Peine de mort validée dans plusieurs États américains

La démocratie est un lieu vide où les citoyens peuvent mettre une chose ou son contraire, ainsi du débat sur la peine de mort aux USA. Le 8 novembre 2016, la peine capitale a fait l’objet d’un référendum en Californie. Dans cet État, les 741 détenus dans les couloirs de la mort ont tué plus de 1 000 personnes, dont 226 enfants et 43 policiers. En 2012, l’abolition avait été repoussée par 52 % contre 48 %. En 2016, la proposition 62 (Loi pour une justice qui marche) prévoit la fin des exécutions et leur remplacement par une peine incompressible de prison à vie. Les abolitionnistes calculent que la substitution de la peine capitale par une peine incompressible permettrait d’économiser des millions de dollars chaque année, ils s’appuient sur le 8e amendement à la Constitution fédérale qui interdit les châtiments « cruels ou inhabituels », ils dénoncent les erreurs judiciaires. Les partisans de la peine de mort ont allumé un contre-feu sous la forme d’un autre référendum, la proposition 66, qui entend accélérant les exécutions et donc économiser de l’argent. La Californie n’est pas le seul État où le sujet est en débat le 8 novembre. Dans le Nebraska, les conservateurs ont pris l’initiative d’un référendum rétablissant la peine de mort. Celle-ci avait été abolie en mai 2015. Dans l’Oklahoma, les électeurs sont, eux, invités à consolider l’utilisation de la peine capitale, contestée après une série d’exécutions ratées. Résultat des votes, la peine de mort finit sur le podium pur cette fois. La Californie a rejeté son abolition et voté au contraire pour une accélération de la procédure entre la condamnation l’exécution. Le Nebraska avait été abolitionniste, il la rétablit. L’Oklahoma a voté pour son renforcement en l’inscrivant dans la Constitution (LE MONDE du 10 novembre 2016).

Qui a raison au fond ? La mort est le seul élément qui touche la totalité des humains sans exception. Alors pourquoi accorder tant d’importance à l’abolition de la peine de mort, décision qui va à l’encontre de notre lot commun… de façon temporaire ! L’humanisme est certes une valeur, mais est-il inhumain de défendre le droit des victimes ? L’auteur dun crime vote par son acte la peine de mort, pourquoi en serait-il exempt ? La condamnation par un jury d’assises permet à un présumé coupable d’être jugé en toute impartialité et d’échapper au désir de vengeance d’une famille. Quant à la famille, la prise en charge par l’État du jugement la délivre du poids de faire justice soi-même ; la famille peut se consacrer entièrement à sa tache de deuil. Notons que certains détenus, s’ils avaient le choix, préféreraient mourir de façon rapide que par mort lente, enfermés pour la vie dans un cachot. Le point de vue d’un écologiste sur la peine de mort va bien au-delà du droit des victimes contre celui des assassins. Il ne fait que constater un fait trivial : l’abolition de la peine de mort est votée dans une société d’abondance qui croit que tout le monde doit être dorloté, y compris les criminels. Mais à cause  du manque d’énergie fossile et de la crise qui va s’ensuivre, cette abolition risque de tomber aux oubliettes : « Entretenir une population en prison, c’est utiliser de la nourriture, des ressources et de l’énergie pour le bénéfice d’improductifs mis au ban de la société. Jusqu’à une époque somme toutes assez récente, on ne s’encombrait pas de ces bouches à nourrir : le sort commun de l’assassin était la mort dans des délais assez rapides. Il est évident que, en univers énergétiquement contraint, ces mauvais souvenirs risquent de redevenir d’actualité. »*

Dans une société humaine démocratique, aucune loi n’est définitive. Avant-hier la peine de mort, hier son abolition, aujourd’hui son rétablissement. A la société de faire ses choix pour demain. Remarquons pour conclure que dans la Nature les non-humains ne s’embarrassent pas de « morale », et pourtant les autres animaux que nous-mêmes tuent pour manger et pour vivre, non pour faire mourir au nom d’une pulsion criminelle ou de valeurs variables. Nous pensons en particulier à tous ces morts dans des conflits et des guerres qui n’ont pas été choisies par leurs victimes. En d’autres termes, pourquoi attacher tant d’importance à quelques cas particuliers où des jurés pourraient user de la proportionnalité de la peine et ignorer personnellement ou médiatiquement l’objection de conscience, c’est-à-dire le refus de tuer en toutes circonstances par l’utilisation collective des armes ?

* Changer le monde, tout un programme ! de Jean-Marc Jancovici  (Calmann-Lévy, 2011)

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6 réflexions sur “Peine de mort validée dans plusieurs États américains”

  1. Gary a raison de rajouter aux « inutiles » les vieux affaiblis, les handicapés… les malades ou les accidentés dont les soins pour les sauver coûteraient plus cher que les « richesses » qu’ils pourraient produire en étant sauvés.
    Ramener la vie d’un être humain à la valeur ajoutée qu’il apporte au PIB du pays ou alors à la quantité d’énergie qu’il consomme, marquerait la fin de tout humanisme. Nous serions là dans le Pire des Mondes.
    Il est à craindre en effet que la pénurie qui ne saurait tarder tende à faire évoluer les mentalités dans ce sens. C’est probablement ce que Jancovici voulait dire (je n’ai pas lu son livre).
    Il serait beaucoup plus raisonnable (et humain) de se focaliser sur les gaspillages de ressources et d’énergie que notre économie ne cesse de générer, toujours plus. Je pense là à ces activités dont le but est d’inventer (innover) constamment de faux-besoins et de produire des gadgets qui seront aussitôt obsolètes … bref à toutes ces activités inutiles et nuisibles qui ne visent qu’à faire tourner ce système aberrant obsédé par la croissance et le profit.

  2. Sur cet article je rejoins les avis ci-dessus. L’écologie et l’éco-centrisme ne doivent pas devenir un anti-humanisme et une plaidoirie pour des régressions sociétales telles que la peine de mort. Vous faites semblant d’ignorer que la Justice se trompe, fait preuve de partialité, est infiltrée parfois par des idéologies douteuses (racisme anti-noir aux US etc). Il serait donc acceptable qu’on meurt par erreur judiciaire ? Et puis, de toute façon, on doit bien mourir un jour donc cela ne fait pas grande différence ? Absurde et dangereux.

    Vous n’auriez pas une telle analyse avec un proche (ou vous-même) dans le couloir de la mort, même suite à un jugement impartial. Vous verriez que la mort d’une victime ne justifie pas la mort du criminel, que celui-ci devrait toujours disposer d’une chance de rédemption vis-à-vis de la société. L’enfermement débilitant ad vitam, avec gamelle 3x par jour et promenade derrière des barbelés ne constitue pas en effet une perspective valable; cependant on sait fort bien qu’il existe d’autres méthodes, mettant à profit la force de travail des détenus en échange d’une gratification décente et de perspectives d’avenir a contrario des usines à délinquance que sont les prisons françaises aujourd’hui. L’argument des bouches inutiles n’est pas valide avec un système de ce genre.

    Quant à la citation de Jancovici, elle ne laisse en rien entendre que l’auteur cautionnerait un retour de la peine de mort; il ne fait que constater une corrélation entre énergie abondante et évolutions de nos sociétés. Cela lui sert d’ailleurs d’épouvantail pour argumenter en faveur d’une transition maîtrisée le plus tôt possible, au lieu d’un lent naufrage subi.

    Merci de ne pas faire passer les défenseurs de la biosphère pour des primitifs qui souhaiteraient la mise à mort immédiate des « présumés coupables », et pourquoi pas aussi l’abandon des vieux affaiblis, des handicapés, la fin des soins médicaux, des aides sociales, bref in fine un retour à l’état de nature.

  3. Je viens juste de lire cet article, et je rejoins Jacques C . Tout ça ne sent pas bon !
    Je suis tout nouveau ici, je n’ai pas encore bien cerné l’éthique de Biosphère… mais ce que je lis dans cet article ne me plait vraiment pas.
    En lisant :  » Qui a raison au fond ? … Alors pourquoi accorder tant d’importance à l’abolition de la peine de mort… » je n’en reviens pas, et ne sais même pas quoi répondre. Sans parler de cette macédoine ou se mélangent droit des victimes et soif de vengeance, la mort notre lot commun… Le comble étant probablement dans cette citation de Jancovici où il dit que nourriture, ressources et énergie sont en quelque sorte gaspillées à faire vivre des inutiles mis au banc de la société. (il me reste à vérifier si Jancovici pense réellement de telles choses.)
    Il y a longtemps que je sais que nos démocraties sont malades. Voter ou prendre des décisions sous le coup d’ émotions n’est pas digne d’un citoyen digne de ce nom. Et d’ailleurs, où sont les véritables citoyens dans nos pseudo-démocraties ?

  4. Cet article confirme une dérive insoutenable, visible dans d’autres récentes prises de position. Michel, ces propos sont purement immondes. Il n’y a rien d’écologiste dans ce pétainisme sinistre.

  5. Cet article confirme une dérive insoutenable, visible dans d’autres récentes prises de position. Michel, ces propos sont purement immondes. Il n’y a rien d’écologiste dans ce pétainisme sinistre.

    1. bonjour Jacques C
      Traiter des propos « d’immondes » et « pétainistes » ne constitue pas une analyse.
      Nous attendons mieux de votre part, merci de préciser votre pensée.
      cordialement…

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