Pierre Fournier décrit LE MONDE

LE MONDE tire à 500 000 exemplaires. Il a la réputation d’être fiable et objectif, réputation héritée des années Beuve-Méry. Le journaliste et dessinateur Pierre Fournier* donne sa sentence : « J’ai pas la télé mais je feuillette deux quotidiens : LE MONDE pour être au courant et un autre pour prendre LE MONDE en flagrant délit de mensonge par dosage ou par omission. Il n’est qu’à constater la soi disant objectivité avec laquelle LE MONDE rend désormais compte des affaires de pollution ; la part qu’il donne aux informations « scientifique » bien orientées ; la multiplication des libres-opinions qui, sur ce sujet-là, vont toujours comme par hasard, dans le bon sens. » Selon Pierre Fournier, les réticences du MONDE à adopter un point de vue critique sur les questions de pollution s’expliqueraient par son scientisme de toujours », mais aussi, et surtout, parce qu’il n’est pas aussi indépendant qu’il le prétend. En effet, « la vraie indépendance d’un journal ce n’est pas l’indépendance politique », mais celle qu’il exerce à l’égard de ses annonceurs ; or « le parti du MONDE, c’est comme celui des autres, celui de ses petites annonces ». Sur le talc Morhange, Fournier commente un article « dont la technique a consisté, cette fois encore, à noyer les poins importants de l’affaire sous l’abondance des informations de détail ». Conclusion : « Evidemment, LE MONDE est pourri. Mais Charlie hebdo l’est aussi. Je le suis aussi. Nous le sommes tous, car tout l’est, dans cette société pourrissante et pourrisseuse. »

Comme vous le savez peut-être, Pierre Fournier, un précurseur de l’écologie, est mort en février 1973. Les critiques adressées ci-dessus au MONDE sont de 1972. Mais la situation a-t-elle  changé depuis ? LE MONDE est-il libéré de la pression  indirecte des publicitaires ? LE MONDE prend-il ses distances avec la phraséologie officielle en matière d’écologie ? Il y a bien Hervé Kempf qui fait bien son boulot de journaliste dédié à l’environnement. Mais un autre journaliste Jean-Michel Bezat**, « recommande  chaudement la lecture du dernier essai de Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l’apocalypse. A l’« écologie de divagation », portée par les « Robespierre à la bougie » qui « excellent à empêcher plus qu’à proposer », Bruckner préfère une « écologie de raison » qui ne sacralise pas Gaïa, la déesse Terre, et ne tourne pas le dos au progrès scientifique. »

Pierre Fournier, l’anti-Bruckner par excellence, avait répliquer par avance dans Charlie Hebdo du 12 février 1973 : « L’avenir ? Vous croyez pas si bien dire. L’avenir, il est déjà en train, pauvres cons, de vous revenir sur la tronche contrairement à tous vos minables calculs, il s’écroulera comme le dollar, soutenu dans la panique par les banques européennes, avec l’empire américain vacillant sur le ras-le-bol de ses citoyens déboussolés, avec l’empire japonais, noyé dans sa propre merde, entraînant dans sa chute l’empire chinois à peine éclos, mais pas mal vérolé. Vous verrez, vous verrez. »

Avec quelques nuances, l’avenir décrit par Pierre est là, la crise des subprimes, la crise de l’endettement des Etats, Fukushima, La Chine qui aide l’Europe alors qu’elle-même croule sous la pollution et l’explosion des inégalités…

* Pierre Fournier, précurseur de l’écologie (éditions Les Cahiers dessinés, 2011)

** LE MONDE du 8 octobre 2011, le gaz et la bougie (chronique Pertes et profits)

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1 réflexion sur “Pierre Fournier décrit LE MONDE”

  1. Professeur Choron

    Pierre Fournier qui mangeait exclusivement bio et était d’une tristesse à mourir est mort d’un cancer dans la trentaine. Ah ! Ah ! Ah !

    Remarque des modérateurs du blog biosphere :
    Pierre est mort d’un infarctus.
    Combattre la connerie ambiante est épuisant…

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