La démographie fait polémique au sein des décroissants

Alain Adriaens : « La question de la démographie est un des rares sujets à faire polémique au sein des Objecteurs de croissance. Nous sommes tous convaincus que la croissance démographique est un des 3 facteurs (I=PAT) qui est à la source du problème mais nous savons que c’est une question que la politique ne peut résoudre par volontarisme.  Une certaine impuissance donc. Je viens d’aborder indirectement cette question dans une analyse destinée à un centre d’étude écologiste. » Voici quelques extraits de son analyse de l’équation IPAT qui complètent notre article précédent sur le Que sais-je ? » consacré à la décroissance.

Technologies : confiance, méfiance ou défiance ? (février 2019)

L’impasse de l’actuel modèle d’organisation des sociétés devient évidente pour celles et ceux qui ne sont pas dans le déni. Se pose dès lors la question, non plus de la probabilité des temps mauvais à venir, mais de comment faire pour éviter le pire. Entre la croissance verte et l’objection de croissance, le débat se cristallise souvent autour de la place accordée aux technologies nouvelles. Si l’on veut tenter une approche globale et distancée de l’impact des activités humaines sur les écosystèmes, l’équation dite d’Ehrlich1 qui date déjà des années 70 est éclairante. I = PAT montre que l’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la population (P), les consommations de biens et de services de celle-ci, directement liée à sa richesse, (A, pour « Affluence » en anglais) et les technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui s’est passé ces dernières décennies, on constate qu’au niveau mondial, le taux annuel de la croissance de la population est de 1,2%, le taux de croissance du PIB est en moyenne de 3,2% et l’amélioration de l’efficience des techniques, difficile à estimer2 est d’environ 1,5%. Au total, chaque année a vu (et continuera à voir, sauf changement radical) un accroissement de l’impact environnemental de 3,1% (1,2 + 3,2 – 1,5), avec les conséquences terriblement néfastes que l’on ne peut plus nier (sur le dérèglement climatique dû au émissions de CO2 à la mode aujourd’hui mais aussi sur la biodiversité et plus largement sur les 9 secteurs critiques listés par Kate Raworth dans son Doughnut Economics.

Que faire ? Selon les sensibilités, les intérêts ou les aveuglements, on peut donner la priorité à l’action sur l’un des trois facteurs : population, consommation ou technologies employées.

Passons d’abord rapidement sur ceux qui souhaitent d’abord voir diminuer la population mondiale. Il est évident qu’il importe de conseiller aux couples de ne pas avoir trop d’enfants, surtout dans les pays dits développés où un humain est environ 40 fois plus « lourd » pour les écosystèmes que dans les pays pauvres3. Dire et redire « Un enfant ça va, trois enfants, bonjour les dégâts » est une vérité mais tous les démographes savent que, sauf mesures coercitives autoritaires ou anti-humanistes, l’action politique a très peu d’influence sur les désirs d’enfants. Certes, mettre fin aux politiques natalistes (allocations familiales plus élevées selon le rang de l’enfant – fort heureusement fini depuis peu en Belgique) ou permettre un accès plus aisé aux méthodes anticonceptionnelles, sont de bonnes politiques que l’on peut soutenir mais elles sont souvent freinées par des facteurs culturels ou religieux qui n’évoluent pas aussi vite que les nécessités économiques ou environnementales. Toutefois, on constate que la natalité diminue lentement en parallèle avec les progrès de l’éducation et du niveau économique. Sachant que les capacités d’influencer les choix reproductifs des humains sont limitées et à long terme, la question « Comment agir pour arrêter de dégrader l’écosystème Terre ? » se porte dès lors sur quelle cible privilégier : la consommation ou le développement de nouvelles technologies.

Si, avec l’adoption de technologies moins consommatrices d’énergie, l’on n’observe pas de ralentissement des dégâts environnementaux, c’est dû au paradoxe que Jevons, dès le XIXe siècle, a décrit : si des techniques plus efficaces apparaissent, elles diminuent le prix de revient des produits, leurs ventes augmentent et leur production croît plus vite que la réduction de pollution qu’elles ont engendrée. Pour M. et Mme Toulemonde, cela s’est traduit par le fait que bien que les véhicules automobiles consomment moins qu’il y a 20 ans, la consommation de carburants des ménages a augmenté car les gens parcourent plus de km vu le moindre coût que cela représente jusqu’à présent… Il apparaît aux yeux de plus en plus de nos contemporains que le « toujours plus de technologies innovantes », slogan que la logique consumériste veut imposer, a des conséquences contre-productives que n’avait même pas imaginées Ivan Illich. Ce que l’on nous propose sont des objets techniques qui nous « faciliteront la vie » à un point tel que nous deviendrons des incapables. Déjà les calculettes ont fait régresser les capacités de calcul mental, les GPS et autres « apps » sur smartphones font perdre le sens de l’orientation et, bientôt, des voitures autonomes dispenseront d’avoir à apprendre à conduire… On peut donc imaginer un scénario semblable à celui du (prophétique ?) film d’animation WALL-E : après avoir complètement « salopé » la planète Terre, les humains survivants se réfugieront sur une station spatiale où, servis par des robots très efficaces, ils deviendront des espèces de larves obèses, avachies dans leur hyper-confort de rois fainéants…

 

Que sais-je sur la décroissance… démographique !

Un « Que sais-je ? » sur la décroissance écrit par Serge Latouche vient de paraître en février 2019. Dans le chapitre « La décroissance et la question démographique », l’auteur constate que le malthusianisme est redevenu un enjeu contemporain : « Une analyse mécaniste d’inspiration comparable à celle de Malthus, réhabilité pour l’occasion, consiste à faire remarquer que la population mondiale a explosé avec l’ère du capitalisme thermo-industriel. La mise à disposition d’une source d’énergie abondante et bon marché, le pétrole, a permis de faire passer la population mondiale d’environ 600 millions au XVIIIe siècle à plus de 7 milliards aujourd’hui, en attendant les 9 à 12 milliards prévus pour 2050. La disparition de cette source d’énergie non renouvelable nous condamnerait à revenir à un chiffre de population compatible avec les capacités de charge durables de la planète, soit à peu près le chiffre de la population antérieure à l’industrialisation. Il est clair que si une croissance infinie est incompatible avec un monde fini, cela concerne aussi la croissance de la population. C’est la raison pour laquelle presque tous les auteurs de référence de la décroissance, ceux qui ont mis en évidence les limites de la croissance (Jacques Ellul, Nicholas Georgescu-Roegen, Ivan Illich, entre autres), ont tiré le signal d’alarme de la surpopulation. Et pourtant, ce ne sont pas des défenseurs du système… »

Mais Serge Latouche fait une erreur conceptuelle en hiérarchisant démographie et économie. L’écologie montre qu’il y a toujours interrelations et que la chaîne de causalité est difficile à interpréter. Il laisse dire à « on ne sait qui » que si la décroissance est nécessaire, ce serait d’abord celle de la population. Aucun analyste sérieux ne peut adopter un tel point de vue, simplificateur. En fait Serge pose une hypothèse contestable pour en tirer la conclusion que c’est l’argumentation de ceux qui répugnent à remettre en cause la démesure économique de notre système. Biosphere connaît les auteurs de ce genre d’affirmation gratuite. Pour avoir personnellement « dialogué » avec Bruno Clémentin, Vincent Cheynet ou Clément Wittmann, nous savons qu’on ne peut pas discuter avec eux. Clément vient de publier à compte d’auteur « Changer ou disparaître ». Son dernier chapitre, « Trop nombreux », reflète malheureusement le discours de Latouche : « Tenir des propos malthusianistes permet simplement de refuser de changer notre mode de vie. » Dommage que ce biais cognitif se retrouve dans un « Que sais-je ? », ouvrage à large diffusion.

Dans la suite du chapitre consacré à la démographie, Latouche reprend un raisonnement biaisé en hiérarchisant démographie et économie, mais cette fois de façon inverse : « Ce n’est pas la bombe P (pour population) qui est la première responsable de l’effondrement prévisible, mais la bombe P (pour productivité). » C’est oublier que le nombre d’automobiles est inséparable du nombre de conducteurs. Si notre planète n’était occupée que par quelques (centaines de) milliers d’êtres humains, ils pourraient avoir un niveau de vie extraordinaire sans endommager gravement la planète. En fait la démographie a toujours été en va-et-vient avec l’économie, depuis le moyen-âgeux « il n’y a richesse ni force que d’hommes » (Jean Bodin) en passant par la relation Population/alimentation selon Malthus ou la pression de la population sur l’innovation technologie (Ester Boserup). Les interprétations de la chaîne de causalité diffèrent, mais le point de référence est le même, le nombre d’humains, que ce soit équilibre ou déséquilibre entre population et conditions de vie. Un décroissant qui ignorerait léquation de Kaya (CO2 = (CO2 : KWh) x KWh : dollars)x(dollars : Population)xPopulation) ou la formule « I = PxAxT » ne peut pas raisonner de façon juste. La démographie est un multiplicateur des menaces et réciproquement le niveau de vie est un multiplicateur des menaces ; les deux phénomènes sont des multiples l’un de l’autre. Aujourd’hui on parle beaucoup de décroissance de notre empreinte écologique. Mais quand nous vivrons la fin du pétrole et les effet du réchauffement climatique, on ne parlera plus du tout de niveau de vie, les personnes dans leur immense majorité étant réduites à la couverture des besoins basiques. La tâche des politiciens sensés se résumera à « diminuer au maximum le nombre de morts (dixit Yves Cochet) » ou, si on en croit l’histoire humaine, augmenter au maximum le nombre de morts. Nous avons malheureusement une préférence pour la violence comme solution à nos difficultés et peu d’appétence pour l’approfondissement de l’intelligence collective.

Nous terminons par une dernière remarque, la décroissance n’est pas un phénomène en soi, ce n’est que la résultante de nos difficultés à limiter nos besoins, c’est une sous-partie de l’écologie. Sur une planète délabrée par notre nombre et notre technologie, il s’agit de choisir une décroissance maîtrisée sans attendre le prochain choc pétrolier ultime pour agir. Le message de Malthus, le déséquilibre entre population humaine et possibilités de la nourrir, montre qu’il était en 1798 à la fois un précurseur de l’écologie et de la décroissance.

PS : Il est intéressant de savoir que la maison d’édition « Le Passager clandestin » a refusé d’inscrire Malthus dans sa collection des « précurseurs de la décroissance » : « Nous estimons que les thèses que Mathusalem avance sont trop éloignées des idées que nous souhaitons porter avec cette collection. Il nous semble qu’il serait nécessaire d’approfondir les objections et réserves qui ont été faites au sujet des thèses malthusiennes, mais ce travail ne nous paraît pas envisageable dans le cadre des petits opuscules de notre collection… »

Des chasseurs-cueilleurs moins prolifiques

L’expansion démographique s’explique à la fois par le travail du sol et l’étatisation. Aux alentours de dix mille ans avant notre ère, au tout début de l’invention de l’agriculture, il n’y avait que deux à trois millions de nos congénères sur la surface du globe. On estime par la suite la population mondiale totale à environ 25 millions d’habitants en 2000 avant notre ère.

Les populations non sédentaires limitaient délibérément leur reproduction. La logistique du nomadisme faisait qu’il était difficile de transporter simultanément deux enfants en bas âge. C’est pourquoi l’on observe chez les chasseurs-cueilleurs un espacement d’environ quatre ans entre les naissances. Cette régulation était obtenue par diverses méthodes : sevrage retardé, absorption d’abortifs, traitement négligé des nouveau-nés ou infanticide. En outre, du fait de la combinaison d’une activité physique intense avec un régime maigre et riche en protéines, la puberté était plus tardive, l’ovulation moins régulière et la ménopause plus précoce. Chez les agriculteurs sédentaires en revanche, il était moins difficile de gérer des naissances beaucoup plus rapprochées, et les enfants y acquéraient une plus grande valeur en tant que main-d’œuvre agricole. La sédentarité rendait aussi les premières menstruations plus précoces ; le régime céréalier permettait de sevrer les nourrissons plus tôt en leur faisant consommer bouillies et graux ; et un régime riche en glucides stimulait l’ovulation et prolongeait la vie reproductive des femmes. Malgré une santé fragile et une mortalité infantile et maternelle plus élevée par rapport aux chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs sédentaires connaissaient des taux de reproduction sans précédent – ce qui était plus que suffisant pour compenser leurs taux de mortalité également sans précédent. Les communautés agricoles néolithiques du Levant, d’Égypte et de Chine ne cessaient de croire en nombre et d’envahir les basses terres alluviales aux dépens de peuples non sédentaires. Et il ne servait à rien de contrôler une plaine alluviale fertile si elle n’était pas rendue productive par une population de cultivateurs susceptibles de l’exploiter. Il faut considérer les premiers États comme de véritables « machines démographiques ». Ils étaient tout aussi obsédé par le nombre de leurs sujets qu’un berger par la bonne santé de ses troupeaux. L’impératif de rassembler les hommes, de les installer à proximité du centre du pouvoir, de les y retenir et de leur faire produire un excédent par rapport à leurs propres besoins animait une bonne partie de l’art de gouverner dans le monde antique. Plus tard le principe directeur du colonialisme espagnol dans le Nouveau Monde, les regroupements forcés de populations autochtones autour de centre d’où rayonnait la puissance espagnole, étaient conçus comme un projet civilisateur qui remplissait en fait la fonction de servir et nourrir les conquistadores. Les centres chrétiens d’évangélisation des populations dispersées commencèrent de la même manière, en rassemblant une population productive autour de missions d’où rayonnaient les efforts de conversion.

L’excédent n’existait pas avant que l’État embryonnaire ne se charge de le créer. La paysannerie, ne produit pas normalement un excédent susceptible d’être approprié par les élites, il faut l’y contraindre : corvées, réquisitions de céréales ou d’autres produits, payement d’un tribut, esclavage ou servage. Lorsque la population devient si dense que la terre peut être contrôlée, il devient inutile de maintenir les classes subalternes dans la servitude, il suffit de priver la population laborieuse du droit d’être des cultivateurs indépendants ou de vivre de la chasse et de la cueillette.

James C. Scott, « Homo Domesticus (Une histoire profonde des premiers Etats) »

Les limites à la croissance démographique

Le livre très argumenté sur les limites de la croissance date de 1972. Ce rapport au Club de Rome prévoyait un effondrement civilisationnel au cours du XXIe siècle, à savoir une chute combinée et rapide de la population, des ressources, de la production alimentaire et industrielle. Quarante ans plus tard le diagnostic n’a pas changé. Prenons l’exemple de la démographie.

– La baisse de la fécondité ne signifie pas que la croissance de la population mondiale a cessé ni qu’elle n’est plus exponentielle. Elle signifie simplement que le temps de doublement s’est allongé : il est passé de 36 ans à 2 % par an (en 1965) à 60 ans et 1,2 % par an aujourd’hui. Le nombre net d’individus sur la planète continue d’augmenter chaque année puisque le taux s’applique à un nombre d’habitants plus important. Dans les pays pauvres, la transition démographique reste bloquée à la phase intermédiaire, celle où l’écart entre les naissances et les décès est important. D’où l’expression « les riches font de l’argent et les pauvres font des enfants ». Est-ce la pauvreté qui entraîne l’accroissement démographique ou l’inverse ? Dans les faits, la boucle de rétroaction positive (population => pauvreté => accroissement démographique => population…) forme un système piège, une boucle d’aggravation de situations déjà problématiques.

– Lorsqu’une situation se dégrade, les boucles de rétroaction positives tirent le système vers le bas à un rythme sans cesse croissant. Lorsque les populations ont faim, elle cultivent la terre de façon plus intensive. Elles obtiennent davantage de nourriture à court terme, mais cela se fait aux dépens d’investissement à long terme dans l’entretien des sols. La fertilité de la terre diminue, entraînant avec elle la baisse de la production de nourriture. Dans une économie affaiblie, il se peut que les services sociaux soient réduits. Si l’on diminue le financement de la planification familiale, le taux de natalité risque de s’élever. La population augmente alors, ce qui diminue un peu plus encore les services par habitant. Dans le système simulé que nous utilisons, World3, l’objectif premier est la croissance. L’économie ne cessera son expansion que lorsqu’elle se heurtera aux limites. Mais les processus physiques mis en œuvre par les boucle de rétroaction ont une force d’inertie considérable. Il n’y a donc rien d’étonnant a ce que le plus probable soit le dépassement et l’effondrement.

– Le concept de capacité de charge a été élaboré à l’origine pour des relations simples entre population et ressources, par exemple le nombre de têtes de bétail qui pouvait rester sur un pâturage donné sans dégrader la terre. Il devient plus complexe s’agissant de populations humaines. La capacité de charge est en soi une limite. Toute population qui se développe au-delà de sa capacité de charge n’a pas beaucoup d’avenir devant elle. Elle entame la capacité de soutien du système dont elle dépend. Mais il est impossible de faire des prévisions précises sur l’état de la population, du capital technique et de l’environnement dans plusieurs dizaines d’années. La compréhension que les hommes ont des cycles écologiques complexes est très limitée. En outre, leur faculté à observer, à s’adapter, à apprendre, à faire des choix rend le système par essence imprévisible. La prévision d’une catastrophe devant un public sensé et volontaire doit, dans l’idéal, ne pas aboutir et se révéler fausse en induisant l’action qui va l’empêcher de se produire.

– Les spécialistes résument les causes de la dégradation environnementale par une formule appelée IPAT, plus précisément I = PxAxT. L’Impact (empreinte écologique) de toute population est égal au produit de la population (P) par son niveau de consommation ou « abondance » (A) et par les dégâts causés par les technologies (T) choisies pour satisfaire ce niveau. Afin de réduire l’empreinte écologique de l’humanité, il semble raisonnable que chaque pays s’efforce de progresser dans les secteurs où il a le plus de possibilités de le faire. Pour les pays en développement, il s’agit de la population, pour les pays occidentaux de l’abondance et pour les pays d’Europe de l’Est de la technologie.

Supposons qu’à partir de 2002, chaque couple dans le monde soit conscient de ce qu’implique la poursuite de l’accroissement démographique pour leurs propres enfants comme pour ceux des autres. Supposons que la société garantisse à tous les individus qu’une fois devenus vieux, ils seront respectés et jouiront d’une sécurité matérielle même s’ils ont très peu d’enfants. Supposons qu’en conséquence tous les couples décident de se limiter à deux enfants (en moyenne) et qu’ils aient à leur disposition des moyens de contrôle des naissances qui leur permettent d’atteindre leur objectif. Pareil changement ferait naître une perception différente des coûts et des avantages liés à la procréation et augmenterait les perspectives d’avenir…

source : Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Dennis Meadows, Donella Meadows & Jorgen Randers

édition rue de l’échiquier 2017, édition originale 2004 sous le titre The Limits to Growth, the 30-Year Update

Faire un enfant quand tout est foutu

Marianne Durano : « Au moment où j’écris ces lignes, je suis enceinte de mon troisième enfant.Et moi, je rédige un article sur la fin du monde. N’est-il pas criminel d’enfanter dans un monde promis à la destruction ? On connaît le succès des discours néomalthusiens, justifiés par les rapports scientifiques et les chiffres qui s’accumulent depuis des dizaines d’années. Ce monde, c’est celui de la croissance sans limite et dénuée de sens. Les inégalités ne cessent d’augmenter, les ressources de s’épuiser, la biodiversité de décliner, la température d’augmenter, les glaces de fondre, les migrants de migrer, l’angoisse de monter. A quoi bon des enfants en temps d’effondrement ? Moi je mets des enfants au monde en leur souhaitant de bien finir leurs jours, quel qu’en soit le nombre imparti. N’y a-t-il, comme toujours en philosophie, un moyen de surmonter la contradiction ? Je crois que oui, et c’est pourquoi j’attends mon troisième enfant. Nous ne sommes pas la cause de la fin, mais la fin nous donne une cause : vivre, ici et maintenant, la meilleure vie possible. Si j’éduque mes enfants à la tempérance, ce n’est pas pour les préparer au chaos, mais parce que c’est bon pour eux. Dans quelques semaines, nous rejoignons un éco-hameau, situé dans un village. Nous y allons pour y vivre pour donner à nos enfants la vie que nous pensons être la meilleure pour eux, loin des pollutions de toutes sortes et d’un monde qui ne nous rend pas heureux.Kant défendait la nécessité de penser des « horizons régulateurs », des grandes idées indémontrables – Dieu, l’âme, le cosmos –, mais qui permettent de donner un sens à nos actions… »*

Marianne Durano est professeure « agrégée » de philosophie, membre fondatrice de la revue d’écologie intégrale « Limite ». Elle a pris part au mouvement de La Manif pour tous. Tant de lectures, tant de diplômes pour dire « faut faire avec », et « qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête », et encore « tant qu’il y a la vie il y a l’espoir », et encore, et encore,… Au marché, au bistrot, dans ma tête, j’en dispose d’un inépuisable stock, vous aussi ! Pour en savoir pus sur l’antimalthusianisme de Marianne Durano, sur notre blog biosphere :

Marianne Durano : « ça te fait quoi, petite jouisseuse des temps modernes, d’être obligée de bouffer docilement ton médoc tous les matins pour pouvoir baiser tranquille le soir ? De laisser ton ventre aux mains des spécialistes, pour qu’ils y enracinent des bouts de ferraille ? … Le malthusien préfère ligaturer les trompes de sa femme plutôt que se serrer la ceinture … Je préfère dépenser en soupes pour bébés bios ce que vous gaspillez en condoms irresponsables. » Je laisse à Marianne la responsabilité de ses propos !

(11 novembre 2015, Limite, revue d’écologie intégrale… antimalthusienne)

* LE MONDE du 25 juillet 2019, « Nous ne sommes pas la cause de la fin du monde, mais la fin du monde nous donne une cause : vivre la meilleure vie possible »

Ethologie, économie et démographie

L’éthologue Pierre Jouventin et l’économiste Serge Latouche envisagent la question démographique dans leurs « regards croisés sur l’effondrement en cours »* :

Pierre Jouventin : La démographie constitue un sujet tabou sur lequel plane le spectre du racisme et du colonialisme. La reproduction est souvent vue comme un droit sacré et naturel : en discuter pour envisager des solutions reviendrait à prôner un régime dictatorial. Pourtant, chaque seconde qui passe, la planète compte deux habitants de plus à nourrir. Pour contourner l’écueil du populisme qui empêche les malthusiens de s’exprimer, il faudrait attaquer le problème à sa source de façon à ce que les personnes engagées contre le racisme et pour le féminisme soutiennent la régulation démographique au lieu de s’y opposer. Il faudrait encourager les femmes du tiers-monde à s’émanciper de la phallocratie, à les instruire pour ne plus enfanter dès l’adolescence et pour contrôler les naissances qu’elles subissent souvent.

Serge Latouche : « Il n’est de richesse que l’homme » disait Jean Bodin au XVIe siècle. Je suis d’accord avec Pierre sur le tabou démographique et son aspect religieux. Mais je n’aborde jamais spontanément le problème lorsque je fais une conférence. Dans mon livre « Le pari de la décroissance », je consacre tout un chapitre à la démographie. Si une croissance infinie est incompatible avec un monde fini, il en résulte évidemment qu’une croissance démographique infinie l’est également. Cependant, en tant que militant de la décroissance, mon problème n’est pas que les Chinois soient trop nombreux – ils le sont incontestablement – mais que les Américains consomment trop. Si tout le monde vivait comme les Burkinabés, la planète pourrait supporter 23 milliards d’hommes. Mais je suis d’accord avec Claude Lévi-Strauss qui disait qu’au delà de 2 ou 3 milliards, nous serions déjà trop nombreux. Il faut bien évidement prendre la question démographique à bras-le-corps.

Pierre Jouventin : Je critique le fait que, d’après le journal La Décroissance, les décroissants seraient anti-malthusiens. Pourtant les premiers décroissants, Nicholas Georgescu-Roegen, Arne Naess, René Dumont, Ivan Illich… étaient malthusiens.

Serge Latouche : Les positions de ce journal, qui sont essentiellement celles de son rédacteur en chef Vincent Cheynet, sont difficilement défendable. Elles tiennent à mon avis de sa culture catholique et de cette idée d’infamie attachée à l’épithète « malthusien » parce que Marx avait fait la critique de Malthus, pas toujours intelligemment d’ailleurs. Pour eux, être malthusien est politiquement incorrect !

Pierre Jouventin : En ce qui concerne Malthus, il n’en demeure pas moins que son affirmation principale, la production alimentaire croît moins vite que la natalité, reste exacte. Il ne faut pas oublier que c’est par réaction aux prévisions délirantes d’optimisme de William Godwin que le pasteur Malthus a voulu monter qu’il existe nécessairement, chez les animaux comme chez les hommes, des limites à la croissance, ce dont conviennent aujourd’hui les décroissants et les écologistes, scientifiques ou pas. Depuis ma naissance, la population mondiale a triplé alors que les rendements agricoles se sont mis à baisser par épuisement des sols ! Il est prévisible que dans quelques années, avec l’explosion démographique associée à la raréfaction de l’eau et des surfaces cultivables, le coût de la viande augmentera et ne la rendra accessibles qu’aux gens aisés !

Serge Latouche : Un numéro de la collection « Les précurseurs de la décroissance » sera consacré à Malthus. Je ne sais pas s’il sortira en raison d’un blocage de la maison d’édition. Si les dominants veulent réduire la population, c’est pour ne pas changer de système. Il va y avoir de plus en plus de mouvements anti-natalistes que ne vont pas faire dans la dentelle, à l’instar des mouvements anti-migratoires. Pour les gens de l’extrême gauche, qui voient le cynisme de ceux qui dominent le monde, le problème écologique ne peut se résoudre simplement en réduisant la population. Notre déracinement se traduit par des revendications infinies : « J’ai le droit de… », de faire un enfant même si je ne peux enfanter, ou bien encore changer de sexe… Cette idéologie du « droit à tout » s’intègre dans la démesure.

Pierre Jouventin : Toutes les espèces animales se régulent, y compris l’homme qui a cru s’abstraire de cette contrainte démographique et a reculé l’échéance jusqu’à aujourd’hui par l’agriculture. Les chasseurs-cueilleurs avaient un enfant tous les quatre ans environ, ce qui correspond à la stratégie démographique des espèces K (durée de vie longue et reproduction rare et tardive). Depuis le néolithique, la femme devenue sédentaire est capable de s’occuper de plusieurs enfant à la fois, elle peut aller jusqu’à enfanter chaque année. Dans le système agropastoral, il faut coloniser de nouveaux espaces lorsque la population devient nombreuse. Or aujourd’hui, toute la planète est exploitée. On touche au capital que l’on épuise sans s’en rendre compte. La banqueroute est prévisible.

Serge Latouche : Le point de friction avec Pierre résidait clairement dans la démographie ; il m’avait reproché explicitement dans un livre de ne pas parler de la décroissance démographique. Je n’avais jamais vraiment dit le contraire, mais ce n’était pas le centre de mes critiques de la croissance.

Pierre Jouventin : Je réalise que les points de désaccord avec Serge sont moindres qu’avec d’autres décroissants avec lesquels je le confondais.

* Pour une écologie du vivant, regards croisés sur l’effondrement en cours (éditions Libre & Solidaire, 2019)

Suivre l’enseignement de Vandana Shiva

Vandana Shiva est une scientifique de formation, ayant soutenu une thèse sur les fondements de la théorie des quanta. Elle est devenue une activiste soutenant le mouvement Chipko des années 1970 pour protéger les arbres, et fondatrice du mouvement Navdanya de diffusion des semences paysannes. Dans les deux cas, scientifique et engagée, elle a appris l’interconnexion et la non-séparabilité ; en d’autres termes l’écologie ou analyse des interdépendances. Dans son livre*, elle dénonce les mécanismes de domination qui vont à l’encontre de son combat pour la vie. Le titre en anglais est parlant, « Oneness v/s the 1% », même seul on peut agir contre les destructeurs. Entre 2009 et 2012, le 1 % le plus riches des Américains a engrangé 95 cents à chaque augmentation de revenu de 1 dollar. Bill Gates, Warren Buffet, Marc Zuckerberg… sont à l’actuel règne de 1 % de la population ce que Rockefeller était à l’ère des barons pilleurs. L’empire de ces personnes, prenant même la forme d’un philanthrocapitalisme, est bien décortiqué par Vandana Shiva. Les milliardaires gagnent de l’argent grâce à l’argent, contrôlant au passage nos univers réels et imaginaires, créant des monopoles et annexant les biens communs. Face à cette toute-puissance, que faire ?

Vandana Shiva s’inspire des enseignements de Gandhi pour s’affranchir de l’Empire britannique. Le swaraj ou apprendre à nous gouverner nous-mêmes, le swadeshi ou autosuffisance d’économies locales, le satyagraha ou vérité de la désobéissance civile. Vandana a montré l’exemple par son activisme, il suffirait que nous suivions son chemin. Car la planète est au plus mal et ni la Lune ni Mars ne sont habitables. Un livre pour nous libérer des puissances financières… il n’y a de servitude que volontaire !

* Vandana Shiva, « 1 % (reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches) » aux éditions rue de l’échiquier

édition originale en 2018 sous le titre « Oneness v/s 1 % (Shattering Illusions, Seeding Freedom) »

Biosphere-Info, l’écologie de la tomate

  1. Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO,
  2. il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

Les tomates sont au cœur de bien des controverses, par exemple bio ou pas bio ? Depuis le 11 juillet 2019, le Comité national de l’agriculture biologique a autorisé le fait que des tomates élevées sous serre chauffée bénéficient du label bio. Si nous avions le respect des cultures non industrielles, les tomates ne seraient accessibles sur les marchés que de juin à octobre. Biosphere-Info vous offre en ce mois de tomates mûres à point un éventail des différents aspects de l’écologie de la tomate, ce qui concerne aussi bien l’agriculture que l’alimentation, l’économie, la technique… Voici quelques extraits de notre blog biosphere :

AGRICULTURE

Cuba, un modèle que la France suivra un jour ou l’autre

En perdant le soutien de l’Union Soviétique, l’économie de Cuba est entrée en crise car la structure productive agro-industrielle, fondée sur la monoculture de la canne à sucre, s’est décomposée. Puis quelque chose à changé : à la place des cultures de canne à sucre sont nés des milliers de petits potagers sur lesquels sont cultivés des fruits et des légumes. De 50 000 couples de bœufs présents à Cuba en 1990, on est passé à 400 000 en 2000. Les Cubains sont passés des tracteurs aux couples de bœufs, des mécaniciens aux artisans du cuir, des joints à cardan aux harnais, des engrais chimiques au fumier, des boîtes de conserve au coulis de tomate.

L’autoproduction, une voie vers la décroissance ?

L’autosuffisance individuelle est quasiment inatteignable : seul, vous êtes vite confronté à vos limites. Vous pouvez éventuellement faire un petit potager, mais pas davantage. La coopération entre individus est nécessaire, essentielle. C’est pourquoi l’autoproduction c’est aussi un réseau de liens. C’est d’ailleurs une des motivations de ceux qui s’investissent dans les jardins potagers. Quand on a beaucoup de tomates, on en donne aux voisins, à la famille. On troque avec d’autres jardiniers. L’autoproduction c’est aussi une voie vers la décroissance. Elle va avec une forme de sobriété.

Nos vœux pour 2018, une Grande Métamorphose écolo

Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. Le compost d’appartement devient une obligation consentie. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Mais les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines…

Des tomates sur son balcon, une nécessité pour tous

A la fin du XIXe siècle, la petite maison familiale avec jardin potager semblait la forme idoine de l’urbanisme résidentiel. Aujourd’hui les Chinois sont « à la recherche de graines et d’outils permettant de transformer leur balcon en potager. » Le gouvernement est favorable au développement de ces potagers d’appartement…

Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

Si tu tues les taupes, les vermines vont pulluler, tu auras beau les « sous-soler », elles remonteront. Tu peux tout tuer, y aura du reste, du rabiot. Les petits, ça grossit plus vite que les gros ! C’est au-delà de l’intelligence humaine comment on cultive la terre actuellement. Les tomates sur la laine de roche et j’en passe… Les hommes veulent dompter la nature, les bêtes y vivent, et bientôt la culbute !

ALIMENTATION

Malbouffe, le dico (les dossiers du Canard enchaîné)

« Il n’y a pas d’intérêt à produire des tomates de qualité si on n’est pas dans un circuit court, car la qualité est antagoniste du rendement » (Mathilde Causse, unité « génétique et amélioration des fruits et légumes » à l’INRA)…

Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

On peut fabriquer du fromage avec de l’eau, du tofu, de l’huile de soja, de l’huile de noix de coco non hydrogénée, des flocons ou de l’amidon de pomme de terre, du jus de tomate, du riz brun fermenté, de la farine de caroube, de la gomme arabique, du vinaigre de pomme – tous garantis bio et avec les additifs, conservateurs, stabilisants, arômes et colorants «  naturels  » de rigueur…

légumes BIO ?

Au printemps 2006 en France, la publicité pour une coopérative de fruits et légumes proposait « des fruits et de légume BIO en toutes saisons. » Les tomates étaient disponibles d’octobre à juin, les tomates cerise toute l’année et les poivrons de décembre à mai. Bien entendu la gamme proposée était composée d’une grande variété de produits non cultivés en France. Peut-on se féliciter de l’aide apportée par la France à des villages africains en leur achetant des mini-haricots verts exportés tout frais par avion ?

Pourtant Yannick Jadot mange des tomates en hiver !

Les réponses de Yannick Jadot, seul candidat déclaré au nom de l’écologie pour la présidentielle 2017, au « Portrait chinois » de Raphaëlle Besse-Desmoulières :

Vous êtes un geste pas écolo… « Je suis accro aux tomates, même l’hiver ! »

ECONOMIE

homicide volontaire

Morceaux choisis de Terre-Mère, homicide volontaire de Pierre Rabhi : Un camion de tomates a quitté la Hollande pour l’Espagne. Dans le même temps, un camion de tomates quittait l’Espagne pour la Hollande. Ils se sont percutés à mi-chemin, dans la vallée du Rhône. On est, loi du marché oblige, en pleine chorégraphie de l’absurde.

sauvons la Terre

Comme René Dumont, Lester Brown porte sur le monde une démarche d’agronome, avec la même question fondamentale : Qu’est-ce qu’on va manger demain ? En 1948, Lester n’a que 14 ans quand il se lance dans la culture des tomates. En 1957, quand Lester décide de passer à autre chose, sa récolte de tomates est de 700 tonnes ! Rattaché au ministère de l’agriculture, Lester étudie fin 1962 l’Asie en montrant qu’on ne peut faire abstraction de ses relations avec le reste du monde : toute vision juste est obligatoirement globale. Le résultat, un rapport qui montre qu’on va vers une crise alimentaire mondiale.

fin de la DIT

La division internationale du travail (le libre-échange) repose sur des hypothèses fantaisistes qui font qu’il serait préférable que le Portugal se spécialise dans la production de vin et l’Angleterre de drap, « là où son avantage comparatif est le meilleur ». L’échange international reposerait donc sur le déplacement lointain de marchandises différentes. Cela fait longtemps que cette fable n’a plus court, des automobilistes français préfèrent les voitures allemandes et réciproquement. J’adore aussi cette remarque de Pierre Rabhi : « Un camion de tomates a quitté la Hollande pour l’Espagne. Dans le même temps, un camion de tomates quittait l’Espagne pour la Hollande. Ils se sont percutés à mi-chemin, dans la vallée du Rhône. On est, loi du marché oblige, en pleine chorégraphie de l’absurde. » Tant que cette DIT ne profitait qu’à l’ensemble des pays riches, on persévérait dans la logique de l’absurde. Mais la donne a changé.

Une taxe carbone, passage obligé vers une société sobre

En renchérissant le prix de l’énergie fossile, on privilégie la responsabilisation de chaque producteur et de chaque consommateur, afin qu’il programme ses activités en évitant les surcoûts énergétiques. Des habitudes considérées comme « normales » (circuler en voiture à sa guise, brancher la climatisation, manger des tomates toute l’année…) devront évoluer dans le sens d’un civisme écologique. Or le principal déterminant de la consommation d’énergie, c’est le prix ou, plus exactement, la fraction de pouvoir d’achat qu’il est nécessaire de consacrer à l’énergie.

La démondialisation contre le quotidien Le Monde

Après avoir donné la parole aux contempteurs de la démondialisation, Zaki Laïdi le 30 juin et Pascal Lamy le 1er juillet, l’éditorial du Monde (2 juillet 2011) abonde dans leur sens en reprenant le même argumentaire : « Aujourd’hui les frontières entre le commerce international et le commerce domestique s’effacent puisque les chaînes de production sont globalisées. » La notion même d’importation et d’exportation perdrait ainsi de son sens traditionnel. Il n’y a donc rien à faire. Comme s’il était normal qu’une chaîne de fabrication de voiture soit bloquée parce qu’elle ne reçoit plus des composants d’un pays lointain comme le Japon. Comme s’il était normal d’échanger des voitures, des tomates et des vêtements entre pays parfois éloignés de milliers de kilomètres. Le faible coût actuel de l’énergie a bien tourné la tête de nos penseurs médiatiques.

TECHNIQUES

impuissance OGM

Le Monde annonce la couleur dès le titre : «  OGM : la hausse des rendements contestée ». Après vingt ans de recherches et treize  ans de commercialisation du soja et du maïs transgéniques, les fermiers américains qui ont recours à ces semences n’ont guère récolté davantage à l’acre ! Cette conclusion d’un rapport récent du MIT était déjà annoncé en 2006 par le ministère américain de l’agriculture qui ne constatait pas d’améliorations significatives des rendements. Quelques précisions complémentaires :

Alors que la tomate « flavour savor » est en 1994 le premier organisme génétiquement modifié, les variétés de soja représentaient déjà cinq ans plus tard 55 % des surfaces cultivées aux USA et celles de maïs 35 %

OEM, on est cuit

Nikola Tesla (1856 – 1943) démontre l’existence et l’importance des ondes électromagnétiques. Il découvre le principe du radar, définit les bases des machines télécommandées mais, à force de manipuler les ondes, il finit par s’empoisonner. Le prolifique inventeur devient hyper sensible à toute stimulation sensorielle, le bruit lui est intolérable, la moindre vibration est une torture. Nicola Tesla est le premier à publier des travaux sur la toxicité de ces ondes. En mars 2007, des chercheurs de l’université de Clermont Ferrand démontrent que des tomates, exposée à des valeurs de champs inférieurs à 5 volts par mètre (la norme actuelle des antennes relais est de 41 V/m en France contre 0,6 V/m en Autriche et 0,5 V/m en Toscane) subissent des effets biochimiques comparables à ceux que l’on observe à la suite d’un choc ou d’une blessure.

LM, quotidien de merde ou quotidien de référence ?

LE MONDE devient un composite de Paris Match, l’Equipe et la presse de caniveau. Rien à dire de sérieux sur l’état de la planète, on consacre une demi-page à un ponton flottant japonais échoué sur la côte américaine suite au tsunami… Il faut donc lire « M le magazine du MONDE » pour trouver, au milieu d’une série d’articles mode/beauté/design, une tentative d’article de fond sur le goût perdu de la tomate : sept pages, mais trois comportant uniquement une photo. Quant au contenu, inutile de chercher une attaque en règle contre les semenciers. C’est seulement la faute à la consommation de masse si on propose des tomates hybrides (qui ne se replantent pas) dont on a volé le goût. Et l’article de conclure que l’histoire du « vrai goût » n’est que de l’ordre du fantasme.

CONCLUSION : croissance zéro et début de la sagesse

Pour adhérer au mouvement pour la décroissance heureuse, il suffit :

–          d’autoproduire le yaourt ou n’importe quel autre bien primaire : le coulis de tomate, la confiture, le pain, les tartes, l’énergie thermique ou électrique, des objets ou des outils ;

–          d’offrir gratuitement des services à la personne qui se font en général contre paiement : assistance aux enfants dans les premières années, aux personnes âgées, aux mourants. »

Fusils partout, biodiversité nulle part

LOUPS, communiqué de presse FNE, en bref : « En autorisant la destruction de 100 loups, le gouvernement français ne fait que frapper de façon indiscriminée une espèce protégée. Cette attitude est aberrante, aveugle et lâche (…) La France est le pays d’Europe où le montant des aides et indemnisations liées à la présence du loup est le plus élevé (de 8 à 20 fois plus), sans qu’aucune vérification de leur emploi ne soit effectuée. Il est celui où le nombre de victimes par rapport au nombre de loups présents est le plus élevé. Il est également celui où le plus grand nombre d’abattage de loups est autorisé. Ne cherchez pas l’erreur : cela est le résultat concret de la démagogie avec lequel ce dossier est conduit. Cela coûte beaucoup, ne produit pas d’effets, et le gouvernement s’en moque puisque la seule à pâtir concrètement de cette situation est la population de loups. »

Voir le communiqué

Le blé, bien plus complexe qu’un homo sapiens

Parmi l’ensemble du monde vivant, le Blé possède un des génomes les plus complexes, environ 17 Gpb (giga paires de bases, soit 17 milliard). C’est 5 à 6 fois la taille du génome humain. De son côté l’amphibien mexicain Axolotl, une espèce de salamandre, possède un génome dix fois plus gros que celui des humains. Végétaux et animaux, homo sapiens compris, ont la même origine, des acides aminés qui se sont complexifiés et répliqués grâce à leur ADN. Mais notre nombre démesuré et nos capacités technologiques démentielles nous ont fait oublier nos origines : sur la biomasse terrestre, seuls quelques pour-cents sont des animaux sauvages, environ un quart sont des humains et tout le reste, environ les trois quarts, sont des animaux vivants destinés à l’élevage.

Pour Frans de Waal*, il existe beaucoup plus de similitudes que de différences entre les humains et les animaux. Le nier pose des problèmes : « J’ai baptisé ce déni « anthropodéni ». Il nous empêche d’apprécier objectivement qui nous sommes en tant qu’espèce. Je crains que le fait de considérer notre espèce comme tellement extraordinaire ne soit la cause fondamentale des problèmes écologiques que nous connaissons actuellement. Nous pensons à l’humanité comme si elle était séparée de la nature et seule dans le cosmos. Pourtant, nous sommes une partie intégrante de la nature, et nous ne pouvons pas continuer à piller la Terre. Nous sommes aussi dépendants de cette planète que toutes les autres créatures. Quand on voit à quel point les animaux agissent comme nous, ont les mêmes réactions physiologiques, les mêmes expressions faciales et possèdent le même type de cerveau, n’est-ce pas étrange de penser que leurs expériences intérieures sont radicalement différentes des nôtres ? »

L’animalisme n’est pas un anti-humanisme, c’est simplement un constat de réalité biologique. L’intelligence des plantes ou la sensibilité des animaux font actuellement le présentoir des librairies. La science a depuis longtemps démontré que les plantes sont des êtres conscients d’eux-mêmes, doués de mémoire, capables de communiquer entre elles et avec d’autres formes de vie. Les réflexions éthiques ont contribué à reconnaître les animaux comme des êtres doués de sensibilité, voire comme des sujets ayant des droits. L’animal a des intérêts liés à ses besoins de base et des préférences individuelles. Le risque aujourd’hui, c’est que nous basculions dans un monde purement utilitaire, où la nature et les animaux sont vus comme de simples ressources. La question animale nous force à critiquer un modèle de développement fondé sur l’exploitation sans limites des autres vivants. Un tel monde conduit à la marchandisation de tout, à l’exploitation de l’homme par l’homme, à la barbarie. Il faut mettre des limites à ce qu’il est décent ou pas de faire dans l’élevage ou dan l’exploitation des sols et sous-sols. L’animalisme est un autre humanisme, un humanisme de l’altérité.

* LE MONDE science du 30 janvier 2019, « Nous n’avons plus aucune excuse pour continuer à traiter les animaux comme nous le faisons »

Sylvie Brunel, la Claude Allègre du climat

Claude Allègre a trouvé un bon successeur à ses élucubrations, Sylvie Brunel. Elle fait encore plus fort, elle nie tout, la surpopulation, les méfaits du réchauffement climatique, l’extinction des esces, les impasses technologiques, l’abêtissement de la populationIllustration de son anti-écologisme primaire: « Une planète bientôt invivable nous est prédite. Certains en viennent à détester l’humanité, au point de voir en chaque bébé une mauvaise nouvelle. Il y aurait les bons, ceux qui vivent conformément au respect de la planète, et les mauvais, qu’il faudrait excommunier, voire éliminer. La haine se déchaîne. La géographie au contraire nous invite à traiter les grandes questions de notre époque avec mesure. Nous ne sommes pas « trop nombreux ». Le surpeuplement est une notion relative, une agriculture intelligente nourrit bien plus d’êtres humains à l’hectare sans abîmer les écosystèmes que la chasse, la cueillette ou l’essartage. Mieux vaut aider l’Africain pauvre à se développer que financer des milices armées pour protéger les éléphants et les tigres. Plus le niveau de vie d’un pays s’élève, plus il se préoccupe de son environnement et plus il a les moyens de le réparer. La ressource est inépuisable car elle dépend de l’ingéniosité humaine, la capacité de réparation et d’adaptation est inépuisable… à condition d’avoir reçu l’éducation nécessaire. Non, nous ne courons pas à la catastrophe : certes les atteintes à la planète sont importantes mais nous avons désormais les moyens de la réparer. Il n’est aucune irréversibilité. La vision d’une trajectoire d’érosion de la biodiversité globale repose sur une méconnaissance de l’état réel de l’ensemble de la faune et de la flore mondiale. Dans ce milieu profondément anthropisé qu’est la ville, une nouvelle biodiversité est en train de naître. Au lieu de nous demander sans cesse quelle planète nous allons laisser à nos enfants, il faut léguer des enfants intelligents à la planète. »* Quelques commentaires bien sentis sur lemonde.fr :

Scoubi Dou : Ça fait honneur au Monde que de publier un tel article après avoir donné la parole aux marketeux de la peur climatique. Si je ne suis pas compétent pour juger de qui à raison ou tort, je peux au moins me rendre compte que les collapsologues vivent des peurs qu’ils génèrent…

Chardon Marie : Alors maintenant le nouveau truc c’est que c’est mal de tenir un discours qui est ressenti comme catastrophiste ou anxiogène par certains. Bon très bien, dans ce cas ne parlons plus s’il vous plaît des épidémies, du cancer, de la faim, de la violence, des guerres parce que ça fait bobo à mon ptit cœur tout mou. Honnêtement, cette fois je n’ai même pas terminé l’article tellement la désinformation est énorme. Rien n’est irréversible ? Mme Brunel n’a pas entendu parler de l’extinction des espèces animales et végétales, des récoltes qui brûlent sur pied, des vignes qui grillent, des arbres qui se dessèchent ?

ChP : Dormez braves gens, dormez, écoutez la chanson rassurante de Sylvie Brunel. Il n’y a pas de problème puisque tout problème a sa solution, grâce au génie humain. La chanson de S. Brunel n’est pas une bonne nouvelle. Mais c’est celle que la majorité des gens veut entendre.

Jujuke : Pourquoi dès qu’il s’agit de sciences et non plus de faits d’actualités le Monde se permet-il de publier des fake news ? Quel avenir Sylvie Brunel nous propose-t-elle ? Celui d’une terre inhabitable sous la latitude de la France mais où nous serions heureux d’aller ensemencer les prairies arctiques ? Quelle preuve avons-nous de la marge de manœuvre restante au génie humain ?

Julien Garcia : Voici un exemple typique de l’expert qui donne son opinion tout en étant en dehors de son domaine d’expertise. Mme Brunel n’est ni climatologue pour parler du caractère réversible ou non des changements en cours, elle n’est pas non plus biologiste pour pouvoir en prédire les conséquences sur le vivant, et elle se permet au passage de traiter les spécialistes du sujet d’ignorants dont l’opinion serait basée sur des connaissances incomplètes, quand bien même elle n’est absolument pas qualifiée pour détenir une telle vérité. Là est le danger, il est trompeur d’accorder une valeur de connaissance à un tel discours venant de la part d’une personne qui n’a aucune légitimité scientifique sur le sujet…

Marco Prolo : Avez-vous lu le rapport de l’Ipbes? Une espèce éteinte est une espèce éteinte pour de bon. Tout le génie humain n’y pourra rien. L’humilité est le mot qui semble avoir le moins de sens pour Sylvie Brunel.

PHILEMON FROG : Madame Brunel que l’on voyait certains vendredis dans le 28 mn d’Arte défendre l’agriculture intensive et dénigrer la révolution Bio fait ici sciemment l’amalgame entre le catastrophisme qui est un courant tout à fait marginal et le progressisme écologique qui propose mille solutions de développement durable : transition énergétique, mutation alimentaire, modification des comportements (économie, loisirs…), etc. Son combat de croisée anti-écologie, anti-bio, hostile à tout changement de notre rapport au monde, est lui-même un catastrophisme par son négativisme radical et dans sa finalité même.

cf. notre précédent article, Sylvie Brunel, la « Claude Allègre » de l’agriculture (2 mai 2015)

* LE MONDE du 26 juillet 2019, « Le changement climatique n’est pas forcément une mauvaise nouvelle »

29 juillet 2019, jour du dépassement

Ce jour, jour du dépassement ou « Global Overshoot Day », toutes les ressources renouvelables de la planète pour 2019 ont été épuisées ; pendant 5 mois, l’humanité va vivre à crédit, puisant dans le capital naturel au lieu de vivre des intérêts que la Terre nous offrait. En d’autres termes, il faudrait 1,75 planète pour satisfaire les besoins annuels de la population mondiale, ce qui est impossible dans la durée puisque nous n’avons qu’une seule Terre. Pire, le calcul de l’empreinte écologique est établi au niveau mondial ; il ne dit rien des inégalités des ponctions sur le stock. Si toute la population mondiale vivait comme celle des États-Unis, il faudrait 5 planètes Terre pour une année de consommation, 2,7 planètes pour la France et 2,2 pour la Chine. Heureusement la France veut rendre notre pays écologiquement compatible et va économiser 1,7 planètes. C’est super-Macron qui va réagir. La secrétaire d’État à l’écologie, Brune Poirson, a en effet twitter : « demain, c’est le jour du dépassement. Avec Elisabeth Borne et Emmanuelle Wargon, nous travaillons quotidiennement pour une économie circulaire à la rentrée. » C’est sûr qu’en supprimant les touillettes en plastique et en signant CETA et Mercosur, nous allons changer le cours de l’histoire… Cet échange pour aller plus loin :

Paul Rasmont : Je ne comprends pas cette notion de dépassement. Nous ne consommons pas en 2019 le blé récolté en 2020.

Qqun : Il est question de dépassement de ce que la nature peut renouveler d’elle-même, et pas de ses ressources en « réserve ». Comme quelqu’un qui dépenserait plus qu’il ne gagne et devrait puiser dans son épargne. Sauf que puiser dans l' »épargne » de la nature revient à la dégrader.

Michel Lepesant : S’il faut 30 ans pour qu’un arbre soit exploitable (de façon soutenable), vous pouvez le couper au bout de 20 ans et en replanter un aussitôt : cela s’appelle vivre à crédit sur le stock de ressources. Supposez que vous avez 30 arbres et que vous n’en coupez qu’un tous les ans : alors votre stock se renouvelle. Mais si vous en coupez 2 tous les ans, dans 15 ans vous aurez toujours des arbres (si vous en avez replanté 2 à chaque fois) mais les 2 plus vieux n’auront que 15 ans. Vous pourrez toujours les couper et dire que vous ne voyez pas le problème : vous êtes en train de vivre au crédit de vos enfants. A la place des arbres, prenez le cabillaud : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/26/le-cabillaud-au-bord-de-l-effondrement-en-mer-baltique_5493603_3244.html

Mathis Wackernagel, inventeur du concept de dépassement : Après sa thèse à Vancouver, Mathis WACKERNAGEL a commencé à travailler avec William REES sur la notion de capacité de charge d’un écosystème. Au lieu de se demander combien de personnes peuvent vivre sur un territoire, ils ont inversé la question en se demandant combien chaque personne utilise de nature, puis de comparer le résultat avec la disponibilité de la nature. Ils avaient inventé l’empreinte écologique. Pour de plus amples enseignements, lire leur livre « Notre empreinte écologique » (1996)

Sur notre blog biosphere, les article antérieurs :

Le Jour du dépassement, aujourd’hui 1er août 2018

13 août 2015, le jour du dépassement des limites

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

Fortnite lobotomie, oublier la réalité

Le jeu Fortnite a remplacé les gadgets de l’année (shambala et autre scoubidous, hand spinner et bracelets brésiliens) dans les cours des écoles élémentaires. On y joue ‘forteunaïteu’ pour de faux en vrai ! Ce jeu phénomène rassemble pourtant 250 millions de joueurs. Pour la finale de la première Coupe du monde, 200 joueurs se sont affrontés les 27 et 28 juillet 2019. Le gagnant est parti avec 3 millions de dollars. On en fait des tonnes sur l’âge de Greta thunberg, égérie écolo de 16 ans… Personne ne s’insurge que des participants étaient mineurs mais « déjà connus du monde des jeux vidéo ». Les éliminatoires de cet epicgame (le jeu consiste à éliminer autrui pour rester seul sur une île !) étaient ouvertes aux 12 ans et plus ! Fortnite lobotomie, oublier la réalité et formater la jeunesse ! Les éliminatoires (le jeu consiste à éliminer autrui pour rester seul sur une île !) étaient ouvertes aux 12 ans et plus ! La société spectacle utilise l’informatique et bien d’autres supports pour manipuler la jeunesse. Il s’agit de faire le vide dans le cerveau pour boire du Coca Cola et s’enfermer dans sa chambres devant un clavier. Il faut bien que certains s’engraissent, Fortnite génère jusqu’à 300 millions de dollars de chiffre d’affaires certains mois. On joue l’apparence de la gratuité… avec possibilité d’effectuer des achats dans le jeu appelé « freemium ».

Du pain et des jeux, est-ce cela qui permettra à nos jeunes d’affronter tout ce qui ressemble à un effondrement probable de notre mode de vie ? Faut-il oublier le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources, l’extinction des espèces, le stress hydrique, la raréfaction halieutique, la dégradation des sols ?

Comment s’occuper autrement ? Il y a de très bons livres écrits pour éveiller les consciences, et beaucoup de jeux de société sans écran. Nos jeunes peuvent même comme Greta Thunberg faire la grève scolaire pour le climat plutôt que s’abrutir devant leur console de jeux…

Le sauvage vit-il son dernier soupir ?

Virginie Maris : « Les notions de catastrophe écologique, d’effondrement et de rupture sont entrées dans les médias généralistes. La nature sauvage, cette part du monde que nous n’avons pas créée, disparaît sous nos yeux. L’avidité humaine se paye directement par la consommation gloutonne des milieux naturels, brûlant des forêts immémoriales pour y faire pousser de l’huile prête à engraisser nos tartines et booster nos voitures. Le tissu vivant se mite par le maillage de nos routes et nos rails. En France métropolitaine, nous ne protégeons véritablement que 1,3 % du territoire. On artificialise l’équivalent d’un département tous les onze ans.La croissance économique n’est que l’autre face de l’effondrement écologique. « Maître et possesseur de la nature » ? Mais c’est d’un monde en ruine queles riches prennent le contrôle un champ de bataille miné de leurs armements (biocides, polluants, CO2). Et pourtant, le sauvage n’a pas dit son dernier mot ! Déjà le béton des cités se fend sous la force des racines, les rivières endiguées débordent, la terre s’échauffe. Il nous rappelle la vanité de l’ingénierie humaine : antibiorésistance, invasions biologiques, maladies infectieuses, dérèglement climatique…

Pour se détourner de la trajectoire macabre dans laquelle nous sommes engagés, il faut accepter de décoloniser la nature. Un tel projet prendra des formes nombreuses et l’une d’entre elles, la plus radicale peut-être mais aussi la plus urgente, est de soustraire de grands espaces à l’influence humaine : ne pas construire, ne pas développer, ne pas organiser. Combien sommes-nous aujourd’hui à souhaiter cette rupture ? Ne sommes-nous pas infiniment plus nombreux que les technophiles, nous qui croyons qu’un monde sans vie sauvage ne vaudrait finalement guère mieux que la fin du monde ? »*

Qu’il est doux de rêver à une insurrection des consciences ! Pour en savoir plus sur Virginie Maris, lire :

philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril)

* LE MONDE du 27 juillet 2019, « Un autre monde semble disparaître, cette part que nous n’avons pas créée : celui de la nature sauvage »

Revenu universel de solidarité, le débat

Alain : Le « Biosphère-Info » n° 388 sur l’association « TECHNOlogos » qui lutte contre l’esclavage de la technique et son hégémonie sur la vie humaine met en lumière la nécessité du revenu universel de solidarité que Michel Rocard défendait à la fin de sa vie. Je dois dire que j’ai profondément été choqué par le fait que « biosphere » puisse s’opposer à une telle mesure de survie alors que nous sentons que les algorithmes vont déposséder le plus grand nombre, non seulement de leurs droits et de leurs facultés, mais aussi de leur travail et de la démocratie participative à laquelle nous sommes attachés. N’y a-t-il pas là une « urgence écologique » à mesurer et à définir dans un nouveau contrat social, pour ne laisser personne sur le bord du chemin de la solidarité et de la dignité humaine, en utilisant « le contrat naturel » de notre brillant philosophe aquitain Michel Serres ? Aussi, j’attire votre bienveillante attention sur son article paru dans « Philosophie Magazine » de septembre 2017 qu’il intitule « la dialectique du maître et du robot » où il parle du travail qui peut disparaître et comment nous devons nous y préparer.

Biosphere @ Alain : nos rapports ont toujours été sincères, cela va donc jusqu’à « supporter » qu’on puisse avoir un avis assez opposé sur une question, c’est pas grave. D’autant que le revenu universel n’est qu’une infime partie des problématique contemporaines. Notre position de fond sur toutes les questions qui se posent actuellement, c’est que si l’économique étouffe le social on est déjà perdant, mais si le social étouffe l’écologique on va obligatoirement au désastre. En effet ce sont les ressources de la terre qui nous permettent de manger et acheter toutes les autres bricoles. Or le niveau de vie du Français moyen a déjà besoin de deux ou trois planètes, niveau qu’il est donc impossible de conserver sur la durée. D’où le fait qu’il nous faudra arriver un jour ou l’autre à l’idée de rationnement collectivement décidé, ce qui s’appelle aujourd’hui au niveau individuel « simplicité volontaire ». Toute distribution d’une manne généreusement distribuée par l’État va à l’encontre de cette évolution car cela est synonyme du toujours plus, et pour le revenu « inconditionnel » d’un toujours plus sans aucune contre-partie. L’écologie, c’est le sens des limites, pas la corne d’abondance. Quant aux algorithmes et autres fadaises contemporaines sur la fin du travail, la descente énergétique qui va se révéler brutale car nous n’avons rien fait pour nous y préparer, va faire basculer notre conception de la robotique capitalistique (utilisant beaucoup de capital technique) au travail manuel généralisé. C’est-à-dire qu’on va passer d’une société à énergie exosomatique à une société où il faudra compter sur ses propres forces dans tous les sens du terme.

Quant à Michel Serres, il souffre de dissonance cognitive. Avec « Petite Poucette » (pour la capacité de la jeunesse à envoyer des SMS avec son pouce), il se présente comme un dévot du progrès technique comme il y en a encore partout actuellement. Il croit que « Petite Poucette n’aura pas faim, pas soif, pas froid, sans doute jamais mal, ni même peur de la guerre sous nos latitudes… Et elle vivra cent ans. » Il prolonge les tendance passées de la « révolution techno-industrielle » sans considérer que notre civilisation thermo-industrielle est au bord de la rupture ; nos générations futures connaîtront le sang, la sueur et les larmes. Il croit que la situation actuelle de farniente peut se poursuivre indéfiniment : « La campagne, lieu de dur travail, est devenue un lieu de vacances. Petite Poucette ne connaît que la nature arcadienne, c’est pour elle un terrain de loisirs et de tourisme dont elle doit se préoccuper. » Mais d’un autre côté, et c’est là sa dissonance, Serres est au courant que la planète va mal : « On est entré dans l’ère de l’anthropocène et de l’hominescence, l’homme étant devenu l’acteur majeur du climat, des grands cycles de la nature. Savez-vous que la communauté humaine, aujourd’hui, produit autant de déchets que la Terre émet de sédiments par érosion naturelle… L’avenir de la planète, de l’environnement, du réchauffement climatique… tout est bousculé, menacé. » Entre deux choses contradictoires, le péril d’un côté, le bonheur de l’autre, les humains choisissent généralement la loi du moindre effort, croire encore aux lendemains qui chantent. C’est alors la grande question, pour les parents et les enseignants : que transmettre entre générations, le sens des limites prôné par écologie ou l’illusion qu’on peut tout avoir sans rien faire (le revenu universel) ? Serre prenait l’exemple d’un candidat au concours de l’Ecole normale qui était interrogé sur un texte du XIXe siècle qui parlait de moissons et de labourage. Le malheureux ignorait tout ce vocabulaire ! Il conclut : « Nous ne pouvions pas le sanctionner, c’était un Petit Poucet qui ne connaissait que la ville. » D’autres pédagogues comme nous ont un avis contraire, les pratiques du passé doivent être connues sur le bout des doigts. Il y a maintenant des jeunes qui sortent de classes prestigieuses et ont compris l’avenir : ils se lancent à l’encontre de leurs diplômes dans l’artisanat ou la permaculture car là sera le contenu principal de nos futures études… et de nos revenus d’activité.

Revenu universel d’activité… ou inconditionnel

Le revenu universel d’activité, promesse faite par Emmanuel Macron lors du lancement du plan pauvreté, regrouperait en une prestation unique l’ensemble des minima sociaux, revenu de solidarité active (RSA), allocation de solidarité spécifique (ASS, perçue en fin de période d’indemnisation du chômage), allocation aux adultes handicapés (AAH), allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, l’ancien minimum vieillesse) ainsi que la prime d’activité et les différentes aides au logement. Ce big bang des aides sociales met en jeu des sommes énormes : 48 milliards d’euros, dont 18 milliards pour les seules aides au logement. Un objectif de cette réforme est de conditionner les aides sociales aux efforts d’insertion sur le marché de l’emploi. Pour Marianne Louis, déléguée générale de l’Union sociale pour l’habitat, « Se loger, c’est un droit fondamental,. Et il me semble curieux que l’on conditionne ce droit à une recherche d’emploi. »*

Ce « revenu universel » (ou synthèse de l’existant) ne doit pas être confondu avec le revenu de base ou d’existence, « universel et inconditionnel », soutenu par la droite libérale et paradoxalement par la gauche et le mouvement des Verts. Sur cet aspect lire nos articles antérieurs :

14 janvier 2017, B.Hamon et Y.Jadot, pour quel revenu d’existence ?

21 octobre 2016, Revenu de base, une considération non écologique

8 janvier 2016, Revenu de base inconditionnel et société marchande

11 mai 2014, Vincent Cheynet écrit contre le revenu inconditionnel

28 décembre 2013, le Revenu d’existence, universel et inconditionnel ?

* LE MONDE du 24 juillet 2019, Les acteurs du logement inquiets du futur revenu universel d’activité

Des médicaments à dose homéopathique

Quarante-cinq députés de tout bord disent « non au déremboursement de l’homéopathie » dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche du 21 juillet 2019. La commission santé d’EELV va dans le même sens : « Déremboursement de l’homéopathie : il y a danger ! » Pourtant la décision de déremboursement est déjà prise. Qui a raison ? Pour les uns l’effet placebo est psychologiquement efficace, pour les autres c’est scientifiquement sans effet mesurable. Les deux discours ont chacun leur cohérence et on voit bien qu’il n’y pas consensus possible. Il faut donc dépasser le dualisme si on veut prendre une décision politiquement fondée. Voici les questions qu’il faudrait se poser :

– L’homéopathie est-elle un cas particulier ou un simple aspect des médicaments ayant un faible Service médical rendu (SMR) ?

– Faut-il médicaliser tous les aspects de notre existence ?

– Pour être plus proche des rythmes naturels, ne faudrait-il pas le plus possible permettre à son corps de se soigner par ses propres moyens ?

– En démocratie, le citoyen doit-il s’attendre à une aide de l’État dans tous les domaines ou doit-il prendre ses responsabilités ?

– Comment agir pour lutter contre le déficit structurel de la Sécurité sociale ?

– Si l’écologie politique recherche la sobriété partagée, combien de médicaments méritent une prise en charge collective ?

– Si l’écologie politique était au gouvernement, quelle serait sa défense de l’intérêt commun ?

– Comme on doit justifier sa décision, quelle serait l’explication donnée aux citoyens ?

– L’écologie politique revendique-t-elle plus d’État ou moins d’État ?

– L’écologie politique repose-t-elle sur une démarche scientifique ou est-elle de l’ordre de la croyance ?

Nous demandons à nos fidèles commentateurs de répondre à une ou plusieurs de ces questions… Merci. Pour quelques données supplémentaires, lire sur notre blog biosphere :

5 juillet 2019, L’homéopathie est-elle écolo ?

2 octobre 2009, trop de médicaments ?

5 septembre 2008, médicaments sans pub

L’écologie a besoin d’une spiritualité

À l’âge de 9 ans, en Inde, Satish Kumar quitte sa famille pour devenir un moine jaïn : « Selon la tradition indienne, un enfant n’est pas un adulte sous-développé, comme on a tendance à le croire en Occident, mais il a une claire compréhension de ce dont il a besoin. Mon père est mort alors que j’avais 4 ans, un moine jaïn que j’interrogeais m’a répondu qu’il était possible d’échapper au cycle de la vie et de la mort en renonçant au monde. Alors, contre l’avis de ma mère et de mes frères, j’ai prononcé mes vœux et j’ai rejoint un monastère jaïn.J’ai été initié aux deux préceptes d’une existence en marche vers son accomplissement. La non-violence, d’abord, est le principe de vie suprême. Ne fais pas le mal, ni à un autre, ni à la nature, ni d’abord à toi-même. C’est une sorte d’amour, prends soin du monde extérieur et de ton monde intérieur. Et le deuxième grand principe spirituel est celui du non-attachement. Je suis en relation avec les êtres et les choses, mais je ne m’en approprie aucune. Je ne suis pas un être englué. La chaise sur laquelle je suis assis est une bonne chaise, j’aime cette chaise, je la remercie. Mais, pour autant, je n’affirme pas qu’elle est à moi et que personne ne peut la prendre. Quand je veux m’en aller, je la quitte. L’attachement est un fardeau qui ne t’apporte que malheur : «ma» femme, «ma» maison, «ma» mère, «mon» argent, «mon» job, «moi, moi, moi» ! Or même le moi ne m’appartient pas. Il est tissé de non-moi : de ces cinq éléments universels, selon la tradition jaïn, que sont la terre, l’eau, l’air, le feu et la conscience. Si j’oublie cela, je me condamne à vivre dans la séparation d’avec la nature, d’avec les autres et finalement d’avec moi. La diversité n’est pas séparation : nous procédons tous d’une réalité unique qu’est la nature. Voilà pourquoi nous devons agir sans violence ni attachement envers elle, afin de la laisser être.

Pourtant j’ai quitté le monastère. J’avais 18 ans lorsqu’un ami m’a transmis en secret l’autobiographie de Gandhi. Lui aussi prônait la non-violence et le non-attachement, mais à la différence du jaïnisme, il affirmait que ces principes devaient s’exercer dans le monde, et non pas hors du monde : en faisant de la politique, en participant à la vie économique, en s’investissant dans l’éducation. Cette lecture a eu sur moi l’effet d’une révolution spirituelle. Une nuit, alors que tout le monde dormait, je me suis enfui du monastère. Et j’ai rejoint un ashram gandhien.L’ idée que nous sommes tissés de nature nous est devenue étrangère : les Occidentaux se vivent comme en exception de la nature… Mais l’hypothèse Gaïa, de James Lovelock, énonce que l’ensemble du vivant sur la Terre forme un superorganisme qui s’autorégule harmonieusement. Si l’on accepte cette idée, nous devons sortir d’une vision mécaniste où chaque cause aura un effet déterminé. Il y a des effets de feedback et de boucle : une interdépendance constante, comme on s’en rend compte aujourd’hui avec le désordre climatique. Cette vision scientifique de Lovelock doit être complétée par la vision éthique d’Arne Naess, philosophe norvégien et fondateur de la deep ecology (écologie profonde). Les plantes, les animaux, les rivières et les montagnes ont un droit intrinsèque à vivre. Il n’y a pas un sujet «homme» et un objet «nature». Il n’y a que des sujets ! Et tous dépendent les uns des autres. L’homme est à la fois l’observateur et l’observé. Avec Lovelock et Naess, nous commençons à nous approcher d’une science, que j’appelle de mes vœux, qui ne serait pas séparée de la spiritualité. J’étais en quête d’une trinité capable d’incarner notre nouvelle histoire : un paradigme neuf dont nous avons besoin pour penser les défis qui nous attendent. La trinité française «Liberté, Égalité, Fraternité» est magnifique, mais ne vise que l’homme et oublie la nature. Quant à la trinité new age du «Mind, Body, Spirit» (l’intellect, le corps, l’esprit), elle néglige la société. D’où ma proposition : «la Terre, l’âme, la société» (Soil, Soul, Society). J’entends certains dire : «Je m’engage pour l’écologie.» D’autres : «L’urgence, c’est le combat pour la justice sociale.» D’autres encore : «Je médite car seul l’éveil spirituel compte.» Ça ne peut pas marcher ! Comme nous l’enseignons au Schumacher College, nous devons faire les trois à la fois : prendre soin de la Terre, c’est prendre soin de son âme ; prendre soin de son âme, c’est se donner les moyens de s’engager de manière juste en politique, et ainsi de militer en retour pour une société favorisant la vie de l’âme et la préservation de la nature. Car le changement ne viendra pas du sommet – dirigeants politiques ou multinationales -, mais de la base : d’une prise de conscience des gens ordinaires. Je reste convaincu que nous pouvons aller vers une société meilleure. Mais ça ne peut pas être un objectif mesurable, planifiable, maîtrisable. C’est un voyage : un pas après l’autre, une action après l’autre. Attentif à ce qui, imprévu, émerge et nous appelle.

La «révolution de l’amour», comme on disait du temps de ma jeunesse, doit commencer par un acte de paix envers soi-même. J’admire Greta Thunberg, mais je l’ai mise en garde : si tu agis par peur, tu seras forcément déçue par le résultat de ton action. Cela ne se passe jamais comme on veut. Alors que si nous agissons par amour, chacune de nos actions, même la plus quotidienne, est un accomplissement, une joie, elle se suffit à elle-même. Agissons en confiance. Nous réussissons ? C’est un cadeau de l’univers ! Nous ne réussissons pas ? Cela valait malgré tout la peine d’être fait. Il s’agit donc d’agir, mais sans s’attacher au résultat ? » (source, Mme Le Figaro, 22 juillet 2019)

Deux lectures pour une formation à l’écologie spirituelle :

Pour une présentation de la spiritualité de Satish Kumar, « Tu es donc je suis – une déclaration de dépendance » (1ère édition 2002, Belfond, 2010) :

http://biosphere.ouvaton.org/de-2000-a-2006/1260-2002-tu-es-donc-je-suis-une-declaration-de-dependance-de-satish-kumar-parution-francaise-belfond-2010

La présentation de « Small is Beautiful » d’Ernst Friedrich Schumacher a été faite par Satish Kumar dans son livre« Pour une écologie spirituelle » (Belfond, 2018), lire :

BIOSPHERE INFO, Small is Beautiful

Après les homosexuels et les trans, les fluides

L’écologie scientifique constate que les escargots et les lombrics sont hermaphrodites, mais dans la plupart des espèces sexuées on naît mâle ou on naît femelle. Par contre pour l’espèce humaine, qui prend ses constructions cérébrales pour des réalités, on ne naît pas homme ou femme, on le devient par la socialisation. Certains profitent de cette faille potentiellement anti-nature pour entretenir la confusion entre les deux problématiques suivantes : l’ordre biologique, fondé sur la différence de sexe et la complémentarité en vue de la reproduction, et l’ordre culturel qui institue des inégalités de pouvoir selon le sexe d’origine. Or qui dit différence ne dit pas inégalité. Cette confusion est entretenue par un article* de Catherine Vincent dont on peut comparer les deux argumentations :

nature : il existe une catégorisation binaire entre masculin et féminin.

culture : le terme « fluidité de genre » englobe tous ceux qui ne se sentent ni tout à fait homme ni tout à fait femme, ou à la fois homme et femme, ou encore homme né dans un corps de femme ou inversement. Depuis deux ans des étudiants viennent faire part (à leur enseignant es genres) de leur impossibilité ou de leur refus de se voir assigné à un genre. Un nombre croissant de personnes réclament que le « M » ou le « F » puisse être remplacé par un « X » (pour « neutre ») sur leur certificat de naissance, comme l’autorise la ville de New York depuis début 2019.

synthèse : Le concept de genre apparaît pour la première fois dans les années 1950, sous la plume du psycho-sexologue américain John Money, qui utilise l’expression « gender role » pour distinguer le statut social de l’homme et de la femme de leur sexe anatomique. Cette idée est reprise par les féministes, qui s’en emparent pour interroger la domination masculine. Les filles ne sont plus tenues de jouer les midinettes, ni les garçons les fiers-à-bras. MAIS une dizaine d’années plus tard, le psychiatre américain Robert Stoller forge quant à lui la notion de « gender identity » pour étudier les personnes trans, qui ne se reconnaissent pas dans le sexe assigné à leur naissance. La philosophe Judith Butler se démarque en 1990 du féminisme traditionnel en remettant en cause la bipolarisation entre homme et femme. No limit, tout peut s’inventer, tout devient possible, le genre devient fluide. Au plan technique, la prise d’hormones pour un changement de sexe est plus facile à obtenir qu’auparavant… Quelques réactions sur lemonde.fr :

Buber : Le livre de Jean François Braunstein (La Philosophie devenue folle) indique que la personne qui a permis à John Money de lancer ses théories s’est suicidé et voulait revenir à son sexe masculin d’origine. Dans les années 80, il y a eu une épidémie de « personnalités multiples » aux E-U, une catégorie mise en circulation par certains psys. Aujourd’hui les fantasmes de certains sont les profits de certains médecins et l’on voudrait accuser ceux qui sont sceptiques de tous les maux (réacs, homopobes…).

vivement demain : Confusion des genres, ou confusion des esprits ? Une habile propagande dans notre société qui n’aime rien tant que la transgression et l’individualisme, des assocs revendicatives efficaces, et une pensée quelque peu totalitaire (et simpliste au fond dans son propos). Et pourquoi ? Pour constater que des gens, pour changer de sexe et contester la nature, prennent… des hormones. Ça s’appelle un médicament, et c’est fait pour soigner une maladie…

Alta : L’article dit, « Il est essentiel de laisser nos enfants s’épanouir dans différentes directions sans les contraindre au nom de la biologie. » Autant je comprends l’idée de ne pas foutre un enfant dans un carcan sans dialogue et contre son gré, autant je trouve ça inconscient de laisser tous les gosses « s’épanouir dans différentes directions » sans jamais oser leur donner des normes, des codes. L’éducation, c’est aussi d’imposer et de modeler. Qu’une femme puisse se sentir masculine ou inversement, aucun problème, mais l’absence de genre ressemble plus à une immense confusion et à une construction inachevée du Moi qu’à une libération des carcans sociétaux.

Simon : Quand on veut nous faire passer 0,0000001% de la population (qui a toujours existé) pour un mouvement sociétal, c’est un peu gros quand même.

Max Lombard : Prochaine étape de la fluidité d’espèce, si j’ai le sentiment d’être un rhododendron, alors je suis un rhododendron.

* LE MONDE du 20 juillet 2019, Le genre gagne en fluidité

Greta Thunberg, le climat face aux députés

La Suédoise de 16 ans a prononcé devant les députés le 23 juillet 2019 un discours sur l’inaction climatique aux côtés d’une climatologue. Le président des députés LR, Christian Jacob : « J’aurais préféré que l’on mette en avant les scientifiques du GIEC, l’Assemblée nationale a vocation à prendre en compte l’avis d’experts. » La climatologue et membre éminent du GIEC Valérie Masson-Delmotte répond a cette contre-vérité : « Jusqu’ici, je n’avais pas été invitée à l’Assemblée. Ce sera le cas mardi, et j’en suis très reconnaissante au mouvement des jeunes pour le climat : grâce à eux, le message des scientifiques retient davantage l’attention. Or le moindre demi-degré compte. Chaque année où l’on n’agit pas implique un changement climatique plus important à l’avenir. » Pour mieux comprendre l’inertie des politiques, rappelons cet événement d’il y a près de treize ans. Une (petite) partie des députés français avait assisté le 11 octobre 2006 à la projection du documentaire d’Al Gore consacré au réchauffement climatique, « Une vérité qui dérange ». Au sortir de la séance, une sénatrice des Verts rappelait que « le Parlement français a voté à l’unanimité en faveur de l’application du protocole de Kyoto, mais nous n’avons concrètement changé aucune de nos politiques ». Le centriste F.Bayrou appelait les politiques à renoncer à leur approche habituelle par étiquette droite/gauche car, avec l’affrontement politique, il ne peut plus y avoir d’action continue contre le changement climatique.

Aujourd’hui les réactions disproportionnées de certains politiques contre la venue de Greta démontrent que l’aveuglement climatique est toujours présent malgré la canicule qui frappe la France. L’eurodéputé du Rassemblement national Jordan Bardella dénonce « la dictature de l’émotion » et une « nouvelle forme de totalitarisme ». Guillaume Larrivé : « Faire la grève de l’école, je ne peux l’approuver. » Le député (LRM) de Paris Sylvain Maillard dit de même, « Faire la grève de l’école, quel triste symbole ». Le député Julien Aubert, également en lice pour la présidence LR comme Guillaume Larrivé, qualifie la jeune suédoise de « Prix Nobel de la peur » : « Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique et de courage politique. » A La France insoumise (LFI), le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière avait fustigé l’« hypocrisie » consistant à faire cohabiter dans la même journée le vote sur le CETA, « un accord climaticide », selon lui, et la venue de Greta Thunberg. Julien Aubert tenait le même raisonnement, « Le jour où vous ratifiez l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada [CETA], on invite une égérie qui permet de regarder ailleurs. On nous invite à écouter une prédication qui repose sur des présupposés. C’est du spectacle, de la mystification.  » La LRM Peyrol : « Mes héros à moi ne sont pas comme Greta, ce sont des agriculteurs, des chefs de PME qui essaient de trouver des solutions .» Pour résumer la réponse de Greta Thunberg, cette phrase : « C’est très triste que les gens soient si désespérés qu’ils inventent des choses. On dirait qu’ils ont plus peur de moi et des manifestations des jeunes que du vrai problème, à savoir le réchauffement climatique ».

Faisons la synthèse avec cet Éditorial du MONDE (24.07.2019) : « Par son message « Vous me volez mon avenir », Greta Thunberg incarne la mobilisation spontanée d’une génération qui réalise que la planète dont elle hérite est menacée par un mode de vie, de production et de consommation incompatible avec la croissance démographique… A l’urgence médiatique, on ajoute la dimension générationnelle. Il faut être politiquement aveugle – et l’état de notre débat public montre que nombre de nos élus le sont encore – pour ne pas comprendre que la protection de l’environnement est aujourd’hui un ressort fondamental dans l’électorat .Parce que cette préoccupation transcende les clivages traditionnels, son expression politique n’est pas encore aboutie ; mais la mobilisation citoyenne est réelle, comme l’ont prouvé les importantes manifestations de jeunes.. »

ensavoir plus, Al Gore aux avants-postes de la lutte climatique