in memoriam

Noël, en s’en fout. Par contre Pierre Fournier est mort brutalement d’une crise cardiaque, au bout de trois numéros de la Gueule ouverte le 15 février 1973 ; il avait trente-cinq ans. Ca, c’est important. Voici le salut de ceux qui restent (n° 5, mars 1973) :

 

« Ca t’aurait fait rigoler, mais le jour où tu nous as laissés dans la merde, tous les journaux titraient sur le rapt d’un maréchal plein d’asticots, et la mort édifiante à 82 ans, dans son lit s’il vous plaît, d’un honorable gangster de la mafia. Comme quoi le monde marche de plus en plus vite sur la tête et c’est pas encore fini. Dans les manifs, tu expliquais sans jamais te fâcher toujours les mêmes trucs : « La révolution est d’abord spirituelle, individuelle, personnelle, affective, etc., et c’est en vous libérant que vous donnerez aux autres l’envie d’en faire autant ». Tu as trouvé le chalet de ton enfance en Savoie, une merveille sans évier, sans chauffage et sans moquette que le vieux paysan vendait pour permettre à ses fils, nouveaux banlieusards, de se payer le coquet pavillon de leurs rêves. Comme tu nous disais : « J’avais l’impression de lui voler sa vie en lui signant un chèque. »

 

Oui, c’est pas simple de comprendre avant tout le monde et de nager à contre-courant. Quand viendra l’an 01, les gens discuteront enfin leur vie dans les rues et y’en a sûrement qui voudront t’élever une statue à toi aussi. Et toi tu diras une nouvelle fois : « Ah les cons, ils ont toujours rien  compris ! ».

 

Mais le plus con pour la Biosphère, c’est que Pierre ne verra pas la fin du monde… 

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père Noël, tueur

Dans le numéro 3 du mensuel la Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde (janvier 1973) :

 

« Le Père Noël est un des pires flics de la terre et de l’au-delà, le Père Noël est le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Les marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue… Face à la grisaille géométrique des cités-clapiers, bidonvilles de la croissance, face aux arbres rachitiques, aux peuples lessivés, essorés, contraints, s’étale la merde plaquée or-synthétique, la chimie vicieuse des monceaux de jouets, un dégueulis de panoplies criardes, avec, derrière la porte capitonnée le ricanement malin des marchands.

 

Noël est une chiotte ignoble et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! Rubrique « Filles » du catalogue des Nouvelles Galeries : 28 pages sur 30 exclusivement consacrées aux poupées, aux dînettes, avec trousses de toilette et fers à repasser miniatures. Les deux pages restantes sont consacrés au tissage, à la couture, à des panoplies de danseuse…et de majorette ! Si avec ça votre fifille n’a pas pigé quel est son rôle futur. Côté « les Garçons » : sur 40 pages, 32 seulement consacrées aux bagnoles, avions, panoplies de cow-boys et carabines à plomb ! Doivent retarder, aux Nouvelles Galeries, j’ai pas trouvé de panoplies de CRS ou de para. Par ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des centrales nucléaires, l’EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets !

 

Mais quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël.  Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet. »

 

Devant la clarté du propos, la Biosphère n’a rien à ajouter… 

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la fin du monde

La Gueule ouverte, mensuel écologique qui annonce la fin du monde, apparaît pour la première fois en novembre 1972 (3F50). Voici un résumé du premier éditorial, signé par Pierre Fournier :

 

« La GUEULE OUVERTE est virtuellement née le 28 avril 1969. J’étais dessinateur et chroniqueur à Hara-Kiri hebdo, payé pour faire de la subversion et lassé de subvertir des thèmes à mes yeux rebattus, attendus, désamorcés à l’avance. Prenant mon courage à deux mains, j’osai parler d’écologie à des gauchistes. Permettez que je me cite : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

 

Pierre Fournier poursuit : « La grande fête à Bugey (ndlr, manif autour d’une usine atomique) fut un révélateur. Tout nous semble avoir concouru à sa réussite : l’ordre et le désordre, le refus des discours, le refus de la violence et le refus du spectacle, le nudisme ingénu, le partage et la rencontre. Tout y était en germe. Le si-in de six semaines, face à l’usine, à ses esclaves et à ses victimes, enracina chez les participants à l’action le besoin irrépressible de CHANGER LA VIE. Après Bugey, mes deux pages hebdomadaires ne pouvaient suffire. Nous sommes conscients qu’un journal est une solution de compromis et qu’il risque, du seul fait qu’il existe, de démobiliser. Nous sommes conscients des contradictions quotidiennes dans lesquelles nous enfonce le journalisme professionnel. A peine sorti le premier numéro, voici que nous assaille la tentation de tout remettre en cause, de pousser plus loin, beaucoup plus loin que d’autres, un désengagement, tentation de se consacrer, enfin, à couper notre bois, à faire notre pain, à retourner à l’homme des bois : la disproportion des forces en présence impose, à qui refuse l’inéluctable, une radicalité sans cesse plus affirmée. Nous ne savons pas où nous allons. »

 

La Gueule ouverte est morte avec l’avènement du socialisme à la sauce Mitterrand ! Mais Pierre Fournier est mort bien avant, brutalement, à l’âge de trente-cinq ans, au bout de trois numéros, le 15 février 1973. La lecture de ses textes, trente-quatre ans plus tard, reste d’une lucidité et d’une intelligence remarquables. A sa mémoire, la Biosphère reconnaissante… 

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intégriste de la croissance

Dans la page Débats (Lemonde du 21.12.2007), le PDG  de Suez tient un discours dans le vent : « Il y a urgence écologique pour la sauvegarde de notre planète et le futur de nos enfants. La croissance économique fondée sur l’utilisation massive de ressources n’est plus possible. »  Très bien, très bien, Gérard Mestrallet, tu as tout compris. Malheureusement ce PDG ajoute tout de suite : « Pourtant, renoncer à la croissance économique est impossible. »

 

Alors là, j’y comprends plus rien ! Comment concilier l’inconciliable ? Gérard croit donc au miracle, à la croissance durable, à la croissance écologique (ce sont ses propres expressions). La croissance est selon lui possible puisque « l’épuisement des ressources naturelle n’est pas une fatalité, c’est un catalyseur d’innovations ». D’ailleurs « le nucléaire doit retrouver toute sa place ».

 

Si on connaît bien Suez, on sait déjà d’où vient ces certitudes. En juin 2005, on trouvait dans Lemonde ce titre : « La vraie alternative à long terme, c’est le nucléaire ». C’était un point de vue exprimé par le PDG de la banque d’investissement Suez. Notons que la filiale électrique de Suez (Electrabel) est un partenaire d’EDF de longue date, que Suez a des participations croisées dans des centrales nucléaires en France et en Belgique, que Suez souhaitait aussi participer au programme de réacteur nucléaire EPR dont la construction était prévue en France. En conclusion, derrière cet apitoiement de façade pour la planète et les générations futures, on ne trouve que des histoires de gros sous. Comme dit Gérard en dernière phrase de son article d’avant-hier, « C’est aussi l’intérêt de nos investisseurs ».

 

Gérard Mestrallet n’est donc qu’un intégriste de la croissance économique parce qu’il est un fervent partisan des intérêts capitalistes. Il n’y connaît rien à l’écologie et aux rythmes de la Biosphère, il nous prépare un avenir non durable… Et jamais ce Monsieur Mestrallet n’a démontré que « renoncer à la croissance économique est impossible ».

chimère hydrogène

Les humains préfèrent se consacrer à la glorification du progrès technique alors que la sauvegarde de la Biosphère passe par les économies d’énergie, une priorité de premier rang.

 

La poursuite des chimères technologiques est en effet une manière de ne pas changer la civilisation automobile. Comme le succès n’est toujours pas au rendez-vous, une mode succède à une autre. Hier on parlait du miracle de l’hydrogène, aujourd’hui on mise sur les agrocarburants, demain ce seront les lendemains qui déchantent. Il est vrai que l’hydrogène pourrait être une énergie d’un emploi souple, comme l’électricité, qui présente en outre l’avantage d’être stockable contrairement aux flux d’électrons. Mais l’hydrogène n’existe pas librement dans la nature, il doit être produit. La méthode du reformage, qui consiste à craquer des molécules contenant l’hydrogène, génère de 7 à 15 tonnes de CO2 par tonne d’hydrogène ; bonjour l’effet de serre ! La fabrication par électrolyse nécessite une source d’électricité. Si on utilise des centrales nucléaires, on obtient des déchets très toxiques. Alors il reste la possibilité de stocker grâce à l’hydrogène des énergies renouvelables qui ne fourniront jamais autant d’énergie que celle qui est gaspillée aujourd’hui grâce aux énergies fossiles. De plus les piles à combustible qui transforment l’hydrogène en électricité sont d’un coût élevé et la distribution de l’hydrogène impose des réservoirs sous haute pression, d’un maniement difficile. 

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soyons négawatts

Dans un univers, qui sera toujours plus marqué par de nouvelles contraintes énergétiques et climatiques, nous (www.energie-cites.eu) pensons que les hypothèses suivantes risquent de façonner de façon significative notre univers à l’horizon d’une génération :

 

– L’approche traditionnelle (et quasi-exclusive) des questions énergétiques par l’offre va se déplacer progressivement vers une approche davantage guidée par la demande, laquelle va gagner en pertinence et en force. Les consommateurs n’ont en fait pas besoin d’énergie, mais seulement de services qui contiennent de l’énergie. Leur intérêt bien compris est de satisfaire leurs besoins finaux avec la moindre dépense énergétique.

 

– La logique voudrait que ce déplacement de l’offre vers la demande s’accompagne d’un déplacement des financements consacrés à l’accroissement de l’offre (MégaWatts) vers ceux destinés à réduire la demande (Négawatts). D’autant que chaque Euro investi pour consommer moins est plus rentable qu’un Euro investi pour produire davantage. Par ailleurs, un investissement de réduction de consommation produit une économie nette pour le consommateur alors qu’un investissement dans l’offre se retrouvera sur la facture du consommateur.

 

– L’approche (quasi-exclusive) d’une offre centralisée pour l’électricité va céder un peu de place à une offre décentralisée, répartie, plus proche des lieux de consommation, selon un modèle ou demande et offre seront intégrés. Ce modèle devrait se développer à mesure que les besoins énergétiques finaux vont diminuer. Par exemple dans la construction, il deviendra davantage possible de couvrir la majeure partie de ses (faibles) besoins thermiques et électriques par des ressources renouvelables. Nous allons vers des schémas où consommateurs et producteurs seront en partie les mêmes.

 

– L’approche par secteurs de consommation énergétique (industrie, habitat-tertiaire, transport, agriculture) sera complétée d’une approche par type d’acteurs. Pertinente pour réaliser des statistiques et, le cas échéant, pour conduire des politiques industrielles sectorielles ou encore pour coller à des départements ministériels, l’approche par secteurs reste anonyme et ne responsabilise personne. Vous sentez-vous concernés quand j’écris « habitat-tertiaire » ? Et si je vous dis « chauffage de VOTRE appartement », cela ne vous parle-t-il pas mieux ? Nous entrons dans une période ou l‘action consciente de chacun, sa responsabilité, est indispensable. D’où l’importance des acteurs.

 

– Nous irons vers des ruptures. Pour résumer, il ne s’agira pas de consommer un peu moins (être « un peu moins mauvais »), mais de consommer presque rien, voire rien du tout, ou même de produire plus que ce que l’on consomme (être « franchement bons »). C’est la différence entre l’actuel plan de réduction progressive de l’évolution de la réglementation thermique du bâtiment en France (un palier chaque cinq ans) et la démarche danoise (zéro énergie en 2015). Nul doute que le processus français apparaîtra vite obsolète car seule la rupture permet l’innovation, le changement d’habitudes et l’enthousiasme indispensables. 

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non à la voiture

Mieux vaut forêts que bagnoles et autoroutes. Pas d’hésitation à avoir, pour protéger la Biosphère, il faudra supprimer la voiture individuelle.

 

Dans la revue Science du 17 août 2007, une étude originale sur les agrocarburants dépasse la simple comparaison entre l’énergie dépensée pour les produire et l’énergie obtenue : on compare les émissions de gaz carbonique économisées par les cultures d’agrocarburants et celles évitées par d’autres usages du sol. Par exemple, la culture du blé aux USA pour faire de l’éthanol permet d’éviter, par la substitution au pétrole, entre 0,2 et 0,6 tonnes de CO2 par hectare et par an. Mais la conversion de cultures en forêts de pins permettrait d’économiser 3,2 tonnes. Mieux vaudrait donc faire pousser des arbres que cultiver des céréales destinées à faire rouler des automobiles. Autre exemple, la canne à sucre qui possède le meilleur  rendement, près de 2 t/ha d’émissions de CO2 évitées. Mais c’est beaucoup moins que ce que permettrait d’économiser la transformation de ces cultures en forêt tropicale, entre 4 et 8 t/ha. Si la canne à sucre se développe par déforestation, cela coûterait même près de 200 t/ha ! Un bon  bilan écologique repose donc sur la conservation des forêts et de  savanes, cette démarche présentant en outre des avantages en matière de biodiversité et de santé des écosystèmes.

 

N’oublions pas aussi d’arrêter de construire en France routes et autoroutes, en attendant leur  déconstruction !!! 

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le choix du feu

Un petit résumé de la pensée actuelle d’Alain Gras :

 

« L’humanité avait vécu jusqu’au XIXe siècle dans un usage relativement équilibré des sources naturelles d’énergie. A un moment donné, l’Occident est sorti de cet équilibre, certes un équilibre instable, mais qui jusque là avait fonctionné comme principe de précaution, un principe implicite dans toutes les civilisations. Nous avons ainsi rompu un pacte avec la nature, un pacte qui n’était pas du tout synonyme de technophobie, comme aiment à le dire les « ennemis » de la critique écologique, mais qui au contraire laissait ouverte de multiples voies au devenir mécanique. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a un siècle et demi à peine allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage des énergies renouvelables. Pourquoi l’électricité n’aurait-elle pu être produite dès le début par le vent ou le soleil ? La réaction photovoltaïque n’a-t-elle pas été découverte dès 1839 par Antoine Becquerel ? Loin d’être la conséquence d’une évolution technique, la machine à vapeur, puis à explosion, n’est qu’un hasard du devenir. Mais c’est un évènement qui crée une trajectoire technologique, celle du feu mis à la planète. L’éventualité d’affrontements cataclysmiques justifie largement la recherche, même utopique, d’une localisation des sources d’énergie et l’abandon, dans la mesure du possible, de la puissance motrice du feu.

 

Après la chute de Rome, au Ve siècle après Jésus-Christ, les paysans du nord de la France firent naître des petites communautés à la place des villas des nobles gallo-romains. Ils connurent un changement de mode de vie, sans doute pas désagréable. Ce n’était pas un retour en arrière mais simplement un aller ailleurs, et cela dura jusqu’aux Carolingiens et l’invention du vassal et du suzerain. Aujourd’hui un autre monde auparavant impossible se crée ; la décroissance est un des ces impossibles nécessaires. »

 Son livre « Le Choix du feu » est à lire de toute urgence. 

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loi nucléocrate

Les générations futures n’auront jamais profité des bienfaits de l’électricité nucléaire produite aujourd’hui alors qu’on leur confie la gestion d’un confinement pendant des centaines et des centaines d’années, temps nécessaire pour éviter que l’inévitable retour vers la Biosphère des déchets radioactifs ait le moindre impact sanitaire et environnemental. L’espèce humaine vit au jour le jour, et la génération actuelle sera considérée dans l’avenir comme la plus méchante à l’égard de ses propres enfants.

 

En 2020, le volume de déchets nucléaires en France devrait atteindre 2 millions de mètres cubes, soit près du double qu’en 2007. Certes la production de ces déchets radioactifs ne représente en France que 1 kilogramme par habitant et par an, contre 100  kilos pour les déchets chimiques toxiques (arsenic, mercure…) dont la dangerosité ne baisse pas avec le temps. Certes presque 100 % de la radioactivité concentrée est contenue dans seulement 5 % de ce volume global. Mais les émissions de radioactivité dureront des millénaires. Alors la loi du 28 juin 2006 « relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs » considère que le stockage réversible en couche géologique profonde est la panacée, les autres solutions reposant sur des prouesses technologiques incertaines. Mais les études devront encore se poursuivre pour caractériser les capacités de confinement de la roche (à 500 mètres sous terre dans la région de Bure). L’autorisation de création interviendrait en 2015 pour une mise en service en 2025. Dire que la loi Bataille de 1990 prévoyait qu’en 2006 tout serait résolu par la loi !!! 

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basculement idéologique

Chroniqueur bousculé, bascule en vue.

J’aime quand un journaliste commence à réfléchir. Ainsi Eric Le Boucher, plus enclin habituellement à chanter les louanges de la croissance économique et du progrès technique plutôt qu’à s’interroger sur l’avenir de la planète nous livre enfin une chronique sidérante (Drôle de moment de bascule, Lemonde 16-17 décembre 2007).

 En effet, il avoue en dernière phrase que « Les économistes sont paumés ». Il constate que trois économistes auront au moins quatre avis, contradictoires si possible. Il reconnaît surtout que « La planète se reconfigure en profondeur sans que personne ne sache ce qui se dessine vraiment. » Eric nous explique que cette grande bascule porte sur le libéralisme, mais il se contente encore de voir vaciller trois piliers de l’économie dominante, la mondialisation, l’Etat en recul et le développement de la finance.

Eric ne voit pas encore que cette idéologie qui nous dit que l’intérêt personnel devrait entraîner le  bonheur collectif n’est qu’une religion de la poudre aux yeux. La croissance libérale a occulté les coûts externes, propagé les inégalités et transformé la planète en poubelle. Cette croissance n’est pas durable, ni d’ailleurs aucune croissance dans un monde fini…

plaisanterie nucléaire

La sinistre plaisanterie nucléaire commence en 1957.

 

Le journal Le Monde du 3 juillet 1957 rapportait le discours de Louis Armand (1905-1971), ingénieur des mines et l’un des trois « sages » de l’Euratom : « Un kilo d’uranium vaut effectivement, sur le plan énergétique, autant que 2500 tonnes de charbon ; il y a plus d’énergie dans l’uranium et le thorium d’une tonne de granit que dans une tonne de charbon, et il sera un jour possible de tirer plus de calories d’un litre d’eau de mer que d’un litre de pétrole. » Il en déduisait qu’il n’était plus nécessaire de ménager les réserves de charbon et de pétrole vu les perspectivismes de l’énergie nucléaire. Pour lui, il suffisait de posséder beaucoup de techniciens et de capitaux pour tirer parti de ce potentiel énergétique.

 

Ce genre de discours est à l’heure actuelle généralisée : « Pourquoi économiser l’énergie puisque nous allons trouver une source d’énergie illimitée ? » Il est vrai que les réserves d’uranium dans l’eau de mer se chiffrent en milliards de tonnes, mais tellement diluées ! Les quantités d’eau à traiter seraient impraticlables : quelque 100 000 m3 par seconde pour alimenter les réacteurs d’un pays comme la France (alternatives n°14, la revue d’Areva). Par ailleurs, la demande « extraire de l’uranium du granit » n’entraîne aucune réponse sur Google. Mais il est vrai qu’un individu de 70 kg émet autant de radioactivité que 8 kg de granit, donc nos réserves seraient durables, il suffirait de sonder les corps humains.

 Trêve de plaisanteries technologiques, il faudra bien un jour se contenter des ressources renouvelables. Le débat techno-politique ne devrait plus porter sur l’investissement qui va reculer l’échéance de quelques années, mais sur notre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures. 

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coupons des têtes

En résumant Lemonde2 du 15 décembre 2007 : « Ils sont 94 970 ces ultra-riches dont la fortune est supérieure à 30 millions de dollars. Ils ne savent pas comment dépenser leur argent. » Ils ne savent pas comment dépenser leur argent ? Qu’on leur coupe la tête, ils verront si la richesse permet de faire repousser les cheveux ! Parce que dépenser  plus de 15 000 euros pour une paire de chaussures Roger Vivier, c’est obscène. Parce qu’acheter une minaudière de Vuitton pour 230 000 euros, cette boite  en or 18 carats qui ne contient que du maquillage, c’est obscène. Parce que commander un yacht de 50 mètres à 20 millions d’euros, c’est obscène. Parce que cette classe hyper-nomade qui passe un jour à Londres et arrive le lendemain à Tahiti est obscène. Que les fournisseurs attitrés des stars et des grands-ducs, Cartier, Clicquot ou Baccarat, se reconvertissent auprès des ultra-riches, cela restera toujours aussi obscène.

Il faut d’ores et déjà condamner le Comité Colbert qui se charge du rayonnement du luxe français à l’étranger. La Terre n’est plus assez vaste pour cette nouvelle  hyper-classe. Le jour où ça va péter, le jour où une crise plus aiguë qu’une autre va faire descendre dans la rue des millions de salariés écœurés, exaspérés, aigris, désespérés, les hedge funder finiront avec les têtes au bout d’une pique. Mais les problèmes de la Biosphère n’en seront pas réglés pour autant.

 Car c’est l’ensemble de la classe globale, tous ces ménages qui ont la possiblité financière de se payer une automobile personnelle, qui est déjà trop riche pour les capacités de la planète… Merci Hervé Kempf d’avoir écrit un livre sur la question : « Comment les riches détruisent la planète ».

en panne d’énergie

A une époque pas si lointaine, les spécialistes avaient prévu que le prix du baril ne dépasserait jamais 30 dollars. Nous savons maintenant ce qu’il en ait. Il ne s’agit plus de penser à une politique d’offre d’énergie, mais à une politique de premier rang qui consiste à économiser drastiquement l’énergie accumulée généreusement par la Biosphère. En fait, ce n’est pas le  carbone qu’il faut séquestrer, ce sont les énergies fossiles qui devraient rester sous terre…

 

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) est un organisme créé en 1974 pour défendre les intérêts des grands pays consommateurs de pétrole. Autatn dire que ses analyses sont complètement biaisées. Dans son rapport World Energy Outlook 2007, l’AIE commence enfin à s’affoler : « Une crise de l’offre, avant 2015, s’accompagnerait d’une envolée des cours pétroliers » et «  Il sera extrêmement difficile d’assurer des approvisionnements fiables à des prix abordables ». En effet la croissance économique de la Chine et de l’Inde est en train de bouleverser le système énergétique mondial Ainsi l’Inde deviendrait avant 2025 le troisième importateur net de brut, derrière les Etats-Unis et la Chine, et le troisième émetteur de CO2. Pourtant ce pessimisme se double d’un optimisme effréné puisque, selon l’AIE, le pétrole ne manquera pas avant vingt-cinq ans !!! L’AIE conclut sur l’urgence d’agir pour sauver la planète des retombées désastreuses du réchauffement climatique. Il faudrait s’engager dans une « transition » visant à « décarboniser «  l’énergie pour émettre moins de gaz à effet de serre tout en admettant qu’il n’existe pas de substitut au pétrole pour le transport. Il est vrai que l’AIE est aussi un fervent adepte de la progression du nucléaire et des avancées technologiques.

 

Depuis l’an dernier, le message de l’AIE n’a pas beaucoup changé. Dans l’édition 2006 des « Perspectives énergétiques mondiales », l’AIE estimait déjà que « l’avenir énergétique que nous préparons n’est pas durable », que la consommation d’énergie fossile progressera de 53 % et les gaz à effet de serre de 55 % d’ici à 2050, imputables pour les trois quarts aux pays en voie de développement. Le monde risquerait fort d’aller de crise en crise, il s’exposerait à une brutale rupture d’approvisionnement en hydrocarbures et subirait une catastrophe environnementale. Construisez donc des centrales nucléaires et le monde sera sauvé !!! 

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information objective !

Comment évaluer l’objectivité d’un journal d’information ? Prenons le quotidien Lemonde du 15 décembre 2007. Sur 1/6ème de page 35, on nous parle du sang dans les téléphones portable (pour l’extraction de coltan au Congo, nécessaire pour confectionner les  circuits électroniques). Sur une page entière (p.26), on nous informe en long et en large que le téléphone mobile devient bon à tout faire, Internet, vidéos, photos, visio, lecteurs MP3…

Que va lire le lecteur, la grande page ! Que vont retenir les lecteurs, ce qui est jouissif, le plaisir personnel de posséder le monde avec son portable !! Face à cet ego cajolé par le progrès technique, que vaut les enfants massacrés au Congo, les viols, les femmes enceintes éventrés par les guerres autour du coltan ? Rien !!!

 Si un journal d’information était objectif, il mettrait les deux informations au même endroit en privilégiant ce que coûte à l’humanité la possession d’un portable. Il mettrait les deux informations avec une page entière pour l’enquête sur le Coltan diffusée  à la télévision et 1/6ème de page seulement pour les dernières innovations dont les publicités pour le portable nous parlent déjà trop amplement.Puisque l’information n’est pas objective, nous ne pouvons pas avoir des citoyens conscients, des éco-consommateurs responsables et un avenir durable. Car de toute façon le coltan est en quantité limitée et les portables au rebut sont loin d’être recyclés…

viol de la Terre

L’un des problèmes fondamentaux posés par toutes les traditions culturelles concerne la relation entre les hommes et la nature. Les hommes font-ils partie intégrante de la nature ou bien constitue-t-ils une espèce à part et d’une certaine façon supérieure ? La réponse à cette question est cruciale pour déterminer comment les différentes religions ou éthiques décident de la légitimité des actions humaines dans la Biosphère. Nos connaissances sur l’attitude des groupes de chasseurs-cueilleurs montrent une variété de croyances tournant autour de l’interdépendance des hommes, des plantes et des animaux ; ce qui n’a rien d’étonnant étant donné leur étroite relation avec la nature dans leur quête de nourriture. Contrairement aux sociétés modernes, ils ne font pas de distinction entre la nature et la société.

 

On trouve déjà dans la Politique d’Aristote une expression précoce d’une conception profondément anthropocentriste du monde. Partant du principe que les plantes sont faites pour les animaux, il en conclut que, « si la nature ne fait rien d’incomplet et rien en vain, il faut en déduire qu’elle a créé tous les animaux dans l’intérêt de l’homme ». On accorde aussi à l’homme la suprématie sur le reste de la création avec cette bénédiction divine contenue dans la bible : « Croissez et multipliez-vous, remplissez la Terre et vous l’assujettissez, dominez sur le poisson de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui se meuvent sur la Terre… » (Genèse, chap. I). Ces opinions dominatrices réapparaissent sous un aspect à peine différent chez nombre de penseurs modernes. Ainsi John Stuart Mill, dans Trois Essais sur la religion, écrivait de la nature : « Ses pouvoirs s’en prennent souvent de façon hostile à l’homme qui doit lui arracher par la force et par l’ingéniosité le peu qu’il parvient à lui soutirer pour son propre usage. » Parallèlement à cette continuité de la pensée européenne sur la relation homme/nature est né un concept nouveau et puissant : l’idée de progrès. Le monde antique ne connaissait guère ce concept. Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle pour que le développement constant des connaissances scientifiques et les progrès réguliers de la technologie commencent à convaincre les penseurs que l’Histoire pourrait bien être la chronique d’un progrès plutôt que celle d’une décadence. Cette conception du monde a contribué à fournir aux Européens une autojustification intellectuelle aux dégâts qu’ils ont causés à l’environnement, à la façon dont ils ont remodelé à leur gré d’autres sociétés et dont ils ont exploité les ressources naturelles du monde.

 

La notion de l’homme responsable de la préservation de la nature est donc depuis longtemps minoritaire. La Biosphère te demande de tout faire pour qu’une nouvelle éthique de la Terre progresse dans les consciences. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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le frigo GCDT !

Demain me  fait peur, le bouleversement climatique menace, les glaces du Groenland fondent, la menace nucléaire plane encore, le pétrole va disparaître, la biodiversité fout le camp. Seul espoir dans ces ténèbres, une arche de Noé végétale dans l’archipel du Spitzberg, un réfrigérateur géant construit par l’homme et destiné à accueillir toutes les semences du monde. Un projet d’il y a vingt ans concrétisé par la ratification en 2004 par 55 pays d’un traité international sur les ressources génétiques des plantes dans le cadre de la FAO. Par moins 18°C, trois salles pourront héberger pour l’éternité quelque trois millions de variétés parmi lesquelles 4000 sortes de pommes, plus de 10 000 sortes de riz, 14 000 de légumes et 20 000 de froment…

 

Le GCDT (Global Crop Diversity Trust) ouvrira ses portes en février 2008. La Biosphère sourit d’une telle schizophrénie de l’espèce humaine, anéantir le plus possible de biodiversité d’un côté et mettre ce qui reste au frigidaire. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Intégriste ! Qui ?

Où sont les intégristes ?

 De plus en plus de gens sérieux traitent les écolos d’ayatollahs verts. Dans Lemonde du 13.12.2007, le professeur Michel Godet qui officie au CNAM va encore plus loin en utilisant l’expression « Khmers verts pour qui la disparition de l’homme blanc occidental serait une bonne nouvelle pour la nature : place aux loups, eux au moins ne polluent pas ! ».  Un écolo qui veut préserver une espèce en voie de disparition en France ou ailleurs ne peut certainement pas être qualifié de Khmer qui a anéanti une bonne partie  de la population de son pays. On observe malheureusement de plus en plus fréquemment ce recours à un type d’amalgame polémique que Leo Strauss a baptisé une reducio ad hitlerum : Que Hitler, Khomeyni ou Pol Pot ait partagé une opinion ne suffit pas à réfuter cette opinion ! Michel Godet est docteur en statistique et en économie, il ne montre aucune compétence quant au nécessaire respect de la biodiversité, aucune ouverture d’esprit. 

Dans le même article, il assène d’autres énormités du style « Si on appliquait le principe de précaution, on ne ferait pas d’enfants ! ». Il est vrai que Michel Godet est aussi membre du haut conseil de la population auprès du Président de la République. Pas étonnant qu’il se lance dans des diatribes sur le développement  durable qui s’accompagne nécessairement d’enfants et de berceaux pour éviter le « suicide démographique ». Est-ce cela les scientifiques qui nous conseillent ? 

Pourtant Michel Godet est aussi membre de l’Académie des technologies, cette jeunette créée en l’an 2000 dans le but « d’éclairer la Société sur le meilleur usage des technologies ». Quand je vois le niveau de raisonnement de Michel Godet, sa croyance à la pléthore de pétrole cher, sa confiance aveugle en Claude Allègre qui à lui tout seul raisonne mieux que tous les experts du GIEC, je sais déjà que les lumières pour éclairer notre avenir sont bien éteintes.

 L’avenir est aux mains des nouveaux intégristes de la croissance pour qui tout principe de précaution  est un frein à l’innovation et à la concurrence internationale. J’ai peur…

divine DIVA

Il ne faut pas rechercher un seul mode d ’agriculture pour gérer la biodiversité en général. Des dispositifs construits sur le mode de la normalisation des pratiques par respect d’un cahier des charges ne suffisent pas, il faudrait que l’homme apprenne à vivre à nouveau en symbiose avec les possibilités de la Biosphère. Ce n’est pas parce qu’une tâche parait impossible qu’il ne faille pas s’y engager corps et âme ! 

 Les paysages agricoles européens abritent une flore et une faune diversifiées par 3 000 ans d’agriculture,  ce qui a produit une diversité de paysages ayant chacun leur spécificité. Le programme DIVA [www.ecologie.gouv.fr/­DIVA] vise à apporter des références scientifiques quant aux enjeux de préservation et de prise en compte de la biodiversité dans l ’évolution de l’agriculture. Alors que le souhait des agriculteurs est de faire comme les autres, diminuer leur temps de travail, ils utilisent des techniques défavorables à la biodiversité, par exemple en utilisant des herbicides plutôt que la fauche pour entretenir les bordures de champ. Il faudrait sans doute sortir de l’opposition « défense des petites fleurs » contre « productivisme à tout prix » qui a souvent inspiré les actions en faveur de la biodiversité. Il faudrait engager le dialogue entre agriculteurs et associations de protection de la nature, prendre en compte les connaissances et les valeurs des uns comme des autres. Par exemple la combinaison de recherches en écologie, écotoxicologie et ethnologie a permis de mettre en évidence le rôle positif des espèces nécrophages, comme le Vautour Fauve, dans la gestion de l’équarrissage. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

IMoSEB

L’UICN (Union mondiale pour la conservation de la nature) estime que 15 000 espèces sont déjà menacées d’extinction et, parmi elles, un amphibien sur trois, un mammifère sur quatre et un oiseau sur huit. Pourtant le maintien de la biodiversité est une véritable assurance vie pour les pays pauvres. De plus l’agriculture intensive est aussi un gros tueur de diversité. En 1903, on comptait aux Etats-Unis 46 variétés d’asperge, aujourd’hui une seule ! C’est pourquoi la conférence « Biodiversité, science et gouvernance » tenue à paris en 2005 avait prévu la mise en place d’un organisme international du type GIEC (groupe d’experts qui s’occupe du réchauffement climatique). La conférence de Montpellier (15 au 17 novembre 2007) pense avoir finalisé cette initiative en décidant les modalités d’un Mécanisme mondial d’expertise scientifique sur la biodiversité dit IMoSEB.

 

En fait il ne s’agit que de 80 spécialistes qui « appellent » les gouvernements à se magner le cul.  Ils « proposent » donc une nouvelle conférence pour 2008. Le comité de pilotage d’IMoSEB ose même aller beaucoup plus loin : il « souhaite » que le nouvel organisme tienne compte des avis de l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire. Ce programme, qui a déjà fait plancher 1360 experts, avait conclu que 60 % des services fournis par les écosystèmes pour maintenir la vie sur Terre sont déjà dégradés ou surexploités. Au moins les humains auront fait beaucoup de réunions pour se rendre compte qu’ils sont des cons. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

écologie et éthique

« Il existe plusieurs types d’approche à la question de la perte de biodiversité. Une approche éthique estime que les autres espèces ont un droit à l’existence, une valeur intrinsèque, et qu’elles devraient être respectées en tant que telles (ndlr, l’écologie profonde). De son côté une approche culturelle (ou esthétique) considère la biodiversité comme un patrimoine naturel, équivalent au patrimoine artistique de l’humanité ; puisqu’on dépense beaucoup d’argent pour préserver notre patrimoine artistique, pourquoi ne pas préserver également le patrimoine naturel dont nous avons hérité ? Une approche plus utilitaire, voire économique, met l’accent sur le fait que la biodiversité nous fournit tout un éventail de biens ayant des valeurs directes d’usage. Enfin il existe une approche plus écologique, que je vais développer ici, selon laquelle la biodiversité soutient des processus écologiques dont les sociétés humaines dépendent indirectement. (…)

 

Je ne veux pas opposer ces différentes perspectives, qui sont en réalité complémentaires. Toutefois, je voudrais mentionner qu’au départ mon point de vue ne s’inspire nullement de l’approche éthique, bien que ma perspective écologique aboutisse, en fin de compte, à des conclusions très proches. J’entends souligner par là qu’il n’est pas nécessaire d’adopter une position dogmatique sur le fait que les autres espèces ont une valeur intrinsèque ou qu’elles ont le droit d’exister. La perspective écologique aboutit au même genre de recommandations sur une base rationnelle, sans avoir besoin d’invoquer des arguments de ce type. L’éthique a certainement sa place, mais je pense qu’on peut la fonder sur des données scientifiques solides (…)

 

            La perspective écologique que j’ai développée sur une base scientifique aboutit finalement à une position philosophique assez proche de la perspective éthique, mais à partir de prémisses très différentes. Tout mon propos mène à la conclusion suivante : plutôt que de prétendre contrôler et maîtriser la nature à tout prix, les humains devraient apprendre à se reconnaître comme une partie consciente de la nature et à vivre avec la vie qui les entoure. Par conséquent, l’écologie scientifique appelle à une nouvelle relation entre l’humanité et la nature, qui accepte et même célèbre la diversité de la vie. C’est là que l’écologie rencontre l’éthique : une nouvelle éthique est nécessaire pour prendre en compte ces données de l’écologie scientifique. »

 

Loreau Michel,  Entretiens  du XXIe siècle, Signons la paix avec la Terre (éditions Unesco, Albin Michel, 2007) 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2