la même logique de désobéissance civile que les faucheurs volontaires d’OGM. Les anti-pub ont aussi proposé aux présidentiables français de se prononcer sur une réduction des formats d’affichage avec une taille maximum de 50×70 centimètres, une taille suffisante pour qu’on ne voit presque plus les affiches. La Biosphère commence à se défendre par ses propres moyens, mais les dégâts provoqués par l’activisme humain sont déjà immenses. Alors, devenez militants écologistes, soyez éco-citoyens, casseurs de pub, faucheurs volontaires d’OGM, objecteurs de croissance… Comme dirait sans doute José Bové, mieux vaut être en prison et libre que prisonnier de la société marchande.

le code de l’écoguerrier

L’avertissement d’Edward Abbey en préface de son roman, « Le retour du gang de la clef à molette » (Gallmeister, 2007) vaut déjà le détour : « Quiconque prendra ce livre au sérieux sera immédiatement abattu. Quiconque ne le prendra pas au sérieux sera enterré vivant par un bulldozer Mitsubishi ». Il faut dire qu’Edward, mort en 1989, avait un tempérament plutôt très très radical. Voici son code de l’écoguerrier, tel qu’on peut le reconstituer (page 148 à 154) :Règle n° 1 : Ne fais pas de mal à personne. Personne. Y compris à toi-même.Règle n° 2 : Ne te fais jamais prendre.

Règle n° 3 : Si jamais tu te fais prendre, tu es tout seul. Personne ne paie ta caution. Personne ne te paie ton avocat. Personne ne paie tes amendes.

 

Et ça ne s’arrête pas là, il y a beaucoup d’autres règles. L’écoguerrier travaille seul, ou avec un ou deux camarades de confiance qu’il connaît depuis des années, un micro-groupe de conspirateurs voués à commettre des délits non criminels contre la sphère de l’Ordnung techno-industrielle. Le but de son militantisme est de faire augmenter les coûts de l’Ennemi, de le pousser au déficit, de le forcer à mettre un terme à l’invasion de nos terres publiques, de nos dernières terres sauvages. L’écoguerrier doit travailler sans espoir de gloire ou de célébrité, ou même de reconnaissance publique, pour le présent au moins. Il doit au contraire subir l’opprobre et la vindicte populaires, essuyer les injures et les insultes. Par exemple, mettons que tu sectionnes une ligne électrique quelque part, que tu sabotes une flotte de camions, que tu saccages à coups de clef à molette un terminal d’ordinateur, eh bien tu dois t’attendre à ce qu’un certain nombre des membres de la structure de pouvoir éprouvent quelque ressentiment à ton égard.

 L’écoguerrier est donc un guérillero en guerre contre un ennemi doté d’un équipement high-tech, un ennemi financé par l’Etat, qui bénéficie de la protection des médias, qui est supérieur en nombre et qui a la police secrète ou non dans son camp, et aussi la police des communications et la police de la pensée. L’écoguerrier doit se battre contre tout ça sans porter la moindre arme. Son Code de l’Honneur le lui interdit. En effet l’écoguerrier ne se bat pas contre des hommes, il se bat contre une institution, l’Empire planétaire de la Croissance et de la Cupidité. Il ne se bat pas contre des êtres humains mais contre une mégamachine monstrueuse, contre une technologie en cavale, hors de contrôle, une entité vorace qui se nourrit des hommes, de tous les choses vivantes, et même des minéraux, des métaux, des roches, du sol, de l’assise rocheuse de toute vie terrestre !

action directe aux USA

John Muir (1838-1914) est aux Etats-Unis le père fondateur en matière de protection de la nature sauvage. Pour lui, « la route la plus claire dans l’univers passe au plus profond d’une forêt sauvage ». Témoin critique de la conquête de l’Ouest, officiellement achevée en 1890, il fonde en 1892 le Sierra Club, la première association environnementaliste de la côte ouest des USA. Pendant 10 ans, il s’escrima en vain contre l’endiguement de la rivière du parc national de Yosemite, la première réserve « naturelle » des USA. Il avait en effet face à lui tous ceux qui se préoccupaient de la conservation de la Nature uniquement pour le développement des activités humaines.

 Presque un siècle plus tard, Dave Foreman fonde aux USA en 1980 l’association Earth First! dont le slogan résume l’objectif : « Pas de compromis dans la défense de la Terre Mère ». Le mouvement a élaboré cette ambition quand il a pris conscience qu’il était temps d’arrêter de parler de la façon dont les choses avaient mal tourné et qu’il fallait commencer à changer les choses. Dave partait du principe que la protection de la nature sauvage est un problème éthique qui ne peut se réduire à la défense de l’intérêt personnel ou même à la préoccupation de la survie de l’humanité. Pour lui la société humaine est tellement immorale qu’elle peut se croire investi de la liberté d’inventer n’importe quoi et de l’appliquer aux humains comme aux non-humains. A ce moment là il faut protéger l’homme contre lui-même et casser la machine qui empoisonne à la fois la mentalité humaine et l’environnement. Le FBI en a donc fait un terroriste ! En 1989, Dave Foreman était arrêté pour avoir soi-disant voulu saboter des lignes haute tension dans le but de déclencher une fusion nucléaire !!! Pour Dave, quand l’humanité croit que les ressources sont inépuisables et à son seul service, quand l’humanité espère que la technique trouvera toujours une solution aux problèmes que la technique a créés, il faudrait dire : « Ce sont pures insanités et folles divagations ». La société humaine n’a aucun mandat naturel ou divin pour goudronner et exploiter chaque centimètre carré de cette planète, seulement le droit que s’arroge le fort au détriment des faibles : « Un bulldozer qui détruit la Terre n’est qu’une partie de la terre, fait de minerai de fer et consommant son énergie, c’est la Terre métamorphosée en monstre qui s’autodétruit : ce bulldozer doit être arrêté. » L’évolution de la législation ou les procédures judiciaires peuvent jouer un rôle dans la défense de la Biosphère, mais l’action directe non violente paraît aussi absolument nécessaire. Pour Dave, il faut enrayer les rouages de la méga-machine et saboter tous les projets qui tendent à accroître l’anthropisation de la planète. Une campagne de résistance peut être efficace contre l’abattage des arbres, la construction des routes, l’exploitation minière, l’édification de barrages ou de lignes haute tension, l’utilisation de véhicules tout-terrains, le développement de zones de ski, l’expansion des zones résidentielles, l’artificialisation des terres. De telles tactiques réclament un degré supérieur d’engagement personnel et souvent un grand courage. Il y a toujours un risque personnel quand on s’interpose entre la machine et la terre sauvage. Mais dans les pays où la nature sauvage à presque complètement disparue, le combat est encore plus rude car les cibles existent à tous les coins de rue !

la conscience des limites

Le quotidien français Le Monde a dorénavant une rubrique « Environnement & Sciences ». Cela semble présumer d’une  crise environnementale qui trouverait sa solution dans l’innovation technoscientifique. Par exemple on aborde (numéro du 7 mars 2007) la construction de la plus grande centrale à vagues du monde sur les rivages de l’Ecosse. Mais les deux articles de fond abordent aussi le fait que nos sociétés ont atteint la limites acceptables. Ainsi un tribunal administratif a annulé pour « vice de procédure substantielle » une décision ministérielle de mai 2004 entérinant le projet du grand contournement de Bordeaux, une rocade à deux voies et péage. D’autres recours ont lieu contre un tracé qui traverse des vignobles célèbres et des zones protégées. Un autre article                aborde la limitation de la fertilisation azotée en Bretagne : neuf bassins versants sont concernés par une directive européenne de 1975 fixant un plafond de 50 mg de nitrates par litres au-delà duquel les collectivités ne peuvent plus effectuer de prélèvements dans les eaux superficielles destinées à l’alimentation humaine. D’un côté on commence à mettre en place la limitation des transports par la condamnation d’infrastructures supplémentaires, de l’autre on commence à limiter le productivisme agricole.

 Encore faut-il que le gel de la construction d’autoroutes obtienne le soutien des élus et des socioprofessionnels,  encore faut-il que la réduction volontaire du cheptel obtienne le soutien des agriculteurs ! L’espèce homo sapiens ne pourra retrouver un équilibre avec son biotope qu’au prix d’une sévère limitation de ses activités, donc de ses déplacements et de sa production.

Dans l’avenir il n’y aura plus la droite et la gauche, mais ceux qui ont conscience des limites et ceux qui n’ont aucune conscience.