le purificateur

A l’époque des conquistadors, Bartolomeo de Las Casas (1427-1566) pensait à juste titre qu’un indien païen vivant est toujours préférable à un Indien chrétien mort. Ce n’est pas l’avis du purificateur Benoît 16. Dans son discours lors de la conférence du conseil épiscopal latino-américaines (13 mai), il refait la colonisation à sa façon : « Sans le savoir, les Indiens des cultures précolombiennes cherchaient le Christ dans leurs riches traditions religieuses. Le Christ était le sauveur auquel ils aspiraient silencieusement. Avec l’eau du baptême, l’Esprit saint est venu féconder leurs cultures, les purifiant et développant les nombreuses semences que le Verbe incarné avait mises en eux » (…) « L’annonce de Jésus et de son Evangile n’a à aucun moment comporté une aliénation des cultures préhispanique ni n’a constitué l’imposition d’une culture étrangère ».

 Benoît 16 confesse les morts, il croit à la foi qui existe préalablement à tout discours imposé par des prédicateurs sectaires, il oublie la repentance de Jean Paul II en 1992 pour les crimes commis par l’Eglise au nom de l’évangélisation des populations indiennes. Ces propos sont arrogants et irrespectueux, ils nient les mécanismes de domination, ils occultent l’histoire réelle, ce discours est révisionniste. Ce pape au cerveau ramolli par une profonde crédulité s’attaque aussi bien au rationalisme occidental (le matérialisme) qu’à l’Evangile des pauvres (la théologie de la libération), il est contre le préservatif et l’avortement, il est hors du temps démocratique, il est dangereux.

 Quand le corps de Joseph Ratzinger se décomposera sous la terre, la Biosphère marquera enfin sa prééminence sur ce prédicateur fantaisiste. 

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Jésus Ratzinger

Joseph Ratzinger, dit « le pape Benoît 16 », a écrit sur la fin de sa vie (il a eu 80 ans le 16 avril 2007) un monumental ouvrage intitulé « Jésus de Nazareth ». Il élimine d’un trait de plumes la recherche historique et archéologique qui émet des doutes sur l’authenticité des Evangiles, dont on sait pourtant qu’ils ont été écrits plusieurs décennies après l’existence supposée de Jésus par des prosélytes. Pour Ratzinger au contraire, il ne peut y avoir d’incertitude : « Le Jésus des Evangiles est une figure historiquement sensée et convaincante. Elle est plus logique et compréhensible que les reconstructions que nous avons du affronter ces dernières années. La crucifixion ne peut s’expliquer que parce qu’il s’est vraiment produit quelque chose d’extraordinaire. » Ratzinger n’a pas la force mentale de séparer le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi : « Jésus n’est pas un mythe. C’est un homme de chair et de sang, une présence entièrement réelle dans l’histoire… Il est mort et ressuscité d’entre les morts… Là où Dieu est considéré comme quantité négligeable, alors les choses prétendument plus importantes échouent. L’expérience négative du marxisme n’est pas la seule à nous le démontrer ». Ratzinger montre là le bout de son nez, il passe d’un simple acte de foi dans les Ecritures, foi qui ne regarde que lui, à une critique très contemporaine qu’il complète ainsi: « Dans le vide, l’Occident introduit sa mentalité techniciste. Mais on ne peut pas gouverner l’histoire avec de simples structures matérielles. C’est la primauté de dieu qui est ici en jeu. »

 Dans un sursaut d’obscurantisme, Ratzinger en vient donc à considérer la lutte des classes et le matérialisme comme des ennemis qui lanceraient des défis à l’autorité du Christ. Mais notre seule certitude est bien matérielle, elle insère nos relations dans la véritable infrastructure qui supporte notre existence humaine, à savoir les ressources naturelles de la Biosphère. Les écrits de Joseph Ratzinger ne peuvent permettre d’améliorer notre rapport avec la Nature alors même que la société thermo-industrielle détériore nos conditions d’existence. Quelle que soit notre religion ou notre agnosticisme, notre planète est constituée d’atomes et de biodiversité, elle nous précède et elle nous succédera, un peu de modestie Jésus de Ratzinger ! 

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culte de Gaïa

Les fondateurs des grandes religions vivaient en un temps où les hommes, par leur nombre et par leur mode de vie, ne constituaient pas un fardeau pour la Terre ; l’homme était donc au centre de leurs préoccupations. Mère Térésa déclarait même en 1988 : « Pourquoi nous soucier de la Terre ? Nous devons nous occuper des pauvres et des malades. Dieu prendra soin de la Terre. »

 

En vérité la foi en dieu, la confiance dans notre technique ou notre engagement en faveur du développement durable passe à côté d’une réalité : notre dépendance. Si nous ne prenons pas soin de la Terre, elle le fera elle-même en nous rendant indésirables. Les croyants feraient bien de porter un regard neuf sur notre demeure terrestre et y voir un lieu saint, partie intégrante de la Création, mais que nous avons désacralisé. Maintenant que nous sommes plus de six milliards d’individus affamés ou avides, aspirant au style de vie des pays développés, c’est-à-dire à la vie urbaine, nous empiétons de plus en plus sur le domaine de la Terre vivante. Puisque le seuil fatidique du réchauffement climatique a bien été franchi, peut-être devons-nous prêter une oreille attentive aux « écologistes profonds » comme Arne Naess et les laisser nous guider. Ils s’efforcent de vivre en harmonie avec Gaïa et de montrer l’exemple, un peu comme les saints qui, par leur discipline, témoignent de leur foi. Nous pourrions, si nous le voulions, faire de Gaïa une croyance instinctive, en familiarisant nos enfants avec la nature, en leur expliquant son fonctionnement et en leur montrant qu’ils font partie d’elle. L’esprit d’un enfant est si malléable qu’il peut être conditionné à s’enthousiasmer pour quelque chose d’aussi insignifiant qu’une équipe de football. A plus forte raison si on lui inculque dès l’enfance la recherche de l’harmonie entre lui et la Nature.

 

Les religions du livre ne nous ont pas donnés de règles et de conseils pour vivre en harmonie avec Gaïa. Les concepts humanistes de développement durable, de gestion et d’intendance, propres aux sociétés chrétiennes, sont entachés d’orgueil. Nous ne sommes pas plus qualifiés pour gérer la Terre que des chèvres pour jardiner. Peut-être les chrétiens ont-ils besoin qu’un nouveau sermon sur la Montagne définisse de nouvelles contraintes, indispensables pour vivre en bonne entente avec la Terre, et énonce les règles pour y parvenir. Les nouveaux croyants assimileraient la Terre à la Création divine, et sa profanation les tourmenterait. Je souhaite que les humanistes admettent enfin que les droits de l’homme et ses besoins ne sont pas tout.

Texte recomposé à partir du livre La revanche de Gaïa de James Lovelock (Flammarion 2007)

 

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Tiers-absents !

Le suffrage universel est un conquête récente qui s’est progressivement élargi à de multiples acteurs, ce qui a permis d’approfondir la démocratie. Au début, il s’agissait d’un corps électoral restreint par le suffrage censitaire à 246 000 hommes. Après une première tentative avortée en 1793, la France a été le premier pays du monde à adopter le suffrage universel et direct en 1848 : brutalement les votants sont devenus 9 millions, mais il ne s’agissait que des hommes, alphabétisés ou non ; les femmes, les militaires et les colonisés étaient encore exclus. Il faudra attendre 1944 pour que l’universalité s’étende aux femmes, 1945 pour que les miliaires deviennent électeurs ou éligibles et 1956 pour la reconnaissance d’une citoyenneté de plein droit aux indigènes des colonies françaises.

 

On pourrait aller encore plus loin. Ce serait élargir l’universalité bien plus fondamentalement que le droit de vote à 18 ans si on pouvait inclure dans la participation électorale les générations futures. De plus il y a des entités qui ne sont jamais invitées lors des palabres humaines, les êtres vivants non humains, le milieu naturel. Ce n’est pas une procédure véritablement démocratique que de décider sans eux, les acteurs absents, les tiers-absents, de ce qui les intéresse au premier chef. Une telle délibération, sans élargir sa pensée dans l’espace et dans le temps ne peut qu’entraîner de mauvaises décisions.

 

Tu n’es jamais unique, tu es aussi les autres nés et à naître, tu es accompagné des petites bactéries et des grands mammifères, tu n’es que partie de la Biosphère, tes décisions sont contraintes. Un jour notre bulletin de vote ira à un candidat aux élections qui prendra en compte l’existence des tiers-absents. Ce jour-là, la démocratie aura fait un pas de géant, au delà de son anthropocentrisme ordinaire. 

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révolu-techno

Il semble que pendant les prochaines décennies le système techno-industriel subira des tensions sévères en raison des problèmes économiques et environnementaux ainsi qu’en raison des problèmes de comportement humain (aliénation, rébellion, hostilité, diverses difficultés sociales et psychologiques). Nous espérons que les tensions par lesquelles le système va probablement passer causeront son effondrement, ou au moins l’affaibliront suffisamment pour qu’une révolution se produise et soit couronnée de succès. Les gens ont tendance à supposer que, parce qu’une révolution implique un changement beaucoup plus grand qu’une réforme, elle est plus difficile à provoquer que la réforme. En réalité, dans certaines circonstances une révolution est beaucoup plus facile qu’une réforme. La raison en est qu’un mouvement révolutionnaire peut inspirer une intensité d’engagement qu’un mouvement de réforme ne peut pas inspirer. Un mouvement de réforme offre simplement de résoudre un problème social particulier. Un mouvement révolutionnaire offre de résoudre tous les problèmes d’un coup et de créer un monde entièrement nouveau; il fournit une sorte d’idéal pour lequel les gens prendront de grands risques et feront de grands sacrifices. Pour ces raisons il serait beaucoup plus facile de renverser le système technologique en entier que de mettre des contraintes efficaces et permanentes sur le développement d’applications de n’importe quel segment de la technologie.

 

Les écologistes radicaux tiennent déjà une idéologie qui glorifie la nature et s’oppose à la technologie. L’idéal positif est la Nature, c’est-à-dire la nature sauvage , ces aspects du fonctionnement de la Terre et de ses êtres vivants qui sont indépendants de la gestion humaine et libres d’interférence humaine. La Nature s’occupe d’elle même, c’est une création spontanée qui a existé longtemps avant toute société humaine et pendant des siècles innombrables. Pour soulager la pression sur la Nature, il n’est pas nécessaire de créer un type spécial de système social, il est seulement nécessaire de se débarrasser de la société industrielle. (extraits du Manifeste de Théodore Kaczynski) 

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nécessaire révolution

La Révolution Industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Elle a énormément augmenté l’espérance de vie de ceux d’entre nous qui vivons dans des pays « avancés », mais elle a complètement déstabilisé la société, a rendu la vie peu satisfaisante, a soumis les êtres humains à des indignités, a conduit à des souffrances psychologiques généralisées (à des souffrances physiques aussi dans le Tiers-Monde) et a infligé des dégâts sévères au monde naturel. La poursuite du développement de la technologie ne pourra qu’empirer la situation. Elle soumettra les êtres humains à des indignités plus grandes et infligera des dégâts plus grands au monde naturel, elle mènera probablement à une rupture sociale et des souffrances psychologiques plus grandes et elle peut mener à plus de souffrances physiques, même dans les pays « avancés ». Il se peut que le système techno-industriel survive ou qu’il s’écroule. S’il survit, il peut finalement permettre un bas niveau de souffrance physique et psychologique, mais seulement après le passage par une période longue et très douloureuse d’ajustement et seulement au prix d’avoir réduit de manière permanente les êtres humains et beaucoup d’autres organismes vivants en produits manufacturés et en simples rouages de la machine sociale. Si le système s’écroule les conséquences seront également très douloureuses.

 Plus gros le système devient, plus désastreux seront les résultats de son effondrement, donc s’il doit s’écrouler, il vaut mieux qu’il s’écroule plus tôt que plus tard. Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la violence ; elle peut être brutale ou résulter d’un processus relativement graduel s’étendant sur quelques décennies. Nous ne pouvons rien prévoir de cela. Mais ce ne doit pas être une révolution politique. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base économique et technologique de la société actuelle. (extraits du Manifeste de Théodore Kaczynski)

the best of Al Gore

Nous avons radicalement changé la relation entre l’Homme et la Terre. D’ici 45 ans, nous allons passer de 6 à 8 milliards d’individus. Précédemment, il a fallu 10 000 générations pour atteindre une population humaine de 2 milliards. De plus la puissance des nouvelles technologies a démultiplié l’impact que chaque individu peut avoir sur le monde naturel. Troisièmement, notre concentration obsessionnelle sur la pensée à court terme (individus, marchés, agendas politiques) nous a menés à exclure systématiquement de nos décisions la considération des conséquences à long terme de nos actes. Les résultats sont dévastateurs, ce n’est plus une relation entre notre espèce et la Biosphère, c’est une collision. Nous, habitants du monde industrialisé, disposons maintenant de la capacité à protéger la majorité d’entre nous des maladies, de la famine et des migrations forcées. Mais nous nous protégeons en brûlant toujours plus de combustibles fossiles, et en produisant davantage de gaz carbonique. Tandis que nous poursuivons notre expansion dans toutes les niches écologiques concevables, la fragilité de notre propre civilisation devient tous les jours plus manifeste.

 Ainsi parle Al Gore dans son livre Urgence planète Terre. Il conserve la conviction qu’il faut faire de la sauvegarde de l’environnement l’épine dorsale de notre civilisation. Cela signifie « s’engager dans un effort pour que chaque décision et chaque traité, chaque loi et chaque institution, chaque tactique et chaque stratégie, en un mot tous les moyens soient employés pour sauvegarder et préserver notre système écologique ». La Biosphère applaudit de ses mains innombrables. Le problème, c’est que les êtres humains sont à la fois leurs propres ennemis, et en même temps leurs seuls alliés.

Marx productiviste

La libération des forces productives se confond avec la libération de l’homme : est-là un mot d’ordre révolutionnaire ou celui de l’économie politique elle-même ? Les deux, sans aucun doute ! Personne n’a douté de cette « évidence », surtout  par Marx pour qui « le premier acte par lequel les hommes se distinguent des animaux n’est pas qu’ils pensent, mais qu’ils se mettent à produire leurs moyens d’existence ». Marx fit sans doute une critique radicale de l’économie politique, mais il la fait toujours dans la forme de l’économie politique : la pensée critique du mode de production ne touche pas au principe de la production. En sous-entendant l’axiome de l’économique, la critique marxiste déchiffre peut-être le fonctionnement du système de l’économie politique, mais elle travaille du même coup à le reproduire comme modèle. Il n’est rien qui ne soit produit selon un travail, c’est la vérité du capital et de l’économie politique qui est tout entière reprise à son compte par la révolution communiste. Ce n’est que dans le miroir de la production et de l’histoire, sous le double principe d’accumulation indéfinie (la production) et de continuité dialectique (l’histoire), ce n’est que par l’arbitraire de ce code que notre culture occidentale peut se réfléchir comme moment privilégié de la vérité (la science) ou de la révolution (le matérialisme historique). Par rapport à la situation créée par l’industrialisation massive, la discipline concentrationnaire, le dressage horaire de générations d’artisans et de paysans depuis le début du XIXe siècle, par rapport à la situation de déstructuration et de révolte ainsi créée, la théorie marxiste et l’organisation ouvrière ont accompli un certain type d’élaboration secondaire : valorisation du travail comme source de richesse sociale, valorisation du procès de développement rationnel des forces productives, ce procès étant confondu avec le projet révolutionnaire. Le respect de la machine, la sauvegarde de l’instrument du travail, impliquant l’appropriation future des moyens de production, institue la classe ouvrière dans une vocation productiviste qui relaie la vocation historique de la bourgeoisie. Sous couvert de matérialisme historique, c’est l’idéalisme de la production qui finit par donner une définition positive à la classe révolutionnaire. (in Jean Baudrillard, le miroir de la production -1973)

 Les marxistes deviennent ainsi les alliés objectifs du capitalisme industriel. La radicalité de la révolte impliquait autre chose qu’une dialectique des forces, autre chose que l’idée de plus-value et l’exploitation de la force de travail. Il fallait l’irruption d’une différence radicale, l’écologie profonde est donc la philosophie qui pourrait correspondre aux vœux de Baudrillard.

morceaux choisis

Nicolas Hulot (Le Monde du 5 mai 2007) : Pour moi, l’enjeu écologique, c’est-à-dire le choix d’avenir que l’humanité doit faire si elle veut encore s’épanouir dans un monde vivable, se situe politiquement au-delà du champ traditionnel de l’affrontement droite-gauche. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy présentent deux projets de société, mais ils présentent le même objectif : intensifier la croissance des productions, des consommations et de ses déplacements sans s’interroger sur leur contenu. Or la mutation écologique est incompatible avec cette approche quantitative. L’ardente nécessité de préserver les équilibres et les ressources naturelles nous contraint à imaginer d’autres façons de produire, de consommer, de se nourrir, de se déplacer, de se loger, de travailler, de commercer, d’innover technologiquement, de comptabiliser la richesse.

Bruno Latour (Le Monde du 5 mai 2007) : Jusqu’ici la radicalité en politique voulait dire qu’on allait révolutionner, renverser le système économique. Or la crise écologique nous oblige à une transformation si profonde qu’elle fait pâlir par comparaison tous les rêves de « changer de société ». La prise du pouvoir est une fioriture à côté de la modification radicale de notre « train de vie ». Ceux que j’appelle les ayatollahs du Wall Street Journal sont aussi démunis que les marxistes de gauche devant l’ampleur des transformations qu’il va falloir faire subir à la totalité des commensaux de la planète. Il s’agit de transformer minutieusement chaque mode de vie, chaque rivière, chaque maison, chaque moyen de transport, chaque produit, chaque entreprise, chaque marché, chaque geste.. J’ai l’impression que l’époque demande des modifications de l’intellect qui dépassent de très loin les pâles utopies de nos éminents prédécesseurs.

Edgar Morin (Le Monde2, 5 mai 2007) : Aujourd’hui on progresse tous les jours. Nos portables progressent, nos voitures progressent…mais ils le font hors de tout projet. Ils progressent parce que ceux qui les fabriquent sont condamnés à progresser ou à disparaître : dans l’univers mondialisé et concurrentiel, la question de la finalité s’est complètement obscurcie. Les adultes s’intéressent à leurs enfants, mais de manière individualisée. Le souci du futur existe pour les siens, mais il se volatilise lorsqu’il s’agit de la collectivité, des générations futures. Les politiques ne font rien pour nous inciter à penser au futur, à penser le futur. Dénoncer comme le fait l’extrême gauche (nos vies valent mieux que leurs profits) est stérile si on est incapable d’énoncer. J’ai rencontré des altermondialistes au forum social de Porto Alegre en 2004. Leurs analyses étaient souvent délirantes, sauf sur le constat général : le monde nous échappe. L’altermondialisme n’accède pas à l’idée de Terre-patrie.

Luc Ferry (en écho à E.Morin, même numéro) : le seul ressort sur lequel on peut s’appuyer, c’est le rapport aux générations futures. C’est le seul qui puisse aider à faire comprendre qu’il y a du sens à entreprendre des sacrifices.

 Du point de vue de la Biosphère, nous avons là l’essentiel, l’idée de Terre-patrie : une seule patrie, plus de nationalismes, une pensée tournée vers la Terre-mère dans laquelle nous devons reconnaître que nous avons fait un peu n’importe quoi… Donc nous allons nous tourner vers le sacrifice, voulu ou subi !

élection/révolution

Souvent les lendemains d’élection déchantent. En effet on ne vote pas pour des idées, mais pour une personne qui une fois élue en fera selon sa libre inspiration : adieu le programme, bonjour le pragmatisme ! Ainsi en 1995 le présidentiable français Jacques Chirac avait bâti toute sa stratégie de persuasion des électeurs sur la fracture sociale et le besoin de solidarité, une fois élu il s’est comme par hasard aperçu qu’il y avait une telle fracture financière qu’il fallait mettre les restrictions à l’ordre du jour. Pourtant on a parfois des surprises agréables. Le présidentiable Nicolas Sarkozy avait un discours environnementaliste réduit à la portion congrue, il parlait plutôt de croissance et d’identité nationale. Une fois élu président de la France, il met Alain Juppé en charge de l’écologie et le dote du titre de ministre d’Etat, le seul du gouvernement. Alain Juppé, numéro 2 du gouvernement, obtient aussi un périmètre ministériel considérablement élargi, énergie, transports, aménagement du territoire… Enfin A.Juppé présente un profil très différent de ses prédécesseurs  à l’écologie : il a un poids politique fort, il n’ignore rien des enjeux internationaux, du fonctionnement de l’Etat et des rapports de force politiques. La lutte contre le réchauffement climatique va-t-elle devenir une priorité ? Le doute s’installe, c’est quand même la droite qui est au pouvoir, soutenue par Bolloré et autres financiers !

 

La révélation écologique de Juppé au Canada ne peut certainement pas lui permettre de comprendre les textes de Théodore Kaczynski. Il ne pensera que fugacement aux tiers-absents (les générations futures, mais aussi les autres espèces de la Biosphère). La sauvegarde de la biodiversité restera un discours, un tel gouvernement est d’abord là pour satisfaire les lobbies…

 

Mais la gauche ferait-elle mieux ?

immigration zéro

La considération du point de vue écologique amène à une analyse singulière du phénomène des flux migratoires entre le Nord et le Sud. Si l’immigration en provenance des pays pauvres est un phénomène positif du point de vue de l’émigrant, qui trouvera peut-être de meilleures conditions de vie, mais aussi du pays d’accueil qui trouve des « bras » supplémentaires pour payer les retraites du papy boom, un phénomène vicieux du point de vue démographique vient affecter cette belle harmonie. En effet, si un pays interdit tout départ de sa population, ce que fait la Chine communiste, alors il est obligé de parvenir à la maîtrise de sa démographie. Il apparaît ce que la sociologie appelle un « effet cocotte-minute » qui pousse les autorités à prendre des mesures conséquentes – à être responsable démographiquement -, d’où la politique de l’enfant unique. Sinon la cocotte saute, le peuple est dans la rue. En revanche dans le cadre de liberté de flux migratoires, une permissivité totale est laissée au taux de fécondité du pays puisque le surplus, l’excédent d’êtres humains ne trouvant pas de travail sur le pays de départ, partira pour en trouver dans les pays d’accueil. Le phénomène de cocotte-minute est inexistant, ce qui libère l’autorité de la tâche de contrôler la démographie du pays, et accélère l’expansion démographique mondiale.

 Le droit de se déplacer selon son désir individuel empiète sur les capacités de la Biosphère, les humains ne peuvent continuer à cohabiter humainement avec des migrations de masse. Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils doivent dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les Inuits n’émigrent pas, leur terre recouverte de son manteau neigeux huit mois sur douze leur paraît trop précieuse.

1,5 milliards de Chinois

La Commission chinoise pour la population et la planification familiale se félicitait en janvier d’une économie de 400 millions de naissances puisque le taux de fécondité est passé de 5,8 enfants par femme dans les années 1970 à 1,8 actuellement. Mais la politique de l’enfant unique est loin d’avoir atteint ses objectifs, la tendance de la fécondité est de nouveau à la hausse. La possibilité pour les paysans d’avoir un deuxième enfant quand le premier est une fille montre non seulement les exceptions à la règle de l’enfant unique, mais aussi le déséquilibre des sexes qu’il serait urgent de combattre. En 2005, il y avait 118 naissances de garçons pour 100 filles, mais le ratio est déjà 130/100 dans certaines régions. En 2020, trente millions d’hommes en âge de se marier ne pourront trouver d’épouses. Autre défi majeur, 300 millions de Chinois quitteront les zones rurales pour s’urbaniser dans les vingt prochaines années, ce qui correspond grosso modo à l’augmentation de la population en âge de travailler. Cerise sur le gâteau, la Chine comptera en 2033 environ 1,5 milliards d’individus, soit 200 millions de plus qu’aujourd’hui. Quand on sait en outre que les riches payent volontiers les taxes pour se permettre d’échapper au modèle de l’enfant unique.

Selon l’article 25 de la Constitution chinoise, l’État encourage la planification familiale pour assurer l’harmonie entre la croissance démographique et les plans de développement économique et social. Pour actualiser cet article, il faudrait parler d’équilibre avec les écosystèmes plutôt que de plan de « développement » !

Pour en savoir plus, tu peux consulter le site :

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edward Abbey

L’avertissement d’Edward Abbey en préface de son roman, « Le retour du gang de la clef à molette » (Gallmeister, 2007) vaut le détour : « Quiconque prendra ce livre au sérieux sera immédiatement abattu. Quiconque ne le prendra pas au sérieux sera enterré vivant par un bulldozer Mitsubishi ». Il faut dire qu’Edward, mort en 1989, avait un tempérament plutôt radical, partageant avec Douglas Peacock  un sain mépris pour la lamentable race humaine (une espèce parmi d’autres dans l’univers du vivant). Voici une mise en bouche (page 35) :

 « -T’es un con triste, Seldom Smith. T’es contre tout.– Ouais, quasiment. (Smith sourit, rejette la tête en arrière pour dégager sa frange de ses yeux et poursuit.) Cette industrie nucléaire de mes deux arrive dans not’ pays, démolit la terre avec ses mines à ciel ouvert, ouvre des routes partout, souille le torrents à truite, fait fuire la faune et sème partout derrière elle des résidus de broyage et des sites radioactifs, rapatrie ses profits à New York ou Londres ou au Gai-Paris. Nous volons une bonne vie à nous-mêmes pour nous payer des mobil homes California climatisés.– Y faut du boulot pour nos gosses, crie la même voix.– Arrêtez d’en pondre autant, réplique Smith.Moment de stupéfaction silencieuse. Puis tonnerre de protestations :– Hein ? Quoi ? Appel au génocide ! T’es cont’ les enfants aussi ? Tu veux quoi, qu’on les abattes ? T’as combien d’mômes, Smith ? »           

Plus loin dans le livre, Edward pose le fond du problème : « Orval reste silencieux, neurones à plein régime. Les gens et la nature, pense-t-il. Trop de gens, plus de nature. Juste ce qu’il faut de gens, plein de nature pour tout le monde. La nature ou les gens ? Ou la nature et les gens ? Réfléchis, Orval, réfléchis. C’est dur. Surtout lorsque vous venez de tomber soudainement ardemment brusquement désespérément amoureux. »

mort en stoïcien

Le manuel d’Epictète distingue entre ce qui ne dépend pas de nous (tout ce qui arrive), et ce qui en dépend, notre attitude à l’égard de ce qui arrive. Ainsi voici comment Zénon (300 ans avant J.C.) en termina avec la vie selon la légende. En sortant d’une leçon de stoïcisme, il trébucha et se cassa un orteil. Il s’exclama « J’arrive, pourquoi m’appelles-tu » ? » et mourut sur le champ en retenant sa respiration. Quelle morale philosophique en tirer ? Zénon était âgé et savait pertinemment que son destin était de mourir bientôt. Il décide donc d’affronter la fatalité en interprétant sa petite fracture comme un signe que son heure était venue. Zénon ne voulait pas attendre benoîtement sa fin biologique, il voulait participer activement au cycle naturel de la vie grâce à son intelligence : en hâtant sa mort, il se réapproprie le sens de son existence. Tel est le véritable principe de la sagesse stoïcienne, dont l’accord avec la Nature est une conséquence plutôt qu’un fondement : puisque je suis une partie de la Nature, je ne peux être en accord avec moi-même que si mes désirs ne s’opposent pas aux événements extérieurs. Cela n’impliqua pas la passivité, si Zénon avait eu encore quelque choses à accomplir, il aurait certainement pu attendre encore un peu avant de se donner la mort. La cohérence avec soi-même et l’accord avec la Biosphère sont des principes universels parfois contradictoire qui exigent d’être interprété en fonction de la situation.

 Plus récemment en France, Claire Quillot expliquait son suicide programmé comme une manière de « ramener une sorte d’optimisme ». Ce qui est important, c’est ma façon de penser et d’agir, cela permet d’accéder à la paix de l’âme quelles que soient les circonstances, cela permet de relativiser sa propre mort. C’est certainement la condition nécessaire pour être véritablement humain, supporter les épreuves de la vie avec la conviction que nous sommes nous-mêmes de peu d’importance par rapport à l’univers.

Biosphère riposte

Notre civilisation est-elle donc condamnée à voir ce siècle mourir avec elle ? Y aura-t-il un déclin massif de la population, laissant quelques survivants démunis sur une planète torride, hostile, infirme, mise en coupe réglée par des seigneurs de la guerre ? L’absence de contrainte pesant sur notre croissance démographique est une des origines de nos problèmes. Nous pouvons vivre partout, de l’Arctique aux tropiques, les seuls prédateurs importants restent, de temps en temps, les micro-organismes qui provoquent une brève pandémie La population du globe est passée de quelques millions à l’époque des chasseurs-cueilleurs, il a maintenant dépassé six milliards, ce qui est tout à fait intenable pour Gaïa, même si nous avions la volonté et la capacité de réduire notre empreinte écologique. Personnellement, je crois qu’il serait sage d’opter pour une population stabilisée d’environ un demi-milliard d’individus, nous aurions alors la liberté d’adopter des modes de vie très différents sans nuire à Gaïa. Au premier abord, cela peut sembler aussi malaisé qu’inacceptable, voire impossible, bien que le XXe siècle ait montré le peu de cas que l’humanité pouvait faire de la vie humaine.

La régulation de la fécondité participe du contrôle démographique, mais la régulation du taux de mortalité n’est pas la moins importante. Là encore, dans les sociétés riches, les gens choisissent volontairement des façons convenables de mourir. Maintenant que la Terre court le danger imminent d’évoluer vers un état chaud et inhospitalier, il semble amoral de s’acharner à vouloir prolonger notre espérance de vie au-delà de sa limite biologique normale.

 Si nous voulons continuer d’exister sans craindre les catastrophes naturelles, nous devons dès maintenant soumettre la croissance démographique à de fortes contraintes. En fin de compte, c’est Gaïa, comme toujours, qui opérera la réduction de population et éliminera ceux qui enfreignent ses règles. (texte recomposé à partir de La revanche de Gaïa de James Lovelock)

démographie galopante

Au début de la révolution industrielle en 1804, la population humaine atteignait son premier milliard après une période couvrant des dizaines de milliers d’années. En bien plus qu’un siècle, le deuxième milliard était atteint en 1927. Après les choses l’accélèrent, 3 milliards en 1960, 4 en 1974, 5 en 1987, 6 en 1999, 7 prévu en 2013, 8 en 1028 et 9 en 2047, quand j’aurai personnellement atteint les 100 ans. Nous aurons donc gagné 8 milliards en 120 ans, une horreur si je vis aussi longtemps. Il ne faudrait donc pas dire « gagner des habitants supplémentaires », nous avons plutôt fait perdre à la Terre sa tranquillité, et en conséquence déséquilibré les sociétés humaines. Même si le taux de croissance a ralenti depuis le pic de 2 % (doublement tous les 35 ans) atteint en 1965-1970, la population croît encore de 1,2 % en moyenne entre 2000 et 2005 (doublement en moins de 60 ans). De plus une espérance de vie prolongée ajoute au nombre absolu de bipèdes une pression sur la planète plus longue dans la durée. A l’échelle mondiale, l’espérance de vie moyenne d’une personne née entre 1950 et 1955 était de 47 ans, on prévoit que celle d’une personne née entre 2000 et 2005 sera de 65 ans. On prévoit, mais on pourrait affirmer aussi bien le contraire ! Comme dirait Malthus, sur une planète surexploitée, guerres, famines et épidémies s’installent obligatoirement. Ce phénomène a déjà commencé.

 J.Dorst il y a déjà bien longtemps faisait référence à des densités plus vivables pour la Biosphère : « En Australie avant l’arrivée des Européens, il y avait en moyenne 8 habitants par 100 km2 et 16 en Amérique du nord ; l’Italie au moment de l’Empire romain avait une densité d’environ 24 habitants par km».  Cela ne veut pas dire que les peuples vivant avant ou après le néolithique avaient atteint un optimum de densité, cela veut dire que nous l’avons depuis longtemps dépassé. Remarquez que je n’ai encore rien dit sur le surpoids du mode de vie occidental ! 

Pour en savoir plus, tu peux consulter le site :

http://biosphere.ouvaton.org/

avenir sans futur

La Biosphère nous rappelle ce cri d’alarme lancé en 1969 par U.Thant, alors secrétaire général de l’ONU : « Il reste à peine dix ans aux nations membres de l’ONU pour oublier leurs anciennes querelles et s’associer pour sauver l’environnement et pour freiner l’expansion démographique ; au-delà, les problèmes auront pris une telle ampleur qu’il sera devenu totalement impossible de les surmonter ». Bien plus tard en 2005, le rapport « Planète vivante 2004 » du World Wildlife Fund veut réduire la dette écologique, c’est-à-dire le retour à la vie sur la base d’une seule planète, et esquisse quatre scénarios pour 2050 :

Augmenter la biocapacité grâce à un réseau de zones protégées incluant tous les écosystèmes (terrestres d’eau douce, marins), restaurer les écosystèmes dégradés, protéger le sol contre l’érosion et la dégradation (notamment les terres arables contre l’urbanisation), protéger les bassins de rivière et les zones humides et cesser l’utilisation de produits chimiques toxiques ;

Réduire la population mondiale, en offrant aux femmes une meilleure éducation, des opportunités d’emploi et des soins de santé ; en accompagnant les foyers qui choisissent d’avoir moins d’enfants ;

Réduire la consommation par personne ; ceci ne peut être attendu des populations en survie ; par contre les habitants de pays ou de villes riches peuvent bien souvent réduire leur empreinte écologique sans compromettre leur qualité de vie ;

Améliorer l’efficience des systèmes de production qui transforment l’énergie et les matières premières en biens de consommation

 

Nous sommes en 2007 et les humains n’ont pratiquement rien fait pour sauver la planète… Au contraire ils ne croient toujours pas au malthusianisme et à la simplicité volontaire car ils se refusent à voir la réalité d’une Biosphère surpeuplée. 

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lobbies anti-écolo

Ce n’est ni la démocratie ni la science qui font la loi sur notre Terre, ce sont les lobbies de la société thermo-industrielle. Le premier groupe pétrolier privé mondial, ExxonMobil, a dépensé au moins 19 millions de dollars depuis 1997 pour financer un réseau d’une dizaine d’officines d’études et de recherche afin d’introduire aux Etats-Unis le doute sur les émissions de gaz à effet de serre dans les médias et le public. Le président d’ExxonMobil jusqu’en 2005, Lee Raymond, a longtemps expliqué que le réchauffement climatique était « une invention de chercheurs en mal de financement ». Son influence sur l’administration Bush était considérable : le chef de cabinet du Conseil sur l’environnement de la Maison Blanche a été même obligé de démissionner car il n’avait cessé de censurer les rapports scientifiques publics afin de nier le lien entre les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. En janvier 2005, le nouveau PDG d’Exxon a une politique encore plus hypocrite, il dit que les responsables sont les consommateurs et les gouvernements, pas les compagnies pétrolières ! Paul Krugman, le chroniqueur du New York Times, traite donc ExxonMobil d’« ennemi de la planète ». Robert Kennedy junior, avocat du Conseil de défense des ressources naturelles, évoque une « guerre contre la science ».  Si depuis des années la stratégie d’ExxonMobil d’évitement et de dénigrement  se révèle si similaire à celle suivie autrefois par l’industrie du tabac, les enjeux sont pourtant différents. Le tabagisme est un comportement individuel qui ne lèse pas profondément le contexte social quand on lui fait la guerre, l’addiction au pétrole est un comportement collectif et généralisé qui implique des milliards d’actes individuels… Le sevrage va donc être beaucoup plus difficile ! 

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powernext carbon

Le prix du quota de dioxyde de carbone a clôturé à 0,88 euro le 21 février sur le marché Powernext Carbon, l’une des principales plates-formes européennes d’échanges de permis d’émission de gaz à effet de serre. Pour mémoire, il valait entre 8 et 10 euros début 2005, au lancement du marché européen des quotas (un quota correspondant à une tonne de CO2 émis), et avait même atteint 30 euros au printemps 2006. Et selon les spécialistes de ce marché, il y a peu de chances pour qu’il se redresse d’ici la fin de l’année. Certains estiment qui plus est que son prix pourrait tendre rapidement vers zéro. Cet effondrement est une grande déception pour les organisations non gouvernementales (ONG) et pour la Commission européenne. Celle-ci, à l’initiative du marché des quotas de CO2, visait à préparer les industriels européens à respecter les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto. Mais, avec un quota à moins d’un euro, les entreprises n’ont aucun intérêt à faire des efforts. Il est vrai que les quotas ne dépendent pas réellement du marché, ils sont déterminés par chaque pays avec approbation nécessaire de la Commission européenne. Des quotas trop laxistes sont à l’origine des déboires actuels.

             La Biosphère cherche perpétuellement son niveau d’homéostasie, tout au cours d’un temps géologique bien plus lent que celui du temps humain. Les humains détériorent tellement vite les choses que leurs instruments de régulation n’auront jamais le temps de régler le fond du problème : l’activisme forcené de la société thermo-industrielle. Notre espèce risque fort de passer d’une simplicité volontaire  refusée à des restrictions forcées. 

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débilité techniciste

Le fer facilite la croissance du phytoplancton, or celui-ci fixe du carbone sous forme organique. Ces micro-algues marines absorbent déjà une quantité annuelle estimée à 60 milliards de tonnes de CO2. Certains technoscientifiques voudraient donc doper artificiellement le plancton pour éponger une partie des émissions humaines de gaz à effet de serre. Mais l’efficacité d’un épandage de fer a été remise en question  par des travaux parus dans la revue Nature (26 avril 2007). Des océanographes ont étudié l’efficacité du piégeage de carbone dans une zone bénéficiant d’une fertilisation en fer naturelle et massive. Les résultats d’une comparaison indiquent que la fertilisation artificielle est 10 à 100 fois moins importante que les processus naturels. Les expériences de fertilisation utilisent simplement du sulfate de fer alors que les formes naturelles sont beaucoup plus complexe et peuvent, par exemple, être liées à des molécules organiques.

De plus pour que le stockage de carbone soit effectif et durable, il est nécessaire que la biomasse produite plonge vers le plancher océanique. Mais certains scientifiques redoutent que cette accumulation de biomasse ne favorise des processus d’appauvrissement en oxygène des eaux profondes. Des bactéries sont alors susceptibles de dégrader les nitrates en protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2 qui subsiste dans l’atmosphère pendant 120 ans. Comme d’habitude, les humains font du bricolage technique, ils ont beaucoup de mal à imiter les processus naturels qui combinent nitrates, phosphates et silicates dans la floraison du plancton.

 La société thermo-industrielle simplifie la Nature, elle détruit la biodiversité pour ne sélectionner que les semences agricoles apparemment rentables, sa richesse repose sur les ressources fossiles accumulées par la Biosphère après des millions d’années de travail, ce système ne sait plus trop quoi faire des déchets inhérents à la croissance économique … Il faudra bientôt ré-apprendre la coopération avec les cycles naturels de notre petite planète, cher homo sapiens.

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