pêcheries, nous savons tout mais nous ne faisons rien

L’impuissance de l’action écologique est un crève-cœur. Nous savons tout sur tout, nous en avons les moyens scientifiques. Notre impact anthropique sur les mieux naturels est colossal, nous en avons les moyens techniques. Mais politiquement nous ne faisons rien pour enrayer notre suicide alimentaire. Prenons l’exemple de la pêche industrielle.

Notre savoir : Des chercheurs ont récupéré 22 milliards de messages diffusés depuis les positions des systèmes d’identification automatique des navires entre 2012 et 2016. Les scientifiques ont exploité cette gigantesque masse de données grâce à une technologie d’apprentissage automatique (deux réseaux neuronaux convolutifs, outils couramment utilisés dans la reconnaissance avancée d’images). L’algorithme a pu identifier 70 000 navires commerciaux, leur taille et leur puissance, leur comportement (pêche ou navigation), le type de prises qu’ils pratiquent, ainsi que le lieu et le moment où ils opèrent à l’heure et au kilomètre près*.

Notre impact : La pêche industrielle a concerné 73 % de la superficie des océans. Rien qu’en 2016, 40 millions d’heures de pêche ont consommé 19 milliards de kWh d’énergie et parcouru plus de 460 millions de kilomètres, soit 600 fois la distance aller-retour de la Terre à la Lune. La pêche à la palangre est la technique la plus répandue, suivie par la senne coulissante (17 %) et le chalutage (9 %). 31 % des stocks de poissons sont surexploités dans le monde, ce qui signifie que ces espèces sont prélevées plus rapidement qu’elles ne peuvent se reproduire. Une véritable tuerie de poissons. Si, chaque année, nous tuons 64  milliards de vertébrés terrestres pour les manger, nous exterminons entre 970 et 2 740  milliards de vertébrés marins. Malgré la forte croissance des armements, la diffusion des techniques industrielles de pêche jusque dans les coins les plus reculés de la planète et la sophistication toujours plus poussée du matériel, les tonnages des captures ne cessent de diminuer. En 1995, la capture de poissons a atteint son tonnage maximum avec 95 millions de tonnes. Depuis, la pêche mondiale plafonne autour de 90 millions de tonnes. On peut parler de pic du poisson ou peak fish comme il y a un pic pétrolier.

Notre impuissance : La transparence des données donne-t-elle la volonté d’instituer une gestion durable de la pêche industrielle ? Il en est dans ce domaine comme dans bien d’autres, on en cause nationalement et internationalement, on crée quelques confettis de réserves halieutiques, on établit des quotas sur certains poissons… mais globalement les mesures sont insuffisantes. Il faut voir par exemple au niveau de l’UE les circonvolutions de la commission sur la pêche électrique. Mais que fait Macron ?

* LE MONDE du 24 février 2018, La pêche industrielle exploite plus de la moitié de la superficie des océans

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3 réflexions sur “pêcheries, nous savons tout mais nous ne faisons rien”

  1.  » derrière l’immensité des besoins se trouve…  » l’ HUBRIS tout simplement !

    Cette folie qui a commencé au 18ème siècle avec le charbon, qui s’est aggravée plus tard avec le pétrole, puis l’atome… cette folie du toujours plus. C’est uniquement cette folie qui est la cause de tous nos maux, dont notre nombre. Tout est lié. Ce que nous appelons « progrès » avec son corollaire de dégâts, n’a été possible qu’avec l’énergie abondante et bon marché, dont nous avons tous plus ou moins profité. On s’est vautré, comme dit JM-Jancovici.
    40 millions d’heures de pêche, 19 milliards de kWh d’énergie, plus de 460 millions de kilomètres parcourus… tout ça aurait été impossible avec des bateaux à voile.

    L’énergie est le carburant de l’économie, nous sommes certes devenus esclaves de l’énergie, notamment du pétrole, mais il faudrait absolument arrêter de raisonner avec un tiroir caisse à la place du cerveau. Je le redis, l’énergie devrait être enseignée dès la maternelle, en plus bien sûr du port du préservatif. Chacun devrait avoir une idée du nombre d’esclaves (fictifs ou réels) dont il a besoin pour assurer son train de vie de petit nabab.
    https://jancovici.com/transition-energetique/l-energie-et-nous/combien-suis-je-un-esclavagiste/

  2.  » derrière l’immensité des besoins se trouve… »
    … Un manque de volonté nataliste ?  »
    Je plaisante !

  3. Et derrière ce massacre, cette destruction généralisée, se trouve tout simplement l’immensité des besoins et derrière l’immensité des besoins se trouve…

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