post-covid, post-croissance, notre programme

Souvenez-vous, les renoncements nécessaires pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète étaient inacceptables, la croissance n’était pas négociable. Quand on voit les sacrifices et les renoncements auxquels (presque) tout le monde se plie pendant le confinement, on se dit pourtant que tout était déjà possible. Voici nos propositions* pour une société post-croissance :

A) Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)

A 1 – choisir des indicateurs comme l’Empreinte Écologique ou les Limites Planétaires plus pertinents que le PIB quant aux conséquences écologiques et énergétiques des niveaux de production, et quant à leurs incidences en termes de bien-être humain. On peut constater en Europe une timide percée de ce discours même au sein de la droite classique.

A 2 – Relocalisation maximale de l’activité via un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international. L’objectif est e parvenir à terme à une empreinte écologique inférieure à 1 planète, tant il est nécessaire de stimuler les capacités de régénérescence des écosystèmes. Doivent être relocalisés en premier les secteurs essentiels à la vie de la nation comme l’alimentation, les fournitures relatives au secteur médical et de santé, l’énergie, l’électronique et le web (nécessairement à l’échelle européenne) et évidemment la défense.

A 3 – Modification du droit des sociétés : Les entreprises adopteraient une comptabilité à trois capitaux : actifs classiques, capital social et capital naturel, les trois n’étant pas fongibles (aucune compensation ne serait possible, même pondérée). Cette démarche revient à généraliser les principes de l’ESS de transformation écologique à tous les secteurs d’activité.

A 4 – Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu. Il s’agirait de plafonner les consommations d’énergie/matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). Chaque produit serait marqué d’un “prix” en énergie/matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel. Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Sans de tels plafonnements, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations.

A 5 – Généralisés à toutes les consommations, les quotas énergie/matière reviennent à relativiser le signal prix. La consommation des biens rares n’est plus réglée par leur prix, elle est plafonnée “a priori”, et obéit à un principe d’équité (les quotas sont fixés en tenant compte des “consommations contraintes” de chacun). Les écarts de revenus et de patrimoine étant par ailleurs démocratiquement bornés, les disparités concernant les quantités consommées le seraient aussi.

Mesure 6 – Dette publique : nous proposons que l’État français cesse de payer les intérêts de la dette publique cumulés depuis 1974, date à laquelle on a mis fin au privilège de la Banque de France de battre monnaie. La délégation à des entités indépendantes apparaît d’autant plus injustifiée que la BCE ou la FED ont récemment adopté des instruments de politique monétaire “non orthodoxes” (Quantitative Easing ou “Helicopter Money for People”), les exacts équivalents de la “planche à billet” que les orthodoxes reprochaient aux États de faire tourner à la moindre difficulté.

A 7 – Nous proposons de restituer à l’État les instruments de pilotage monétaire et financier. Cette mesure revient à restituer à l’État l’instrument de pilotage public de la monnaie et des services financiers. Elle s’accompagnerait de la nationalisation totale ou partielle du secteur bancaire (ce dernier est nationalisé de fait depuis la crise de 2008, dans la mesure où l’État s’est porté garant, en dernier ressort et sans limitation de montant, non seulement des dépôts des épargnants, mais plus généralement des dettes contractées par les banques françaises).

A 8 – La France pourrait décider de recouvrer sa souveraineté monétaire : elle plaiderait pour conserver l’Euro sous la forme d’une monnaie commune et non plus “unique”, suivant la proposition jadis formulée par la Grèce. La France adopterait dans ce cas une politique monétaire reposant sur le pluralisme monétaire et la reconnaissance des monnaies locales et complémentaires (fondantes, dédiées, vectorielles, etc.), avec encadrement des inégalités de revenus et de patrimoine).

A 9 – Mise en place d’un revenu de transition écologique[. Le RTE se destine à des personnes physiques, en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et le lien social ; la rémunération de ces activités (par exemple : agroécologie, permaculture, artisanat, low-tech) par le marché est souvent bien inférieure à leur valeur réelle. Une coopérative de transition écologique (CTE) a trois fonctions principales : financière avec le versement d’un revenu conditionné ; outillage des porteurs de projet en termes de formation et d’accompagnement ; mutualisation des coûts, des pratiques et des connaissances au sein du groupe ainsi constitué. Le RTE a vocation à construire un nouveau modèle économique, écologique et social, grâce à un processus bottom-up.

A 10 – Forcément, par voie de conséquence, encadrement des écarts de revenus (salaires, revenus du capital) serait à établir, à l’intérieur d’une fourchette dont l’amplitude est à définir de manière démocratique et par voie de référendum. De même que le revenu de transition écologique comble la distance entre le revenu jugé “minimal” et la rémunération réelle par le marché, le revenu maximal est le produit d’une décision démocratique qui interdit la “sur-rémunération” par le marché, dès lors que celle-ci introduit des écarts de revenus que la société juge néfastes. Charges et honneurs de toutes sortes sont une juste rétribution, non monétaire, des mérites et vertus.

A 11 – Fiscalité écologique et sociale (exonération de la TVA et modulation de l’impôt sur le revenu en fonction du bilan “énergie / matière” des consommations). Cette fiscalité vise à inciter les consommateurs à adopter des comportements de consommation “vertueux” et accompagne la mise en place des quotas évoqués aux points 3 et 4. Si l’on fixe un quota élevé dans un premier temps, un système de modulation du taux d’imposition en fonction du bilan énergie/matière des consommations peut amener vers plus de sobriété. Cette solution est intéressante tant que le plafond est assez élevé et permet d’encourager les consommateurs à réduire leurs consommations “non vertueuses”, qui s’ajusteront d’elles-mêmes au plafond “cible”, progressivement rabaissé.

A 12 – Agriculture : vers une “agroécologie décarbonée” (sans énergies fossiles). Une telle agriculture exigera d’abandonner presque entièrement la motorisation à énergie fossile et d’avoir massivement recours à l’énergie musculaire (animale ou humaine). Cela implique également d’imposer un phasage de l’utilisation des pesticides de synthèse (néfastes pour toute la biodiversité) et les engrais de synthèse, autre poste important de l’utilisation/dépendance des combustibles fossiles en agriculture.

A 13 – Agriculture : vers une libération des semences et diversification génétique. Il conviendra de mettre un terme à l’actuel système d’encadrement du marché des graines. Nous proposons d’en finir avec les brevets de semences.

A 14 – Agriculture : “réempaysannement des Terres”. Le foncier agricole disparaît toujours au rythme de 1 département tous les 6 ans en France. Les terres arables garantes de notre avenir alimentaire s’effondrent dans la plus totale indifférence. Pour mettre fin à cette dérive en France, les SAFER verront leurs missions redéfinies : maintien et développement des agricultures familiales pratiquant la polyculture vivrière agroécologique.

A 15 – Fin à terme de la métropolisation. Rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles afin de réduire la dépense énergétique liée au transport des personnes et des productions (circuits courts).

A16 – A terme, politique de transport public intégrale ou mutualisée à l’échelle de petits collectifs. Le transport individuel serait progressivement réduit par le moyen d’un quota carbone / Transport ; celui-ci étant rabaissé au fur et à mesure que l’offre alternative de transports publics serait renforcée.

A17 – Arrêt immédiat des subventions aux énergies fossiles. Cette mesure n’exige aucun préalable ; celles-ci ne doivent leur existence qu’aux participations croisées de l’État dans les entreprises extractives.

A18 – Fin des paradis fiscaux. La loi prévoirait des sanctions pénales applicables aux dirigeants (actionnaires compris).

Nous n’avons résumé que la première des trois objectifs de ce programme, il reste B) Vers un État garant du bien public et des biens communs (7 mesures) et C)  Propositions internationales (10 mesures).

source : lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/

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6 réflexions sur “post-covid, post-croissance, notre programme”

  1. Ce serait dommage de partir d’un malentendu, d’une illusion ou d’une contre-vérité, ne prenons pas nos rêves pour des réalités. Les «renoncements nécessaires» pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète sont toujours INACCEPTABLES. La Croissance n’est toujours pas NÉGOCIABLE. Et ce ne sont pas Geoffroy et Agnès (de Bézieux-Pannier-Runacher) qui diront le contraire. Déjà, ce n’est absolument pas pour sauver le climat et la planète qu’ont été acceptés ces sacrifices et ces renoncements. D’autre part, si (presque) tout le monde se plie aussi bien à ces sacrifices (à cette forme de décroissance), c’est uniquement parce que tout le monde (ou presque) pense encore qu’après la pluie vient le beau temps. Autrement dit, c’est parce que les gens savent que ce confinement n’est que temporaire. 15 jours au départ, et «quoi qu’il en coûte ; l’Essentiel» et blablabla… puis 15 jours de mieux, pour gagner la «guerre»… et puis une louche de mieux afin de mettre au point le fumeux plan de sortie de crise, qui se résume par «il va falloir travailler plein pot !»

    Alors bien sûr, les uns et les autres (et nous les premiers) ont vu là une formidable occasion pour réfléchir, pour remettre en question ce monde absurde, pour tracer les plans de cet autre monde, durable etc. etc. Et comme d’habitude les uns et les autres grattent chacun dans leur coin. Certains réfléchissent à tracer un cadre qui permettrait (au conditionnel) une véritable démocratie et l’émergence de véritables citoyens, ben oui, d’autres réfléchissent en termes de watts et de joules (Janco et Compagnie), ben oui. Et en même temps d’autres réfléchissent en termes d’euros et de dollars, ben oui, et les uns et les autres proposent, des yaca et des faucon. Ainsi aujourd’hui : «Voici nos propositions* pour une société post-croissance.» Ben oui.
    C’est bien joli tout ça, mais j’ai toujours l’impression qu’on s’obstine à vouloir atteler la charrue avant les bœufs.
    Il y a des utopistes (avec ou sans guillemets, peu importe) qui défendent l’idée que le plus important serait le chemin, et non pas le projet. Selon eux, l’ESSENTIEL serait le chemin à prendre pour parvenir à l’utopie. Moi je veux bien, mais si je ne sais pas où je vais, j’ai quand même un problème. Mais heureusement, à tout problème il y a une solution. Et comme on sait, s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. Supposons alors que de Rome à Utopia il n’y ait qu’un pas. Eh pourquoi pas, eh qui sait ! Comme on sait, pour aller à Rome peu importe le chemin, l’essentiel est de marcher, on finira toujours par y arriver. Marcher peut alors être considéré comme le projet, on peut même dire que ce projet tient la route. Alors il n’y a plus une seconde à perdre, en marche, marchons marchons qu’un sang impur et patati et patata !
    Marcher, ou ramer, même en zig zag peu importe. Marcher, s’agiter, ou pomper, peu importe. En attendant il n’y a qu’une seule vérité : «Quand on ne sait pas ou l’on va, il faut y aller ! Et le plus vite possible ! » Ben oui !

    1. @ Michel C.
      Un programme post-croissance tel qu’il est défini par notre article montre qu’on sait (quand on réfléchit à la gestion du long terme) où il faudrait aller et comment. Nous aimerions, Michel, plutôt que des jérémiades sur la difficulté d’arriver « nulle part », que vous nous disiez qu’elles sont les mesures de ce programme que vous appréciez et seriez prêt à soutenir… ou bien celle que vous détestez et pourquoi !

      1. Qu’elles sont les mesures de ce programme que j’apprécie… et que je serais prêt à soutenir ? Oh, mais si ce n ‘est que ça qui vous chagrine… TOUTES bien sûr ! Et de A à Z.
        Maintenant, c’est où que faucon signe ? Ben oui.

  2. A ces mesures de bon sens , ajoutons la principale :
    établissement d’ un chiffre OPTIMAL de population humaine tenant compte des ressources locales et visant à obtenir la quasi autarcie ; ce chiffre tiendrait également compte de la place à donner aux forêts et aux animaux : l’ homme ne doit pas s’ accaparer la totalité du territoire au détriment des espèces animales et végétales .😃
    Une telle mesure signifierait la fin des villes moyennes ou grandes (métropoles) , la fin du mondialisme et la fin de la déshumanisation due à la surpopulation et au grouillement humain .

    1. Didier BARTHES

      Bien entendu, ce serait même le point numéro 1, celui qui conditionne tous les autres, car un éventuel succès sur tous les autres sujets serait réduit à néant par notre nombre.

      1. Bien sûr, le N°1 !!!
        Et c’est quoi ce «chiffre OPTIMAL de population humaine tenant compte [etc.] ? »
        Et d’où il sort ce chiffre ? Et comment on fait pour l’atteindre ? etc. etc.

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